lundi 24 novembre 2025
#NotAllPoliceMen mais beaucoup quand même
mercredi 2 juillet 2025
S'aimer et se pardonner de notre mieux
Il était inutile, dit l'homme, de nier la perspective de souffrances d'une magnitude immense, ou l'absence d'issue pour y échapper.
Comment, alors, devrions-nous vivre ?
La première chose que nous devrions nous demander, c'est devrions-nous continuer de faire des enfants ?
(Là, moment de flottement, celui dont je parlais plus haut: des murmures, des mouvements dans le public, ce rire nerveux de femme. Ce passage était, de plus, inédit. Le sujet des enfants n'avait pas été abordé dans l'article.)
Pour être bien clair, il ne suggérait pas que toutes les femmes enceintes aillent se faire avorter, précisa l'homme. Bien sûr que ce n'était pas ce qu'il voulait dire. Ce qu'il disait, c'était que peut-être l'idée de fonder une famille, en cours depuis des générations, devait être repensée. Que peut-être c'était une mauvaise idée de donner naissance à des êtres humains dans un monde qui avait de grandes chances, au cours de leur vie, de devenir un lieu morose, terrifiant, sinon invivable. Il s'interrogeait simplement : n'est-il pas égoïste de continuer aveuglément de se comporter comme s'il n'y avait que peu de chances que le monde devienne ce lieu morose, voire immoral, cruel ?
Et, après tout, poursuivit-il, n'y avait-il pas dans le monde d'innombrables enfants en mal désespéré de protection face aux menaces existantes ? N'y avait-il pas des millions et des millions de gens souffrant déjà de différentes crises humanitaires, que des millions et des millions d'autres décidaient tout bonne-ment d'oublier ? Pourquoi ne pourrions-nous pas concentrer notre attention sur les douleurs grouillant déjà parmi nous ?
C'était là, sans doute, que résidait notre dernière chance de nous racheter, dit l'homme en élevant la voix. Le seul cap sensé et moral que puisse suivre une civilisation courant à sa perte : apprendre à demander pardon et réparer dans une très moindre mesure le mal dévastateur que nous avions causé à notre famille humaine, aux créatures qui nous entourent et à notre magnifique planète. S'aimer et se pardonner de notre mieux. Et apprendre à dire au revoir. [...]
La foule quittait les lieux dans une atmosphère maussade. Certains avaient l'air assommés.
Sigrid Nunez, Quel est donc ton tourment ? (2020)
mercredi 11 juin 2025
Cela dépasse l'entendement
mercredi 4 juin 2025
La laideur la plus exquise
[...]
Dans le cadre de ma mission consistant à rassembler tous les documents de la décadence et de la dégénérescence de l'art ("alle Dokumente des Kunstniederganges und der Kunstentartung"), j'ai visité presque tous les musées allemands. [...] J'ai été profondément étonné de constater que certains de ces documents d'art en décomposition apportés ici à Munich étaient jusqu'à il y a quelques jours encore exposés. Les produits présentés ici ne sont qu’une partie de ceux encore disponibles dans les institutions susmentionnées. Des trains entiers n’auraient pas suffi à débarrasser les musées allemands de ces déchets ("Schund"). Cela devra pourtant être fait aussitôt que possible. C'est un péché et une honte que les institutions soient remplies de ce genre de choses et que les artistes allemands locaux et respectables aient peu ou pas d’occasions d’exposer dans tels lieux.
Je peux vous épargner la peine de vous raconter ici quelles ont été mes impressions lorsque j'ai découvert ces œuvres. J'espère que ce sont les mêmes que vous aurez au cours de votre visite.
On ne peut être qu'horrifié lorsqu'on voit comment le soldat allemand est ici sali, souillé ("bespuckt und besudelt"), ou lorsque dans d'autres œuvres ces porcs figurent la mère allemande en une putain en chaleur ou une femme bestiale avec une expression d'imbécillité. En somme, on peut dire que tout ce qui est sacré pour l'allemand honnête devait nécessairement être trainé dans la boue. Le temps me manque, chers compatriotes, pour vous exposer tous les crimes que ces individus - agissant par ordre de la juiverie mondiale ont commis contre l'art allemand. Le plus bas, le plus sale, voilà quels étaient leurs critères de valeur ("Niedrigstes und Gemeinstes waren hohe Begriffe"). La laideur la plus exquise est devenue l’idéal de beauté.
[...] ces formes d'expression [...] étaient présentées comme une affaire de personnes soi-disant cultivées, auxquelles le commun des mortels ne comprenait rien. Et il était malheureusement de bon ton, à l'époque bourgeoise, pour un certain nombre de citoyens qui avaient trop d'argent en poche, d'acheter ce genre de choses pour être modernes.
Le peuple allemand verra ici, comme dans tous les domaines de la vie, qu'il peut faire confiance sans hésitation à l'homme qui est aujourd'hui son chef et qui connaît la voie sur laquelle l'art allemand doit s'engager s'il veut accomplir sa grande mission d'annonciateur de l'être et de la nature allemands. Je déclare ouverte l'exposition « L'Art Dégénéré ». Peuple allemand, viens et juge par toi-même.
vendredi 10 janvier 2025
Décider où le monde doit aller
lundi 4 novembre 2024
An american horror story
mardi 2 janvier 2024
Kit de survie pour les fêtes
mardi 11 avril 2023
#notallcops (?)
vendredi 24 juin 2022
Le département du Cantal
mercredi 18 mai 2022
Ecarlate
jeudi 14 avril 2022
Scrutin crétin
- Emmanuel Macron (LREM) : 27,8 % / 9 784 985 voix
- Marine Le Pen (RN) : 23,1 % / 8 135 456 voix
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) : 22 % / 7 714 574 voix
vendredi 18 février 2022
They already knew
lundi 25 janvier 2021
Du triomphe à bons frais
jeudi 1 octobre 2020
The Election That Could Break America
- Voter Caging : mailing de masse servant à détecter - en français - des NPAI ("N'habite plus à l'adresse indiquée"), permettant de mettre ultérieurement en doute puis d'invalider le vote des personnes concernées.
