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dimanche 13 avril 2025

Et j'ai ri

Dans "la meilleure version de moi-même", Blanche Gardin, qui joue son propre rôle, décide de mettre un terme à sa carrière sur les planches afin de se consacrer à la recherche de son bien-être, d'elle-même. La série est éminemment caustique, et, si l'autodérision est une cause identifiée du mal-être du personnage, il est remarquable que l'autrice joue au contraire à se portraiturer en "pire version d'elle-même", s'amusant ainsi de son image.


Dans l'extrait suivant, la Blanche Gardin de la série annonce sa "retraite" à son agent.


— Comment tu vas gagner ta vie en attendant ? parce que ça prend un peu de temps...
— Bah, en attendant je me disais que peut-être tu pouvais me trouver un truc comme Marion [Cotillard, ndlr]... Un truc qui me mette ne valeur.... Où on me voit plus souvent... les arrêts de bus...
— Egérie
— Egérie, c'est ca !
— Tu veux faire égérie ?!
— Oui
— Pour... ?
— Ben...
— Naturalia !
— Naturalia...? tu crois ? Ah tu te fous de moi
— Non, je me fous pas de toi... Je cherche. Alors, Dior, Chanel, tout ça, on oublie, bien sûr.
— Pourquoi ?
— Mmmm... Parce que... c'est plus... le mystère, toujours
— Mais putain, c'est à cause de trois sketches sur mon colon ?
— Non... ca dépend pour quel produit
[son assistant personnel] : — Pour une bière ?

J'avoue avoir pouffé en entendant "Naturalia": tellement juste !
-
La Meilleure Version de moi-même, Blanche Gardin (2021)

jeudi 15 mars 2018

Beautiful people

La "feel good" chanson du jour, signée For Stars (un de ces groupes que j'ai découverts en 2000/2001 sur cette merveilleuse plateforme mp3 pour groupes/labels indés qu'était Epitonic).


We are all beautiful people
We are only fools
Because we think we're fools

If I could, I'd fill your hands with diamonds
I'd make you see the good in me

We are all going to no place
We're eternally
Continuing

If I could, I'd free your heart of pain
It's what I'd do, cause I love you

For Stars - If I Could
We are all beautiful people (Acuarela, 2001)

dimanche 23 mars 2014

Par chez nous


" Il me semble que quand on grandit dans une grande barre de 500 mètres de long sur 100 mètres de haut, avec 5000 colocataires dans le même immeuble, et puis que de sa fenêtre, on voit 5000 autres fenêtres avec 5000 autres colocataires et puis qu'à gauche encore, il y a 5000 autres fenêtres et encore des barres, et que sa fenêtre à soi, quand on est dehors, on la voit c'est un tout petit cube parmi 5000 autres petits cubes, on n'a pas la même conscience de soi que quand on a une maison, ou tout simplement un chez soi qui ne soit pas le même chez soi que tous les gens que tu connaisses. "

Pascal Bouaziz (Mendelson) dans
"Les lieux de Mendelson" (Documentaire, 2002)


Autre "docu" mendelson (plus long, avec interview aux thématiques plus larges) :
Moindre poésie - http://dai.ly/xacuka

mercredi 6 mai 2009

En quête de sens

Quelque part à Niort... ou plus exactement dans la Zone d'Activité de Chauray.

Une de ces nuits passées loin de tout, et comme souvent en déplacement, sans avoir grand chose à faire. Dans ces cas-là, il faut donc tâcher d'en tirer le meilleur parti.

L'idée première qui vient à l'esprit est celle du sommeil réparateur... même si personnellement, je ne suis jamais parvenu à la mettre en pratique. Selon la localisation de l'hôtel, on peut aussi tâcher de profiter des alentours... Hier, dans un coin aussi perdu, ceci n'a pu se traduire que par "aller courir". Ce soir-là, après un terne dîner, je suis allé faire quelques foulées et ai pu rapidement gagner des chemins déserts à travers champs... et ça, c'était bien !

