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samedi 2 juillet 2022

We're like the dreamer


Près de 8 ans après l'avoir annoncée ici, je viens seulement de visionner la saison 3 de Twin Peaks. J'ai bien sûr été ravi de retrouver des endroits et personnages familiers, côtoyés tout de même pendant une trentaine d'épisodes. Les 25 ans passés depuis la clôture de la saison 2 se voient naturellement sur les visages (autant que sur le nôtre), qu'on découvre avec tendresse et bienveillance.

Les retrouvailles sont cependant loin de se dérouler dans un climat apaisé, tant le début de la saison est déstabilisant. Au final, David Lynch parachève son œuvre de belle manière. Un revisionnage serait bien sûr éclairant (*), mais n'est pas indispensable pour que l'histoire, les images et impressions laissent une trace durable.

*
*      *

Seul extrait que je transposerai ici, ce récit de Gordon Cole (interprété par David Lynch) qui évoque (la vraie) Monica Bellucci.


Last night, I had another Monica Bellucci dream : i was in Paris on a case. Monica called and asked me to meet her at a certain cafe. She said she needed to talk to me. When we met at the cafe, Cooper was there. But I couldn't see his face. Monica was very pleasant. She had brought friends. We all had a coffee. And then she said the ancient phrase : "We're like the dreamer, who dreams and then lives inside the dream."

I told her I understood. And then she said... "But who is the dreamer ?" A very powerful uneasy feeling came over me...



David Lynch, Twin peaks the return (2017)

(*) au moins toutes les scènes en noir et blanc, dans la loge noire, avec S. Palmer et tous les flashbacks...

mercredi 6 avril 2022

De quoi rêvent-ils ?

Incessants cauchemars martelés
Répétitifs
Quotidiens 

Pas une sieste pas une nuit sans ces mauvais rêves de carcasses
De bêtes mortes
Qui me tombent sur la gueule
Qui m'agressent
Atrocement
Qui prennent le visage de mes proches ou de mes peurs les plus profondes 

Cauchemars sans fin sans vie sans nuit
Des réveils en sursaut
Draps inondés de sueur
Presque toutes les nuits 

Parfois je hurle
Toutes les nuits je sais que je vais emporter l'abattoir dans mes mauvais rêves
Et pourtant
A pousser mes quartiers de viande de cent kilos chacun
Je ne pense pas être le plus à plaindre 

De quoi rêvent-ils
Toutes les siestes
Toutes les nuits
Ceux qui sont aux abats
Et qui
Tous les jours que l'abattoir fait
Voient tomber des têtes de vache de l'étage supérieur
Prennent une tête par une
La calent entre des crocs d'acier sur une machine idoine
Découpent les joues les babines puis jettent les mâchoires et le reste du crâne
Huit heures par jour en tête à tête 

De quoi rêvent-ils
Ceux qui sont aux Cuirs
C'est ainsi qu'on appelle ceux qui arrachent les peaux des bêtes juste après qu'elles ont été tuées
Les peaux seront ensuite vendues à des tanneurs ou je ne sais qui
Il paraît que ce poste est éreintant
Que les intérimaires tournent comme ailes de moulin jours de tempête
Tellement c'est dur
Physiquement
Moralement
Arracher des peaux de vache toute la journée

Joseph Ponthus, À la ligne (2019)

lundi 4 avril 2022

I had an indie dream

Depuis que j'ai "chargé" le Fire EP de Herman Düne sur mon téléphone, je ne cesse d'y revenir. Encore ce soir, sur le chemin et au sortir du concert de Porridge Radio à la Boule Noire. Disons que leur musique possède ce qu'il faut pour d'abord mettre l'oreille en condition, puis pour offrir un supplément de frissons. Je faisais récemment l'expérience inverse, à savoir un concert totalement affadi par l'écoute préalable de "Algérie" de Mendelson. Trop puissant. A la réflexion, les quatre titres de Fire EP (sorti en 2000, sur Prohibited, qui - hasard - hébergeait aussi Mendelson) sont un condensé parfait du "early" Herman Düne, de ce qui a rendu leur musique si chère aux oreilles de certains. 

