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samedi 26 août 2023

Combs-la-Ville

Tu n'as rien vu à Combs-la-Ville
Non tu n'as rien vu à Combs-la-Ville

"Combs-la-Ville"... Morceau marquant du premier album de Mendelson, sur lequel revient Pascal Bouaziz, dans l'avant-propos du recueil de ses textes.

Moi, bien sûr, à l'époque où je l'ai écrite, je ne connaissais pas du tout. Cette ville-là en tout cas. A l'époque je confondais avec Villemomble, que je ne connais pas non plus. Une fois, par hasard, je me suis perdu en voiture, justement à Combs-la-Ville. On ne peut pas dire que j'aie été trop surpris. C'est l'avantage de la banlieue, on n'est jamais dépaysé. La banlieue, j'y suis né, j'y ai grandi, j'y ai vécu, j'y vis plus. Dans les chansons, c'est souvent l'endroit où les gens dont j'essaye de raconter les histoires vivent, tout simplement. Donc fondamentalement, ça nous distingue des chansons écrites sur les gens qui se promènent au jardin du Luxembourg, la chanson je dirais, bourgeoise, ou des chansons écrites sur les gens qui vivaient à Pigalle en 1930, la chanson faussement réaliste, tout ça...

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)

mercredi 9 juin 2021

Orléans by night

Ses derniers albums m'ayant guère emballé, j'avais perdu de vue Florent Marchet... Il n'en était pas moins actif durant ces dernières années : écriture/composition pour divers interprètes, bandes-son de films, séries ou pièces de théâtre... Et écriture de son premier roman. On imagine que son ami Arnaud Cathrine l'y aura encouragé.

Un roman plaisant, centré sur une poignée de personnages bien travaillés. La psychologie du personnages principale est particulièrement approfondie. L'intrigue est simple, mais le contexte (le monde rural) très bien rendu, voire documenté lorsqu'il s'agit d'agriculture.

Très bonne lecture, donc. Et voici un premier extrait, qui parlera certainement à ceux qui connaissent intimement Orléans.

Marion s'éloigne d’un pas fluide. Jérôme se rapproche des volets mi-clos : dans le maigre espace de jour, il regarde son corps élancé qui traverse la cour, son dos droit tourné vers l’azur comme s’il allait être avalé par la lumière, et ses jambes mécaniquement souples et régulières. Même le bruit du gravier sous ses pas lui semble élégant. Jérôme n’en revient pas d’avoir su la garder. Ils se sont rencontrés en 1996 dans un bar à Orléans. Lui qui ne sortait pas souvent avait été traîné par ses colocataires jusqu’à ce pub où un groupe local massacrait les Pixies. Il avait fait la connaissance de Marion dans la file d’attente des toilettes. Les baskets s’engluaient dans un mélange de bière et d’urine. Il avait ironisé maladroitement au sujet du guitariste, elle avait souri sans peut-être même comprendre son jeu de mots. Ils avaient terminé la soirée ensemble. Elle avait vingt-et-un ans, lui vingt-deux. Jérôme s’ennuyait ferme dans son école d’ingénieurs mais il était un des meilleurs de sa promotion. Elle venait d’une famille bourgeoise orléanaise, fille d’un directeur de banque et d’une mère au foyer. Son père était mort d’un cancer du pancréas à l’âge de cinquante ans, laissant derrière lui une assurance-vie conséquente et quelques placements, qui avaient permis à sa fille unique d'a d'acheter à vingt ans un appartement en plein centre-ville. S'il n’y avait pas eu cet héritage, ils auraient déjà coulé la ferme. À l’époque, les rues d'Orléans étaient très animées la nuit. Il y avait partout des cafés-concerts, même en périphérie. Personne ne semblait s’en plaindre, il y avait dans l’atmosphère une énergie, une envie folle de débarrasser la ville de son image de cité-dortoir. Son quartier « Les Halles Châtelet » rappelait combien Paris était complexant. Le week-end, Jérôme rentrait volontiers à Sully-sur-Loire, chez ses parents, qui travaillaient tous deux à la mairie, son père comme attaché territorial et sa mère comme secrétaire d'accueil. Il leur apportait son linge sale et en profitait pour manger autre chose que des pizzas surgelées ou des kebabs. Ses parents ne lui posaient aucune question, mais ils ne cachaient pas leur fierté. Leur fils, à force de courage, de sérieux et de ténacité, allait devenir ingénieur en agronomie. Son père répétait sur le ton de la boutade: "C'est pas rien pour un petit pays comme le nôtre."

