Affichage des articles dont le libellé est Freud. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Freud. Afficher tous les articles

lundi 20 octobre 2014

Victime de l'oubli

Freud, suite et fin.

Vous connaissez forcément cette sensation du souvenir du rêve qui se dérobe en un éclair au réveil, emportant ainsi de précieux fragments qu'on voit partir sans pour autant pouvoir les retenir.


Nous faisons l'hypothèse que notre appareil psychique comporte deux instances formatrice de pensée, dont la seconde possède le privilège de voir ses produits trouver libre accès à la conscience, tandis que l'activité de la première instance est en soi inconsciente et ne peut parvenir à la conscience que par l'intermédiaire de la seconde. A la frontière de deux instances, au passage de la première à la seconde, se trouverait une censure ne laissant passer que ce qui lui est agréable mais retenant le reste. En ce cas, ce qui est écarté par la censure se trouve, selon notre définition, dans l'état de refoulement. Dans certaines conditions dont l'une est l'état de sommeil le rapport des forces entre les deux instances se modifierait de telle manière que le refoulé ne peut plus être entièrement retenu. Dans l'état de sommeil cela aurait lieu probablement par le relâchement de la censure; alors ce qui a été refoulé jusqu'à ce moment réussir à se frayer un chemin à la conscience.

Lorsque l'état de sommeil est surmonté, la censure se rétablit rapidement dans sa pleine vigueur et peut à présent détruire ce qui lui a été arraché au temps de sa faiblesse. Une expérience vérifiée d'innombrables fois montre que l'oubli du rêve s'explique au moins en partie par là. Pendant le récit d'un rêve, ou pendant son analyse, il n'est pas rare de voir surgir subitement un fragment qu'on croyait oublié. Ce fragment arraché à l'oubli contient régulièrement l'accès le meilleur et le plus direct à la signification du rêve. C'est vraisemblablement pour cette raison seulement qu'il est tombé victime de l'oubli, c'est-à-dire de la nouvelle répression.

Sigmund Freud, Sur le rêve (1901)

lundi 15 septembre 2014

Rêve et refoulement

Je pouvais difficilement citer Freud dans ces colonnes, sans que la notion de refoulement ne soit abordée...

Si je poursuis l'analyse [du rêve] pour moi-même, [...], je parviens en fin de compte à des pensées qui me surprennent, que je ne me savais pas avoir en moi, qui ne sont pas seulement étranges pour moi mais aussi désagréables et que pour cette raison j’aimerais contester énergiquement, alors que l’enchaînement de pensées que parcourt l’analyse me les impose inexorablement. Je ne peux tenir compte de cet état de choses tout à fait général autrement qu’en admettant que ces pensées ont effectivement existé dans ma vie psychique et quelles ont été en possession d’une certaine intensité ou énergie psychiques, mais quelles se seraient trouvées dans une situation psychologique particulière, par suite de laquelle elles ne pouvaient me devenir conscientes. J’appelle cet état particulier celui du refoulement. Je ne puis alors me dispenser d’établir une liaison causale entre l’obscurité du contenu du rêve et l'état de refoulement de certaines pensées du rêve, leur incapacité d'accéder à la conscience, et de conclure que le rêve doit être obscur pour ne pas trahir les pensées prohibées. J’en arrive ainsi au concept de la déformation du rêve, qui est l’œuvre du travail du rêve et qui sert à la dissimulation, à l’intention de cacher.

Pour Freud, le travail de déformation du rêve dont traitaient les précédents extraits que je vous rapportais, est donc motivé. Un peu plus loin, il divisera les rêves en trois catégories, selon que le désir sous-jacent y est plus ou moins clairement exprimé.

D'abord, ceux qui figurent sans voile un désir non refoulé; ce sont les rêves du type infantile, qui deviennent toujours plus rares chez l’adulte. Deuxièmement, ceux qui expriment, sous une forme voilée, un désir refoulé; cette classe comprend sans doute la très grande majorité de tous nos rêves, qui ont ensuite besoin de l'analyse pour être compris. Troisièmement, les rêves régulièrement accompagnés d’une angoisse qui interrompt le rêve. L'angoisse est ici le substitut de la déformation du rêve; elle n'a été épargnée aux rêves de la deuxième classe que par le travail du rêve. On peut prouver sans trop de difficulté que le contenu de représentation qui nous dispense à présent de l’angoisse dans le rêve a été jadis un désir, qui a depuis ce temps succombé au refoulement.

