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dimanche 12 avril 2026

La tendance épouvantable d'un catholicisme mal compris

Je récite tous les jours le Notre Père, dans lequel je dis :
"Notre Père, qui es aux cieux,
Pardonne[-nous] nos offenses,
comme nous pardonnons les offenses"

(sic)
Qui prononce cette phrase ?
Vincent Bolloré, le 13 mars 2026, lors de son audition par la commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Il était interrogé sur "le soutien sans faille de la direction de Cnews à M. Morandini" (bien que définitivement condamné pour corruption de mineurs)

Pourquoi cette citation (inexacte, nous y reviendrons) ?
Pour justifier qu'on puisse vouloir pardonner :

Donc je pardonne. [...] Justice est passée, maintenant miséricorde doit passer.


Rien ne va dans cet déclaration et ce raisonnement.
Déjà qu'un catholique pratiquant puisse se tromper en citant la prière "Notre Père"... Ensuite qu'à croire les dirigeants de Cnews, il n'est donc jamais opportun de sanctionner : ni avant condamnation définitive (présomption d'innocence oblige), ni après puisque "miséricorde doit passer". Enfin et surtout que la citation fausse induise un contre-sens majeur.
Elle aurait dû être "comme nous pardonnons ceux qui nous ont offensé". Eh oui, c'est en effet aux victimes qu'il revient de pardonner !

Si je prends le temps d'aborder le sujet sur ce blog, alors que tant d'autres occasionnent stupeur, colère et indignation dans notre monde, c'est que j'ai lu une "opinion" diablement (si j'ose dire) intéressante et éclairante, énoncée dans le journal La Croix.

Ce qui le pousse à tordre explicitement la prière du Seigneur, c’est bien sûr l'effacement des victimes. Car ce n’est pas Vincent Bolloré, ni la direction de CNews, qui a été victime des agissements pédocriminels de Jean-Marc Morandini.

La véritable rigueur catholique veut donc que dans cette affaire, l’homme d’affaires breton et la direction de CNews ne sont absolument pas concernés par la question du pardon, mais uniquement par leur responsabilité sociale et leur devoir d’exemplarité [...].

En s’appropriant indûment le pouvoir de pardonner une offense qui ne le concerne pas, Vincent Bolloré s’assied sur la place des victimes, ou bien sur le trône de Dieu. Dans un cas comme dans l’autre, il en sera un jour dégagé brutalement s’il ne se ressaisit pas de lui-même.

D’autre part, l'homme d'affaires ne refuse pas seulement aux victimes le droit d'octroyer ou de retenir leur miséricorde ; il les empêche également de recevoir miséricorde, en effaçant parfaitement de sa réflexion la souffrance que peut représenter pour elles l'impunité sociale de leur agresseur, et l'indécence de sa célébrité.

Il s'inscrit ici dans une tendance épouvantable d'un catholicisme mal compris qui réduit la miséricorde au pardon des pécheurs, en le dépouillant de toute considération pour les victimes innocentes.

Matthieu Poupart
Membre d’un groupe de travail post-Ciase sur l’analyse des causes des violences sexuelles dans l’Église, auteur du livre Le Silence de l’agneau, La morale catholique favorise-t-elle la violence sexuelle (Seuil, 2024)

A lire également les développements de la réflexion de l'auteur, rapportée à l'histoire de l'Eglise (qui m'est étrangère)

jeudi 28 mars 2024

On est des robots

"C’est ma mère qui parlait à la maison ; mon père, non. C’est un taiseux, un macho typique qui aime qu’on fasse comme il veut. Alors, de l’affection, des câlins, il n’y en avait absolument pas. Et de toute façon, c’est quelque chose qui n’existe pas dans notre culture. On ne se prend pas dans les bras. On n’exprime pas ses sentiments. Les montrer est même considéré comme immature, faible. On ne montre pas sa colère. On ne montre pas sa tristesse. On est des robots. On ne sait pas, et on ne cherche pas à savoir qui on est. Et à la fin, on meurt."

Uyen Pham, 32 ans (et d'origine vietnamienne), dans "Au p'tit bonheur", une très belle série de portraits de gens souvent cabossés, à lire dans LeMonde. Ils sont signés Stéphania Rousselle, talentueuse journaliste franco-américaine, et font suite au recueil "Amour" sur lequel je reviendrai plus tard !

mercredi 18 mai 2022

Ecarlate

La force et la pertinence de la servante écarlate ("the handmaid's tale") se vérifie chaque jour, tant cette dystopie se révèle plausible. Dans le livre, une baisse drastique de la fécondité occasionne la prise de pouvoir d'une communauté, qui établit un régime totalitaire, contrôlant entièrement la vie des femmes, pour n'en dédier certaines qu'à la simple fonction reproductive (et d'autres aux tâches ménagères, à l'enseignement, ou au rôle d'épouse).

En faisant un effort de "projection", quels systèmes de pensées pourraient aujourd'hui s'accommoder d'une telle conception de la femme ? Les partis revendiquant une "politique nataliste" (et nationaliste, hum...) d'une part. Et les fondamentalistes religieux d'autre part.

