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dimanche 22 mars 2026

Cette foule avide de photos souvenirs

Digression sur la création, la contemplation et la consommation de l'Art, qui commence puis s'achève avec la prairie en feu d'Alvan Fisher, exposée au Art Institute de Chigago. Nous commes toujours dans Bien-être, de Nathan Hill

Voilà pourquoi la prairie était sous-représentée dans le canon de l'art paysager américain. Pas parce qu'elle n'était pas belle, dans des lettres et dans leurs journaux, la plupart des peintres admettaient la trouver très attrayante, mais plutôt parce qu'elle ne correspondait pas aux standards de beauté traditionnels des paysagistes. Faute de trouver les forêts, montagnes et plages qu'ils savaient peindre, les peintres décrétaient le paysage « vide ». 

Ils ne voyaient pas ce qui était là. Ils voyaient au contraire ce qui n'y était pas.

Jack cherche à en faire une leçon sur la différence entre réalité et représentation de la réalité. La beauté, dit-il à ses étudiants, est une condition non pas intrinsèque mais construite. Ce que nous trouvons agréable à regarder n'est que ce qui a été agréablement représenté. Le reste, faute de représentation, n'est pas vu. Il ne pénètre jamais dans l'imagination. Et dès lors devient un rien.

C'est ainsi que l'Ouest obtint que Yellowstone devienne un parc national protégé, pendant qu'on détruisait la prairie.

Ses étudiants acquiescent et prennent des notes. Il espère sincèrement les bluffer. Même s'il sait bien que ce qui les intéresse, c'est de savoir si ce sera au programme de l'examen.

Une fois son cours fini, Jack va parfois voir le tableau, The Prairie on Fire, pour le contempler et l'étudier encore, dans l'une des gale- ries les plus calmes du rez-de-chaussée du musée. À l'étage au-dessus, comme tous les jours, c'est la cohue autour du tableau American Gothic, un défilé tapageur de visiteurs venus chercher leur selfie devant le célèbre couple de fermiers de Grant Wood. Jack n'a plus assez de patience pour cette salle, plus maintenant. Elle l'agace, cette foule avide de photos souvenirs, sans doute parce qu'ils se souvient d'une époque où les photos étaient interdites, où le musée silencieux comme une église était fréquenté principalement par des gens qui s'attardaient devant les œuvres pour les contempler longtemps. Jack était l'un d'eux. Il se souvient que la première fois, il était resté planté devant American Gothic pendant environ une demi-heure, non-stop, si longtemps qu'il en avait eu mal aux jambes et au dos. Aujourd'hui, il l'appelle fatigue artistique, cette douleur particulière de la colonne qui vous prend quand vous restez raide de longues heures dans un musée, absorbé par une œuvre.

La première fois où il avait vu American Gothic en vrai, il avait été surpris par la taille de la toile - à peine une soixantaine de centimètres de large et moins d'un mètre de haut. Il lui semblait impossible qu'une si petite chose puisse être à ce point célèbre. En l'examinant, il s'était rendu compte qu'elle était à la fois plus complexe et plus grossière qu'il ne l'imaginait. Les lunettes rondes du fermier, par exemple, étaient un peu écrasées d'un côté, un peu asymétriques, aucun des deux verres n'était un cercle parfait. Et les dents de sa fourche n'étaient pas droites, les pointes pas alignées. Et ce qui de loin ressemblait à une texture sur le manteau du fermier s'avéra être, à y regarder de plus près, des rayures malhabiles. D'autres détails, en revanche, impressionnaient : le motif de la robe de la femme était reproduit en miniature dans les rideaux de la maison et, sur le front du fermier, l'angle des coups de pinceau évoquait parfaitement les rides d'une expression dubitative - une vie entière de scepticisme campagnard, gravée dans la peau, rendue par un trait de peinture expert.

Ce genre de longue contemplation est devenu impossible, aujourd'hui. La concentration de Jack est sans cesse interrompue par des armées de photographes amateurs. Le musée avait d'abord essayé de les décourager mais, avec l'avènement des smartphones et des galeries d'art personnelles sur internet, autant vider l'océan à la petite cuillère. C'était tout bonnement infaisable.

Jack se rappelait ses TD d'arts plastiques à la fac, ses professeurs de l'époque assénant sans cesse que tous les sujets photographiables avaient été photographiés, affirmant qu'il n'y avait plus rien à tirer du genre, plus rien à prendre en photo. Ils n'avaient pas vu venir le smartphone, ces professeurs. Pas vu venir les selfies. Pour mettre de la nouveauté dans une photo, il suffisait de coller sa tête dessus.

