lundi 31 juillet 2023
mardi 15 décembre 2020
Le contrat marital
Je concluais un précédent article dédié à King Kong Théorie (2006), en citant Silvia Federici (2019), expliquant la nécessité d'opposer prostituées et femmes au foyer, afin de ne surtout pas remettre en cause le statut de ces dernières. Laissons Virginie Despentes formuler ceci autrement :
Il faut dire que la prostitution est un sujet qui divise (tout autant que le voile), selon qu'on y voit une attente à la dignité (resp. marque de soumission) ou qu'on se refuse de dicter aux femmes leur conduite.
Faire ce qui ne se fait pas : demander de l'argent pour ce qui doit rester gratuit. La décision n'appartient pas à la femme adulte, le collectif impose ses lois. Les prostituées forment l'unique prolétariat dont la condition émeut autant la bourgeoisie. Au point que souvent des femmes qui n'ont jamais manqué de rien sont convaincues de cette évidence : ça ne doit pas être légalisé. Les types de travaux que les femmes non nanties exercent, les salaires misérables pour lesquels elles vendent leur temps n'intéressent personne. C'est leur lot de femmes nées pauvres, on s'y habitue sans problème. Dormir dehors à quarante ans n'est interdit par aucune législation. La clochardisation est une dégradation tolérable. Le travail en est une autre. Alors que, vendre du sexe, ça concerne tout le monde et les femmes « respectables » ont leur mot à dire. Depuis dix ans, ça m'est souvent arrivé d'être dans un beau salon, en compagnie de dames qui ont toujours été entretenues via le contrat marital, souvent des femmes divorcées qui avaient obtenu des pensions dignes de ce nom, et qui sans l'ombre d'un doute m'expliquent, à moi, que la prostitution est en soi une chose mauvaise pour les femmes. Elles savent intuitivement, que ce travail-là est plus dégradant qu'un autre. Intrinsèquement. Non pas : pratiqué dans des circonstances bien particulières, mais : en soi. L'affirmation est catégorique, rarement assortie de nuances, telles que « si les filles ne sont pas consentantes », ou « quand elles ne touchent pas un centime sur ce qu'elles font », ou « quand elles sont obligées d'aller travailler dehors aux périphéries des villes ». Qu'elles soient putes de luxe, occasionnelles, au trottoir, vieilles, jeunes, douées, dominatrices, tox ou mères de famille ne fait a priori aucune différence. Echanger un service sexuel contre de l'argent, même dans de bonnes conditions, même de son plein gré, est une atteinte à la dignité de la femme. Preuve en est : si elles avaient le choix, les prostituées ne le feraient pas. Tu parles d'une rhétorique... comme si l'épileuse de chez Yves Rocher étalait de la cire ou perçait des points noirs par pure vocation esthétique.
[...]
Dans les médias français, articles documentaires et reportages radio, la prostitution sur laquelle on focalise est toujours la plus sordide, la prostitution de rue qui exploite des filles sans papiers. Pour son côté spectaculaire évident : un peu d'injustice médiévale dans nos périphéries, ça fait toujours de belles images. Et on aime colporter des histoires de femmes abusées, qui signalent à toutes les autres qu'elles l'ont échappé belle. Et aussi parce que celles et ceux qui travaillent dehors ne peuvent mentir sur leur activité, comme le font celles et ceux qui pratiquent via internet. On va chercher le plus sordide, on le trouve sans trop de difficulté, puisque justement c'est la prostitution qui n'a pas les moyens de se soustraire aux regards de tous. Filles privées de papiers, de consentement, travaillant à l'abattage, dressées par les viols, crackées, portraits de filles perdues. Plus c'est glauque, plus l'homme se sent fort, en comparaison. Plus c'est sordide, plus le peuple français se juge émancipé. Puis, partant des images inacceptables d'une prostitution pratiquée dans des conditions dégueulasses, on tire les conclusions sur le sexe tarifé dans son ensemble.
Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006)
lundi 30 mars 2015
Le bulbulement des bières
vendredi 15 novembre 2013
We're not bad people. We just come from a bad place
lundi 2 septembre 2013
Qu'avez-vous pensé?
vendredi 1 mars 2013
lundi 15 octobre 2012
Quelque chose de grand
C’est un peu à cause de tout ça si tous les soirs, c’est la même histoire: Métro, apéro, lexo, clopes et films pornos à l’ancienne, sur lesquels tu t’entraînes rageusement, même si ça fait longtemps que ça t’amuse plus vraiment.
Mais il faut pas que tu désespères
Perds pas espoir
Promis-juré qu'on la vivra notre putain de belle histoire
Ce ne sera plus des mensonges
Quelque chose de grand
Qui sauve la vie
Qui trompe la mort
Qui déglingue enfin le blizzard
Imagine-toi : t’es là, en train de te reprendre un verre au bar, quand tout à coup tu croises un regard qui te perfore de part en part. Imagine-toi, t’es là, ça te tombe dessus sans crier gare. Un truc bandant, un truc dément qui redonne la foi.