Ceci étant posé, rapide aperçu de l'ambiance actuelle aux Etats-Unis, depuis qu’a fuité le projet de décision de la Cour suprême remettant en cause le droit constitutionnel à l’avortement, via cet article de LeMonde :
 
Les experts de la surveillance numérique recommandent aux femmes qui résident dans des Etats anti-avortements de supprimer les applications de suivi du cycle menstruel. Et si elles visitent une antenne du Planning familial, de ne surtout pas emporter leur portable. Certaines militantes sont alarmistes. « Dans des Etats comme le Texas, la situation va être plus effrayante que vous ne l’imaginez, écrit l’essayiste Lauren Hough, qui vit à Austin (Texas). Ne discutez pas de vos plans sur les réseaux sociaux. Effacez vos applications de suivi menstruel. Ne mettez rien par écrit. » Et si vous ratez une menstruation, préconise une autre commentatrice, « n’en parlez à personne ».

Aux Etats-Unis, suspicion sur les applis de suivi des règles, Corine Lesnes

vendredi 18 février 2022

They already knew


Reçu en début d'année dans la Matinale de France Inter, Yannick Jadot, candidat Europe Ecologie Les Vert à l'élection présidentielle, était introduit par Nicolas Demorand en ces termes :

"Température record, sécheresse, incendies, inondation, banquise en train de fondre : les catastrophes climatiques sont presque quotidiennes et se voient désormais à l'oeil nu. Dans ce contexte, vous devriez bénéficier d'une puissante dynamique électorale. Or ce qu'on voit, c'est que la planète brûle et que pourtant, les écologistes en France ne sont pour l'instant crédités que de 7% dans les intentions de vote. Comment expliquez-vous ce qui semble être une contradiction majeure entre notre époque et votre offre politique ?"

Avant d'en venir à mon propos, relevons tout de même que Nicolas Demorand omet de citer l'autre versant du problème, à savoir l'effondrement de la biodiversité (après tout, la sixième extinction de masse est en cours)... et passons sur le paralogisme contenu dans la question, qu'on supposera mal formulée. Il renchérit :

"L'écologie politique est perçue comme négative, punitive, liées aux idées de limitation, de privation, de retour en arrière, d'ascèse, vous disiez, 'il faut de l'enthousiasme', mais pourquoi n'arrivez vous pas à mobiliser des affects positifs, à enchanter le combat écologique, à le rendre passionnant et excitant ?"

On voit l'idée. Je vois moins en quoi le candidat en serait comptable.

Sur la faiblesse des intentions de votes : pourquoi ne pas poser la question aux électeurs eux-mêmes, à toute personne qui s'apprête à NE PAS voter Ecologie. Personnellement, j’ai du mal à comprendre : il y a une crise écologique ; nous-mêmes, les jeunes générations, nos enfants vont en pâtir, et tout (TOUT) sera impacté. J'ai un jour entendu Eric Zemmour se targuer d'avoir une vision à mille ans... mais il lui manque la vision à 30 ans, et le désert sera en France avant les Touaregs. Quant aux autres candidats : qui peut croire qu'un saupoudrage de mesures, qu'une politique de « petits pas », qu'un récent verdissement pourront être efficaces ?

Sur le manque d'attrait des thèmes écologiques... ou de manière plus inquiétante, sur leur manque tout court. N'est-ce pas la responsabilité des journalistes de rendre ces thèmes centraux ? Tout comme il eût été de leur responsabilité de ne pas "faire" Zemmour ? Dans cet article (Pourquoi la crise climatique ne parvient pas à émerger dans la campagne présidentielle), Cécile Duflot explique : "Le climat, ça n’intéresse pas les journalistes politiques – trop technique, trop anxiogène –, ils sont autant dans le déni que les politiques."

La réponse à ces deux questions tient en effet en quatre lettres (bien connues de Y. Jadot également) : D, E, N, I.

Faut-il rendre l'écologie plus "sexy" ? Sans doute suffisamment pour la faire accéder au pouvoir, dois-je concéder. Mais quelle conception infantilisante a-t-on des électeurs ? Car oui, désolé, il faut consommer moins, manger moins de viande, rouler et voler moins. Consommer "mieux" ne suffira hélas pas (voir par exemple L'utopie de la mode durable). On peut aussi relire mon article de 2011 sur "le pari de la décroissance" de Serge Latouche (2006)… Notre immobilisme collectif fait peur.

Bref, votons, l'impact pourrait être bien plus important que "nos petits gestes du quotidien". L'enjeu est d’obtenir une classe politique déterminée à agir… et à remettre le capitalisme en question. Souvenons-nous que "nos vies valent plus que leurs profits" et que, comme le tweetait le journaliste de mediapart Mickaël Correia, "la seule minorité dangereuse, ce sont les 1% les plus riches qui brûlent notre planète."

Nouvelle marche pour le climat, un peu partout, le samedi 12 mars

jeudi 1 octobre 2020

The Election That Could Break America

Article à lire pour anticiper un tant soit peu ce qui pourrait se passer avec les élections américaines (c'est-à-dire à partir du 3 Novembre). Rien n'est écrit, mais il y a quand même un alignement notoire de planètes pour que ce soit le chaos. Et encore, de l'aveu même d'un conseiller juridique de Trump : "Any scenario that you come up with will not be as weird as the reality of it".

Le risque vient de l'attitude de Trump d'une part, et tient au processus de transition post-élection d’autre part (en gros de novembre à janvier) dans la mesure où il n'offre quasiment pas de garde-fou : "Our Constitution does not secure the peaceful transition of power, but rather presupposes it" (Lawrence Douglas, juriste, auteur du récent essai "Will He Go?")

Revue non exhaustive des menus obstacles à une élection sereine.