Maintenant, le musée encourage les photos, puis incite ses visiteurs à faire sa promotion en les postant en ligne avec les hashtags pertinents. D'où la foule incessante devant American Gothic, les perches à selfie, les groupes, et les parents qui demandent à leurs enfants de mimer la scène devant le tableau. La dernière fois que Jack y est allé, en moins de dix minutes, six couples différents lui ont demandé de les prendre en photo. Il a fini par laisser tomber. 

Heureusement, The Prairie on Fire n'est pas un tableau célèbre. Il est accroché sur un mur calme d'une salle calme dont les occupants les plus connus sont des œuvres mineures de John Singer Sargent. Pas le genre de salle à inspirer des selfies, pour le plus grand bonheur de Jack, qui a néanmoins l'impression d'être devenu un vieux ronchon, pas si différent du fermier d'American Gothic - un personnage à l'ancienne que les gens préfèrent voir en image plutôt que dans la vraie vie.

Nathan Hill, Bien-être (2024)
Alvan Fisher, The Prairie on Fire (1827)
Grant Wood, American gothic (1930)


dimanche 15 mars 2026

Venedig

Le peintre allemand Gerhard Richter s'apprête à vivre son quatre-vingt-quinzième printemps, si bien qu'il a récemment fait l'objet d'une deuxième rétrospective à Paris (après celle de 2012 au Centre Pompidou). Les œuvres de l'artiste ne sont pas rares, y compris dans ces colonnes, si bien que je me contenterai aujourd'hui d'une sélection de peintures "découvertes" lors de ma visite dans la célèbre fondation attenante au Jardin d'Acclimatation.
Un deuxième article suivra, faisant cette fois dialoguer tableaux d'aujourd'hui et d'autrefois.

Gerhard Richter, Venedig (Treppe), 1985

Flasche mit Apfel (1988)

Gerhard Richter, Troisdorf (1985)

mercredi 4 juin 2025

La laideur la plus exquise

Il est une classe de dirigeants qui ne goûtent guère les contre-pouvoirs et la critique. Une telle inclinaison peut facilement mener à désanctuariser l'Art et questionner les manifestations culturelles financées par les pouvoirs publics. Tout "travail de mémoire" peut tout à coup passer pour un acte antipatriote, qui saperait les "valeurs" d'un pays. Donald Trump ne signait-il pas récemment un décret présidentiel "Restoring truth and sanity to American history" pour encadrer l'activité d'un groupement du musées ?

Faisons maintenant l'exercice mental de pousser cette logique à son paroxysme... c'est-à-dire jusqu'à atteindre le point Godwin. Où cela nous conduit-il ? A parler d' "Art dégénéré", expression retenue par le régime Nazi dès 1937 pour désigner et rejeter un large pan de la création artistique d'alors. L'art - comme la "race" - serait menacé de perdre sa pureté.

Cette appellation intrigue.
Et davantage encore le fait que les Nazis ait consacré une exposition à cet art pour donner à voir sa bassesse!


Ironie de l'Histoire, l'exposition fut un succès. On ne peut bien sûr différencier les spectateurs venus dénigrer ces oeuvres saisies dans les musées allemands de ceux venus admirer Dix, Nolde, Kandinsky, Klee, Van Gogh, Chagall, Picasso... Signalons tout de même que dans le même temps, l'art officiel du régime, exposé à deux pas, accueillit moins de 500 000 visiteurs, ce qui eut pour effet d'irriter passablement Goebbels.

Ironie de l'Histoire encore, les oeuvres non détruites continuent aujourd'hui d'être exposées et admirées, parfois même au sein d'exposition reprenant ce même titre, comme en ce moment au Musée Picasso.

Replongeons-nous en juillet 1937, dans les mots du discours inaugural d'Adolf Ziegler, chargé d'écumer et expurger les collection des musées allemands

Nous voici dans une exposition qui ne rassemble qu'une fraction de ce qui a été acheté dans toute l'Allemagne par un grand nombre de musées avec les deniers économisés par le peuple allemand, et présenté comme art. Vous voyez autour de nous ces produits de la démence, de l'impudence, de l'incompétence et de la dégénérescence ("diese Ausgeburten des Wahnsinns, der Frechheit, des Nichtkönnertums und der Entartung"). Ce que propose cette exposition nous choque et nous dégoûte tous ("Erschütterung und Ekel"). 

