Affichage des articles dont le libellé est Eustache. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eustache. Afficher tous les articles

dimanche 22 septembre 2013

Quand la terre tremble sous nos pas


La nausée est un malaise noble, ce n'est pas le nom qui convient à cette poussière, cette honte qui reste dans ma gorge, que je ne peux pas digérer, que je ne peux pas recracher non plus… Quand quelqu'un nous quitte et qu'on souffre, on ne sait jamais très bien pourquoi. Il n’y a pas que l’amour, il y a l’orgueil, l’amour propre, j’en avais pris mon parti… J’essayais de ne plus souffrir ou de souffrir le moins longtemps possible, sachant qu’un jour je ne souffrirai plus. Mais quand la terre tremble sous nos pas, quand l’amour, la réussite, la révolution ne veulent plus rien dire…
...Vous savez, le monde sera sauvé par les enfants, les soldats et les fous.

Jean Eustache, La maman et la putain (1973)


Ce sera le dernier dialogue extrait de "La maman et la putain" dans ces colonnes... on se quitte donc avec un Alexandre (JP Léaud) visiblement ému.

lundi 2 septembre 2013

Qu'avez-vous pensé?



- Vous accostez souvent les filles comme vous m'avez accostée?
- Je vous ai dit : je n'accoste jamais. Mais avec vous, je n'avais pas le choix : Comment aurai-je pu vous retrouver?
- Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit? "Je n'ai pas le temps de boire un verre avec vous, avez-vous un numéro de téléphone?"
- Je me souviens très bien. Si ce n'est pas indiscret, qu'avez-vous pensé?
- J'ai été très surprise de vous retrouver marchant à côté de moi. Et je vous ai trouvé moins beau que je ne pensais... Je ne croyais pas que vous m'appelleriez. Je vous ai menti ; j'étais libre, j'ai fait exprès de ne pas venir au rendez-vous.
- C'est ce que je pensais.
- Et je ne comprenais pas pourquoi vous ne vouliez pas coucher avec moi. Je me disais : il est peut-être malade, impuissant... Et je me suis aperçu que vous ne l'étiez pas.
- Ca vous a ennuyé que je ne cherche pas à coucher avec vous?
- Comment voulez-vous qu'une fille sur qui les types sautent au bout de cinq minutes ne soit pas troublée quand quelqu'un est gentil, ne cherche pas à la baiser?

Jean Eustache, La maman et la putain (1973)

mercredi 28 août 2013

Ce nouveau monde où les vieillards ont 17 ans

J'ai lu "la Confession d'un Enfant du Siècle" de Musset juste après avoir mon premier visionnage de "La Maman et la Putain". De manière décorrélée.

J'ai cependant trouvé de grandes similitudes parmi les deux oeuvres.

Bien sûr, il y a les faits : Octave, trompé et blessé par sa maîtresse, dès le début du livre ; Alexandre, meurtri de ne pouvoir reconquérir Gilberte (son "vieil amour merdique", comme dirait Marie). Le thème commun des relations homme-femme...

Rien de ceci ne serait concluant si chacune de ces oeuvres ne portait en elle l'esprit de son époque. Post-napoléonienne ou post-mai68.
Il est retranscrit par le récit (le dialogue, les situations), mais aussi par des appréciations et jugements explicites.

Morceaux choisis (Musset, puis Eustache)

Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes. Condamnés au repos par les souverains du monde, livrés aux cuistres de toute espèce, à l’oisiveté et à l’ennui, les jeunes gens voyaient se retirer d’eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leur bras. Tous ces gladiateurs frottés d’huile se sentaient au fond de l’âme une misère insupportable. Les plus riches se firent libertins ; ceux d’une fortune médiocre prirent un état et se résignèrent soit à la robe, soit à l’épée ; les plus pauvres se jetèrent dans l’enthousiasme à froid, dans les grands mots, dans l’affreuse mer de l’action sans but.
-
Ce fut comme une dénégation de toutes choses du ciel et de la terre, qu’on peut nommer désenchantement, ou si l’on veut, désespérance, comme si l’humanité en léthargie avait été crue morte par ceux qui lui tâtaient le pouls. De même que ce soldat à qui l’on demanda jadis : À quoi crois-tu ? et qui le premier répondit : À moi ; ainsi la jeunesse de France, entendant cette question, répondit la première : À rien.
-
L’amour était traité comme la gloire et la religion ; c’était une illusion ancienne.
-
Quand les idées anglaises et allemandes(*) passèrent ainsi sur nos têtes, ce fut comme un dégoût morne et silencieux, suivi d’une convulsion terrible.
-
Ainsi les jeunes gens trouvaient un emploi de la force inactive dans l’affectation du désespoir.