Un truc comme ça :
« Bonsoir / Bonsoir / quelle chance de se croiser ici
Bonsoir / Bonsoir / Je voudrais partager tes nuits »
Tu connaîtras les nuits fauves, je te le promets. Elle sera tigre en embuscade quand tu viens te glisser sous ses draps, tandis que toi, tu feras scintiller tes canines lorsqu'elle enlève le bas. Elle t’offrira des feulements dans sa voix lorsqu’elle reprend son souffle qui s’échappent dans la cour pour aller faire gauler la lune, des coups de bélier invoqués comme un miracle, et qui veulent dire : « Si tu t’arrêtes, je meure ». Toutes ces choses qui te la feront raidir, rien qu'à te souvenir, pour le million d’années à venir.
Malheureusement, tout ce qu'on t’offre pour l’instant, c’est des chattes épilées et des seins en plastique en vidéo. C’est terrifiant, tout le monde veut la même chose: même les travelos rêvent du prince charmant. Et pourtant, on passe notre temps à se mettre des coups de cutter dans les paumes, à trop mentir, à force de dire : « Par pitié, range la guimauve, écarte les jambes, je t’en supplie, me parle pas. Laisse-moi seulement kiffer mon va-et-vient de taulard, et m’endormir direct moins de trois minutes plus tard ». A force de faire tout ça, on croyait quoi ? On se meurtrit, on fait l’amour comme on s’essuie. Quel gaspillage.
Mais il faut pas que tu désespères
Perds pas espoir
Promis-juré qu'on la vivra notre putain de belle histoire
Ce ne sera plus des mensonges
Quelque chose de grand
Qui sauve la vie
Qui trompe la mort
Qui déglingue enfin le blizzard
Imagine-toi : t’es là, en train de te reprendre un verre au bar, quand tout à coup tu croises un regard qui te perfore de part en part. Imagine-toi, t’es là, ça te tombe dessus sans crier gare. Un truc bandant, un truc dément qui redonne la foi.
Offre-moi dès ce soir ta peau brune et tes lèvres mauves, tes seins, tes reins, tes cheveux noirs, et qu'on se noie dans les nuits fauves. En échange de tout ça, je t’offre ce dont je dispose, mon corps, mon âme, prends tout, tout de suite, et qu'on se noie dans les nuits fauves
Tant pis si on nous prend pour des demeurés. Bien sûr qu'on sait qu'ici c’est pas Hollywood. Sauf qu'aux dernières nouvelles, le fantasme c’est encore gratuit. C’est pour ça qu'on se réfugie dans nos pensées, qu'on ferme les yeux très fort, jusqu'à voir des couleurs en attendant que ça passe.
Y a que comme ça qu'on peut rêver de caresses au réveil et de regards qui veulent dire: « T’inquiète plus, t’inquiète plus », de coups de poings dans le cœur, de quarantièmes qui rugissent dans nos poumons à faire sauter les côtes, de torrents dans nos veines, d’une épaule pour pleurer sans honte et d’une oreille pour tout dire - Tout dire, toujours, quoiqu'il arrive... -, de serments argentés prononcés face au rayon vert: « Est-ce que tu veux m’épouser ? Vivre et mourir à mes côtés ? »
On rêve de réapprendre à respirer, que la médiocrité qui nous accable aille se faire enfler au Pakistan. On attend désespérément celui ou celle qui apaisera d’un doigt nos muscles noués et nos encéphales en sous-régime. On attend désespérément celui ou celle qui fera battre notre cœur plus grand
C’est pour ça qu'il faut pas que tu désespères
Perds pas espoir
Promis-juré qu'on la vivra notre putain de belle histoire
Ce ne sera plus des mensonges
Quelque chose de grand
Qui sauve la vie
Qui trompe la mort
Qui déglingue enfin le blizzard
jeudi 25 août 2011
Sex diary
mardi 9 août 2011
You'll know you've done the right thing
vendredi 3 juin 2011
Let's make love
Il aura été engendré à la faveur de deux sorties récentes:
Washed Out, et Applause.
parue l'an passé.

Le moment semble d'ailleurs particulièrement bien choisi pour introduire la bande-son de cet article: "Le Coït" de Jean Yann (BO du film Chobizenesse)
Washed Out, Within And Without (Sub Pop, à paraître)
Applause - Where It All Began (3ème bureau, 2011)
Dream Boat, Fevers EP (AMDISC, 2010)
Voir également, sur Arise Therefore:
(ici) ou encore (là)
[Edit : J'ajoute les visuels liés au projet Close]
Close, Getting Closer (!K7, 2013)
dimanche 27 juin 2010
Ils ne savaient rien de la vie
Suite...