Il y a d'abord la question de la reconnaissance des résultats. Ce n'était déjà pas acquis en 2016 (déclaration du candidat Trump au meeting de Delaware, OH) :
“Ladies and gentlemen, I want to make a major announcement today. I would like to promise and pledge to all of my voters and supporters, and to all the people of the United States, that I will totally accept the results of this great and historic presidential election.” He paused, then made three sharp thrusts of his forefinger to punctuate the next words: “If … I … win!”

(lol)
(non)

On se rappelera d'ailleurs que même vainqueur, il aura contesté l’avantage d’Hillary Clinton au vote populaire (çàd au nombre global de votes) avec un excédent de 2,868,692 voix (Il estimait les votes irréguliers d'immigrants sans-papier au bas mot à trois millions). La rhétorique de défiance envers les résultats des votes se poursuit encore aujourd'hui.

L'éventualité de la fraude électorale (au demeurant négligeable dans les faits) donnerait un bon prétexte à de zélées milices (armées) républicaines de "sécuriser" les abords des bureaux de vote stratégiques (cf. Ballot Security Task Force). De la "sécurisation" à "l'intimidation" (des populations plus enclines à voter démocrate), il n'y a bien sûr qu'un pas. Le parti recrute par ailleurs actuellement 50'000 "poll watchers". Comment cela est-il possible?

Le "consent degree", pour résumé un accord de bonne conduite à valeur juridique et signé en 1982 entre Republican National Committee (RNC) et Democratic National Committee (DNC) a pris fin en... 2017. Et son renouvellement, souhaité par les Démocrates, a été rejeté en 2018.
  • Voter Caging : mailing de masse servant à détecter - en français - des NPAI ("N'habite plus à l'adresse indiquée"), permettant de mettre ultérieurement en doute puis d'invalider le vote des personnes concernées.
  • Lying Flyers / Robocalls : distribution de prospectus mensongers (date de vote erronée, fausse allégation "impossibilité de voter si un membre de la famille a été reconnu coupable d'un crime"...), appels ciblés, par exemple envers les afro-américains leur disant que le candidat démocrate été déjà qualifié et qu'il ne servait à rien de se déplacer...
  • Ceci s'ajoute aux dispositions légales de purge de liste électoral (qui parfois excluent des électeurs valides), de restriction du droit de vote (visant par exemple à exclure des anciens prisonniers) ou de définition de la liste des justificatifs d'identité valables (on pourra par exemple accepter les permis de port d'arme, et refuser les cartes d'étudiants)

Combinés et ciblés, ces dispositifs peuvent bien sûr avoir un impact sensible... Et encore, on ne parle ici que de vote "physique", sur place. La pandémie actuelle va favoriser le vote par correspondance... que Donald Trump s'applique également à sapper.

En affaiblissant l'US Postal Service de l'intérieur tout d'abord. En évoquant la menace de votes frauduleux orchestré par des nations étrangères. Alors que 60% des partisans démocrates sont prêts à voter par correspondance contre seulement 28% de républicains, on voit tout de suite les répercussions... D'autant qu'un bulletin de vote par correspondance, même dépouillé dans les temps, est beaucoup plus facile à invalider pour vice de forme.

Objectifs : Alimenter le chaos, la défiance. Ce que pourrait tout à fait finir de provoquer un "blue shift", le soir des élections : premières estimations largement en faveur des Républicains, avant que le dépouillement des votes ne fasse glisser le verdict en faveur des Démocrates.

Partant de là, tout est possible. Manifestations, violences, émeutes... Etat d'urgence, etc...


The worst case is not that Trump rejects the election outcome. The worst case is that he uses his power to prevent a decisive outcome against him. If Trump sheds all restraint, and if his Republican allies play the parts he assigns them, he could obstruct the emergence of a legally unambiguous victory for Biden in the Electoral College and then in Congress. He could prevent the formation of consensus about whether there is any outcome at all. He could seize on that un­certainty to hold on to power.
[...]

The Twentieth Amendment is crystal clear that the president’s term in office “shall end” at noon on January 20, but two men could show up to be sworn in. One of them would arrive with all the tools and power of the presidency already in hand.

“We are not prepared for this at all,” Julian Zelizer, a Prince­ton professor of history and public affairs, told me. “We talk about it, some worry about it, and we imagine what it would be. But few people have actual answers to what happens if the machinery of democracy is used to prevent a legitimate resolution to the election.”

The Election That Could Break AmericaBarton Gellman

vendredi 22 mai 2020

Strange to explain



A l'occasion de la parution ce jour du nouvel album de Woods, le New York Times revient sur la collaboration de ses membres avec le regretté David Berman au sein de Purple Mountains.

Jeremy Earl had been a father for two weeks when one of his favorite songwriters — David Berman, of the Silver Jews — emailed him with a plea: Help me make my first record in a decade.

[...] In early May 2018, when Berman wrote, Earl was taking a break to focus on his newborn daughter, Sierra, and the 11-acre spread he and his wife, Nicole, were turning into their home in New York’s leafy Hudson Valley. “I was in no rush to do anything,” Earl said in a phone interview from the barn that doubles as his home studio and Woodsist’s headquarters. “It was a welcome breather after years of putting the band above everything.” 

Still, Earl’s bandmate Jarvis Taveniere told him to write Berman back. Taveniere had been a Silver Jews zealot since he was 15, and he had pined for Berman to return from his self-imposed hiatus. Since meeting at Purchase College two decades earlier, Earl and Taveniere had been best friends and perennial bandmates. In Woods, Earl emerged as the songwriter with the bittersweet bleat, while Taveniere was the band’s intuitive instrumentalist and in-demand producer, even relocating to Los Angeles in 2018 to help others make records. That’s the tandem Berman wanted.

