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Cet état d'exaltation
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Détenues
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| Lu, novembre 2014, Rennes © Bettina Rheims |
dimanche 29 novembre 2015
Ce monde qui peu à peu se dévoilait à ses yeux
vendredi 16 octobre 2009
De la prévention du crime potentiel

Dernier extrait de 1984.
Après celui consacré au "langage", un autre, à portée plus politique.
L'un des aspects de ce texte est encore très actuel (cf. débats sur le déterminisme génétique ou la prévention de la récidive)
A Party member lives from birth to death under the eye of the Thought Police. Even when he is alone he can never be sure that he is alone. Wherever he may be, asleep or awake, working or resting, in his bath or in bed, he can be inspected without warning and without knowing that he is being inspected. Nothing that he does is indifferent. His friendships, his relaxations, his behaviour towards his wife and children, the expression of his face when he is alone, the words he mutters in sleep, even the characteristic movements of his body, are all jealously scrutinized. Not only any actual misdemeanour, but any eccentricity, however small, any change of habits, any nervous mannerism that could possibly be the symptom of an inner struggle, is certain to be detected. He has no freedom of choice in any direction whatever. On the other hand his actions are not regulated by law or by any clearly formulated code of behaviour. In Oceania there is no law. Thoughts and actions which, when detected, mean certain death are not formally forbidden, and the endless purges, arrests, tortures, imprisonments, and vaporizations are not inflicted as punishment for crimes which have actually been committed, but are merely the wiping-out of persons who might perhaps commit a crime at some time in the future.
lundi 22 juin 2009
une vie nouvelle en perspective
Comme j'étais arrivé au bagne en hiver, je devais aussi être libéré durant cette saison-là, le jour anniversaire de mon entrée! Avec quelle impatience j'attendis cet hiver-là, avec quelle satisfaction je voyais l'été mourir, les feuilles jaunir sur les arbres, l'herbe se dessécher dans la steppe! Mais enfin voici l'été fini; le vent d'automne gémit, la première neige tournoie... Cet hiver si longtemps attendu est arrivé... L'immense pressentiment de la liberté me faisait battre le coeur à coups sourds, violents. Et, chose étrange, plus le temps passait, plus je devenais patient, plus je me calmais.
Les fers tombèrent. Je me soulevai... Je voulais les tenir dans mes mains, les regarder une dernière fois. J'étais tout surpris de ne plus les sentir à mes jambes.
- Allons à la grâce de Dieu! à la grâce de Dieu! répétèrent les forçats de leurs voix rudes et saccadées dans lesquelles je croyais percevoir une note joyeuse.
Oui, à la grâce de Dieu ! La liberté ! une vie nouvelle en perspective, la résurrection d'entre les morts!... Quelle ineffable minute !...
Depuis des années, je n'en avais pas lu un seul, et il serait difficile de rendre l'impression étrange et l'émotion que me causa le premier volume - un numéro de revue; il me souvient de l'avoir commencé le soir même, après la fermeture des casernes, et continué toute la nuit jusqu'à l'aube. C'était comme un messager d'un autre monde qui se serait envolé jusqu'à moi; ma vie d'autrefois se dressait devant mes yeux dans une nette clarté et je m'appliquais à deviner à travers la lecture si j'étais resté en arrière, s'ils avaient beaucoup vécu là-bas sans moi. De quoi s'émouvait-on? quelles questions devait-on soulever? Je m'attachais aux mots, je lisais entre les lignes, je tâchais de découvrir la pensée secrète, les allusions au passé; je cherchais les traces de ce qui autrefois, de mon temps, troublait et agitait les esprits. Et quelle tristesse m'étreignit lorsque je dus reconnaître jusqu'à quel point je restais étranger à la vie actuelle! J'étais un membre coupé, retranché de la société!
Tout juste rendu à la liberté, et avant d'être incorporé à l'armée russe et de partir pour Semipalatinsk , Dostoïevski écrit une longue lettre à son frère. Il y évoque ses quatre années de détention, ce qui l'attend encore, il n'a de cesse de s'enquérir des nouvelles de ses proches... et demande à ce qu'il lui procure des livres.
J'aime l'idée d'avoir la wishlist de celui qui n'a pas encore écrit Les frères Karamazov, et qui ne s'est pas encore heurté à la question de l'existence de Dieu.
Si tu peux, envoie-moi les revues de cette années, au moins Les Annales de la Patrie. Mais voici ce qui est indispensable! Il me faut (j'en ai absolument besoin) les historiens antiques (dans une traduction française) et les modernes, des économistes et des Pères de l'Eglise.
[...] et l'histoire de l'Eglise. N'envoie pas tout ensemble, mais commence à envoyer dès maintenant. Je dispose de ta poche comme si elle était mienne, mais c'est parce que j'ignore ta situation matérielle. Dis-moi quelque chose de précis à ce sujet pour que je puisse me rendre compte. Mais sache, frère, que les livres, c'est la vie, ma nourriture, mon avenir. Donc ne m'abandonne pas, au nom du seigneur Dieu.
[...] Envoie-moi le Coran, La Critique de la Raison pure de Kant et si jamais tu peux faire des envois par voie clandestine expédie absolument Hegel, surtout l'Histoire de la Philosophie de Hegel. Tout mon avenir est lié à cela !
samedi 13 juin 2009
Travaux forcés

(Sisyphe, condamné par les Dieux à rouler sans cesse un rocher au sommet d'une montagne, en bas de laquelle le rocher retourne chaque fois le but atteint)
Albert Camus, le mythe de Sisyphe (1942)