Florent Marchet, Le Monde du vivant (2020)

mercredi 12 juin 2019

Thèse, antithèse, synthèse

Dissertons sur les dissertations avec Claude Lévi-Strauss (dans un passage où il explique pourquoi il a délaissé l'étude de la philosophie au profit de l'éthnographie)

Là, j'ai commencé à apprendre que tout problème, grave ou futile, peut être liquidé par l'application d'une méthode, toujours identique, qui consiste à opposer deux vues traditionnelles de la question; à introduire la première par des justifications du sens commun, puis à les détruire au moyen de la seconde; enfin à les renvoyer dos à dos grâce à une troisième qui révèle le caractère également partiel des deux autres, ramenées par des artifices de vocabulaire aux aspects complémentaires d'une même réalité : forme et fond, contenant et contenu, être et paraître, continu et discontinu, essence et existence, etc. Ces exercices deviennent vite verbaux, fondés sur un art du calembour qui prend la place de la réflexion; les assonances entre les termes, les homophonies et les ambiguïtés fournissant progressivement la matière de ces coups de théâtres spéculatifs à l'ingéniosité desquels se reconnaissent les bons travaux philosophiques.

Cinq années de Sorbonne se réduisaient à l'apprentissage de cette gymnastique dont les dangers sont pourtant manifestes. D'abord parce que le ressort de ces rétablissements est si simple qu'il n'existe pas de problème qui ne puisse être abordé de cette façon. Pour préparer le concours et cette suprême épreuve (qui consiste, après quelques heures de préparation, à traiter une question tirée au sort), mes camarades et moi nous proposions les sujets les plus extravagants. Je me faisais fort de mettre en dix minutes sur pied une conférence d'une heure, à solide charpente dialectique, sur la supériorité respective des autobus et des tramways. Non seulement la méthode fournit un passe-partout, mais elle incite à n'apercevoir dans la richesse des thèmes de réflexion qu'une forme unique, toujours semblable, à condition d'y apporter quelques correctifs élémentaires : un peu comme une musique qui se réduirait à une seule mélodie, dès qu'on a compris que celle-ci se lit tantôt en clé de sol et tantôt en clé de fa. De ce point de vue, l'enseignement philosophique exerçait l'intelligence en même temps qu'il desséchait l'esprit.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

mardi 27 mars 2018

Défendre des œuvres fragiles / préciser des priorités

A lire dans la rubrique Checknews de libération.fr, la réponse du critique musical Olivier Lamm, interpellé par certains lecteurs et - apprend-on - certains journalistes de la rédaction sur sa critique négative (voire "violente") de l'album d'Eddy de Pretto.

Tout journaliste musical, professionnel ou amateur, s'est un jour posé la question s'il était préférable de critiquer des albums jugés mauvais ou de les omettre poliment. S'agissant d'un album sujet à une telle unanimité de la part des médias spés comme généralistes, j'aurais tendance à dire que ne pas en parler est suffisamment signifiant en soi. Pour autant, je soutiens plutôt Olivier Lamm, et ne peut que louer son intégrité.

[...] Je prends la discipline de la critique très au sérieux, parce que je prends l'art très au sérieux, à la fois pour ce qu’il est, pour l’importance qu’il joue encore, dieu merci, dans notre société. Pour la grande plupart des articles que j’écris, qui sont positifs pour une grande majorité et dont la vertu est de défendre des œuvres fragiles – fragilisées par un état de fait médiatique où trop peu de journalistes prennent la responsabilité, à mon avis, de s’engager –, j’ai très à cœur de communiquer de manière simple et pédagogique, sans exclure aucun lecteur. La critique négative n’est pas le revers de ce travail, tout au contraire. Il s’agit de préciser un goût et, si j'ose dire, des priorités. Surtout dans le cas d'œuvres d'obédience populaires et/ou médiatisées dont nous nous faisons une tâche sérieuse, au sein du service Culture, de signaler non seulement l’existence mais l'importance éventuelle et les particularités.