"Woods Became David Berman’s Band. Then They Picked Up the Pieces."
by Grayson Haver Currin
un article du New York Times à lire [ici]

Woods, Strange to explain (2020)

-

J'apprends de manière tout à fait fortuite qu'avant de faire appel à Jarvis Taveniere et Jeremy Earl de Woods, David Berman avait avancé respectivement avec Jeff Tweedy [Wilco], Dan Auerbach [Black Keys] et Dan Bejar [Destroyer]. Avec ce dernier, le processus d'enregistrement était même allé assez loin... feat. Stephen Malkmus en musicien !

vendredi 3 janvier 2020

Streaming broke the hunter-collector psychology

Début 2020, période forcément chargée en analyse sur la décennie révolue. Ici, dans le Guardian, on parle musique, et plus particulièrement avènement du Streaming.

The shift between the first decade of the 21st century and the 2010s can be partly conveyed by the contrast between “torrents” and “streaming”. Both terms evoke the new liquidity of cultural products freed from solid form and turned into pure information. Visiting torrent sites or filesharing platforms was a purposeful activity, though – like going to an MP3 retailer such as iTunes except without a financial transaction taking place. Legal and illegal downloading alike was still tethered to the notion of music ownership, even if the collection was now infinitesimally inconspicuous, crammed into a hard drive or that antique object, the iPod.

Streaming seems less active, a steady state that turns music into a utility, something on tap – like water. Where obsessive accumulation of solid-form music or immaterial files involved passion and even an element of pathology, streaming breaks with the hunter-collector psychology. It’s like radio, except there’s little or no public dimension.

'Streaming has killed the mainstream': the decade that broke popular culture,
par Simon Reynolds dans the Guardian

vendredi 26 juillet 2019

Solastalgie

[...] Entre la hausse du thermomètre, la disparition des animaux, la fonte des glaciers, la pollution due au plastique ou l’acidification des océans, les preuves du dérèglement climatique et de l'effondrement de la biodiversité s'accumulent et dégradent tant la planète que notre santé mentale. Avec la canicule estivale de 2018, la peur est montée d'un cran. Nicolas Hulot a avoué son impuissance, tandis que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ­limitaient à onze le nombre d'années restant avant des bouleversements sans précédent. Pour certains, le péril apparaît à la fois imminent et inéluctable.

« Cette angoisse a toujours existé dans le militantisme écologique, mais elle s'est récemment aggravée sous l'effet d’une réduction des horizons temporels. Le dérèglement climatique ne va plus ­affecter les générations futures mais celles d'aujourd'hui, analyse Luc Semal, maître de conférences en sciences politiques au Muséum national d’histoire naturelle. Ce sujet est tellement écrasant, d’un point de vue émotionnel, qu’il peut phagocyter la vie personnelle. »

[...] Le psychiatre Antoine Pelissolo, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil [renchérit]. « La crise environnementale est un parfait sujet d’anxiété. Il est potentiellement très grave, nous n’avons pas de prise directe, nous sentons le danger approcher… Il peut donc devenir envahissant, alimenter une sensibilité à la dépression, et priver les soignants de leviers pour remobiliser la personne, comme la projection dans l’avenir. »

"Eco-anxiété, dépression verte ou 'solastalgie' : les Français gagnés par l'angoisse climatique"
un article à lire sur lemonde.fr. Pour ceux qui ont choisi malgré tout d'avoir une descendance, on peut aussi potentiellement ajouter l'angoisse du jour où son enfant prendra conscience qu'il est appelé à vivre dans un contexte de "fin du monde". 

Plaque commémorative en l'honner d'un glacier disparu (Islande, 2019)

samedi 20 juillet 2019

De la polarisation de la société

Il y a quelques jours une information a été largement reprise : selon un ancien ingénieur de Google (reprenant une étude), "pour chaque mot d'indignation ajouté à un tweet, le taux de retweet augmente en moyenne de 17% [...] En d’autres termes, la polarisation de notre société fait partie du modèle commercial"

Le même jour, Samuel Laurent, à la tête cinq années durant de rubrique "Les décodeurs" du Monde, dressait, sur la base d'un ultime tweet vindicatif, le constat suivant :

Il n’y a plus de place, sur ce réseau, pour autre chose que du campisme pur et dur. Le campisme, pour faire simple, est une expression qui vient du marxisme, et qui signifie la réduction caricaturale de tout phénomène à un affrontement entre "camps", voire l’acceptation de travers venus de son propre "camp" au nom de la lutte contre l’adversaire. [...]

Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Il n’y a aucune place à une lecture critique ou qui bousculerait mes idées reçues : j’attends d’un média qu’il me conforte dans ce que je pense déjà. S’il ne le fait pas, il a tort et et m’a trahi, en tant que lecteur. Le contrat de confiance est donc rompu à tout jamais. Et surtout, un désaccord ne peut pas venir d’un biais de perception dû à ma propre lecture, à mes propres opinions, à mes propres biais. Non, il ne peut être qu’absence de "neutralité" et "opinion". Quel paradoxe d’ailleurs que cette injonction à la neutralité de la part de personnes dont l’activité sur ce réseau consiste à justement donner leur opinion et militer pour l’imposer.