[...]

Dans le cadre de ma mission consistant à rassembler tous les documents de la décadence et de la dégénérescence de l'art ("alle Dokumente des Kunstniederganges und der Kunstentartung"), j'ai visité presque tous les musées allemands. [...] J'ai été profondément étonné de constater que certains de ces documents d'art en décomposition apportés ici à Munich étaient jusqu'à il y a quelques jours encore exposés. Les produits présentés ici ne sont qu’une partie de ceux encore disponibles dans les institutions susmentionnées. Des trains entiers n’auraient pas suffi à débarrasser les musées allemands de ces déchets ("Schund"). Cela devra pourtant être fait aussitôt que possible. C'est un péché et une honte que les institutions soient remplies de ce genre de choses et que les artistes allemands locaux et respectables aient peu ou pas d’occasions d’exposer dans tels lieux.

Je peux vous épargner la peine de vous raconter ici quelles ont été mes impressions lorsque j'ai découvert ces œuvres. J'espère que ce sont les mêmes que vous aurez au cours de votre visite.

On ne peut être qu'horrifié lorsqu'on voit comment le soldat allemand est ici sali, souillé ("bespuckt und besudelt"), ou lorsque dans d'autres œuvres ces porcs figurent la mère allemande en une putain en chaleur ou une femme bestiale avec une expression d'imbécillité. En somme, on peut dire que tout ce qui est sacré pour l'allemand honnête devait nécessairement être trainé dans la boue. Le temps me manque, chers compatriotes, pour vous exposer tous les crimes que ces individus - agissant par ordre de la juiverie mondiale ont commis contre l'art allemand. Le plus bas, le plus sale, voilà quels étaient leurs critères de valeur ("Niedrigstes und Gemeinstes waren hohe Begriffe"). La laideur la plus exquise est devenue l’idéal de beauté.

[...] ces formes d'expression [...] étaient présentées comme une affaire de personnes soi-disant cultivées, auxquelles le commun des mortels ne comprenait rien. Et il était malheureusement de bon ton, à l'époque bourgeoise, pour un certain nombre de citoyens qui avaient trop d'argent en poche, d'acheter ce genre de choses pour être modernes.

Le peuple allemand verra ici, comme dans tous les domaines de la vie, qu'il peut faire confiance sans hésitation à l'homme qui est aujourd'hui son chef et qui connaît la voie sur laquelle l'art allemand doit s'engager s'il veut accomplir sa grande mission d'annonciateur de l'être et de la nature allemands. Je déclare ouverte l'exposition « L'Art Dégénéré ». Peuple allemand, viens et juge par toi-même. 

Texte intégral (version originale) :

Ce discours est partiellement retranscrit dans la BD de Luz "Deux filles nues" (fauve d'or 2025 à Angoulême) dont est extraite l'illustration de l'article.

mardi 4 juillet 2023

Le monde des snobs

Il y a deux ans déjà, paraissait le dernier (DERNIER!) disque de Mendelson. Dans le même temps, Pascal Bouaziz compilait l'intégrale des textes écrits pour le groupe dans un livre, précédée d'une introduction d'une cinquantaine de pages. L'auteur y revient sur sa discographie, son écriture et plus généralement son parcours.

Ensuite [après the Wall], j'ai acheté d'autres cassettes du Floyd. Animals doit être celle que j'ai le plus écoutée. J'étais en voyage linguistique en Irlande, et le môme de la famille m'avait prêté son walkman. Je faisais du vélo et je pédalais différemment selon les chansons, selon le rythme, la pulsation. C'était presque de la musique sur vélo, le vélo était mon instrument. Atom Heart Mother, à l'époque je prenais ça pour de la musique sérieuse, pas du rock'n'roll bête ou de la musique gothique. Il y avait trois catégories de fans de musique dans mon lycée: les hard-rockers, les gothiques et ceux qui écoutaient Pink Floyd, Dire Straits, etc. En gros, les neuneus, les dépressifs, et les prétentieux. En arrivant à Paris, en découvrant les Smiths, le punk, le folk anglais, je suis rentré dans le monde des snobs. Que je n'ai plus quitté depuis. Les snobs, en art, détiennent la vérité. C'est malheureux mais c'est comme ça.

