Affichage des articles dont le libellé est Arnaud Cathrine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Arnaud Cathrine. Afficher tous les articles

lundi 17 octobre 2011

Plus fondamental que la satisfaction narcissique

J'ai reproduit de nombreux textes ici abordant la Musique de manière générale (qu'ils proviennent de Kundera, Nietzsche, Kandinsky ou même des scientifiques), mais l'Ecriture encore jamais.

On besoin d'être admiré, aimé, terriblement besoin, c'est suffisamment laborieux et éprouvant d'écrire un livre pour qu'espère obtenir cette récompense qu'est l'admiration et qui touche un nerf beaucoup plus fondamental que la satisfaction narcissique: l'admiration pour un auteur, ça veut dire - oui, tu as le droit d'exister, toi qui en doutais, toi, qui pensais n'avoir rien à faire là, tu as le droit de cité. C'est une autorisation à exister. Mais voilà : au moment où l'admiration t'accorde le droit de cité, elle te sépare du lecteur. Ce qui est arrivé, c'est entre le livre et le lecteur. Toi, tu deviens une sorte d'intrus, quelqu'un qui a usurpé l'identité du livre et qui se présente sous son nom. Tu es assez étranger à ça. Alors après, tout peut arriver, de vraies rencontres, ou même furtives, mais il n'y a rien de plus étrange qu'une conversation, une rencontre, une liaison, une histoire d'amour avec quelqu'un dont tu ne sais rien et qui a cette avance sur toi : celle d'avoir lu tes livres et celle de l'admiration. L'admiration est la plus belle chose que puisse recevoir un auteur mais elle fausse d'entrée de jeu le pied d'égalité sur lequel n'importe quelle rencontre a besoin de s'appuyer.

Arnaud Cathrine, Les histoires de frères (2005)

mercredi 21 janvier 2009

More revery

Ce Weekend, il y a aura eu beaucoup de choses...
J'en ai pris certaines en photo

Arnaud Cathrine, Florent Marchet et Valérie Leulliot, que je recevais Samedi à Radio Campus Paris, pour parler du roman musical Frère Animal.



"Écoutons ces gens, qu'ils soient Chipaya, Yanomami, Afar, écoutons ces gens, et donnons-leur un peu la parole afin qu´on puisse les entendre s´exprimer dans leur langue, avec leur façon de parler, leur expression du visage."

Raymond Depardon


Raymond Depardon, Paul Virilio - Terre Natale, Ailleurs commence ici
jusqu'au 15 mars à la Fondation Cartier
http://fondation.cartier.com/


Je termine en mentionnant la mise en ligne de Top Tape vol.9...

...ici

samedi 3 mai 2008

Julie

Julie, seule figure féminine du roman musical Frère animal, outre bien sûr l'Entreprise personnifiée (La Mère Nourricière),
Seul "enfant" à échapper - temporairement - à l'emprise de la Mère, à passer "entre les mailles du filet".
Seule lumière du roman.
Elle s'adresse ici à Thibaut, le personnage central de cette histoire.



Si tu veux me perdre, il te faudra me décevoir bien plus que ça
Passer les bornes d'un autre état
Aller plus loin
Tu n'y es pas
Te donner les moyens que je perde les miens et que je déchante enfin

Pour me désarmer, il te faudra plus d'acharnement au combat que tu n'en as jamais montré.
Auras-tu l'âme des guerriers?

Toi, l'enfant, tes promesses de sang
Et dans la voix, ces airs qui ne te vont pas

Désolée, je suis dure à la douceur
Désolée, je suis sûre de ta douleur
Et je laisse passer les heures

Si tu continues à me chercher, à vouloir me décourager, je crains que tu ne sois déçu, j'ai l'endurance du déjà-vu

Rappelle-toi ces croix que je ne ferai pas sur ton cas
Je ne renoncerai pas

Tu fais des merveilles, rien n'est pareil, quand tu crois que tes coups m'atteignent
Tu finiras par t'épuiser et revenir les yeux percés

Je ne suis pas de celles qui baissent les bras quand un enfant compose un rôle de tyran

Désolée, je suis dure à la douceur
Désolée, je suis sûre de ta douleur
Et je laisse passer les heures

Si tu veux me perdre, il te faudra me blesser mais tu ne sais pas


Valérie Leulliot - Désolée
Arnaud Cathrine, Florent Marchet - Frère Animal (Editions Verticales, 2008)
www.myspace.com/frereanimal

samedi 12 janvier 2008

Juste : la pudeur

Une célibataire de trente ans peut être très heureuse, vous m'angoissez, toutes, avec votre sacrot-saint cap des trente ans, je ne vois pas où est le problème. Je vis très bien avec moi-même et les plages de solitude que je connais entre deux liaisons me comblent. Parce que oui, il m'arrive d'avoir des liaisons, parfois même des histoires, excuse-moi du peu, je suis navrée de t'apprendre que tu ne sais pas tout, j'aime bien parfois garder certaines choses pour moi, et ne fais pas cette mine, je vois bien que ton premier mouvement est d'être vexée, je ne t'ai pas tout dit car vois-tu : je revendique le droit de vivre dans un autre monde que celui de Bridget Jones. Tu es mon amie mais je ne te dis pas tout, l'amitié n'a jamais été proportionnelle à la transparence infecte ou, tout du moins, tristement banale qui nourrit les conversations entre copines. Il me semble avoir l'élégance de réserver des mets un peu plus délicats à mes amies, alors non tu ne sais pas tout, et alors? Les amies manquent cruellement d'imagination. Les amies s'entêtent à vouloir plaindre la pauvre et pathétique célibataire, sans imaginer une seconde que ladite nonne a vraisemblablement une vie qu'elle ne daigne pas partager. Alors, découvrant le méfait, les amies se déclarent meutries ou trahies de n'avoir pas été tenues au courant dans les plus brefs délais. Elles finissent par reconnaître qu'elles t'ont crue frigide puis lesbienne. Rien de tout ça, merci au passage pour les lesbiennes, non rien de tout ça, juste : la pudeur. Tu sais, cette chose devenue rare au point de passer pour quasiment subversive. Mais attention : personne n'a dit que tu n'étais pas digne d'être dans la confidence. Juste : la pudeur.