Les réseaux sociaux sont des machines à polariser et à agréger des communautés antagonistes. On y trouve du plaisir en ferraillant, mais aussi dans l’empathie collective de partager le même « combat », les mêmes « valeurs », les mêmes cibles aussi. [...] Dans cette « royal battle », il n’est aucune place pour la neutralité pourtant constamment scandée par les acteurs de la baston : [...] le factuel n’a d’intérêt que s’il constitue un argument à opposer à l’autre camp. L’information factuelle n’est que la trame de fond sur laquelle se tisse la lutte, le prétexte à un commentaire ou à une interpellation publique pour son « camp » et contre celui d'en face.

Ce n'est plus un débat : débattre suppose d’écouter les arguments de l’autre, voire d’accepter qu’on représente soi même un point de vue et que celui-ci peut être contredit. Sur les réseaux, on ne débat plus ; on assène. On ne donne pas un point de vue, mais une vérité, et il n’y a pas d’autres points de vue, mais des mensonges ou des aveuglements. Y compris ceux des journalistes lorsqu’ils ne vont pas dans notre sens. Je n’aime pas un de tes articles ? Je te déchois à tout jamais, toi et tout ton journal, de ma confiance lectorale.

Texte intégral ici :

dimanche 18 novembre 2018

Et si nous nous trompions de transition ?

Intéressante tribune dans Libération ce week-end, qui établit un lien entre cette transition numérique inéluctable que nous vivons tous et la nécessaire transition écologique, aujourd'hui au point mort.

Peut-on raisonnablement affirmer que la transition numérique se fait au détriment de la transition écologique? De nombreux éléments l'indiquent : les volumes astronomiques d'énergie (à 80 % fossiles aujourd'hui) requise par les centres de traitement et de stockage des données, les quantités gargantuesques de déchets produites par la métamorphose de notre société de consommation en société de livraison, les dommages écologiques colossaux liés, en amont, à l’extraction des composantes des appareils numériques et, en aval, à leur recyclage minimal, quand il existe.

Mais ne serait-il pas facile de mettre la transition numérique au service de la transition écologique ? C'est le contraire qui est de plus en plus apparent : la transition numérique entrave matériellement, symboliquement et psychologiquement la transition écologique. Parce qu’elle donne l’illusion confortable d’une dématérialisation de l’économie à l’heure où il nous faut mesurer et réduire son empreinte destructrice de notre bien-être. Parce qu’elle accélère sans fin le temps pour le rentabiliser et raccourcit nos horizons collectifs au moment précis où il nous faut retrouver le sens du temps long. Parce qu’elle nous enferme dans des sociétés d’intermittence et de diversion, de haute fréquence mais de basse intensité, alors que les défis sociaux et écologiques du début du XXIe siècle exigent une énergie sociale maximale et continue. [...]

Mais que faire, étant entendu que rien n’arrêtera plus la «révolution» numérique ? Tout. Et d'abord comprendre qu'il n’y a aucune autre urgence à la transition numérique que la transition numérique elle-même. L'urgence c'est de sauvegarder nos écosystèmes, pas nos données. L’urgence, c’est d’actualiser nos connaissances scientifiques, pas nos profils. Fondamentalement, il faut décélérer la transition numérique afin d’accélérer la transition écologique. L'imaginaire clé à l’œuvre ici est que la transition numérique simplifie la vie et fluidifie les échanges humains, tandis que la transition écologique diminue le bien-être et punit les individus. Ces deux idées devraient presque être inversées pour refléter la réalité.

La transition numérique complique et ralentit beaucoup plus qu’elle ne simplifie et fluidifie. Elle complique d'abord les rapports humains dans l'espace et, de ce fait, ralentit la coopération. Ainsi, elle rive nos regards vers le bas au lieu de les projeter vers l’avant ou vers le ciel. Les passants ne se regardant plus, ils ne se considèrent plus les uns les autres et n’ont presque plus conscience de leur environnement. La circulation sur les trottoirs s'en trouve compliquée, tout comme dans les transports publics et sur les routes (le nombre d’accidents liés à l’usage des appareils numériques ne cesse de croître). La transition numérique complique et ralentit également la coopération dans le temps : l'interruption permanente de l'attention et la diversion constante rendent impossible la continuité requise par la coopération. L'intermittence technologique est l'ennemie de la continuité sociale et donc de la transition écologique.

On peut donc plaider tout à fait sérieusement pour un «luddisme écologique» : un mouvement conscient de ralentissement de la transition numérique [...]

Suite de la tribune, à lire dans Liberation

Et si nous nous trompions de transition ?
Eloi Laurent (Economiste, enseignant à Sciences Po et à l'Université de Stanford)

jeudi 9 août 2018

Le calvaire de l’électrohypersensibilité

Chez les époux Hulmel, c’est presque un rituel. Tous les matins, Jacques, le mari, sort de la ferme où il habite seul à Chollet, un lieu-dit de Charente-Maritime, et marche à travers le pré vers la caravane de sa femme, Odile. Il lui détaille les infos du jour, évoque la grève de la SNCF ou la Corée du Nord… « Y a rien d’autre ? » demande-t-elle, malicieuse. Alors, il lui donne des nouvelles du « royal baby », et elle sourit. « J’ai besoin de futile… »

Depuis deux ans et demi, cette femme de 59 ans doit vivre à distance de sa maison, cette grosse bâtisse qu’elle aperçoit au loin, en levant les yeux. Considérée comme une électrohypersensible (EHS), elle ne supporte plus la moindre onde électromagnétique. Portable, Wi-Fi, pile de montre… Tout provoque en elle d’insupportables maux de têtes, nausées, chutes de tension. Impossible, également, d’écouter la radio. Le parc à vaches dans lequel son voisin lui a permis de s’installer – après avoir remplacé la clôture électrifiée par de bons vieux barbelés – est devenu son « chez elle » et sa prison.