La violence, je la perçois dans l’extrême complaisance avec laquelle certains collègues dépassionnés d’autres médias voient leur activité, qui consisterait à se faire l'écho de tous les objets qu’on leur «vend» comme importants, et dont ils énumèrent les particularités tels que fournis par les attachés de presse de maisons de disque toujours plus cyniques et désinvestis de leur mission première, la découverte de talents (ce sont eux dont je parle en évoquant ces gens effrayés d’écrire sur le rap parce qu’ils n’en écoutent pas).

Concernant ce premier album d’Eddy de Pretto, je l'ai critiqué avec sincérité, en mon âme et conscience et avec les connaissances qui sont les miennes, mes outils d’analyse, j'ose espérer une certaine  expertise liée à mon expérience professionnelle,  en espérant que mes arguments seraient compris. Certains m’en ont félicité, très heureux de lire un article dont ils estimaient qu’il avait été rédigé de manière indépendante et en toute liberté. D'autres ont été blessés qu’un artiste qu’ils estiment puisse être ainsi critiqué. Je n'écris ni pour les premiers, ni pour les deuxièmes. Si je le faisais, je perdrais tout discernement. J'écris la critique d’une œuvre d’art qui paraît dans un contexte particulier, sur pièces, en essayant de me détacher des chantages qu’on fait de plus en plus à la critique et aux artistes – une responsabilité «morale» vis-à-vis des possibles vexations et sensibilités des uns et des autres et dont nous savons pour la plupart qu’il n’y a aucune limite à leur action néfaste. 

Le mot «monstrueux» dont on m’a reproché l’usage ne concerne qu’une œuvre composée d'éléments que j'estime disparates et dont j’ai pris le soin d’énumérer les différentes parties pour exposer leur incompatibilité. Le reste, les invectives personnelles, sociales, physiques etc. sont hors-sujet et absentes de mon texte, à l’exception de la manière dont certains traits distinctifs de l'artiste sont «mises à profit» dans sa promotion. Ce qui n’est pas une mince affaire, je vous le rappelle, puisque la critique d’un objet de musique pop concerne toujours plus que de la musique – une image, un personnage, un plan marketing etc. Il n'y a du mépris dans ce texte pour personne. Seulement de l'exigence dont j'espère qu’elle ne se tarira pas trop vite pour que je puisse continuer à faire mon travail correctement.

Olivier Lamm,

jeudi 9 juin 2016

Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire

Magnifique conclusion de Georges Perec, dans son ouvrage Espèce d'Espace. Des propos sur l'écriture que je pourrais faire miens (ils rejoindraient alors l'à propos de ce blog)
Au cas où vous en doutiez encore : il faut lire (tout) Pérec.


J’aimerais qu'il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources :

Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né, l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance), le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts...

De tels lieux n’existent pas, et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question, cesse d’être évidence, cesse d'être incorporé, cesse d’être approprié. L'espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.

Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire : rien ne ressemblera plus a ce qui était, mes souvenirs me trahiront, l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire, je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés. Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière : « Ici, on consulte le Bottin » et « Casse- croûte à toute heure ».

L’espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :

Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes.

Georges Perec, Espèce d'Espace (1974)

lundi 23 mars 2015

Ou alors ça n'est pas une oeuvre d'art


Ecoute, tu sais, j'aime pas tellement cette idée de raconter sa genèse, de critiquer ses parents, de les salir. Je suis assez ignorante, je sais, mais je suis certaine d'une chose : c'est qu'une oeuvre d'art ne peut pas être un règlement de compte. Ou alors ça n'est pas une oeuvre d'art.

Domicile conjugal, François Truffaut (1970)

lundi 12 janvier 2015

Si l'Oulipo n’existait pas

Une "autre" illustration de l' "esprit français" : l'oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle), mouvement littéraire fondé en 1960 par François Le Lionnais et Raymond Queneau - et toujours actifIl fait l'objet d'une exposition jusqu'au 15 février à la Bibliothèque de l'Arsenal

On peut se demander ce qui arriverait si l'Oulipo n’existait pas ou s'il disparaissait subitement. À court terme on pourrait le regretter. À terme plus long, tout rentrerait dans l’ordre, l’humanité finissant par trouver, en tâtonnant, ce que l'Oulipo s'efforce de promouvoir consciemment. Il en résulterait cependant dans le destin de la civilisation un certain retard que nous estimons de notre devoir d’atténuer.