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)


"Je me souviens" (comme dirait Perec ou Dumez) m'être frotté au lycée à la discographie de Pink Floyd (avec nette préférence pour The Wall). Je me souviens lors d'un voyage linguistique à Reading avoir demandé à Simone (autre participante, mais d'origine allemande), qui me disait également apprécier le groupe, "quel album ?" sans obtenir de réponse (et c'était ok).
Je me souviens, toujours à Reading, avoir écouté un nombre incalculable de fois :
Delicatessen - I'm Just Alive
Levellers - Zeitgeist 
et surtout
Ash - Girl from Mars
Green Day, Basket Case

mardi 12 janvier 2021

Nuances de gris

On ne verra peut-être jamais l'exposition L’Âge d’or de la peinture danoise (1801-1864) au Petit Palais, profitons-en pour nous souvenir d'un autre peintre danois récemment exposé à Paris : Vilhelm Hammershøi (1864-1916). Si ses prédécesseurs excellaient dans l'art du paysage, lui s'est distingué par la représentation d'intérieurs (thème en vogue au tournant du XXème siècle, également adopté par ses proches Holsøe et Ilsted).

Intérieur avec jeune femme vue de dos (1904)

Intérieur (1899)

Repos (1905)

Intérieur avec une femme debout (1901)

dimanche 29 novembre 2020

Bouffée d'Art

Les lieux de culture restant résolument fermés, une petite bouffée d'art pictural ne fera pas de mal. Petite sélection de choses vues au MAC VAL (musée d'art contemporain du val-de-marne), entre deux confinements.

Vues dans l'exposition monographique du duo d’artistes Brognon et Rollin, ces marqueteries de paille qui donnent à voir "l'attente dans sa construction"


David Brognon et Stéphanie Rollin« I Lost My Page Again » (2018)


J'ai d'autre part apprécié ce que j'ai vu de Bianca Argimón (ci-dessous, un détail de Weltschmertz, avec cette cabine networkless, et Melancholia XXI)


On termine en vidéo, avec ce finalement très arnaud-fleurent-didiesque "Tunnel of Mondialisation" de 
Jean-Charles Massera

et les images saisissante du documentaire « Braguino » de Clément Cogitore, parti filmer une petite société vivant en autarcie en Sibérie. A voir et à revoir, si vous pouvez.


samedi 8 août 2020

Modern Art

Modern art makes me want to rock out !

So I'm in the Tate 
And I'm looking at Hockney and Wow!
There's something about that blue 
Amazes me when I step outside 
Oh I'm losing my time
Sweet Jesus, my heart is beating faster and faster
I'm palpating
I'm sweating 
I just can't help myself 

Modern art makes me want to rock out 

So I'm in the Pompidou 
That's in Paris, and the French
They are far more laid back about their art galleries 
There's little children running around 
I see a piece by Matisse 
There's my window of opportunity
I take four steps back 
I bow my head down and I run at it!

Modern art makes me want to rock out 

Art Brut, Modern Art
(Bang Bang Rock and Roll, 2005)

jeudi 21 mai 2020

(Musical) Theft is the engine of progress

Il est rare de voir un artiste s'exprimer avec autant de sincérité et de manière aussi développée que Nick Cave dans ses Red Hand Files. Parlons plagiat, sur la base de l'exemple du morceau "Palaces of Montezuma", dans lequel un groupe américain croit reconnaître un bout d'une de leur chanson.
Je me permets exceptionnellement de reproduire la réponse intégrale.


A lovely question, and one that brings us back to ‘Palaces of Montezuma.’ If I recall correctly, Warren wrote the chords and backing vocal line to this song. I just listened to Rising Signs‘ ‘Grey Man’ and it does sound pretty fucking similar. So, I phoned Warren, who is in lockdown in his studio in Paris, and asked him outright —

“Did you steal ‘Palaces of Montezuma’ from Rising Signs?”

“Fuck, no!” he says, “I stole it from The Laughing Clowns.”

The great beauty of contemporary music, and what gives it its edge and vitality, is its devil-may-care attitude toward appropriation — everybody is grabbing stuff from everybody else, all the time. It’s a feeding frenzy of borrowed ideas that goes toward the advancement of rock music — the great artistic experiment of our era.

Plagiarism is an ugly word for what, in rock and roll, is a natural and necessary — even admirable — tendency, and that is to steal. Theft is the engine of progress, and should be encouraged, even celebrated, provided the stolen idea has been advanced in some way. To advance an idea is to steal something from someone and make it so cool and covetable that someone then steals it from you. In this way, modern music progresses, collecting ideas, and mutating and transforming as it goes.