La suite est à lire sur lemonde.fr (ainsi que ce complément). Le seul espoir de ces personnes? L’ouverture de « zones blanches » destinées à l’accueil des électrosensibles.

Ces articles éclairent la situation de Chuck McGill, personnage de la série Better Call Saul, touché par cette intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques.

On a d'ailleurs hâte de retrouver son frère, Jimmy aka Saul Goodman dans la saison 4, qui a débuté cette semaine !

Bonus : un récap' clair (en anglais) de la Saison 3

mercredi 18 juillet 2018

La tyrannie du «cool»

Nos bureaux ressemblent de plus en plus à un «goûter d’anniversaire géant», comme l’observe Nicolas Santolaria dans Le syndrome de la chouquette, ou la tyrannie sucrée de la vie de bureau.

A la lecture de cet inventaire savoureux des nouvelles mythologies professionnelles, un constat, impitoyable: le «prolétariat moderne» serait trop occupé à faire des parties de ping-pong, brainstormer affalé dans des canapés mous, et à se réapprovisionner au distributeur de bonbons, pour penser lutte des classes et amélioration des conditions de travail. «Si l’entreprise nous tient effectivement captifs, poursuit l’auteur, elle le fait aujourd'hui d’une façon renouvelée, masquant de plus en plus habilement son caractère carcéral et répressif. La liberté, l’autonomie, l’épanouissement sont devenus les nouveaux leviers paradoxaux de cet asservissement ludique.»

"Au bureau, la tyrannie du «cool» ", article à lire ici :

On est effectivement tenté de déduire que s'il y a un Chief Happiness Officer, c'est qu'il y a un loup.

mercredi 30 mai 2018

La gorgée de bière de trop

A lire sur Slate.fr : "la sélection de livres à ne pas acheter cet été".
Très drôle, en particulier les passages sur Nicolas Rey, mais aussi Philippe Delerm.

Vraiment, je ne sais pas pourquoi je m’inflige ça. Lire du Philippe Delerm sans y être obligé? Ce type rend insupportable tout ce qui est insignifiant. Alors quoi? Un vague espoir d’amélioration? Une forme de pitié? Il est vrai que, depuis La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, best-seller il y a vingt ans, on mesure ses efforts pour retrouver un tel succès. Il additionne les titres exaltant la banalité (Il avait plu tout le dimanche, Paniers de fruits, La Sieste assassinée, Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables, Les Eaux troubles du mojito et autres belles raisons d’habiter sur terre…) ou ceux assumant un conservatisme satisfait (Je vais passer pour un vieux con et autres phrases qui en disent long, Les Mots que j’aime). Notez que ça passe souvent par la bouffe et les boissons. Jamais le moindre cri du cœur chez Philippe Delerm mais beaucoup de gargouillis satisfaits dans l’œsophage.

Et saluons l’abnégation: à raison d’au moins un livre par an, Philippe Delerm bâtit patiemment une encyclopédie du rien.

Il en est ainsi de Et vous avez eu beau temps? La perfidie ordinaire des petites phrases, où l’auteur dissèque –sans trop se salir, hein, le scalpel est tendre– des expressions sans intérêt.

Car, enfin, comment est-il possible de rassembler tant de mièvreries au paragraphe? Il y a deux ans, son Journal d’un homme heureux m’avait donné envie de passer son jardin au napalm («Ce matin, par la fenêtre de la cuisine, le pré couvert de givre. J’aime cette sensation, sur le goût du café chaud») ou de boire de l’Oasis («l’odeur de l’Orangina renversé sur la petite table de fer»), écœuré par ces émotions suaves, qui ont la force d’un statut Instagram.

Notre sélection de livres à ne pas acheter cet été
(Jean-Marc Proust, 28 mai 2018 slate.fr)

mardi 29 mai 2018

[mai68] Intox à domicile

Mai 2018 touche à sa fin, et par la même occasion, la série d'articles sur Mai 68 également !

Si nous avons pu mettre en avant des thématiques communes entre ces deux époques (convergence des luttes, rejet du pouvoir politique, et plus bas, défiance envers les médias), il est clair que la sauce n'aura pris que pour la première.

Quand bien même les manifestations actuelles font référence dans leur communication à l'esprit d'alors.

Pour se replonger dans l'atmosphère mai 68, on pourra par exemple lire "Les choses" de Perec, "Chien Blanc" de Romain Gary, regarder des films de Godard comme "Tout va bien", ou encore le docu-fiction déja mentionné ici La Barricade.

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J'en viens aux affiches relatives aux médias, donc (rappelons qu'à l'époque, radios et télévisions sont sous la tutelle de l'ORTF, c'est-à-dire de l'Etat français)




Aujourd'hui, le discours anti-média est courant, aussi bien dans la rue que dans la bouche de responsables politiques (pour la France, je pense par exemple à Mélenchon, qui est allé jusqu'à théoriser sa stratégie de haine des médias)

mardi 27 mars 2018

Défendre des œuvres fragiles / préciser des priorités

A lire dans la rubrique Checknews de libération.fr, la réponse du critique musical Olivier Lamm, interpellé par certains lecteurs et - apprend-on - certains journalistes de la rédaction sur sa critique négative (voire "violente") de l'album d'Eddy de Pretto.