François Le Lionnais, Le Second Manifeste (1973)


mardi 17 décembre 2013

L’illusion romanesque

Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l’abandonna à cause d’affaires urgentes et l’ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l’intrigue et le caractère des personnages. Ce soir-là, après avoir écrit une lettre à son fondé de pouvoirs et discuté avec l’intendant une question de métayage, il reprit sa lecture dans la tranquillité du studio, d’où la vue s’étendait sur le parc planté de chênes. Installé dans son fauteuil favori, le dos à la porte pour ne pas être gêné par une irritante possibilité de dérangements divers, il laissait sa main gauche caresser de temps en temps le velours vert. Il se mit à lire les derniers chapitres. Sa mémoire retenait sans effort les noms et l’apparence des héros. L’illusion romanesque le prit presque aussitôt. Il jouissait du plaisir presque pervers de s’éloigner petit à petit, ligne après ligne, de ce qui l’entourait, tout en demeurant conscient que sa tête reposait commodément sur le velours du dossier élevé, que les cigarettes restaient à portée de sa main et qu’au-delà des grandes fenêtres le souffle du crépuscule semblait danser sous les chênes.

Julio Cortázar, Continuité des Parcs (1963)

mercredi 15 août 2012

Is it worth being an artist?

Will Bonnie Prince, Palace or whatever, what do you think about it? Is it worth being an artist or an indie-rock star, or are you better off without it? Cause I mean maybe the world would be better if we were all just uncreative drones, no dead child, hood dreams to haunt us, a decent job, a decent home, and if we have some extra time we could do real things to promote peace, become scientists or history teachers or un-corrupt police at least. Come on Will, you gotta tell me!! [...]

Steamboat Willie Bonnie Prince of all this shit, you're like the king of a certain genre, but even you must want to quit like if you hear a record by Bob Dylan or Neil Young or whatever, you must start thinking 'People like me, but i won't be that good ever' and I'm sure the thing is probably Dylan himself too stayed up some nights wishing he was as good as Ginsberg or Camus, and he was like 'Dude, I'm such a faker, I'm just a clown who entertains and these fools who pay for my crap, they just have pathetic punny brains' and Camus probably wished he was Milton too or whatever, you know what i'm saying?!



Je réaffirme ici les talents de parolier de Jeffrey Lewis (la dernière fois, c'était avec sa chanson The Last Time I Did Acid I Went Insane)... Cette fois, c'est par un morceau que j'avais découvert à l'époque en live, et qui avait immédiatement retenu mon attention, puisque mentionnant explicitement Will Oldham (à qui ce blog doit beaucoup...). Une rencontre fortuite, dans le L Train (ligne reliant Manhattan à Brooklyn), alors que Jeffrey Lewis est en route pour faire remasteriser "some dumb old album".


L'évolution parallèle de la situation et des pensées du narrateur est drôle, le récit est vif et rempli d'autodérision, bref, je vous encourage à prendre le temps de lire le texte intégral (puis d'écouter et regarder le clip).