*
*     *

Les jeunes cadres, les professions libérales ont remplacé les soldats.
-
Après les crises, il faut vite tout oublier, tout effacer. Comme la France après l'Occupation. Comme la France après mai 68. Tu te relèves comme la France après France après l'Occupation. Mon amour, tu te souviens? On disait qu'on l'avait échappé belle. Qu'on avait eu la chance d'avoir une enfance et qu'on n'était pas sûrs que nos enfants en aurait une dans ce nouveau monde où les vieillards ont 17 ans.


Jean Eustache, La maman et la putain (1973)
Alfred de Musset, La Confession d'un Amant du Siècle (1836)

- - -
(*) Musset pense ici à Goethe et Byron.
Côté Eustache, les références d'Alexandre sont nombreuses, mais plus cinématographiques.

samedi 17 août 2013

La mort, la terre, la cendre


Alexandre, à Marie :

- Quand je fais l'amour avec vous, je ne pense qu'à la mort, à la terre, à la cendre…
- Vous ne m'aviez jamais dit ça.
- J'y pense tout le temps.
- Alors, vous faites l'amour avec la mort ?
- Pourquoi ? Vous voyez des rivières, des cascades ruisselantes ?




Jean Eustache, La maman et la putain (1973)
- - -
RIP Bernadette Lafont (1938 - 2013)

lundi 5 août 2013

Le jour où je ne souffrirai plus


C'est curieux, je n'ai pas cessé de souffrir. Je ne me suis pas accroché à toi, mais à ma souffrance, essayant de la retenir. Te garder près de moi pour me garder. Le jour où je ne souffrirai plus, où je m'en "sortirai" comme tu dis, c'est que je serai devenu un autre. Et je n'ai pas envie de devenir un autre. Parce que ce jour-là, nous ne pourrons plus nous retrouver. Tu sais, je ne suis pas dupe. Il y a le temps qui passe, vous ne pourrez pas lutter très longtemps contre lui... Je suis venu aujourd'hui. Mais si tu ne sais pas ce que tu veux, il sera peut-être trop tard quand tu le sauras. Awww... j'en ai assez, je suis fatigué. Tu te souviens de ce film où Michel Simon disait : "Regardez la femme infidèle, regardez l'ami félon", avec cette grandiloquence un peu ridicule et risible que donne la plus grande douleur ou la mort ? Oh et puis merde ! j'en ai assez. Salut !


Jean Eustache, La maman et la putain (1973)

dimanche 21 février 2010

Il y a une seule chose très belle

Dimanche soir.
Le dimanche soir, c'est le moment où, lorsque l'occasion se présente, je poste une vidéo. Ici, elle est liée aux paroles d'une chanson, et plus précisémment à "La maman et la putain", de Diabologum, reprenant un monologue tiré du film du même nom.
Chanson marquante, effectivement (cf. commentaires de l'article "Ces temps sont effrayants"), que j'ai découverte en 1996 grâce à Mélanie Bauer (à l'époque, sur Oüi FM), dans son émission "Ketchup & Marmelade". J'avais eu la bonne idée d'enregistrer cette émission sur K7.
Autant dire que j'ai écouté ce morceau un paquet de fois, par la suite.

Le texte, l'extrait vidéo, puis un lien vers le morceau de Diabologum.

Que je vous aime...
Regardez, je commence à être saoule et je bégaie et c'est absolument horrible, parce que ce que je dis, je le pense réellement. Et je pourrais rester tout le temps avec vous tellement je suis heureuse. Je me sens aimée par vous deux.

...Et l'autre qui me regarde avec les yeux en couilles de mites, d'un air sournois, en pensant : oui ma petite, tu peux toujours causer, mais je t'aurai. Je vous en prie Alexandre, je ne joue pas la comédie. Mais qu'est-ce que vous croyez?

...Pour moi il n'y a pas de putes. Pour moi, une fille qui se fait baiser par n'importe qui, qui se fait baiser n'importe comment, n'est pas une pute. Pour moi il n'y a pas de putes, c'est tout. Tu peux sucer n'importe qui, et te faire baiser par n'importe qui, tu n'es pas une pute. Il n'y a pas de putes sur terre, putain comprends-le! Et tu le comprends certainement.