Sigmund Freud, Sur le rêve (1901)

mercredi 3 septembre 2014

De la figuration des liens logiques dans le rêve

Parlons "rêve" à nouveau.
J'introduisais il y a peu l'ouvrage "Sur le rêve" de Freud, reportez-y vous pour quelques éléments de contexte. Parmi les quatre transformations qu'effectue le travail du rêve, il y a celle qui consiste à former un contenu visualisable. La perte d'informations est alors importante, puisque les liens logiques qui unissaient les pensées sont alors défaits.

On peut dire que le rêve dispose de piètres moyens d'expression si on les compare à ceux de notre langue intellectuelle, mais le rêve n'a pas à renoncer complètement à la reproduction des relations logiques qui lient les pensées du rêve ; au contraire, il réussit très souvent à substituer à ces relations des caractères formels de sa propre texture.
Le rêve se conforme d'abord à l'indéniable corrélation qui existe entre toutes les parties des pensées du rêve en ceci qu'il unit ce matériel à une situation. Il reproduit une corrélation logique en tant que rapprochement dans le temps et l'espace, à la manière du peintre qui réunit tous les poètes dans un tableau du Parnasse : ceux-ci n'ont jamais été ensemble sur le sommet d'une montagne mais ils forment en pensée une communauté. Le rêve poursuit dans le détail ce mode de figuration et, souvent, lorsqu'il montre deux éléments tout près l'un de l'autre dans le contenu du rêve, il cautionne une corrélation particulièrement intime entre ce qui leur correspond dans les pensées du rêve. Il faut d'ailleurs remarquer à ce sujet que tous les rêves produits au cours d'une même nuit révèlent à l'analyse qu'ils proviennent du même cercle de pensée.
La relation causale entre deux pensées est soit laissée sans figuration, soit remplacée par la succession de deux fragments de rêve, de longueur inégale. Cette figuration est souvent renversée, en ce sens que le début du rêve fournit la conséquence, sa fin la prémisse. La transformation directe d'une chose en une autre, dans le rêve, semble figurer la relation de cause à effet. 

Freud continue ensuite à établir des parallèles entre liens logiques, et leur figuration dans le rêve. On lira plus loin que : "l'absurdité signifie contraction, sarcasme et dérision dans les pensées du rêves"...

Sigmund Freud, Sur le rêve (1901)

jeudi 21 août 2014

Le travail de condensation du rêve

La matière "rêve" m'intéresse, le tag dreams de ce blog en témoigne. Après avoir feuilleté certains ouvrages, j'avais renoncé à lire Freud ou Lacan... avant de mettre la main sur un écrit plus concis, "Sur le rêve" de Sigmund Freud (écrit un an après "L'interprétation des rêves").

La quatrième de couverture m'apprend qu'il s'agit d'une commande d'un éditeur, "un exposé sur le rêve qui revêt une forme plus classique, parfois didactique". Parfait.

Après avoir réfuté que les rêves ne soient que pures divagations et le résultat de l'activité d'un cerveau laissé en roue libre, Freud peut donc définir ce qu'il appelle le "contenu latent du rêve ", c'est-à-dire les pensées que révèle l'analyse du "contenu manifeste du rêve". Le second est produit à partir du premier par une transformation qu'il nomme "travail du rêve".

Freud se concentre dans ce livre sur ce processus (et l'opération inverse, le "travail d'analyse"). Exemples à l'appui, il distingue quatre activités du travail du rêve : "Condenser le matériel, le déplacer, le remanier dans le sens de la visualisation, à quoi s'ajoute enfin le petit apport variable d'un traitement interprétatif"

Je commence par la conclusion, certes, mais ça me sert à contextualiser les extraits qui vont suivre dans les prochains jours. Celui-ci traite donc de l'activité de condensation, par laquelle différents contenus (des lieux, des figures, des situations) se trouve compressés en un seul.
Reste alors, par l'analyse, à déceler les points communs à ces représentations, tout en négligeant les détails contradictoires.

Il m'arrive à moi régulièrement de commencer un rêve en suivant un protagoniste, qui, sans forcément que je m'en aperçoive immédiatement, change d'identité en cours de route... 
Freud en parlera mieux que moi :


Le travail de condensation du rêve explique aussi certaines composantes de son contenu, qui lui sont particulières et ne se trouvent pas dans la pensée éveillée. Il s’agit des individus collectifs et composites, ainsi que des singulières formations composites, créations comparables aux compositions animales de la fantaisie des peuples d’Orient, qui, dans notre pensée, se sont déjà figées en unités distinctes, alors que les compositions du rêve sont sans cesse remodelées selon un jaillissement inépuisable. Chacun connaît de telles formations à partir de ses propres rêves; leurs modes de production sont très variés. Je peux composer une personne en lui prêtant des traits d’un individu et d’un autre, ou bien en lui donnant la forme de tel individu tout en pensant dans le rêve au nom d’un autre, ou bien je peux me représenter l’aspect d’une personne mais la déplacer dans une situation qui s’est produite avec une autre. Dans tous les cas, la combinaison de plusieurs personnes en un représentant unique dans le contenu du rêve est pleine de sens; elle vise à signifier un « et », un « comme », à établir, entre les personnes originales, une équation sous un certain rapport, rapport qui peut aussi être précisé dans le rêve lui-même. Mais, en règle générale, l'élément commun des individus fusionnés ne peut être découvert que par l’analyse et n'est précisément qu'indiqué dans le contenu du rêve par la constitution de l’individu collectif.