Today I went to Major Matt's to remaster my old album
And on the L train in the morning, I was pretty sure I saw Will Oldham,
He was wearing the same sunglasses he had on stage at the Bowery Ballroom
Had he come to walk among the Williamsburgers of his kingdom
And like the burghers of Calais will a sacrifice be demanded?
To offer up our dreams and beg for mercy empty-handed?
And hapless in our hipness crowded five to an appartment
Relegate our dreams to hobbies and deny our disappointment
Cause The Stones in '65 want total satisfaction, kid
But The Stones in '69 see grace in just getting what you need
But if that's a victory then I'd hate to see what I'd look like defeated
Cause I know there are those among us who seem to get their dreams unimpeded 
Today I went to Major Matt's to remaster my old album
And on the L train in the morning, i was really sure i saw Will Oldham,
He was wearin' the same sunglasses he had on stage at the Bowery Ballroom
Had he come to walk among the Williamsburgers of his kingdom
And you might say now there's a guy who seems to have their world laid out before him 
Or you might say, he's just a rich kid or a fascist or a charlatan
But either way you say it if you look at indie-rock culture you really can't ignore him
And even if at first dismissive, after some listens you'll enjoy him
I was thinking this on the L train, intend on bursting my own bubble
How long should an artist struggle before it isn't worth the hassle?
And admit we aren't fit to be the one inside the castle
This quest for greatness or, at least hipness, just a scam
And too much trouble but then what makes on human being worthy of an easy ride
Born to be a natural artist you love or hate but can't deny
While us minions in our millions tumble into history's chasm
We might have a couple of laughs but we're still wastes of protoplasm
Today I was gonna waste some time and money to remaster some dumb old album 
And on the L train in the morning, i was really sure I saw Will Oldham,
He was wearin' the same big sunglasses he had on stage at the Bowery Ballroom
Had he come to see the strife here in the gutters of his kingdom?
Where us noble starving artists are striving to feed our ego
Our mothers like our music our our friends come to our shows
And if our friends become successful, we'll consider them our foes
Go home to our 4 roomates after payin' big bucks for rockstars shows
What a nightmare! what a horror! i don't want no part of this
Get me off this crazy ride,
I'm gonna puke, I'm gonna piss! I'd rather kill myself,
I'd rather just relax or not exist
But you say you wanna do an e-mail interview? Oh what the heck, I can't resist! 
"Hey, 'ma, guess what today, I did another magazine interview!
Honey, that's great, you're really famous!!" Yeah and I'm 27 too!
I kinda thought I was gonna grow up to do stuff that would benefit humanity
But it's getting harder to tell if this artist's life is even benefitting me
Cause I was gonna waste some time and money today to remaster some dumb old album
And on the L train in the morning, I was totally sure I saw Will Oldham,
He was wearin' the same big sunglasses he had on stage at the bowery ballroom
And since I was feeling in need of answers I just went right up and asked him, I said 
"Will Bonnie Prince, Palace or whatever, what do you think about it?
Is it worth being an artist or an indie-rock star, or are you better off without it?"
Cause I mean maybe the world would be better if we were all just uncreative drones,
No dead child, hood dreams to haunt us, a decent job, a decent home,
And if we have some extra time we could do real things to promote peace,
Become scientists or history teachers or un-corrupt police at least,
"Come on Will, you gotta tell me!!" I grabbed and shook him by the arm,
The L train was leaning Bedford with 10,000 white 20 somethings crowed on
He opened his mouth to speak but it was lost in the rumbling of the wheels
We were thrown together in a corner and I yelled "Tell me, man, for real!"
You're living comfortably, I assume, even if you're not quite a household name
You've reached a pretty high level of success & critical acclaim
The L train got to first avenue and a bunch of people piled out
I was starring into his sunglasses and I was really freakin' out i was like,
"Steamboat Willie Bonnie Prince of all this shit, you're like the king of a certain genre
But even you must want to quit like if you hear a record by Bob Dylan or Neil Young or whatever
You must start thinking 'People like me, but i won't be that good ever'
And I'm sure the thing is probably Dylan himself too stayed up some nights
Wishing he was as good as Ginsberg or Camus
And he was like 'Dude, I'm such a faker, I'm just a clown who entertains
and these fools who pay for my crap, they just have pathetic punny brains '
and Camus probably wished he was Milton too or whatever, you know what i'm saying?!"
So Will, will you be straight with me now that it's just us two on this train?
Cause I was gonna spend some time and money today to remaster some dumb old album 
And I saw you here on the L train
And I was like "Hey, is that Will Oldham?" he must at least , have some perspective 
Cause it's like, living in this town I get so confused and wound up and up tight
And I just don't know up from down
And then we'd reached the last stop and the subway was deserted
There was a long moment of silence and I let go of his shirt
I started to think that maybe I'd made some kind of big mistake
I tried to walk out onto the platform but by then it was too late
His sunglasses seemed to grow darker and still he hadn't even spoke
He just came right up behind me and put his hand around my throat
And threw me down onto the concrete and kicked my face in with his boot
And dragged me down onto the train tracks and tied my hands back with his coat
And I was slipping out of conciousness as he was slipping down my jeans
And he was punching me and humping me and I slipped off into a dream
So it might have just been a delusion
But I thought I heard him say something like "Artists are pussies"
Then he climbed back up and ran away
So I lay there in the darkness on the train tracks cold and broken
The hours passed and I thought,
Well... maybe I won't remaster that old album
And then I started thinking maybe it really hadn't been Will Oldham
Even though he did hold my arms and fucked me just like Will sings in "A sucker's evening" 
But whether it was him or not I couldn't forget the words he'd spoken
"Artists are pussies", like we're wusses or we end up getting fucked
And other kinds of folks are dicks, tall, smart and strong
And born to fuck us up I know,
It sounds really sexist and stupid,
It's a terrible analogy but at that moment on the train tracks,
It made a lot of sense to me maybe it's just some kind of natural balance,
Like 2 types of mental gender that's gone on in all societies,
In one form or another like some dicks were born to conquer,
I probably would if I could but if i'm just a pussy, that's okay
Cause in a few months maybe, I'll put out something good.


