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vendredi 14 juillet 2023

Une joie possible

Mais que s'est-il passé à Saint-Vaast-la-Hougue ? (ce pourrait être le sujet d'une chanson de Mendelson). Est-ce que tout n'a pas été déjà dit ici ? Il faut croire que non.

A Saint-Vaast-la-Hougue, je n'ai pas voulu louer de vélos, j'ai critiqué la ville, la mer, les gens, les prix, j'ai critiqué l'éducation des enfants, j'ai montré partout un visage amer, tu m'as dit personne ne voulait de ce week-end, tu l'as entièrement décidé toi-même et tu as fait preuve d'une énergie inhabituelle pour le mettre sur pied, c'est toi qui nous as entraînés dans ce cauchemar par ta croyance subite en l'harmonie, ton désir inexplicable et furieux d'harmonie. Irène, au moment où je dis allons à Saint-Vaast-la-Hougue, je pense avec sincérité qu'il y a une joie possible à Saint-Vaast-la-Hougue, à peine sommes-nous dans l'escalier avec les valises, je sais qu'il n'y a aucune joie possible à Saint-Vaast-la-Hougue ou ailleurs, dans la voiture je reprends le dessus, je fais une bonne ambiance, je fais un cours sur les marées, je dis nous allons observer les goélands, je dis nous allons ramasser des coquillages, qui est en fait la dernière chose qui puisse m'intéresser au monde, je me suis toujours foutu des coquillages, je n'ai jamais rien trouvé aux coquillages mais je crois sincèrement qu'on peut tout à coup fraterniser avec les coquillages, je chante des vieux tubes en prenant des accents pour faire rire, j'achète un pistolet à eau que tu condamnes et tu as raison, le pistolet à eau est une connerie, et nous nous taisons, et nous sommes tous malheureux dans la voiture qui continue de rouler Dieu sait où. Un jour peut-être Irène, je ne croirai plus qu'il y a une joie possible à Saint-Vaast-la-Hougue ou ailleurs, ce sera non d'avance pour tout, tu n'auras plus à souffrir de mes humeurs, il n'y aura plus d'embarquement pour la désillusion.

Yasmina Reza - Hommes qui ne savent pas être aimés (2003)

Ce passage grinçant clôt la série d'extraits de ce roman de Yasmina Reza

mardi 15 novembre 2022

Les drames de la vie courante

"Ma mère est morte il y a dix jours."
Ce n'est pas la première phrase du roman (façon Camus), mais c'est l'entame que je choisis pour vous rapporter des extraits d'un autre roman de Yasmina Reza, son troisième : "Babylone".
Un livre absurde, drôle, triste et profond que j'aurais aimé écrire !
L'autrice rejoint ainsi les plumes dont je me réclamerais si je me lançais dans l'écriture : Raymond Queneau, Georges Perec et Pascal Garnier.

Ma mère est morte il y a dix jours. Je ne la voyais pas tellement, ça ne change pas grand-chose dans ma vie sauf que quelque part sur la terre il y avait ma mère. Hier j'ai reçu l'aide-soignante qui s'occupait d'elle les derniers temps et à qui je devais de l'argent. Une femme énorme qui m'a toujours effrayée et qui parle en soufflant. Elle avait entendu parler du drame de l'immeuble et s'est montrée avide d'en connaître les détails. Déçue par ma réserve, et tout en croquant une galette St-Michel, elle a embrayé sur l'histoire d'une boulangère de Vitrolles qui avait tué ses enfants la veille de Noël. Dans la nuit la boulangère avait empaqueté les cadeaux, les avait mis sous le sapin puis elle était allée dans la chambre de son fils et avait appuyé l'oreiller sur son visage jusqu'à ce qu'il étouffe. Ensuite elle était allée dans la chambre de sa fille et avait fait exactement la même chose. L'aide-soignante a dit, elle a empaqueté les cadeaux, elle les a mis sous l'arbre et dans la foulée elle est montée supprimer les gosses. Elle a dit, moi ce qui ne me va pas, c'est qu'on vous apprend tout ça et après silence de mort. Vous entendez l'histoire sur toutes les chaînes et après zéro, plus rien. On vous appâte et on vous ferme la porte au nez. Les guerres, les massacres, c'est trop global, a-t-elle dit en reprenant une galette, moi le global, ça ne me fait pas grand-chose. Ça ne me sort pas de moi-même. Les drames de la vie courante si. Ça remplit la journée. On en discute. On ne pense plus à ses misères. Je ne dis pas que ça console mais dans un sens si. Pourquoi elle a mis les cadeaux sous l'arbre d'après vous ? On s'entendait bien avec votre maman, qu'est-ce qu'elle était gentille cette femme !
— Oui, oui.