Le gouffre me parut encore plus profond que dans mon souvenir. Je fourrai la lampe électrique dans ma poche et commençai à descendre. Les échelons étaient humides, comme la dernière fois, et, si je ne faisais pas attention, je risquais de faire un faux pas. Tout en descendant, je pensais à la musique de Duran Duran, et au couple de la Skyline Nissan. Ils ne savaient rien de la vie, ces deux-là. Moi j'étais en train de descendre au fond des ténèbres avec une lampe de poche et un grand couteau, en essayant de supporter ma douleur au ventre. Et eux, tout ce qu'ils avaient en tête, c'était les chiffres du compteur de vitesse, un avant-goût de sexe, des souvenirs, des chansons de variété insipides qui montaient ou descendaient au hit parade. Evidemment, je ne pouvais pas leur reprocher ça, mais ils ne savaient pas, c'est tout.
Moi-même, si je n'avais rien su, je m'en serais tiré en évitant ce genre de singeries. J'essayais de m'imaginer, moi, au volant de la Skyline, avec la femme à côté de moi, écoutant Duran Duran tout en traversant à toute allure la ville dans la nuit. Je me demandais si cette fille enlevait les deux fins bracelet d'argent qu'elle avait au poignet gauche quand elle faisait l'amour. Ce serait mieux qu'elle ne les enlève pas, pensai-je. Même entièrement déshabillé, elle devait garder ces deux bracelets au poignet comme s'ils faisaient parti de son corps.
mercredi 2 juin 2010
Avenir boueux, que fais tu dans mon pieux?
A Lyon ou pas loin, c'est là que se trouve le siège de ma boîte.
C'est toutefois suffisamment éloigné pour être dans une zone d'activité, en pleine campagne. On vient vous chercher à la gare, et on vous y ramène.
Le batîment est isolé, il est ceint d'une clôture (ou clôt d'une enceinte, comme vous préférez).
Un drapeau flotte.
On passe la barrière, girophare, puis on passe le sas.
Le batîment est récent, lumineux, et laisse la place à la verdure, autour mais également à l'intérieur, puisque son architecture est centrée sur un patio. Du deuxième étage, par temps dégagé, on aperçoit le Mont Blanc. De quoi a priori s'y sentir bien, sauf que finalement la plupart des cloisons internes sont en verre, de telle sorte que deux personnes, où qu'elles se situent, sont quasi toujours en contact visuel.
Du coup, ben non, on ne s'y sent pas forcément bien.
Je prends l'air.
Deux caméras de surveillance couvrent de leur oeil la terrasse.
Les habitués connaissent les angles morts.
...
J'en rajoute, bien sûr, dans la manière de raconter, mais en tout cas, ces détails sont réels. Pas de nature à influencer ma conduite, puisque je suis plutôt d'un naturel détaché.
D'ailleurs j'ai réussi à faire le mur, le premier midi, pour aller déjeuner avec une collègue...
J'ai quand même vaguement eu l'impression a posteriori d'avoir enfreint une règle.
Il faut dire que les esprits sont un peu agités en ce moment par une liaison secrète entre deux employés. Avec tous les ingrédients du mauvais roman de gare: du favoritisme soudain, du divorce en espérant que l'autre fasse pareil sauf qu'en fait non, de la lettre anonyme, des confrontations avec la hiérarchie, etc.

C'est un peu glauque, donc.
Laissons là ce huit clos en l'état, d'autant que moi, je suis basé à Paris (ou pas loin), et que j'y suis plutôt à la cool.
A mesure que le TGV m'en éloignait, je progressais dans l'écoute de l'album de Sexysushi (à paraître le 21 juin).
Ambiance.
Avenir radieux, amant ambitieux, ma femme, mon pieux,
Tout cela est bien ennuyeux
Elle quitta Chloé en claquant la porte
Elle eût la nette impression de sortir du tunnel
Mais aussitôt elle retomba dans les bras d'une sotte
On dirait que nous ne sommes pas seuls à avoir des problèmes
Amant, maîtresse, divorce, câlin, tendresse
Avenir boueux, que fais-tu dans mon pieux?
Il trompait Nadine avec sa secrétaire
Tous les weekends, il la baisait dans sa garçonnière
Mais sa femme l'apprit, et son coeur fût brisé
Déjà que sa vie était pathétique et ratée
Avenir radieux, amant ambitieux, ma femme, mon pieux,
Tout cela est bien ennuyeux
Amant, maîtresse, divorce, câlin, tendresse,
Avenir boueux, que fais-tu dans mon pieux?
Sexysushi - Amant, maîtresse
Cyril, parrain, marraine, vigile (Label Maison, 2010)
www.myspace.com/sexysushimusic
PS: Vendredi, Samedi, Dimanche, c'est séminaire corporate. Youhou!
Je songe à "live blogger" la journée de vendredi, il faut juste que j'évalue ce que ca implique technologiquement, et surtout, si ca a un intérêt éditorial.