Jeffrey and Jack Lewis - Williamsburg Will Oldham Horror
City and Eastern Songs (Rough Trade, 2005)

Une autre chanson publiée sur ce blog parlait déjà de l'ami Will (décidément incontournable) :

vendredi 29 juin 2012

The last thing we need right now is more dumbness


David Berman (Silver Jews) a un blog: mentholmountains.blogspot.com.
Il n'y use guère de la première personne et y publie des extraits d'articles, interviews, livres ou encore photos et vidéos.

En février 2009, je vous rapportais les raisons l'ayant conduit à interrompre sa carrière musicale. Un post récent sur son blog débutait par l'interrogation suivante: 

Why don't you give anything to the public anymore?

David Berman y cite (Sébastien-Roch Nicolas de) Chamfort [poète, journaliste et moraliste français du XVIIIème] :


C’est que le public en use avec les Gens de Lettres comme les racoleurs du Pont Saint-Michel avec ceux qu’ils enrôlent : enivrés le premier jour, dix écus, et des coups de bâton le reste de leur vie.
C’est qu’on me presse de travailler, par la même raison que quand on se met à sa fenêtre, on souhaite de voir passer, dans la rue, des singes ou des meneurs d’ours.
[...]
C’est que je ne voudrais pas faire comme les Gens de Lettres, qui ressemblent à des ânes, ruant et se battant devant un râtelier vide.
C’est que si j’avais donné à mesure, les bagatelles dont je pouvais disposer, il n’y aurait plus pour moi de repos sur la terre.
C’est que j’aime mieux l’estime des honnêtes gens, et mon bonheur particulier que quelques éloges, quelques écus, avec beaucoup d’injures et de calomnies.
C’est que s’il y a un homme sur la terre qui ait le droit de vivre pour lui, c’est moi, après les méchancetés qu’on m’a faites à chaque succès que j’ai obtenu.
C’est que jamais, comme dit Bacon, on n’a vu marcher ensemble la gloire et le repos.
Parce que le public ne s’intéresse qu’aux succès qu’il n’estime pas.
Parce que je resterais à moitié chemin de la gloire de Jeannot.
Parce que j’en suis à ne plus vouloir plaire qu’à qui me ressemble.
C’est que plus mon affiche littéraire s’efface, plus je suis heureux.
C’est que j’ai connu presque tous les hommes célèbres de notre temps, et que je les ai vus malheureux par cette belle passion de célébrité, et mourir, après avoir dégradé par elle leur caractère moral.

Chamfort, Maximes et pensées, caractères et anecdotes (1795)


Une comparaison attentive du texte original et de sa  transcription montre les réponses suivantes ont été laissées de côté (à dessein?) :

C’est que le public me paraît avoir le comble du mauvais goût et la rage du dénigrement.
C’est qu’un homme raisonnable ne peut agir sans motif, et qu’un succès ne me ferait aucun plaisir, tandis qu’une disgrâce me ferait peut-être beaucoup de peine.
C’est que j’ai peur de mourir sans avoir vécu.