- Lying Flyers / Robocalls : distribution de prospectus mensongers (date de vote erronée, fausse allégation "impossibilité de voter si un membre de la famille a été reconnu coupable d'un crime"...), appels ciblés, par exemple envers les afro-américains leur disant que le candidat démocrate été déjà qualifié et qu'il ne servait à rien de se déplacer...
- Ceci s'ajoute aux dispositions légales de purge de liste électoral (qui parfois excluent des électeurs valides), de restriction du droit de vote (visant par exemple à exclure des anciens prisonniers) ou de définition de la liste des justificatifs d'identité valables (on pourra par exemple accepter les permis de port d'arme, et refuser les cartes d'étudiants)
dimanche 23 février 2020
Un esprit communautaire
Poursuivons donc les extraits de la Supplication. Au détour de ce témoignage d'un inspecteur de la préservation de la nature, est abordé le rapport entre l'individu et un peuple tout entier.
vendredi 31 janvier 2020
La foi
vendredi 29 novembre 2019
Quel vilain gâchis
Au coeur de cette discussion et de ce roman, la négation de l'individu au profit de la masse. Lorsque j'évoquerai de nouveau Tchernobyl sur ce blog, on verra à quel point il était ancré dans la culture russe de ne pas se penser comme individu, mais comme partie du peuple.
Roubachof regarda par la fenêtre. La neige fondue avait gelé et étincelait, formant une surface irrégulière de cristaux d’un blanc jaunâtre. Sur le mur la sentinelle faisait les cent pas, l’arme à l’épaule. Le ciel était limpide mais sans lune ; au-dessus de la tourelle brillait la Voie lactée.
Roubachof haussa les épaules.
— Où donc ? » demanda Ivanof. Roubachof frotta son pince-nez sur sa manche, et regarda Ivanof d’un air myope.
« Quel gâchis, dit-il, quel vilain gâchis nous avons fait de notre âge d’or ! »
Ivanof sourit.
Roubachof voulut répondre : « Depuis lors j'ai entendu Bogrof m’appeler. » Mais il savait que cette réponse n’avait pas de sens. Il dit :
« Continuons ta métaphore : je vois bien le corps de cette génération écorché vif, mais je ne vois pas trace de peau neuve. Nous avons tous cru que l’on pouvait traiter l’histoire comme on fait des expériences en physique. La différence est qu’en physique on peut répéter mille fois l’expérience, mais qu’en histoire on ne la fait qu’une fois. Danton et Saint-Just ne s’envoient à l’échafaud qu’une seule fois ; et s’il se trouvait que les grands sous-marins étaient après tout ce qu’il nous fallait, le camarade Bogrof ne reviendra pas à la vie.
— Et que déduis-tu de là ? demanda Ivanof. Faut-il nous tourner les pouces parce que les conséquences d’une action ne sont jamais tout à fait prévisibles, et que par suite toute action est mauvaise ? Nous donnons notre tête en gage pour répondre de chacune de nos actions, on ne peut pas nous en demander davantage. Dans le camp adverse ils n’ont pas de tels scrupules. N’importe quel imbécile de général peut expérimenter avec des milliers de corps vivants ; et s’il commet une erreur, il sera tout au plus mis à la retraite. Les forces de réaction et de contre-révolution n’ont ni scrupules ni problèmes de morale. Imagine-toi un Sylla, un Galliffet, un Koltschak lisant Crime et Châtiment. Des oiseaux rares comme toi ne se trouvent que sur les arbres de la Révolution. Pour les autres, c’est plus facile…»
Il regarda sa montre. La fenêtre de la cellule était d’un gris sale ; le morceau de journal collé sur le carreau cassé se gonflait en bruissant dans le vent du matin. En face, sur la courtine, la sentinelle faisait toujours les cent pas.
« Pour un homme qui a ton passé, reprit Ivanof, ce soudain revirement contre l’expérimentation est plutôt naïf. Chaque année plusieurs millions d’humains sont tués sans aucune utilité par des épidémies et autres catastrophes naturelles. Et nous reculerions devant le sacrifice de quelques centaines de mille pour l’expérience la plus prometteuse de l’histoire ? Pour ne rien dire des légions de ceux qui meurent de sous-alimentation et de tuberculose dans les mines de houille et de mercure, les plantations de riz et de coton. Personne n’y songe ; personne ne demande pourquoi ; mais si, nous autres, nous fusillons quelques milliers de personnes objectivement nuisibles, les humanitaires du monde entier en ont l’écume à la bouche. Oui, nous avons liquidé la section parasitique de la paysannerie et nous l’avons laissée mourir de faim. C’était une opération chirurgicale que le faire une fois pour toutes ; dans le bon vieux temps d’avant la Révolution, il en mourait tout autant pendant une année de sécheresse – mais ils mouraient sans rime ni raison. Les victimes des inondations du fleuve Jaune en Chine se dénombrent parfois par centaines de mille. La nature est généreuse dans les expériences sans objet auxquelles elle se livre sur l’homme. Pourquoi l’humanité n’aurait-elle pas le droit d’expérimenter sur elle-même ? »