But a word of caution, if you steal an idea and demean or diminish it, you are committing a dire crime for which you will pay a terrible price — whatever talents you may have will, in time, abandon you. If you steal, you must honour the action, further the idea, or be damned.

So, ‘Deanna’ is based on ‘Oh Happy Day’, and the solo in the middle of ‘Red Right Hand’ may well have been stolen from ‘Bedazzled’, and ‘Tupelo’ leans heavily on John Lee Hooker’s song by the same name, and the theme from ‘The Road’ sounds like the arpeggio work of Arvo Pärt, and the guitar riff in ‘Nobody’s Baby Now’ probably came straight out of a Van Morrison tune and, well, ‘Palaces of Montezuma’, it turns out, is based on a song by The Laughing Clowns, and so it goes — ideas, beautiful ideas, in full flow. Even though the influences may seem obvious, each of these songs, I think, has its own ingenuity, its own value and its own meaning. We musicians all stand on the shoulders of each other, our pirate pockets rattling with booty, our heads exploding with repurposed ideas.

“What else have you stolen?” I ask Warren.

“Everything,” he says, “Absolutely, everything.”

Love, Nick

jeudi 17 octobre 2019

Light from within

Très belle exposition de photos de Todd Hido (jusqu'à Samedi à la Galerie Les Filles Du Calvaire), avec notamment son célèbre projet "House Hunting" (1999), qui montre l'Amérique des lointaines banlieues, sous un jour une nuit brumeuse et mystérieuse. Sélection.






Todd Hido, House Hunting

mardi 10 juillet 2018

Masque humain

Il y a 8 ans, je découvrais Pierre Huyghe dans le cadre de l'exposition "Dreamlands" à Beaubourg. Son film "Streamside Day" m'aura durablement marqué, si bien que depuis lors, je ne souhaite qu'une chose : le revoir.

Bien sûr, quand l'occasion m'en est donnée, je suis toujours ravi de découvrir de nouvelles créations de l'artiste. A voir absolument, donc, en ce moment et jusqu'au 28 août, ce film troublant projeté à l'exposition "au diapason du monde", à la fondation Louis Vuitton.

Pierre Huyghe y montre un petit singe affublé d'un masque traditionnel japonais, de retour dans le restaurant dont il était une des attractions (puisqu'y assurant le service). Marqué par la tsunami de 2011, le quartier était à l'époque déserté, et le restaurant abandonné...


Pierre Huyghe, untitled / human mask (2014)

lundi 25 juin 2018

A Bigger Splash

Pour fêter l'été et les vacances qui approche, petite sélection de toile de David Hockney, près de 8 mois (!) après sa rétrospective @ Beaubourg...

A Bigger Splash (1967)

Garden with Blue Terrace (2015)
Garden #3 (2016)

Elderflower Blossom (2006)

Rubber Ring Floating in a Swimming Pool (1971)

vendredi 6 avril 2018

Everything is fleeting

Cet article prolonge le précédent. Nous y parlions d'un morceau de Mt Eerie dans lequel Phil Elverum se réfère à deux peintures de Nikolai Astrup.
La seconde est "Foxgloves" (il s'agit de fleurs, en français dans le texte, des "digitales")



There’s another Nikolai Astrup painting from 1920 called Foxgloves that hangs on the fridge and I look at it every morning and every night before bed. 

Some trees have been cut down next to a stream flowing through a birch grove in late spring and two girls that look like you gather berries in baskets, hunched over like young animals grazing with their red dresses against the white birch tree trunks, interweaving, beneath the clattering leaves. The two stumps in the foreground remind me that everything is fleeting (as if reminding is what I need.) 

But then the foxgloves grow. I read they’re the first flowers that return to disturbed ground like where logging took place, or where someone like me rolled around wailing in a clearing. 

Now I don’t wonder anymore if it’s significant that all these foxgloves spring up on the place where I’m about to build our house and go to live and let you fade in the night air, surviving with what dust is left of you here. Now you will recede into the paintings.

Mount Eerie, Two Paintings By Nikolai Astrup
Now Only (P.W. Elverum and Sun., 2018)

Nikolai Astrup, Foxgloves (1925)

mercredi 4 avril 2018

Live your life

Déjà un nouvel album de Mt Eerie. Phil Elverum avait visiblement encore pas mal de choses à chanter après le décès prématuré de son épouse Genevieve.