Pas plus que sur Arise Therefore, on ne saurait déduire l'exact état d'esprit de l'auteur d'un tel blog par la simple application des mots cités (ou en négatif, par les passages non relevés). Une chose est sûre : David Berman a souvent déploré le manque de reconnaissance que suscitait la musique des Silver Jews (malgré d'excellents classements dans les top décennaux d'Arise Therefore). Tel était son ressenti, il y a quelques années (cf. interviews ci-dessous).
S'en serait-il détaché?  

I keep feeling like I'll keep rewriting the record and trying to make it better and also I don't feel like we've ever been the belle of the ball when it comes to the most popular band, we've never been the critic's darlings or anything and so I felt I'll keep rewriting this record until someone says hey, this band is really good, so maybe that's why I'm doing this.
(2002)

I didn't think the Silver Jews commanded enough respect. We were basically buried. No where to be found in the catalogues of rock criticism. Check your local Spin Guide to the ‘90s.
(2005)

- I guess, but I do feel like there's been a lot of back-handed praise or negative response to the Silver Jews.
- What do you mean?
- Well, you know, I was looking on the Internet the other day. I saw some reviews for Sidewalk.com - and they were essentially the same review from different cities. They started out, "Try as you might to hate the Silver Jews, they're just too damn good to hate. . . ." That kind of nailed it on the head: Why would anyone try to hate us from the beginning? There's a big strain of anti-intellectual sympathy in American pop culture.
If there's any bastion of pseudo-intellectual criticism in American pop culture, it's certainly in the realm of music journalism. You'd think these people would be thrilled.
- Who knows? Maybe people attack what they hate about themselves. But I've been constantly surprised at a lot of these rock critics who like to dabble in extrapolating way out of context of what a music can be. When you open Spin, they're trying to make a case for Garbage being a really conceptual deal, with all of these intents and purposes and stuff like that. They're working so hard to make something out of nothing. So when they're given something where work can actually be put into it, as far as listening, there's some stubbornness and reluctance. I've always found that. Lately I've been more unapologetic about the fact that the culture is dumb. The last thing we need right now is more dumbness. There's nothing wrong with intelligence, even though there's this reverse snobbery in the magazine world.
(?)

dimanche 25 mars 2012

Le messager parle

Le messager est parfois un âne inspiré qui va son propre chemin. Jusqu'à vous. Il ne s'alourdit de rien qui l'humilie ou l'exténue. Le message est parfois un âne démiurge. Il vient vers vous qui êtes innocents. Il s'installe au coeur de votre village. Il se désaltère à la fontaine. Un oeil amical et un oeil joueur scrutent vos attentions.
Le temps passe. Seul le temps passe. Comme toujours. Comme depuis la naissance de la vie sur terre. Tout devrait tôt ou tard passer. Rien jamais ne passe. Sauf le temps.
Certes le pire de tous côtés nous assaille, nous dévaste. Les civilisations, une à une, disparaissent. Les personnes civilisées sont avilies ou sont tuées. La sauvagerie prolifère. Les personnes cruelles prospèrent.
Mais attendez, patientez.
Car voici que nous sommes capables de donner des nouvelles. Voici que vous êtes capables de lire ces nouvelles.
Le messager parle.
Le journal paraît.
Ce journal, nous lui avons donné le nom du temps qui vient: l'Impossible.

Notre journal, par Michel Butel.
Préface du n°1 du mensuel L'impossible.
On y lit encore :

Les personnes qui n'imaginent pas les devoirs
des Etats et de leurs dirigeants
les personnes qui ne pensent pas aux droits des animaux
des enfants et des femmes
les personnes qui nient les droits des glaciers
des arbres et des océans
les personnes qui ne pleurent pas la disparition
des Etrusques, des Khazars, des Comanches
les personnes qui n'aiment pas les anarchistes
les personnes qui n'aiment pas les lesbiennes
les homos, les transexuels
les personnes qui détestent les idiots
ou qui détestent les pauvres
les personnes qui n'aiment pas les faibles
qui n'aiment pas la lenteur
les personnes qui n'aiment pas le silence
les personnes qui ne comprennent pas
ce que c'est, la banalité du mal
elles ont un adversaire déclaré, mais quel adversaire,
de si ardente jeunesse :
L'impossible

Michel Butel, La jeunesse ou la mort.