Les souvenirs d'un attachement profond à ce groupe sont récemment remontés, en relisant certains de mes écrits (Land of long shadows, back in the dales), en échangeant avec l'ami Guillaume de Popnews, et surtout à la faveur d'un rêve venu de nulle part. Récit (dispensable, j'en conviens)


Cette nuit, j'ai rêvé que j'avais croisé trois fois dans la même journée, dans un passage proche de la rue Amelot (et donc du bar "Pop In"), Herman Düne. Au complet. Soit David Ivar, Neman et André (dans son célèbre t-shirt blanc à manches longues bleu marine).


Bien sûr, l'idée que quelque chose soit en train de se tramer m'a rendu follement enthousiaste… mais impossible de trouver la moindre information tangible à ce sujet (car bien sûr, je n'ai pas eu le réflexe de leur poser la question directement). Je tombe sur internet un teaser vidéo dans lequel on voit le groupe jouer "Just Like That"... mais sans qu'il soit fait référence à une quelconque date. Je décide de me rendre au Pop In, mais ne parvient pas à m'adresser au patron (bizarrement Julien C., boss de Super! dans la vraie vie). Posé sur une table, un flyer sur lequel je reconnais le trait de David Ivar. Las, il annonce en réalité un concert de Cerberus Shoal. Un employé du bar finit par me donner le tuyau…

*
*     *

Le concert en question (au Pop In, donc) arrive. Je me dis que ça va être une COVID party, mais qu'importe… Au merchandising, trois albums inconnus au bataillon (dont un double). Je ne les achète pas, me souvenant avoir stoppé ma collection de disques d'Herman Düne à "Not on top" (car moins emballé par la suite). Le concert est génial, l'entente entre les trois musiciens est bonne (c'était pas gagné, vu la longue brouille qu'ils ont traversée). Il y a même des featurings : L'un des batteurs du groupe RIEN (pas Francis Fruit, l'autre). Julien T. au chant sur un morceau ! Et Aziz O. qui rappe sur un autre ! Incroyable. A l'approche de la fin du concert, le groupe s'ouvre aux requests, hélas, rien ne me vient. Pas même des suggestions de reprises de Palace Music / Will Oldham. La salle est timide, la situation devient un poil malaisante… Et je me réveille. Voilà!

vendredi 20 septembre 2019

Cet âge où les hommes deviennent vulnérables

"No country for old men" a douze an maintenant... J'en gardais un bon souvenir quoique flou. Et je me rappelais distinctement regretter avoir eu une attention flottante durant ce qui s'était avéré être la scène finale.


Sheriff Bell, usé par une longue carrière, secoué par sa dernière enquête, inquiet de ce que sera sa vie une fois retraité, est assis dans sa cuisine. Il s'approche de...
"cet âge où les hommes deviennent vulnérables, leurs forces s'en vont, ils ont peur de tomber de l'échelle, de ne plus pouvoir se défendre si on les attaque, de perdre la vue, les dents, la vie" (*)
Il raconte un rêve à sa femme.

Okay. Two of 'em. Both had my father. It's peculiar. I'm older now'n he ever was by twenty years. So in a sense he's the younger man. Anyway, first one I don't remember so well but it was about meetin' him in town somewheres and he give me some money and I think I lost it. The second one, it was like we was both back in older times and I was on horseback goin' through the mountains of a night.
 
...goin' through this pass in the  mountains. It was cold and snowin', hard ridin'. Hard country. He rode past me and kept on goin'. Never said nothin' goin' by. He just rode on past and he had his blanket wrapped around him and his head down... ...and when he rode past I seen he was carryin' fire in a horn the way people used to do and I could see the horn from the light inside of it. About the color of the moon. And in the dream I knew that he was goin' on ahead and that he was fixin' to make a fire somewhere out there in all that dark and all that cold, and I knew that whenever I got there he would be there.

And then I woke up.