Musicalement peut-être un poil plus varié que le précédent, Now Only est toujours emprunt de l'infinie tristesse de son auteur, qui s'interroge désormais sur lui, son existence et son devenir. L'auteur semble recourir à l'écriture libre, de telle sorte qu'on suit son esprit vagabonder d'idées en considérations, et vice versa.

Dans "Two Paintings By Nikolai Astrup", il fait ainsi référence à deux peintures de cet artiste norvégien du début du XXème. Il m'a ici paru intéressant de les mettre en regard avec les paroles de ce morceau.

On commence par "Midsummer Eve Bonfire"

[cliquez pour agrandir]
[...] I sit and notice the painting of bonfires on the hillside and hanging smoke in the valleys wrapping back up through the fjord at dusk, hovering like scarves of mist draped along the ridges above couples dancing in the green twilight around fires, and in the water below the reflections of other fires from other parties illuminates the depths and glitters shining and alone.

Everyone is dancing and there’s music and a man climbs up the hill pulling a juniper bough to throw into the fire to make some sparks rise up to join the stars. These people in the painting believed in magic and earth and they all knew loss, and they all came to the fire. 

I saw myself in this one young woman in the foreground with a look of desolation and a body that looked pregnant as she leaned against the moss covered rocks off to the side, apart from all the people celebrating Midsummer. I knew her person was gone just like me. And, just like me, she looked across at the fires from far away and wanted something in their light to say 

“Live your life, and if you don’t the ground is definitely ready at any moment to open up again 
to swallow you back in, to digest you back into something useful for somebody". 

Meanwhile above all these Norwegians dancing in the twilight, the permanent white snow gleamed. [...] The man who painted this girl's big black eyes gazing, drawing the fire into herself, standing alone, Nikolai Astrup, he also died young, at forty seven, right after finishing building his studio at home where he probably intended to keep on painting his resonant life into old age but sometimes people get killed before they get to finish all the things they were going to do. 

That’s why I’m not waiting around anymore. 
That’s why I tell you that I love you. 
Does it even matter what we leave behind?

(à suivre...)

Mount Eerie, Two Paintings By Nikolai Astrup
Now Only (P.W. Elverum and Sun., 2018)

Nikolai Astrup, Midsummer Eve Bonfire (1915)

[détail]

dimanche 1 avril 2018

Des visages, des figures

Connu et reconnu pour ses paysages, Corot s'est également livré à la peinture de figures (certains portraits sont d'ailleurs restés dans son atelier jusqu'à sa mort). L'exposition actuelle à Marmottant entend mettre en lumière cette partie de son oeuvre (qui reste tout de même secondaire, avouons-le).

Sélection resserrée.


La dame en bleu (1874)
Moine blanc, assis, lisant (~1855)
La mélancolie (~1860)

lundi 26 février 2018

Détenues

Encouragée par Robert Badinter, la photographe Bettina Rheims a réalisé en 2014 une série de portraits de femmes incarcérées, intitulée « Détenues ». Ces portraits sont aujourd'hui exposés au château de Vincennes.

Lu, novembre 2014, Rennes © Bettina Rheims

La photographe explique :
" C'est compliqué de poser, mais là, c'est encore plus difficile. Lorsque ces femmes s’asseyent sur le tabouret, ce n’est que de la douleur, il faut essayer en quelques minutes de faire sortir d’autres émotions que cette douleur, essayer d’aller chercher au fond de soi quelque chose d'un peu apaisant" .

Ramy, octobre 2014, Poitiers © Bettina Rheims

Détenues, Bettina Rheims
(Jusqu'au 30 avril 2018 au Château de Vincennes)

mercredi 20 décembre 2017

Les amours suspendues

Je suspends le temps d'une journée le regard rétrospectif porté sur l'année musicale 2017 pour parler BD. La mise en avant de la librairie du Lieu Unique à Nantes m'a en effet donné envie de partager avec vous ces couvertures et ouvrages. Et puis, qui sait, ça pourra inspirer les retardataires pour Noël !