Je n'en suis qu'à la page 20 sur 128, et déjà j'ai envie de vous rapporter une dizaine de passages. Plus d'infos sur ce mensuel, via l'interview de son fondateur à lire sur écrans.fr. Il devrait à coup sûr vous donner envie de vous précipiter l'acquérir

mercredi 28 décembre 2011

L'émotion la plus forte et la plus ancienne de l'humanité

...c'est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l'inconnu.

C'est là la première phrase de l'article "Epouvante et surnaturel en littérature" écrit par HP Lovecraft en 1926 pour la revue "the Recluse". Quantité d'écrivains fantastiques y sont cités, et parmi eux, Edgar Poe:

Avant lui la masse des auteurs de fantastique avaient pour la plupart travaillé dans le noir ; sans comprendre les conditions psychologiques de la séduction de l’horreur, et plus ou moins entravés par le poids de certaines conventions littéraires vides telles que le happy end, la vertu récompensée, et en général une morale didactique creuse, la soumission aux normes et aux valeurs populaires, et l’effort de l’auteur pour faire passer dans l’histoire ses propres émotions et prendre parti pour les tenants des idées artificielles de la majorité. Poe, au contraire, saisit l’essentielle impersonnalité du véritable artiste ; il comprit que la fiction créatrice a seulement pour tâche d’exprimer et d’interpréter les faits et les sensations tels qu’ils sont, sans se soucier de ce qu’ils entraînent ou qu’ils prouvent — bien ou mal, attrait ou répulsion, exaltation ou dépression — l’auteur agissant comme un chroniqueur vigoureux et objectif plutôt que comme un professeur, un sympathisant ou un marchand d’opinion. Il vit clairement que tous les aspects de la vie et de la pensée peuvent pareillement offrir des sujets à l'artiste, et étant par tempérament enclin à l’étrangeté et à la mélancolie, il résolut d’être l’interprète de ces sentiments puissants et des nombreux événements qu’accompagnent la douleur plus que le plaisir, la déchéance plus que l’épanouissement, la terreur plus que la quiétude, et qui sont fondamentalement soit contraires soit indifférents aux goûts et aux sentiments traditionnellement affichés de l’humanité, et à la santé, l’équilibre mental, et le bien-être normalement communicatif de l’espèce.

Devant l'admiration de Lovecraft, et pour avoir entendu le portrait oval lu par Jean-Luc Godard dans Vivre sa Vie, c'était décidé, il fallait que je lise au moins les "histoires extraordinaires" d'Edgar Allan Poe.

lundi 17 octobre 2011

Plus fondamental que la satisfaction narcissique

J'ai reproduit de nombreux textes ici abordant la Musique de manière générale (qu'ils proviennent de Kundera, Nietzsche, Kandinsky ou même des scientifiques), mais l'Ecriture encore jamais.

On besoin d'être admiré, aimé, terriblement besoin, c'est suffisamment laborieux et éprouvant d'écrire un livre pour qu'espère obtenir cette récompense qu'est l'admiration et qui touche un nerf beaucoup plus fondamental que la satisfaction narcissique: l'admiration pour un auteur, ça veut dire - oui, tu as le droit d'exister, toi qui en doutais, toi, qui pensais n'avoir rien à faire là, tu as le droit de cité. C'est une autorisation à exister. Mais voilà : au moment où l'admiration t'accorde le droit de cité, elle te sépare du lecteur. Ce qui est arrivé, c'est entre le livre et le lecteur. Toi, tu deviens une sorte d'intrus, quelqu'un qui a usurpé l'identité du livre et qui se présente sous son nom. Tu es assez étranger à ça. Alors après, tout peut arriver, de vraies rencontres, ou même furtives, mais il n'y a rien de plus étrange qu'une conversation, une rencontre, une liaison, une histoire d'amour avec quelqu'un dont tu ne sais rien et qui a cette avance sur toi : celle d'avoir lu tes livres et celle de l'admiration. L'admiration est la plus belle chose que puisse recevoir un auteur mais elle fausse d'entrée de jeu le pied d'égalité sur lequel n'importe quelle rencontre a besoin de s'appuyer.

Arnaud Cathrine, Les histoires de frères (2005)