S'en suit parfois le plaisir coupable du bain (à proprement parler), concept abandonné depuis mes sept ans... Plaisir "coupable", parce que tout de même,
toute cette eau, c'est pas bien.

Il existe malgré tout une activité dont l'intérêt est supérieur à tout cela, pour peu que le calendrier s'y prête : Regarder "Confessions Intimes" sur TF1. Etre à l'hôtel le soir d'une diffusion de "Confessions Intimes" et tomber dessus, est une chance, sinon un signe.

"Confessions Intimes" est une émission filmant le quotidien de gens "simples", s'étant la plupart du temps laissés enfermer au fil des ans dans une vie de merde : le plus souvent, on y voit un couple rongé par la possessivité maladive ou la jalousie exacerbée de l'un, ou bien la passion dévorante de l'autre (pour sa voiture, son chien, Johnny Hallyday, la chirurgie esthétique...). Heureusement, une psy intervient à la fin et résout tout. Ouf...

"Confessions Intimes" montre un monde dans lequel la soirée TV sur le canapé du salon (de préférence recouvert d'une housse à fleurs) est l'image du bonheur parfait pour un couple de 24 ans, un monde dans lequel un jeune homme portant le "mulet" et sortant en boîte chaque Samedi soir est qualifié de "branché", un monde qui doit être le même que celui de certaines personnes de ma boîte qui désignent leur femme par le terme "maman" (oui, je sais, ça fait peur).



Au final, on quitte cette émission et ces personnages, rassuré, et persuadé d'être intelligent, sain d'esprit, à l'écoute de l'autre et attractif.

En négatif, je trouve qu'on y mesure également le bien fait des Etudes, de l'Education en général, et de la Culture, qu'il s'agit de rendre accessible à tous. J'entendais l'autre jour je ne sais plus quel écrivain expliquer qu'il voyait le Salut de notre époque dans la Culture. Là où aujourd'hui la reprise de la (sur-) consommation est attendue avec impatience, nous pourrions donc puiser dans cette ressource illimitée.


Quelques photos pour finir. J'ai pris la première (ci-dessus) depuis ma chambre de l'hôtel. Celles qui suivent, sur le chemin du retour.


samedi 13 septembre 2008

La honte

J'avais déjà vu Mendelson à deux reprises cette année, il n'empêche que le concert d'hier au Point FMR fut un très bon moment. C'était "Mendelson & Friends", soit au final une formation guitare, guitare, batterie, trombone + projections vidéos. Le concert a débuté à 22h et des brouettes, histoire sans doute de laisser le temps aux spectateurs de Tortoise de rallier le canal St Martin... Courte intro cuivrée, puis petit speech de Pascal Bouaziz, en mode pince-sans-rire: vraiment drôle. Avant que ça commence pour de vrai, il lance un salut au public, "qui ne doit pas aller très bien, puisqu'il écoute Mendelson".
Je retiens les versions de Pinto, Monsieur, Bientôt niveau zéro, Le monde disparaît, l'ardêche, et La honte (morceau sur le thème de la 'transmission' d'un père à son fils, dont je reproduis ici les paroles).

Si tout se passe bien, vous pourrez écouter tout ça à la radio.


La honte, ça vous possède plus que l'odeur sous vos aisselles, y a pas de traitement pour ça, y a pas de remède, y a pas de déodorant. Quand ma femme m'a quitté, que je lui ai demandé un peu d'argent, mon père m'a dit qu'il était tellement désolé, mais qu'il pourrait pas, même en le voulant. Ma mère a fait du café, je la voyais remuer la tête, parler toute seule dans la cuisine, depuis l'ombre dans l'entrée. Je suis resté dormir pendant un an. La bohème... c'est joli comme mot. Il y a d'autres mots moins poésie. La honte, elle est là tout le temps, elle est même là pendant le sommeil, elle est là sans qu'on y pense, même, elle est là même en jouissant. Même en jouissant. Et je vois mon fils maintenant et je sais qu'il sera pareil. Il me regarde comme si c'était sa faute, comme si quelque part il était responsable comme si c'était vraiment pas de veine pour nous qu'il soit là à table. Je le vois qu'il a honte de lui-même, et je le vois qu'il a honte pour sa mère, et je le vois qu'il a honte pour moi, mais ça a jamais servi a personne que je le vois. Quand je viens les voir les dimanches, sa mère lui dit de reprendre, il dit qu'il n'a plus faim, je reprends une bière, elle fume, il essaye de sourire à sa maman, il quitte plus la table, il ose rien. On reste là lui, elle et moi, on voit la nuit qui tombe entre temps sur les restes du repas. Je leur dis qu'il faut me faire confiance, comme ça pour voir dans le silence si à force je me croirais moi-même. Je le regarde et je vois qu'il a confiance et ça me tue qu'il ait confiance en moi. Je le vois bien que c'est mon fils, je le vois bien que je suis pas fier; je le regarde en biais et je me dis que j'ai jamais aimé les dimanches, et les lundis non plus et pas non plus moi-même, et pas plus les jours d'hiver et pas plus le printemps.

Mendelson - La honte
Personne ne le fera pour nous (Rec Son, 2007)
www.myspace.com/mendelsonlegroupe

vendredi 25 juillet 2008

A perfect lie

Hier dans la rue...



Le corps désincarné et photoshopé promu
au rang d'idéal (accessible). Cela fait très vite penser à Nip/Tuck :



Make me beautiful /Make me........
a perfect soul /a perfect mind / a perfect face
a perfect life

Une vision également dénoncée par une des marques 'beauté' du groupe Unilever, notamment au travers de cette publicité virale.


On évitera cependant d'y voir d'avantage qu'un positionnement marketing différenciant.

Plus libre, drôle et instructif, je vous recommande plutôt le blog Photoshop Distasters et son lot d'images de presse retouchées, de postures impossibles, de difformités, mains oubliées, etc...

" What, run out of two-legged models or something? "

Pour finir cet article touffu, une chanson de Pulp (dédiée à la mémoire de Lena Zavaroni)

Sitting alone on a cold bar stool,
Your cold, hard eyes make me feel a fool.
Pastel-white features, High cheek-bones,
Scarlet-blooded lips and deathly tones.

The girl of my nightmares,
Sultry and corpse-like.
The girl of my nightmares.

Brittle fingers, And thin cigarettes,
So hard to tell apart,
She hasn't spoken yet.
You put your hand on mine,
Death white on brown,
Those whirlpool eyes;
Well, I begin to drown.

The girl of my nightmares,
Erotic and skull-faced.
The girl of my nightmares.

Anorexic beauty,
Feather-weight perfection,
Anorexic beauty,
Underweight Goddess.

Sitting alone on a cold bar stool,
So hard to tell apart, she hasn't spoken yet.
Pastel-white features, High cheek-bones,
Scarlet-blooded lips and deathly tones.

The girl of my nightmares,
Sultry and corpse-like.
The girl of my nightmares.

Anorexic beauty,
Feather-weight perfection,
Anorexic beauty,
Underweight Goddess

Pulp - Anorexic Beauty
Freaks -
Ten Stories about power, claustrophobia, suffocation and holding hands

(Fire records, 2006)

vendredi 2 mai 2008

I’m happy now but for how long?

A nouveau des lyrics de Malcolm... Sombres à outrance; Je me demande toujours comment peuvent réagir des amis, parents ou proches à l'ecoute de telles paroles (idem pour Mendelson)


On a Monday night I’m nothing
on a Tuesday night I’m nobody
on a Wednesday Thursday Friday night I’m sad
Then the weekend comes to haunt me
Of all the places I should be
Minding me of the best times I ever had

So there’s nothing wrong with being alone
No need to call the doctor
Sometimes people need to be by themselves
And there’s nothing weird about hating yourself
When you’ve seen the hours I’ve spent
Darkness comes and darkness goes
Just like my good times went

Old and driving
Tired from straying too far
My head won't give me a break
And the rest is making my history
I never seem to make the right decision anytime
I need to crash this piece of shit into a tree that fits

So I don’t know how to finish this song
I’m happy now but for how long
I’m a sad tune and I’ll have to keep the tone
Well it’s only a matter of time before I feel like shit again
I’m a happy army marching to defeat


Malcolm middleton - Monday Night Nothing
into the woods (chemical undergroung, 2005)
www.myspace.com/malcolmmiddleton

dimanche 20 avril 2008

Give me Wings

Booth and the Bad Angel, album sous-estimé réunissant Tim Booth (James) et Angelo Badalamenti (compositeur des B.O. de Lynch). On cherche encore le lien. J'ai l'ai ré-écouté plusieurs fois ces derniers jours. Des paroles assez mystiques, ici


What a journey
So hard to describe
Your harbour so small
The ocean so wide
Spin the wheel, spin the wheel
Go wherever she spins
Surrender to this wave that's rolling in

Homing fingers
Starting to dig

Raising expectations
Lifting the lid
There's a show going down
Going deeper within
I long to lose myself
Inside your skin

What a feeling under the stars
My body's rotating from Venus through Mars
There's a war going on
between my head and my heart
I wonder how they grew
So far apart

I'm so shaken, about to explode
The myth of kissing princes
is they turn into toads
There's a war going on
between the sun and the moon
Before they come to terms we'll be consumed

Oh my god, please take me now
I'm ready for ascension
If I only knew how
Give me wings give me wings
Now I'm stuck on the ground
Receive this blood and bones
I'm homeward bound

See the statue growing wings
This singer was a virgin
Until he conceived
God is love, God is love
And her lover I'll be
I long to leave the world in ecstacy

Dance with me around this fire
The dance of bad angels who'd love to fly higher
God is love, God is love
And her lover I'll be
I long to lead the world in ecstacy


Tim Booth & Angelo Badalamenti - the dance of bad angels
Booth and the Bad Angel (1996, Mercury)
www.myspace.com/jamesisnotaperson

mardi 5 février 2008

Deluded and obscene

Got a sense of an overactive imagination
And a rather lonely girl
And someone I'd never know,
Sitting in her bedroom
With a neat pile of dolls and bears
With ridiculous names
The days pass unbearably
Another wee, another year
Wasting so much of what I'm given
A lack of desire to live
Does not amout to a need to die
And I have so much i want to live for
But nothing I would die for
I am a pitiful selfish and obscene
Ridiculous emasculated deluded and obscene

Misophone - Deluded and Obscene
Where has it all gone, all the beautiful music of our grandparents? it died with them, that's where it went... (Kning Disk, 2007)

lundi 17 décembre 2007

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Ce texte est incroyablement puissant. Le cheminement des pensées d'un homme qui arrive à la conclusion que le suicide est sa seule liberté... Parvenu à ce point, il entrevoit soudain une lumière, qui au fil des pensées se transformera en "raison de vivre". Un long processus sûrement étalé sur des années, et ici condensé en un texte. Profitons en.

Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n'ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'où je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l'athée. Je n'ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n'était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m'atteindrait moi-même car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que connaît l'être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l'apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n'atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d'un souffle de vent dans la cime d'un arbre, je me dépêche de m'emparer de ma victime.

Qu'ai-je alors entre mes bras ?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l'effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un coeur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.

Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !

Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : d'un coté par les bouches avides de la gourmandise, de l'autre par l'amertume de l'avarice qui se nourrit d'elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l'orgie et l'ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n'est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d'une excuse : le pardon. L'idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu'elle n'est que l'image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n'est qu'une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n'est qu'une trêve entre deux jours.

Mais l'humanité n'a que faire d'une consolation en forme de mot d'esprit : elle a besoin d'une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c'est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu'il y parvient.

Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n'est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l'obscurité et les jours par les nuits, c'est un voyage imprévisible entre des lieux qui n'existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l'éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n'est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n'enrichit que les Suisses !

Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m'entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l'eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n'est une consolation pour le fait que la mort est ce qu'il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu'elle veut nous faire oublier !

Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m'assurer que ma vie n'est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l'offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n'aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le coeur du monde. Que devient alors mon talent si ce n'est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !

Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n'aie pas peur des lois ! Mais qu'est-ce que ce bon conseil si ce n'est une consolation pour le fait que la liberté n'existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s'avise que l'être humain doit mettre des millions d'années à devenir un lézard !

Pour finir, je peux m'apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l'effet d'une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !

Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l'eau ou l'oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu'accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n'existe pour moi qu'une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l'intérieur de ses limites.

Mais la liberté commence par l'esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l'indépendance. On dirait que j'ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d'être un homme libre, et c'est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m'aperçois que toute ma vie semble n'avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m'apporter la liberté m'apporte l'esclavage et les pierres en guise de pain.

Les autres hommes ont d'autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de ne pas oser l'employer, de peur de l'avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j'ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l'oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l'esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.

Mais, venant d'une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s'approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l'heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n'a le droit d'énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s'étioler. Car si ce désir n'existe pas, qu'est-ce qui peut alors exister ?

Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n'a le droit d'exiger de la mer qu'elle porte tous les bateaux, ou du vent qu'il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n'a le droit d'exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n'est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l'on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.

Ce n'est qu'en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l'éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l'éternité ? Ma vie n'est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j'aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n'est pas l'étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n'atteint que les ouvrages avancés de ma vie.

Mais tout ce qui m'arrive d'important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l'on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l'espace d'une seconde ou l'espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.

Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l'on exige de moi. Ma vie n'est pas quelque chose que l'on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n'est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n'accomplit pas de performance : ce qui est parfait oeuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l'homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L'important est qu'il fasse ce qu'il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.

Je peux même m'affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l'idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu'elle constitue en me dispensant d'accrocher ma vie à des points d'appui aussi précaires que le temps et la gloire.

Par contre, il n'est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l'oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c'est que l'homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l'homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C'est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l'oiseau et que l'animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l'être humain puisse prouver qu'il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?

Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l'instant que je le fasse à l'intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n'ai rien à opposer que moi-même – mais, d'un autre côté, c'est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s'exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n'aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.

Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu'une consolation et plus grande qu'une philosophie, c'est-à-dire une raison de vivre.



Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952)

Stig Dagerman est un écrivain et journaliste suédois né en 1923. Dès 1949, la peur de ne pas être à la hauteur des attentes du public le paralyse complètement. Il se suicide en 1954, soit un an après l'écriture de ce texte.

vendredi 14 décembre 2007

Bad people happen to things like me

Bad people happen to things like me.
I broke across the room in waves and drown you in your dress.
Bad people happen to things like me.
Dogs appear and disappear.

It's push, push but we don't kiss.
Everything I say to you is code for something else.
Why do you make love like this?
I can see the subtlety, the rising sea, suddenly.
It's push, push but we don't kiss.
Everything I say to you is code for something else.

Sleep master, sleep.
Erase something, erase something, erase something sweet.

Bad people happen to things like me.
Bad people happen to things like me.
I broke across the room in waves
and drown you in your dress.
Bad people happen to things like me.

Troy von Balthasar - Dogs
s/t (Olympic Disk, 2005)
www.myspace.com/troyvonbalthazar

jeudi 22 novembre 2007

My friends kill my folks

my friends kill my folks in front of me
my friends kill my folks and they're not even sorry
they say the line is thick between crying and crying
they say the line is thick between dying and dying

i hardly ever listen and i don't steer
but i do hear and i often peer
at the features of men through my glasses
through my pictures and through their faces
it's the only thing that keeps me awake
through some nights and all kinds of mornings
when you hate yourself it's the mirror you break
you won't find ears that fit your earrings

i once was used to killing and double talking
i wasn't writing then, not even smoking
so i know how it feels to hate your own guts
and rest your sick ego on ifs and buts
and i don't see a line and i don't give a damn
i see a surface and i feel its thickness
and what i see from where i am
is so obvious not seeing it is a sickness

Herman Düne - my friends kill my folks
Mas Cambios (track&field, 2003)
www.myspace.com/therealhermandune
www.myspace.com/therealstanleybrinks

samedi 27 octobre 2007

Halfway through

Ma chanson préférée de l'album. Glenn Johnson écrit toujours des paroles dans lesquelles je me reconnais, ce qui est une performance, vue l'imposante discographie de Piano Magic.
Pas entièrement cette fois. Pourtant le titre même de la chanson - et donc son refrain - ont résonné dans ma tête pendant un bon moment :

"H a l f w a y t h r o u g h"

My youth, I could not drag it
I could not bring it with, so I ended up without
The house was razed, the spark was dowsed
The looks have gone but I soldier on
I'm halfway through
I'm halfway through
Oh, where to go and what to do?

Well, I came of age then I withdrew
Well, I came of age, then hitherto

Halfway through
Halfway through
Oh, where to go and what to do
Now everything is overdue?

The mirror needn't bother
For I'll never know tomorrow

Well, I came of age then I withdrew
Well, I came of age, then hitherto

Halfway through
Halfway through
Oh, where to go and what to do
Now everything is overdue?


Piano Magic - Halfway Through
Part Monster (Important Records, 2007)
www.myspace.com/lowbirthweight

dimanche 26 août 2007

Sans moi

Je vis ma vie, ça va
je vois mes amis, je suis sympa
le week-end, c'est famille
la semaine, c'est tranquille
ça va

Un jour tire l'autre,
mais des fois je suis assis, je suis là
je souris et puis je ne suis plus là,
ça va, moi-même, je ne me sens plus là.
c'est sourd et puis ça flotte,
tout autour de moi
c'est comme une mer morte
qui pèse au fond de moi

Et des choses vivent à l'intérieur,
des choses vivent dans les profondeurs
des choses vivent... sans moi
des choses vivent sans moi... comme toi

Comme toi, je ne suis plus là
ça va
Je t'appelle jamais, je peux pas et pourquoi...
pour quoi faire, alors voilà.

Tu sais, je m'inquiète,
tu sais, je m'inquiète pour toi

Mendelson - Sans moi
Personne ne le fera pour nous (Rec Son, 2007)
www.myspace.com/mendelsonlegroupe

vendredi 20 juillet 2007

tout sera oublié et rien ne sera réparé

Words from...
La Plaisanterie, Milan Kundera

Et comme Lucie m'était devenue un passé définitif (qui en tant que passé vit toujours, et en tant que présent est mort), lentement elle perdait pour moi son apparence charnelle, matérielle, concrète, pour de plus en plus se défaire en légende, en mythe écrit sur parchemin et caché dans une cassette de métal déposée au fond de ma vie.
-
Une vague de colère contre moi-même m'inonda, colère contre mon âge d'alors, contre le stupide âge lyrique, où l'on est à ses propres yeux une trop grande énigme pour pouvoir s'intéresser aux énigmes qui sont en dehors de soi et où les autres (fussent-ils les plus chers) ne sont que miroirs mobiles dans lesquels on retrouve étonné l'image de son propre sentiment, son propre trouble, sa propre valeur.
-
Ajournée, la vengeance se transforme en leurre, en religion personnelle, en mythe chaque jour davantage détaché de ses propres acteurs qui, dans le mythe de la vengeance, restent inchangés bien qu'en fait ils ne soient plus ce qu'ils étaient: un autre Jahn a devant lui un autre Zemanek et la gifle que je lui dois ne peut être ressuscitée, ni reconstituée, est perdue à jamais.
[...]
Oui, j'y voyais clair soudain: la plupart des gens s'adonnent au mirage d'une double croyance: ils croient à la pérennité de la mémoire (des hommes, des choses, des actes, des nations) et à la possibilité de réparer (des actes, des erreurs, des péchés, des torts). L'une est aussi fausse que l'autre. La vérité se situe juste à l'opposé: tout sera oublié et rien ne sera réparé. Le rôle de la réparation (et par la vengeance et par le pardon) sera tenu par l'oubli. Personne ne réparera les torts commis, mais tous les torts seront oubliés.