Yasmina Reza, Babylone (2016)

vendredi 3 juillet 2020

Espèce-de-bobo-fais-nous-pas-chier

Confronté au deuil de son père, Anne Pauly tire de cette expérience un roman tragi-comique, au cours duquel la narratrice, pour reprendre les termes de Kundera, "se dédouble volontiers pour donner naissance à une personne qui vit et une personne qui observe".
En résultent de savoureux passage tel que celui-ci.
Team "vaisselle".

J’ai toujours envié les gens, et j’en connais, capables de se lever et de partir sans un mot quand la conversation leur déplaît ou qu’ils sont pris au piège d’une situation qu'ils dénoncent. Moi je n'y suis jamais vraiment arrivée. Même pas à l'occasion de ces repas de fin d’année où on sert des blagues limites pour accompagner la bûche et renforcer le sentiment de cohésion générale. Il y a plusieurs options dans ces moments-là : avaler son gâteau en silence ; protester et s’exposer à des regards réprobateurs de type « espèce-de-bobo-fais-nous-pas-chier » ; se tenir devant l’évier à récurer rageusement un plat à gratin à la paille de fer sous une eau trop chaude en regrettant de s’être auto-reléguée à la cuisine, cet endroit charmant où se tiennent d’ordinaire les femmes, ou encore partir par le prochain train qui est dans deux heures à la gare de Vernon et se retrouver seule et fâchée, un soir de Noël, avec une grosse valise sur un quai désert battu par la pluie. Jusque-là, pour ne pas faire d'esclandre, j'avais toujours choisi l'évier. Mais je commençais à me dire qu'à la prochaine occurrence, je m'autoriserais le départ. Pour cette fois encore, il fallait faire profil bas.

Anne Pauly, Avant que j'oublie (2019)

mercredi 13 mai 2020

Un nouvel accord avec la gravité

Deux soeurs, Nell et Eva, respectivement âgées de 17 et 18 ans, orphelines, vivant à l'écart d'un monde qui se délite. Eva danse avec grâce depuis toute petite... Nell se souvient de rares moments de félicité.

Je me suis débarrassée de mon blouson, j'ai envoyé valser mes chaussures, j'ai retiré mes chaussettes, et j'ai dansé sur l’herbe, sautant et tournoyant et courant, dansant sur la musique de la nuit. Je dansais aux étoiles, dansant d'instinct ce qu'Eva avait mis des années à apprendre. Tous ces gens, tous ces gamins dans leurs vêtements épais, comme ils me faisaient pitié. Ils ne comprenaient pas ce que je savais au plus profond de moi-même. Îls ne connaissaient pas la douceur de leurs muscles, le pouvoir de leurs jolis poumons. J'étais arrivée à un nouvel accord avec la gravité. Mon corps était la conjonction d’un moment de chair et de feu et d'une musique que moi seule entendais, et j'ai su qu'il ferait tout ce que je lui ordonnerais.

Jean Hegland, Dans la forêt (1996)

jeudi 14 mars 2019

All anybody really wants

Avec le retour d'Art Brut (sur disque et en concert), je ré-écoute la discographie de ce groupe à l'accent et à l'humour so british.
"Brilliant" ! (en anglais dans le texte)

My little Brother just discovered Rock & Roll
There's a noise in his head and he's out of control.

And yes it frustrates,
Let's let him make his own mistakes.
See him on the dance floor go now,
Boy those moves I just don't know how.

My little Brother just discovered Rock & Roll
He's only 22 and he's out of control.

How's he living?
With all of that unforgiving.
See him on the dance floor go now,
Boy those moves I just don't know how.

My little Brother just discovered Rock and Roll
He's only 22 and he's out of control.