Sigmund Freud, Sur le rêve (1901)

samedi 22 septembre 2012

Une fabrication ininterrompue de pseudo besoins

La victoire de l'économie autonome doit être en même temps sa perte. Les forces qu'elle a déchaînées suppriment la nécessité économique qui a été la base immuable des sociétés anciennes. Quand elle la remplace par la nécessité du développement économique infini, elle ne peut que remplacer la satisfaction des premiers besoins humains sommairement reconnus, par une fabrication ininterrompue de pseudo besoins qui se ramènent au seul pseudo besoin du maintien de son règne. Mais l’économie autonome se sépare à jamais du besoin profond dans la mesure même où elle sort de l’inconscient social qui dépendait d’elle sans le savoir. « Tout ce qui est conscient s’use. Ce qui est inconscient reste inaltérable. Mais une fois délivré, ne tombe-t-il pas en ruine à son tour ? » (Freud.)

Guy Debord, la Société du Spectacle (1967)

mercredi 22 décembre 2010

Réflexion(s)


Maintenant qu'on s'est bien détendus au travers des récents articles, je reviens à l'essai de Peter Sloterdijk que je suis en train de lire. J'insiste surtout dans ce blog sur son étude de la notion de visage (parce que c'est facile)

Vous êtes vous déjà demandé ce que serait un monde sans miroir (comprendre: sans possibilité de connaître son visage)?
Quel incidence sur le rapport au Moi cela pourrait-il bien avoir?
Avez-vous déjà songé que votre visage, qui vous appartient, quand même, bon sang de bois, ne fait pas parti de votre perception et donc de vos souvenirs de telle ou telle expérience, alors qu'il est omniprésent dans ceux de la personne qui vous accompagne?

Pour toute l'histoire de la visagéité humaine, on peut affirmer que les hommes n'ont pas leur visage pour eux-mêmes, mais pour les autres. Le mot grec pour désigner visage humain, prosopon, est celui qui exprime le plus clairement cet état de fait : il désigne ce que l'on apporte à la vision des autres; un visage ne se présente d'abord qu'au regard de l'autre; mais en tant que visage humain, il a simultanément la capacité de rencontrer ce qui est vu par sa propre vision en retour - et celui-ci, bien sûr, dans un premier temps, ne se voit pas soi-même, mais voit exclusivement, pour sa part, le visage de son vis-à-vis. L'imbrication réciproque de la vue et de la contrevue est donc totalement ancrée dans le visage, mais on n'y trouve rien qui indique une tournure autoréflexive. Si l'on fait abstraction des reflets précaires sur la surface de l'eau immobile, qui ont toujours été possibles, la rencontre des visages humains par eux-mêmes, à travers les images dans le miroir, constitue un ajout très tardif à la réalité interfaciale primaire. Ce serait cependant exiger l'inconcevable des hommes du XXème siècle, qui ont tapissé leurs appartements de miroirs, que de leur demander de prendre conscience de ce que signifie le fait que, jusqu"à une période récente, la quasi-totalité de l'espèce humaine était composée d'individus qui, de toute leur vie, n'ont jamais pu voir leur visage, sauf dans des situations d'exception, caractérisées par une extrème rareté. [...] Seule une culture saturée de miroirs a permis que s'impose l'apparence selon laquelle le regard dans son propre reflet réalise, chez tout individu, une situation originelle de rapport à soi-même. Et c'est seulement au sein d'une population que l'on définissait, dans toutes ses classes, comme une population de détenteurs de miroirs, que Freud et ses successeurs ont pu populariser leur pseudo-évidence sur ce que l'on a appelé le narcissisme et sur un auto-érotisme primaire de l'être humain, censé être transmis sous une forme optique. Le théorème tragiquement hybride de Lacan sur le stade du miroir comme formateur de la fonction du Moi ne peut pas, lui non plus, surmonter sa dépendance à l'égard de l'équipement cosmétique ou égo-technique du foyer au XIXè siècle - au grand dommage de ceux qui se sont laissés aveugler par ce mirage psychologique.

Peter Sloterdijk, Sphères (1998)
Narcisse, Le Caravage (1599)