Tout journaliste musical, professionnel ou amateur, s'est un jour posé la question s'il était préférable de critiquer des albums jugés mauvais ou de les omettre poliment. S'agissant d'un album sujet à une telle unanimité de la part des médias spés comme généralistes, j'aurais tendance à dire que ne pas en parler est suffisamment signifiant en soi. Pour autant, je soutiens plutôt Olivier Lamm, et ne peut que louer son intégrité.

[...] Je prends la discipline de la critique très au sérieux, parce que je prends l'art très au sérieux, à la fois pour ce qu’il est, pour l’importance qu’il joue encore, dieu merci, dans notre société. Pour la grande plupart des articles que j’écris, qui sont positifs pour une grande majorité et dont la vertu est de défendre des œuvres fragiles – fragilisées par un état de fait médiatique où trop peu de journalistes prennent la responsabilité, à mon avis, de s’engager –, j’ai très à cœur de communiquer de manière simple et pédagogique, sans exclure aucun lecteur. La critique négative n’est pas le revers de ce travail, tout au contraire. Il s’agit de préciser un goût et, si j'ose dire, des priorités. Surtout dans le cas d'œuvres d'obédience populaires et/ou médiatisées dont nous nous faisons une tâche sérieuse, au sein du service Culture, de signaler non seulement l’existence mais l'importance éventuelle et les particularités.

La violence, je la perçois dans l’extrême complaisance avec laquelle certains collègues dépassionnés d’autres médias voient leur activité, qui consisterait à se faire l'écho de tous les objets qu’on leur «vend» comme importants, et dont ils énumèrent les particularités tels que fournis par les attachés de presse de maisons de disque toujours plus cyniques et désinvestis de leur mission première, la découverte de talents (ce sont eux dont je parle en évoquant ces gens effrayés d’écrire sur le rap parce qu’ils n’en écoutent pas).

Concernant ce premier album d’Eddy de Pretto, je l'ai critiqué avec sincérité, en mon âme et conscience et avec les connaissances qui sont les miennes, mes outils d’analyse, j'ose espérer une certaine  expertise liée à mon expérience professionnelle,  en espérant que mes arguments seraient compris. Certains m’en ont félicité, très heureux de lire un article dont ils estimaient qu’il avait été rédigé de manière indépendante et en toute liberté. D'autres ont été blessés qu’un artiste qu’ils estiment puisse être ainsi critiqué. Je n'écris ni pour les premiers, ni pour les deuxièmes. Si je le faisais, je perdrais tout discernement. J'écris la critique d’une œuvre d’art qui paraît dans un contexte particulier, sur pièces, en essayant de me détacher des chantages qu’on fait de plus en plus à la critique et aux artistes – une responsabilité «morale» vis-à-vis des possibles vexations et sensibilités des uns et des autres et dont nous savons pour la plupart qu’il n’y a aucune limite à leur action néfaste. 

Le mot «monstrueux» dont on m’a reproché l’usage ne concerne qu’une œuvre composée d'éléments que j'estime disparates et dont j’ai pris le soin d’énumérer les différentes parties pour exposer leur incompatibilité. Le reste, les invectives personnelles, sociales, physiques etc. sont hors-sujet et absentes de mon texte, à l’exception de la manière dont certains traits distinctifs de l'artiste sont «mises à profit» dans sa promotion. Ce qui n’est pas une mince affaire, je vous le rappelle, puisque la critique d’un objet de musique pop concerne toujours plus que de la musique – une image, un personnage, un plan marketing etc. Il n'y a du mépris dans ce texte pour personne. Seulement de l'exigence dont j'espère qu’elle ne se tarira pas trop vite pour que je puisse continuer à faire mon travail correctement.

Olivier Lamm,

mercredi 14 mars 2018

the Yards, en vrai

Lu hier sur le site du Monde.fr, un article commençant en ces termes :

Révélations sur des soupçons de corruption sur le marché parisien de l'eau
Plusieurs spécialistes français du traitement des eaux usées, dont une filiale de Veolia, auraient tenté d'écarter un concurrent italien.


Curieux, de lire un tel récit (ou de visionner le sujet correspondant dans Cash Investigation), deux jours après avoir revu The Yards... On assiste en effet dans ce film à la concurrence acharnée que se livrent des entreprises (dont un challenger hispanophone) pour remporter des contrats de maintenance de matériel ferroviaire roulant.


James Gray, the Yards (2000)
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Le saviez-vous ?
Le dénouement du film n'est pas tel que le souhaitait James Gray initialement. Il lui a été imposé par son producteur (un certain Harvey Weinstein)

samedi 6 janvier 2018

Tout a fini en "barbecue"

Dans l’incendie d’un immeuble du 15ème arrondissement de Paris, la police découvre le corps carbonisé d’une escort girl. Puis le cadavre d’une autre femme dans la cave d’un squat. Qui les a tuées ? Et pourquoi ?

Récit d'une sombre histoire à découvrir dans Le Monde (pour les abonnés), feat. une malheureuse prostituée, une maquerelle meurtrière, et trois compères : "l'Escroc", "Basic" et "Le Kabile" aka "Kaka" aka "Bilka le Feu"...

Certaines de leurs connaissances se racontent l'histoire au téléphone.
Tarantino ou Guy Ritchie ne sont pas loin.