On commence par "les amours suspendues" de Mario Fayolle. Beau, profond, sensible et novateur... Les premières pages impressionnent direct. Vivement que je puisse lire la suite
(attention, gros livre)

D'autres jolis ouvrages (dont je ne sais rien, j'avoue) :

Et enfin la bd didactique et instructive de Liv Strömquist (qui questionne là encore le regard posé sur le corps des femme). En le feuilletant, j'ai même appris ce qu'était les Sheela na gig, rendez vous compte (coucou PJ Harvey)
Si vous passez par le Lieu Unique d'ici la mi-janvier, profitez en pour faire un saut à l'exposition "Komorebi, Art brut japonais", vous y verrez tout un tas de choses jolies ou intrigantes, telles ce plateau de figurines minutieusement assemblées par Shota KATSUBE
(à partir de "serre-fils")


Mario Fayaolleles amours suspendues (Magnani, 20017)
Jeremy Perrodeau, Crépuscule (Ed2024, 2017)
Minaverry, Dora (L'agrume, 2012-2017)
Liv Strömquist, l'origine du monde (Rackham, 2016)

mercredi 21 juin 2017

Soutien

(face au réchauffement climatique)

Support, Lorenzo Quinn (2017)

jeudi 1 juin 2017

Treasures from the Wreck of the Unbelievable

En 2008, le vaste site d’un naufrage a été découvert au large des côtes de l'Afrique de l'Est, donnant créance à la légende de Cif Amotan II, un esclave affranchi d’Antioche (au nord-ouest de la Turquie) qui vécut du milieu du premier siècle au début du deuxième siècle de l’Ère Commune.

Dans l’Empire romain, les esclaves affranchis pouvaient trouver de grandes possibilités d'enrichissement et d'ascension sociale en s'impliquant dans les affaires financières de leurs anciens maîtres et patrons. L'histoire d'Amotan (parfois nommé Aulus Calidius Amotan) raconte que l'esclave cupide accumula, en acquérant sa liberté, une immense fortune qui lui permit de construire une collection d’artefacts provenant des quatre coins de l'ancien monde. Les cent trésors légendaires de l’affranchi – commandes, copies, faux, achats et pillages – furent réunis à bord d’un navire colossal, l'Apistos (« incroyable » en koinè grecque), qui était destiné à un temple construit par le collectionneur. Mais le navire fit naufrage, reléguant son trésor au domaine du mythe et donnant naissance à une myriade d’interprétations de cette histoire faite d’ambition et d’avarice, de splendeur et d'hubris.

La collection resta immergée dans les profondeurs de l'océan Indien pendant environ deux mille ans avant que le site ne soit découvert en 2008, près des anciens ports commerciaux de l'Azanie (côte sud-est de l’Afrique). Près d’une décennie après le début des fouilles, cette exposition (*) rassemble les œuvres retrouvées lors de cette extraordinaire découverte.

(*)
Treasures from the Wreck of the Unbelievable, Damien Hirst
@ Palazzo Grassi, Venise

Voici donc quelques uns de ces fabuleux trésors antiques, que j'ai eu la chance de voir sur place. Certains ont volontairement été laissés dans l'état dans lequel ils ont été sortis des profondeurs.

Demon with Bowl

Andromeda and the Sea Monster

?

Best Friends

mercredi 11 janvier 2017

Ma résurrection

Lorsque je serai mort par mort naturelle ou violente, si on trouve de l'argent dans mes poches, que les acteurs le boivent pour le salut de mon âme. Des biens mobiliers ou immobiliers je n'en ai pas, sinon ce corps coupable qui de toute façon ne m'appartient pas mais qui retournera à la terre mère : poussière à la poussière. Je demande seulement que ma tête ne partage pas le destin de mon corps et que mon crâne soit légué à une troupe de théâtre comme accessoire. Chaque fois que le fossoyeur en creusant et en chantant le jettera hors de la tombe de Yorick, et chaque fois qu'Hamlet le prendra dans ses mains et dira : "Ce crâne avait une langue, et pouvait chanter jadis", ce sera ma résurrection.

Notre crâne comme accessoire, collectif Les Sans Cou (2016)

samedi 17 septembre 2016

The understanding of form and colour

The predisposition to carve is not enough, there must be a positive living and moving towards an ideal. The understanding of form and colour in the abstract is an essential of carving or painting; but it is not simply the desire to avoid naturalism in the carving that leads to an abstract work. I feel that the conception itself, the quality of thought that is embodied, must be abstract - an impersonal vision individualised in the particular medium

Barbara Hepworth, sculptrice britannique (1936)

Citation lue dans le musée qui lui est consacré,
à St Ives (Cornouailles, Angleterre)