Arnaud Cathrine - La disparition de Richard Taylor (2006)

jeudi 4 octobre 2007

En vieillissant peut-être... (Part III)

Ô elle est partie
Notre jeunesse
Il s en ait fallu de peu
Ô mes amis
Changez d'adresse
Je voudrais devenir vieux
Ô les orties
Que l'on caresse
N'ont plus rien de merveilleux
Ô aujourd'hui
Plus rien ne presse
Je voudrais devenir vieux

J'y crois à peine
Ce bruit dans mes veines

Avant je ne donnais
Pas très cher de ma peau
Avant je m'abîmais
Pour paraître plus beau
Je ne voudrais pas vieillir pour rien

Ô elle s'est enfuie
Quel jour était-ce
Quand j'ai coupé mes cheveux
Ô l'ennemie
Je me redresse
Tu m'appelleras monsieur

Ô ma prairie
Comme je m'engraisse
Maintenant je vis à deux
Ô ébloui
Pris de vitesse
J'en aurais les larmes aux yeux

J'y crois à peine
Ce bruit dans nos veines

Avant je ne donnais
Pas très cher de ma peau
Avant je m'abîmais
Pour paraître plus beau
Je ne voudrais pas vieillir pour rien

Florent Marchet - Notre Jeunesse
Rio Baril (Barclay, 2007)
www.myspace.com/florentmarchetmusic

mercredi 3 octobre 2007

En vieillissant peut-être... (Part III)

J'ai 35 ans et je n'en reviens pas. Disons que ça ne veut rien dire pour moi, si ce n'est le fait que je commence à apprivoiser ce corps capricieux et mutant. J'accepte la trahison de la peau, des cheveux. Je multiplie d'ailleurs avec plus ou moins de succès les expériences pharmaceutiques à base de shampooings antipelliculaires traitants, à la menthe ou au musc, selon les soirées arrosées ou non. J'apprécie les cures revitalisantes, les jus de bouleaux ou d'argousiers. J'aime l'idée d'un jet de Kärcher pour le corps, des poumons jusqu'à l'estomac en passant par le gros intestin dont la paroi doit être semblable aujourd'hui à des planches poreuses et merde, je devrais quand même penser à autre chose.

Notre appartement est calme et donne sur une rue à sens unique bordée de platanes, torturés jusqu'aux moignons par des cantonniers sans scrupule, la mairie a d'ailleurs décidé de les abattre (je veux dire les arbres) pour des questions de sécurité, à cause de l alcool, des voitures ou de la téléphonie mobile. Les voisins se sont rapidement mobilisés ainsi qu'une poignée d'écologistes en défilant devant la mairie brandissant des calicots ou il était question au feutre vert de citations orientales sur la nature et les hommes. Des landaus plus ou moins cossus les accompagnaient, donnant au convoi un caractère agréable, sincère et printanier. Nous n'avons pas osé nous joindre à eux. Pourtant il y a quelques mois de cela, j'étais monté pour la première fois jusqu'au dernier étage de l'immeuble pour assister à une pendaison de crémaillère. J'avais longuement hésité car mon indifférence envers mes voisins de palier m'a souvent donné raison. Vivre en appartement, ca n'est pas seulement apprendre des règles mais imposer. Il faut maintenir la distance animale nécessaire, se contenter d'un bonsoir dans l'escalier ou d'une modeste analyse météorologique. Ce soir-là, je n'avais tout simplement pas envie d'être seul avec elle, surtout lorsqu'on entend des rires dopés par le champagne traverser le papier à cigarettes qui me sert de plafond. J'avais discuté longuement avec un type du 4ème, qui cherchait depuis un certain temps un emploi et sans aucun doute de la compagnie. Nous étions tombés d'accord sur le fait que la piscine n'était pas si loin, et qu'il fallait dorénavant prendre soin de nous puisque pendant notre jeunesse, on en avait bien profité. J'avais par conséquent proposé (à deux, c'est plus stimulant) des séances de dos crawlé, de brasse papillon, de préférence en soirée. Pourtant les éclairages de piscine me révulsent. La plupart du temps, les pulvérisations accidentelles de chlore dans les narines me brûlent les sinus. J'ai tout naturellement laissé traîner les choses. D'ailleurs, lui non plus ne m'a pas appelé. Rien à foutre. Depuis peu, j'ai recommencé à déconner.

Florent Marchet - J'ai 35 ans
Rio Baril (Barclay, 2007)
www.myspace.com/florentmarchetmusic
Arnaud Cathrine