— Vas-y ma gueule, dans la veca [*] du bendo [*]…
— Ouais ?
— Y a un murder…
— Mais non ? C’est la même story ?
— Wallah, en fait y en avait pas une, y en avait deux.
— Le Coran, il est con !
— Non mais là, c’est une dinguerie intergalactique. Il est parti faire le nettoyeur pour une racli [*].
— Pour une racli ?
— Ouais… Et la racli, ils l’ont uét [*] après.
— Qui l’ont uét ?
— En fait, la racli qui les a envoyés pour faire le nettoyage, là… eh bah, elle les a payés, et après, vas-y, ils ont fumé la racli. (...) Il a explosé l'appart, wesh. Il s'est cramé au deuxième degré les jambes…
— Lui, Kaka, y avait quelqu'un qui voulait le tuer ?
— Mais non ! Il est parti… Regarde, en fait, y avait une meuf, une racli, elle a fumé une autre meuf, t’as capté ?
— Ouais.
— Dans le zequin [*]. Elle a pété Kaka, elle lui a dit : “Vas-y, nettoie-moi ça, faut pas que je me fasse tacler.” T’as capté ? Il est parti là-bas pour faire le nettoyeur, M. Propre, il a fait un barbeuc là-bas, ça a explosé, ça a fait retour de flammes sur lui. »


Soren Seelow, Les flammes fatales de la rue Fondary
publié dans Le Monde
http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/01/05/les-flammes-fatales-de-la-rue-fondary_5237762_1653578.html

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Lexique :
"veca" : cave
"bendo" = squat
"racli" : femme
"uét" = tué
"zequin" = XVème arrondissement

dimanche 24 septembre 2017

#pasgorafi

Extrait d'un article du Monde titré
"Allergan passe un accord avec une tribu indienne pour protéger ses brevets"

L’histoire se déroule au cœur d’une réserve indienne, dans les méandres du droit tribal. Le 8 septembre, le laboratoire pharmaceutique Allergan a annoncé avoir transféré une série de brevets à la Saint Regis Mohawk Tribe, une enclave indienne située à la frontière des Etats-Unis et du Canada, dans l’Etat de New York. En raison de l'immunité dont ces territoires bénéficient, ce tour de passe-passe devrait empêcher les concurrents d'Allergan de copier son Restasis, dont la formule pourrait tomber dans le domaine public.
Ces gouttes pour les yeux ont rapporté à la firme irlandaise célèbre pour son Botox près de 1,5 milliard de dollars (1,26 milliard d’euros) en 2016. Le brevet initial est tombé en 2014 mais Allergan en a déposé six autres afin d’empêcher toute copie… avant 2024. Plusieurs fabricants de génériques, dont l'israélien Teva et l'américain Mylan, avaient de bonnes chances de les faire invalider. Ce coup de théâtre a tout chamboulé : prévue le 15 septembre, leur audience devant les trois juges du Patent Trial and Appeal Board, le tribunal de première instance et d'appel pour les brevets, a été reportée sine die.
« Les tribus indiennes étant souveraines, elles ne peuvent être poursuivies en justice. Si elles possèdent des brevets, aucune entreprise ne peut les attaquer », décrypte Robert Anderson, professeur à l’Université de Washington et spécialiste du droit indien.

[La suite, ici: lemonde.fr]

mardi 8 août 2017

#pasgorafi

Sara Errani, finaliste en 2012 de Roland-Garros, vient d'être suspendue deux mois pour dopage. [...][Elle] a réagi en affirmant avoir subi une « contamination accidentelle » en raison de la prise par sa mère d'un médicament contenant du letrozole. « Je n’ai jamais pris de produits interdits dans ma carrière et dans ma vie », écrit-elle dans un communiqué.

« Cependant, cette substance (letrozole) est présente dans le Femara, un médicament que ma mère utilise quotidiennement depuis 2012 à des fins thérapeutiques après une opération d'un cancer au sein. Par conséquent, il était présent dans la maison où j’habite », ajoute Sara Errani. Alors que sa mère préparait des tortellinis, elle aurait accidentellement fait tomber du Femera dans les pâtes, selon la joueuse. Des explications qui ont semblé convaincre le tribunal indépendant.

[via lemonde.fr]
Libération, bien informé, complète en nous expliquant que cette substance peut aussi "cacher l’absorption de testostérone"

lundi 10 juillet 2017

Un art de la servilité

Une étude publiée il y a cinq ans l’exprimait parfaitement. On faisait passer à des petits garçons et des petites filles de 5-6 ans un faux casting pour une pub de yaourt. Et sans leur dire, on avait salé le yaourt. Les petits garçons, sans exception, font beurk devant la caméra, car le yaourt est infect. Les petites filles, elles, font semblant de l’aimer. Elles ont compris qu’il faut d’abord penser à celui qui les regarde et lui faire plaisir. Eh bien c’est exactement cela la féminité : ne sois pas spontanée, pense à l’autre avant de penser à toi, avale et souris. Tout est dit.

[Elle ne peut se résumer à cela,] non, bien sûr. Et je ne vais pas expliquer à des femmes qui se sentent bien dans ce cadre qu’elles doivent en sortir. Mais franchement, quand je vois ce qu’on exige des femmes, le carcan de règles et de tenues qu’on leur impose, leur slalom périlleux sur le désir des mecs et la date de péremption qu’elles se prennent dans la gueule à 40 ans, je me dis que cette histoire de féminité, c’est de l’arnaque et de la putasserie. Ni plus ni moins qu’un art de la servilité.

Virginie Despentes, en interview dans Le Monde (08-07-2017)