Joel et Ethan CoenNo Country for Old Men (2007)

(*) :
Je cite Isabelle Monnin (Les gens dans l'enveloppe), livre que je referme ce jour

lundi 1 janvier 2018

My new resolution

There are things some people classify as pleasures
That just before I die I'll have no regrets for having missed
Camping and orgies and places on the body I've never kissed

But however you define whatever you have in mind
We both have a need for things we don't need
Like belief and relief and pleasure and grief

Now I'm sitting here waiting to leave New Year's Eve
Nothing good came from [2017*]
But death and destruction and my new resolution
To drink more and laugh more and sleep more and dream more

The New Year - MMV
s/t (Touch and Go, 2008)
- - -
(*) "MMV" (ie "2005") dans le texte original

mardi 23 mai 2017

I dreamed the perfect song

Un absence. Un oubli. Une coquille d'impression. Un bug.
Je ne peux m'expliquer autrement de n'avoir pas (ne serait-ce que) cité l'album "Sometimes I Wish  We Were An Eagle" de Bill Callahan dans mon bilan musical 2009... ni donc, mécaniquement, dans mon top des 00's.

Parce que, clairement, c'est un des plus réussis de sa discographie (càd pas très loin du sommet "The Doctor Came at Dawn"), avec en outre des arrangements d'une extrême délicatesse. Dans le morceau suivant, Bill Callahan nous raconte deux rêves successifs. Dans le second il compose la "chanson parfaite", qui plus est, porteuse de "toutes les réponses". Le lendemain matin, il lira ces bribes de paroles, griffonnées à la hâte dans la nuit :

Eid ma clack shaw zupoven del ba
Mertepy ven seinur cofally ragdah

Inoubliables.


Working through death's pain
Last night I swear I felt your touch, gentle and warm
The hair stood on my arms - how, how, how?
Show me the way, show me the way
Show me the way to shake a memory

I flipped my forelock, I twitched my withers, I reared and bucked
I could not put my rider aground
All these fine memories are fucking me down
I dreamed it was a dream that you were gone
I woke up feeling so ripped by reality
Love is the king of the beasts
And when it gets hungry it must kill to eat
Love is the king of the beasts
A lion walking down city streets

I fell back asleep some time later on
And I dreamed the perfect song
It held all the answers, like hands laid on
I woke halfway and scribbled it down
And in the morning, what I wrote, I read
It was hard to read at first but here's what it said:
"Eid ma clack shaw zupoven del ba
Mertepy ven seinur cofally ragdah"
"Eid ma clack shaw zupoven del ba
Mertepy ven seinur cofally ragdah"

Show me the way, show me the way
Show me the way to shake a memory

Bill Callahan, Eid Ma Clack Shaw
Sometimes I Wish  We Were An Eagle (Drag City,  2009)

dimanche 6 novembre 2016

Ces rêves de maladie

Dans un état de maladie, les rêves se distinguent souvent par une précision extraordinaire, une clarté, une ressemblance extrêmes avec la réalité. Le tableau qui se forme est parfois monstrueux, mais le contexte et le processus même de la représentation restent si vraisemblables, et avec des détails si fins, si inattendus, mais si concordants du point de vue artistique avec tout le reste du tableau, que le rêveur serait incapable de les inventer en état de veille, fut-il même un artiste de l’'acabit de Pouchkine ou de Tourguéniev. Ces rêves-là, ces rêves de maladie, on s’'en souvient toujours longtemps et ils provoquent une impression très forte sur l'’organisme déjà ébranlé et énervé.

Crime et Châtiment, Dostoïevski (1884)

mardi 26 juillet 2016

An illusion behind which lies the reality of dreams


Je vais sans doute profiter de l'été pour rattraper le retard que j'ai sur la partie Cinéma... Commençons par refermer la parenthèse Fitzcarraldo (ouverte un peu plus tôt)


- The other day I asked them "Are you Indians?" "No," they said, "not us, the ones up the river are." Then I asked, "What are Indians?" They said, "Indians are people who can't read and who don't know how to wash their clothes."
- And what do the older people say?
- Well. We can't seem to cure them of the idea that our everyday life is only an illusion behind which lies the reality of dreams.


Ce dialogue m'a immédiatement renvoyé à la pensée des Indiens (d'Inde, cette fois, pas d'Amérique du Sud comme ici) telle qu'exprimée dans les Védas et Pouranas, et rapportée par Schopenhauer dans "Le monde comme volonté et comme représentation"

C’est la Maya, c'est le voile de l’Illusion, qui, recouvrant les yeux des mortels, leur fait voir un monde dont on ne peut dire s'il est ou s'il n’est pas, un monde qui ressemble au rêve, au rayonnement du soleil sur le sable, où de loin le voyageur croit apercevoir une nappe d'eau, ou bien encore à une corde jetée par terre qu'il prend pour un serpent.

FitzcarraldoWerner Herzog (1982)
Le Monde comme Volonté et ReprésentationArthur Schopenhauer (1819)

lundi 11 juillet 2016

My destiny

That slope may look insignificant but it's going to be my destiny

Fitzcarraldo fait parti des grands films de Werner Herzog, d'ailleurs tourné dans des conditions des plus difficiles. A la manière d' "Aguirre", il donne à voir au spectateur des images fortes, qui resteront imprimées dans sa mémoire (J'en parlais d'ailleurs ici, citant au passage cette phrase entendue chez Jarmush : "The best films are like dreams you're never sure you've really had")

Comme me l'apprend cet article, ces images sont en réalité le point de départ du réalisateur :
Une vision s’était emparée de moi : l’image d’un grand bateau à vapeur sur une montagne […] à travers une nature qui anéantit les faibles comme les forts ; et la voix de Caruso, qui fait taire toutes les souffrances et tous les cris des animaux de la forêt vierge et arrête le chant des oiseaux » 

Fitzcarraldo, Werner Herzog (1982)

vendredi 6 novembre 2015

L’heure du loup


L’heure du loup, c’est l'heure où la nuit fait place au jour. C’est l'heure où la plupart des mourants s'éteignent, où notre sommeil est le plus profond, où nos cauchemars sont les plus riches. C'est l’heure où celui qui n'a pu s'endormir affronte sa plus violente angoisse, où les fantômes et les démons sont au plus fort de leur puissance.

L'heure du loup, Ingmar Bergman (1966)

lundi 7 septembre 2015

Paranormal Activity (2)

Après Boulet, Riad Sattouff... A croire que les paralysies du sommeil sont fréquentes chez les auteurs de bande dessinée (en réalité, fréquentes tout court).

Riad Sattouf, l'Arabe du Futur, tome 2 (2015)

jeudi 6 août 2015

(This dream in which) Everything will still be ahead


It seems to make me return to the place, poignantly dear to my heart, where my grandfathers house used to be in which I was born 40 years ago right on the dinner table. Each time I try to enter it, something prevents me from doing that. I see this dream again and again. And when I see those walls made of logs and the dark entrence, even in my dream I become aware that I'm only dreaming it. And the overwhelming joy is clouded by anticipation of awakening. At times something happens and I stop dreaming of the house and the pine trees of my childhood around it. Then I get depressed. And I can't wait to see this dream in which I'll be a child again and feel happy again because everything will still be ahead, everything will be possible...

Andrei Tarkovski - Le Miroir (Zerkalo, 1974)

mercredi 5 novembre 2014

L'arrestation de Joseph K.

J'ai dans ces colonnes déjà beaucoup parlé de Kafka et de ce que je trouvais de remarquable dans son oeuvre. Je n'y reviens donc pas, afin de ne vous point lasser.

Court extrait ci-dessous de la première scène "Procès", celle de l'arrestation de Joseph K.


«  [...]l’affaire ne saurait avoir non plus beaucoup d’importance. Je le déduis du fait que je suis accusé sans pouvoir arriver à trouver la moindre faute qu’on puisse me reprocher. Mais, ce n’est encore que secondaire. La question essentielle est de savoir par qui je suis accusé ? Quelle est l’autorité qui dirige le procès ? Êtes-vous fonctionnaires ? Nul de vous ne porte d’uniforme, à moins qu’on ne veuille nommer uniforme ce vêtement – et il montrait celui de Franz – qui est plutôt un simple costume de voyage. Voilà les points que je vous demande d’éclaircir ; je suis persuadé qu’au bout de l’explication nous pourrons prendre l’un de l’autre le plus amical congé. »

Le brigadier reposa la boite d’allumettes sur la table.

« Vous faites, dit-il, une profonde erreur. Ces messieurs que voici et moi, nous ne jouons dans votre affaire qu’un rôle purement accessoire. Nous ne savons même presque rien d’elle. Nous porterions les uniformes les plus en règle que votre affaire n’en serait pas moins mauvaise d’un iota. Je ne puis pas dire, non plus, que vous soyez accusé, ou plutôt je ne sais pas si vous l’êtes. Vous êtes arrêté, c’est exact, je n’en sais pas davantage. Si les inspecteurs vous ont dit autre chose, ce n’était que du bavardage . Mais, bien que je ne réponde pas à vos questions, je puis tout de même vous conseiller de penser un peu moins à nous et de vous surveiller un peu plus. Et puis, ne faites pas tant d’histoires avec votre innocence, cela gâche l’impression plutôt bonne que vous produisez par ailleurs. Ayez aussi plus de retenue dans vos discours ; quand vous n’auriez dit que quelques mots, votre attitude aurait suffi à faire comprendre presque tout ce que vous venez d’expliquer et qui ne plaide d’ailleurs pas en votre faveur. »

Franz Kafka, Le procès (1925)
Orson Welles, Le procès (1962)

lundi 20 octobre 2014

Victime de l'oubli

Freud, suite et fin.

Vous connaissez forcément cette sensation du souvenir du rêve qui se dérobe en un éclair au réveil, emportant ainsi de précieux fragments qu'on voit partir sans pour autant pouvoir les retenir.


Nous faisons l'hypothèse que notre appareil psychique comporte deux instances formatrice de pensée, dont la seconde possède le privilège de voir ses produits trouver libre accès à la conscience, tandis que l'activité de la première instance est en soi inconsciente et ne peut parvenir à la conscience que par l'intermédiaire de la seconde. A la frontière de deux instances, au passage de la première à la seconde, se trouverait une censure ne laissant passer que ce qui lui est agréable mais retenant le reste. En ce cas, ce qui est écarté par la censure se trouve, selon notre définition, dans l'état de refoulement. Dans certaines conditions dont l'une est l'état de sommeil le rapport des forces entre les deux instances se modifierait de telle manière que le refoulé ne peut plus être entièrement retenu. Dans l'état de sommeil cela aurait lieu probablement par le relâchement de la censure; alors ce qui a été refoulé jusqu'à ce moment réussir à se frayer un chemin à la conscience.

Lorsque l'état de sommeil est surmonté, la censure se rétablit rapidement dans sa pleine vigueur et peut à présent détruire ce qui lui a été arraché au temps de sa faiblesse. Une expérience vérifiée d'innombrables fois montre que l'oubli du rêve s'explique au moins en partie par là. Pendant le récit d'un rêve, ou pendant son analyse, il n'est pas rare de voir surgir subitement un fragment qu'on croyait oublié. Ce fragment arraché à l'oubli contient régulièrement l'accès le meilleur et le plus direct à la signification du rêve. C'est vraisemblablement pour cette raison seulement qu'il est tombé victime de l'oubli, c'est-à-dire de la nouvelle répression.

Sigmund Freud, Sur le rêve (1901)

lundi 15 septembre 2014

Rêve et refoulement

Je pouvais difficilement citer Freud dans ces colonnes, sans que la notion de refoulement ne soit abordée...

Si je poursuis l'analyse [du rêve] pour moi-même, [...], je parviens en fin de compte à des pensées qui me surprennent, que je ne me savais pas avoir en moi, qui ne sont pas seulement étranges pour moi mais aussi désagréables et que pour cette raison j’aimerais contester énergiquement, alors que l’enchaînement de pensées que parcourt l’analyse me les impose inexorablement. Je ne peux tenir compte de cet état de choses tout à fait général autrement qu’en admettant que ces pensées ont effectivement existé dans ma vie psychique et quelles ont été en possession d’une certaine intensité ou énergie psychiques, mais quelles se seraient trouvées dans une situation psychologique particulière, par suite de laquelle elles ne pouvaient me devenir conscientes. J’appelle cet état particulier celui du refoulement. Je ne puis alors me dispenser d’établir une liaison causale entre l’obscurité du contenu du rêve et l'état de refoulement de certaines pensées du rêve, leur incapacité d'accéder à la conscience, et de conclure que le rêve doit être obscur pour ne pas trahir les pensées prohibées. J’en arrive ainsi au concept de la déformation du rêve, qui est l’œuvre du travail du rêve et qui sert à la dissimulation, à l’intention de cacher.

Pour Freud, le travail de déformation du rêve dont traitaient les précédents extraits que je vous rapportais, est donc motivé. Un peu plus loin, il divisera les rêves en trois catégories, selon que le désir sous-jacent y est plus ou moins clairement exprimé.

D'abord, ceux qui figurent sans voile un désir non refoulé; ce sont les rêves du type infantile, qui deviennent toujours plus rares chez l’adulte. Deuxièmement, ceux qui expriment, sous une forme voilée, un désir refoulé; cette classe comprend sans doute la très grande majorité de tous nos rêves, qui ont ensuite besoin de l'analyse pour être compris. Troisièmement, les rêves régulièrement accompagnés d’une angoisse qui interrompt le rêve. L'angoisse est ici le substitut de la déformation du rêve; elle n'a été épargnée aux rêves de la deuxième classe que par le travail du rêve. On peut prouver sans trop de difficulté que le contenu de représentation qui nous dispense à présent de l’angoisse dans le rêve a été jadis un désir, qui a depuis ce temps succombé au refoulement.

Sigmund Freud, Sur le rêve (1901)

mercredi 3 septembre 2014

De la figuration des liens logiques dans le rêve

Parlons "rêve" à nouveau.
J'introduisais il y a peu l'ouvrage "Sur le rêve" de Freud, reportez-y vous pour quelques éléments de contexte. Parmi les quatre transformations qu'effectue le travail du rêve, il y a celle qui consiste à former un contenu visualisable. La perte d'informations est alors importante, puisque les liens logiques qui unissaient les pensées sont alors défaits.

On peut dire que le rêve dispose de piètres moyens d'expression si on les compare à ceux de notre langue intellectuelle, mais le rêve n'a pas à renoncer complètement à la reproduction des relations logiques qui lient les pensées du rêve ; au contraire, il réussit très souvent à substituer à ces relations des caractères formels de sa propre texture.
Le rêve se conforme d'abord à l'indéniable corrélation qui existe entre toutes les parties des pensées du rêve en ceci qu'il unit ce matériel à une situation. Il reproduit une corrélation logique en tant que rapprochement dans le temps et l'espace, à la manière du peintre qui réunit tous les poètes dans un tableau du Parnasse : ceux-ci n'ont jamais été ensemble sur le sommet d'une montagne mais ils forment en pensée une communauté. Le rêve poursuit dans le détail ce mode de figuration et, souvent, lorsqu'il montre deux éléments tout près l'un de l'autre dans le contenu du rêve, il cautionne une corrélation particulièrement intime entre ce qui leur correspond dans les pensées du rêve. Il faut d'ailleurs remarquer à ce sujet que tous les rêves produits au cours d'une même nuit révèlent à l'analyse qu'ils proviennent du même cercle de pensée.
La relation causale entre deux pensées est soit laissée sans figuration, soit remplacée par la succession de deux fragments de rêve, de longueur inégale. Cette figuration est souvent renversée, en ce sens que le début du rêve fournit la conséquence, sa fin la prémisse. La transformation directe d'une chose en une autre, dans le rêve, semble figurer la relation de cause à effet. 

Freud continue ensuite à établir des parallèles entre liens logiques, et leur figuration dans le rêve. On lira plus loin que : "l'absurdité signifie contraction, sarcasme et dérision dans les pensées du rêves"...

Sigmund Freud, