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mardi 30 novembre 2021

Anything can hurt you

Quelque temps après avoir évoqué en interview le "Scènes de la vie conjugale" de Bergman, Hagai Levi, créateur / producteur / réalisateur israélien derrière "BeTipul" ("En traitement") se voyait contacté par un certain Daniel Bergman, fils du réalisateur suédois... qui souhaitait lui soumettre l'idée d'adapter la fameuse série (devenue film).

C'était il y a 8 ans... et "Scenes from a Marriage" existe désormais en tant que mini-série de cinq épisodes, avec pour acteurs principaux Jessica Chastain et Oscar Isaac (déjà vus ensemble dans "A Most Violent Year").

Si l'adaptation reprend quelques scènes ou dispositifs de l'original, c'est pour mieux les transposer puis s'en affranchir. On ne pourra, hélas, en dire guère plus sans dévoiler l'intrigue. Ne reste alors qu'à vanter le talent du réalisateur et surtout les performances des acteurs, dont le langage corporel  exprime à merveille petites gênes, désaccords ou vexations ; Sourire qui se fige, regard qui s'éteint, changement de posture, autant de signes montrant que l'ambiance a vrillé.


Le premier épisode reprend le principe de l'entretien avec le couple (souvenez-vous)... Alors que Jonathan quitte la pièce l'espace d'un instant, Mira, un tantinet gênée par l'exercice, se voit bien obligée de donner à son tour la recette d'un mariage réussi.

- Well, um... I think about it in terms of... an equilibrium. I think that in marriage, there is this very delicate equilibrium and that, um, you have to maintain it together.

- And what do you mean by equilibrium?

- Well, you know, at the beginning of a relationship, everything's thrilling and it's new and you feel as a couple that nothing can hurt you. Right. And then you gradually start to realize that actually, anything can hurt you.


Hagai Levi, Scenes from a marriage (2021)

jeudi 29 octobre 2020

Peur, insécurité, ignorance


– Sommes-nous en proie à un désarroi total?
– Toi et moi ?
– Non. Nous tous. 
– Qu'entends-tu par désarroi ?
– Peur, insécurité, ignorance... Le désarroi, quoi. Crois-tu que nous soyons entrain de dévaler une pente et chuter, sans savoir comment réagir ?
– Oui, je le crois.
– Il est peut-être déjà trop tard ?
– Oui. Mais ça, il faut le penser. Pas le dire.

Scènes de la vie conjugale, Ingmar Bergman (1974)

mercredi 9 septembre 2020

Que dire de plus ?

Bergman, c'est la réalité nue, crue, sans fard... comme dans ces "Scènes de la vie conjugale", série tv de six épisodes, remontée en film un an plus tard (donc en 1974). Au cours du premier épisode, nous faisons la connaissance de Johan et Marianne, dix ans de mariage, interviewés par une journaliste qui souhaite en dresser le portrait.

Journaliste: Comment vous décririez-vous en quelques mots ?

Johan : Ce n'est pas facile, ça. J'ai peur qu'on se méprenne sur ce que je dis... Je risque de passer pour un vantard si je me définis comme un homme intelligent, jeune, équilibré, brillant, belle situation et sexy. J'ai une conscience politique. Je suis cultivé, sociable. Que dire de plus ? Je suis amical, même avec les gens simples. Je suis sportif. Bon père de famille et bon fils. Je n'ai pas de dettes. Je paie mes impôts. Je respecte notre gouvernement quelles que soient ses options. J'adore la famille royale. Je ne suis plus croyant. Vous faut-il d'autres détails ? Je suis un amant fabuleux, n'est-ce pas ?


Journaliste: Laissons celà... Toi, Marianne, qu'as-tu à dire ?

Marianne: Que dire ? Je suis la femme de Johan et j'ai deux filles. Je ne vois rien d'autre.

Johan : Mais si. Réfléchis. 

Marianne: Johan est très agréable à vivre.

Johan : Merci, c'est gentil. [...]

Marianne: Je n'ai pas une aussi haute opinion de moi que Johan. Mais pour être honnête, mon existence me convient. J'ai une bonne vie, si vous voyez ce que je veux dire. Que dire de plus ? Ce que c'est difficile !

Johan : Elle est très bien faite.

Marianne: Tu plaisantes, alors que moi, j'essaie d'être sérieuse. J'ai deux filles : Karin et Eva.

Johan : Tu te répètes.

Scènes de la vie conjugale, Ingmar Bergman (1974)

Ce que m'inspire ce dialogue : Elevons nos filles pour qu'elles s'expriment haut et fort, éduquons nos garçons pour qu'ils écoutent la parole des femmes (et - pour le dire de façon non polémique - qu'ils soient sensibles à la notion de consentement).

mardi 26 mars 2019

The final move was made

RIP le grand Scott Walker... Comme on aime ici aussi Bergman, voici "The Seventh Seal", inspiré du film du même nom. 

Anybody seen a knight pass this way?
I saw him playing chess with Death yesterday
His crusade was a search for God and they say
It's been a long way to carry on

Anybody hear of plague in this town?
The town I've left behind was burned to the ground
A young girl on a stake, her face framed in flames
Cried I'm not a witch, God knows my name

The knight, he watched with fear, he needed to know
He ran where he might feel God's breath
And in the misty church, he knelt to confess
The face within the booth was Mr. Death

My life's a vain pursuit of meaningless smiles
"Why can't God touch me with a sign"
"Perhaps there's no one there", answered the booth
And Death hid within his cloak and smiled

"This morning I played chess with Death" said the knight
We played that he might grant me time
My bishop and my knight will shatter his flanks
And still I might feel God's heart in mine

And through confession's grille, Death's laughter was heard
The knight cried "No you've cheated me!
But still I'll find a way, we'll meet once again
And once again continue to play!"

They met within the woods, the knight, his squire and friends
And Death said "Now the game shall end"
The final move was made, the knight hung his head
And said "You've won, I've nothing left to play"

The minstrel filled with visions sang to his love
To look against the stormy sky
The knight his squire and friends, their hands held as one
Solemnly danced toward the dawn

His hourglass in his hand, his scythe by his side
The master Death, he leads them on
The rain will wash away the tears from their faces
And as the thunder cracked, they were gone

Scott Walker, The Seventh Seal

mardi 31 janvier 2017

Savoir qui je suis

Charlotte, mère d'Héléna, dans le train du retour, après un week-end éprouvant chez sa fille...

Paul, est-ce que tu sais que ma fille Héléna a de beaux yeux, un regard clair, un regard pur? Elle a les yeux de Joseph, et quand on lui tient la tête, elle peut soutenir votre regard. Est-ce que tu comprends comment elle a la force de vivre en souffrant comme elle souffre? Ma vie a moi a été magnifique, grosso modo, bien sûr, mais la sienne?
Je suis bien. Evidemment, je me sens un peu mélancolique, je ne peux pas dire le contraire, mais je me sens quand même bien, ça ne m'intéresse pas de savoir qui je suis, je m'en passe.

Ingmar Bergman, Sonate d'automne (1978)

jeudi 8 septembre 2016

Au nom de l'amour

Sonate d'automne, suite.
Ouais, je sais, ça rigole pas...

Une mère et une fille, quel effroyable amalgame de sentiments, de confusion et de destruction. Tout est possible, tout se passe au nom de l'amour. Il faudra que les infirmités de la mère soient transmises à la fille, que la fille paye pour les déceptions de la mère, que le malheur de la mère soit le malheur de la fille, comme si le cordon ombilical n'avait jamais été coupé. Le malheur de la fille, c'est le triomphe de la mère, le chagrin de la fille, la volupté secrète de la mère.

Ingmar Bergman, Sonate d'automne (1978)

mercredi 24 août 2016

J'existais de moins en moins

Retrouvailles mère-fille. Ambiance.

Tu commentais, tu racontais, je ne comprenais rien à ce que tu disais et je n'avais qu'une peur, c'était d'être démasquée et que tu ne découvres ma stupidité sans bornes. Je vivais comme paralysée mais il y avait une chose que je comprenais avec toute la clarté nécessaire : pas un iota de ce qui était vraiment moi ne pouvait être aimé ni même accepté. Tu étais comme une forcenée, j'avais de plus en plus peur, j'existais de moins en moins. Je ne savais plus qui j'étais puisque, à chaque instant, j'avais l'obligation de te plaire. Je n'étais plus qu'une marionnette maladroite dont tu tirais les ficelles. Je disais ce que tu voulais que je dise, je répétais tes gestes, tes mouvements pour recevoir ton satisfecit, il n'y avait pas une minute où j'osais être moi-même, même quand j'étais seule, puisque j'étais en désaccord violent avec tout ce qui était à moi. C'était atroce, maman, et je tremble encore de tout mon être quand je parle de ces années.

Ingmar Bergman, Sonate d'automne (1978)

vendredi 6 novembre 2015

L’heure du loup


L’heure du loup, c’est l'heure où la nuit fait place au jour. C’est l'heure où la plupart des mourants s'éteignent, où notre sommeil est le plus profond, où nos cauchemars sont les plus riches. C'est l’heure où celui qui n'a pu s'endormir affronte sa plus violente angoisse, où les fantômes et les démons sont au plus fort de leur puissance.

L'heure du loup, Ingmar Bergman (1966)

lundi 25 août 2014

La honte


Parfois, tout semble comme dans un rêve. Pas mon rêve, celui d'un autre. Mais j'y participe. Quand cet autre s'éveillera, aura-t-il honte ?

Ingmar Bergman, La honte (1968)


*
*      *

Et puis quelques autres plans, pour la route
(toutes avec Liv Ullmann, certes)

mardi 18 mars 2014

It must end somewhere


Les fraises sauvages, Ingmar Bergman (1957)

*
*     *

Marianne Borg: I saw you with your mother, and I was panic-stricken.

Professor Isak Borg: I don't understand.

Marianne Borg: I thought: That's his mother. An old woman, cold as ice, more forbidding than death. And this is her son, and there are light years between them. He himself says he's a living corpse. And Evald is growing just as lonely, cold and dead. And I thought of the baby inside me. All along the line, there's nothing but cold and death and loneliness. It must end somewhere.

samedi 15 mars 2014

Let us be kind, generous, affectionate and good


Fanny et Alexandre, Ingmar Bergman (1982)

Beaucoup des grands films de Bergman passent en ce moment au Champollion... (et quelques uns de ses mineurs à la filmo, juste à côté). L'occasion est à saisir 
(parce que, perso, ça fait des années que je guette ça)

mercredi 16 octobre 2013

Ne vous attendez à rien, c’est ça qui compte


" Ne vous affligez pas, ne soyez pas tristes. Ne vous attendez à rien, c’est ça qui compte. Nous attendons tous quelque chose. Tenez, moi, par exemple. Toute ma vie j’ai attendu. Toute ma vie je me suis senti comme sur un quai de gare. Et toujours j’ai eu l’impression que ce qui se passait n’était pas la vie, mais une attente de la vie, une attente de quelque chose de réel, d’important. Pas vous ? "

Le Sacrifice, Andreï Tarkovski (1986)


Le Sacrifice est le septième et dernier long-métrage de Tarkovski, sorti l'année de la mort du réalisateur. C'est un film franco-suédois, tourné sur l'île de Fårö [googlemaps], la fameuse "île de Bergman" (où se joue notamment Persona). Si les liens au réalisateurs suédois sont évidents, certaines scènes m'ont aussi fait penser à du Bela Tarr.

lundi 25 mars 2013

You said I am an empty page to you

Si beaucoup de personnes considèrent comme déprimante la moindre musique en mineur (ou un poil lente) et évitent avec soin tout contact prolongé, mon humeur à moi n'a jamais été affectée pour une musique trop triste, soit que ma jovialité soit indestructible, ou qu'au contraire un taux constant de mélancolie coulant dans mes veines m'immunise contre toute baisse d'humeur (je n'ai pas la réponse).

Ca ne m'empêche bien entendu pas de ressentir la beauté d'une chanson, ou d'être profondément touché.

Là, j'avoue, avec la disparition de Jason Molina, que ce morceau (candidat légitime à l'élection de la plus belle chanson du monde - j'en ai un certain nombre en réserve) a tendance à me plomber un peu.

Malgré cela, je l'ai écouté tout un tas de fois ces derniers jours (via youtube ; il faut dire que mes albums de Songs: Ohia sont tout au fond d'un carton de déménagement).
Je le partage avec vous ce soir (avec ses paroles).


Death as it shook you
You gave it a fool's look
You said I am an empty page to you
Give me your hand, give me you blood
Don't misunderstand
I once had all the words
I forgot all the words
Held the binding lightning
Began to burn away
We began to burn away
Held the binding the lightning
began to burn away
the body burns away

Songs: Ohia, the body burned away
Ghost Tropic (Secretly Canadian, 2001)



[Edit : J'apprends à l'instant que le label Graveface publiera le 24 avril prochain un tribute à Jason Molina. Le disque s'appelera "Weary Engine Blues", et l'argent récolté ira à la famille du défunt. Figurent dores-et-déjà dans la tracklist John Vanderslice, Mark Kozelek, Hospital Ships, Lucas Oswald, Jonathan Meiburg, Damien Jurado, Dreamend, Brown Bird, Haunt the House, TW Walsh, Phil Elverum, Alasdair Roberts, Scout Niblett, Jeffrey Lewis, Will Johnson, The Wave Pictures, Allo Darlin, Darren Hayman, Will Oldham et Herman Dune.

L'album sera accompagné d'une reproduction d'une oeuvre de Will Schaff, initialement destinée au songwriter. Il raconte: 

Back in January of this year, I received a message from a friend of Jason's, Tara Samaha. Like so many of us were, she was concerned. She was concerned for his safety, mental and physical health after receiving an alarming email. She felt he needed a map to help him through these troubled times and then asked that I make him one. I did. Sadly we were never able to land a concrete address for Jason, where we knew he would get the map. I know that he had lost things important to him over the past few years, for various reasons, so I wanted to be sure this got into his hands, and no one else. That said - sadly - the map was never delivered to him.


mardi 11 septembre 2012

Une grande joie

Que tout cela me paraît irréel en votre compagnie. Tout est devenu soudain indifférent. Je me souviendrai de cette heure de calme, des fraises, du bol de lait et de vos visages au crépuscule. Mickaël endormi, Jof et sa cythare. Je veux me souvenir de nos paroles et garder ce souvenir entre mes mains avec soin comme si c'était un bol rempli de lait frais. Cela me sera un signe, et une grande joie.

Ingmar Bergman, le septième sceau (1957)

mardi 28 juin 2011

Plus de rôle à jouer, plus de grimace


Tu crois que je ne te comprends pas? Rêver vainement d'être. Pas de paraître, mais d'être, réellement. À chaque instant, consciente, vigilante. Pourtant un abîme sépare ce qu'on est pour les autres et pour soi-même. Sensation de vertige et désir constant d'être enfin découverte, d'être mise à nu, découpée en morceaux et peut-être même anéantie. Chaque intonation, un mensonge, chaque geste, une tromperie, chaque sourire, une grimace. Se suicider? Oh non, c'est affreux. Ca ne se fait pas. Mais on peut refuser de parler. Ne plus bouger. Au moins, on ne ment pas. On peut se replier, se refermer sur soi. Alors plus de rôle à jouer, plus de grimace à faire, plus de geste faux. Du moins, on croit. Mais la réalité est obstinée. Ta cachette n'est pas étanche. La vie s'infiltre de l'extérieur et tu es obligée de réagir. Personne ne se demande si c'est réel ou non, si tu es authentique ou fausse. Il n'y a qu'au théâtre que ces questions comptent. Et encore... Je te comprends, Elisabet. Je comprends que tu te taises, que tu sois immobile, que tu aies créé une partition imaginaire à partir de cette apathie. Je te comprends et je t'admire. Tu devrais jouer ce rôle jusqu'à l'avoir épuisé. Qu'il ait perdu tout son intérêt pour toi. Ensuite tu l'abandonneras. Comme tu as quitté tes autres rôles les uns après les autres.

Ingmar Bergman, Persona (1966)

mercredi 22 juin 2011

I'm just here to help you

La Suède, ses lacs, ses habitations typiques, les peintures de Zorn... Quoi d'autre? Ses forêts, Herman Düne? Ca vient.
Ingmar Bergman? Oui.


Avant d'extraire des dialogues comme il est de coutume sur ce blog, des images... Car "Persona", c'est d'abord des regards.



Il y a ce visage d'Elisabet Vogler (Liv Ullman), allongée, que je choisis ici de redresser..


Ingmar Bergman, Persona (1966)