He no longer likes A-sides,
He made me a tape of Bootlegs and B-sides.
And every song on that tape said, every single song said,
I want our parents to worry about us.
All we ever wanted is for our parents to worry about us.
It's all anybody really wants.

My little Brother just discovered Rock & Roll

Stay off the Crack!

Art Brut, My little brother
(Bang Bang Rock and Roll, 2005)

mercredi 16 novembre 2016

Une plaie saignante en son âme

Quand rien ne sera plus comme avant...

Ce sombre et blême visage fut momentanément illuminé à l'entrée de sa mère et de sa sœur, mais bientôt la lumière s'éteignit et la douleur resta; Zossimov, qui observait son malade avec toute l'ardeur d'un débutant, remarqua avec étonnement que depuis l'entrée des deux femmes, le visage du jeune nomme exprimait non la joie, mais une sorte de stoïcisme résigné. Raskolnikov semblait faire appel à toute son énergie pour supporter, pendant une heure ou deux, une torture qu'il ne pouvait éviter. Chaque mot de la conversation qui suivit paraissait mettre à vif une plaie toujours saignante dans son âme.

[...] Il savait que non seulement il ne parlerait plus à coeur ouvert avec sa mère et sa soeur, mais qu'il ne prononcerait plus un mot spontané devant personne. L'impression causée par cette cruelle pensée fut si violente qu'il en perdit presque la conscience pendant un moment.

DostoïevskiCrime et Châtiment (1884)

mercredi 24 août 2016

J'existais de moins en moins

Retrouvailles mère-fille. Ambiance.

Tu commentais, tu racontais, je ne comprenais rien à ce que tu disais et je n'avais qu'une peur, c'était d'être démasquée et que tu ne découvres ma stupidité sans bornes. Je vivais comme paralysée mais il y avait une chose que je comprenais avec toute la clarté nécessaire : pas un iota de ce qui était vraiment moi ne pouvait être aimé ni même accepté. Tu étais comme une forcenée, j'avais de plus en plus peur, j'existais de moins en moins. Je ne savais plus qui j'étais puisque, à chaque instant, j'avais l'obligation de te plaire. Je n'étais plus qu'une marionnette maladroite dont tu tirais les ficelles. Je disais ce que tu voulais que je dise, je répétais tes gestes, tes mouvements pour recevoir ton satisfecit, il n'y avait pas une minute où j'osais être moi-même, même quand j'étais seule, puisque j'étais en désaccord violent avec tout ce qui était à moi. C'était atroce, maman, et je tremble encore de tout mon être quand je parle de ces années.

Ingmar Bergman, Sonate d'automne (1978)

mardi 4 mai 2010

Family Matters

"Low Battery"
C'est ce qui a fait que je n'ai pas pu prendre de photo (satisfaisante) du groupe de la troupe que je recevais Samedi à la radio. En attendant la diffusion de la session, je vais donc tâcher d'illustrer cette visite en paroles.

Cela faisait plusieurs mois que j'étais en contact épisodiquement avec Milenka, duo mixte que je savais venir des hauteurs de Nice. Quand j'ai ouvert la porte, Samedi, à midi, c'est une famille que j'ai vue, Gini Helie et Oomiaq, une fillette de 7/8 ans, leur fils d'un an environ, et la babysitter de fortune, mais costumière dans la vraie vie.
(rejoints plus tard par un autre musien)

Ambiance chaleureuse et familiale, donc, puisque nous avons bavardé, enregistré la session et l'interview pendant que tout ce petit monde continuait à vivre dans le studio, et dans ce grand espace vide que constitue la Maison des Initiatives Etudiantes un 1er mai.

Je publie malgré tout un photo (ratée), sur laquelle on distinge un quatrième musicien.



Chouette moment, bientôt diffusé sur Radio Campus Paris (93.9FM), et prolongé le lendemain à l'International, où Milenka a pu jouer sa musique bio, ethnique et onirique.



TERRE TERRE MERE MERVEILLE VEILLE VEILLE SUR NOUS

Tout ceci me fait dire qu'il doit faire bon vivre à Bezaudun-les-Alpes.

Milenka
www.myspace.com/milenkathepyramids