La femme qu'est mariée, qu'est heureuse et qui rêve de se faire baiser par n'importe qui, par le patron de son mari, ou par je ne sais quel acteur merdique, ou par son crémier ou par son plombier, ça, c'est une pute! Y a pas de putain, mais qu'est-ce que ça veut dire, "putain"? Y a que des cons, y a que des sexes. Qu'est-ce que tu crois, c'est pas triste, hein, c'est super gai. Et je me fais baiser par n'importe qui, et on me baise et je prends mon pied.

...Pourquoi est-ce que vous accordez autant d'importance aux histoires de cul? Le sexe... Tu me baises bien. Ah! Comme je t'aime. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Comme les gens peuvent se leurrer, comme ils peuvent croire: il n'y a qu'un toi, il n'y a qu'un moi. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Il n'y a que moi pour être baisée comme ça par toi.
...Quelle chose amusante. Quelle chose horrible et sordide. Mais putain, quelle chose sordide et horrible!

Si vous saviez comme je peux vous aimer tous les deux. Et comme ça peut être indépendant d'une histoire de cul. Je me suis fait dépuceler récemment, à vingt ans. Dix-neuf, vingt ans. Quelle chose récente. Et après, je me suis fait baiser, j'ai pris un maximum d'amants. Et je me suis fait baiser. Et je suis peut-être une malade chronique... le baisage chronique. Et pourtant le baisage, j'en ai rien à foutre.
Me faire encloquer, ça me ferait chier un maximum, hein! Là, j'ai un tampax dans le cul, pour me le faire enlever et pour me faire baiser, il faudrait en faire un maximum. Il faudrait m'exciter un maximum. Rien à foutre.

Oh, si les gens pouvaient piger une seule fois pour toute que baiser c'est de la merde. Qu'il y a une seule chose très belle: c'est baiser parce qu'on s'aime tellement qu'on voudrait faire un enfant qui nous ressemble et qu'autrement c'est quelque chose de sordide...
...Il ne faut baiser que quand on s'aime vraiment.

Et je ne suis pas saoule... si je pleure... Je pleure sur toute ma vie passée, ma vie sexuelle passée, qui est si courte. Cinq ans de vie sexuelle, c'est très peu.

Tu vois, Marie, je te parle parce que je t'aime beaucoup. Tant d'hommes m'ont baisée, m'ont désirée, tu sais. On m'a désirée, parce que j'avais un gros cul qui peut être éventuellement désirable. J'ai de très jolis seins qui sont très désirables. Ma bouche n'est pas mal non plus. Et quand mes yeux sont maquillés, ils sont pas mal non plus.
On m'a souvent baisée comme ça, tu sais, dans le vide. On m'a souvent désirée comme ça, et baisée dans le vide. Je ne dramatise pas, Marie. Je ne suis pas saoule. Qu'est-ce que tu crois, tu crois que je m'appesantis sur mon sort merdique? Absolument pas.

On me baisait comme une pute. Mais tu sais, je crois qu'un jour, un homme viendra et m'aimera et me fera un enfant, parce qu'il m'aimera. Et l'amour n'est valable que si on a envie de faire un enfant ensemble. Si on a envie de faire un enfant, on sent qu'on s'aime. Un couple qui n'a pas envie de faire un enfant n'est pas un couple, c'est une merde, c'est n'importe quoi, c'est une poussière...
Les super-couples libres... "Tu baises d'un côté chérie, je baise de l'autre. On est super-heureux ensemble. On se retrouve. Comme on est bien".

Oh, c'est pas un reproche que je fais, au contraire. La tristesse n'est pas un reproche, vous savez... C'est une vieille tristesse qui traîne depuis cinq ans... Vous en avez rien à foutre. Comme vous pouvez être bien, ensemble. Regardez, vous allez être heureux.

Jean Eustache, La maman et la putain (1973) Diabologum - la maman et la putain #3 (Lithium, 1996) Pour voir ce monologue tel que Diabologum l'a mis en musique, rendez vous ici. J'ai tellement écouté ce morceau que la moindre des intonations m'est familière, et que j'ai en tête le contexte musical de chaque parole. Comme par exemple: "Tu vois, Marie, je te parle parce que je t'aime beaucoup" prononcé juste au début d'une accalmie.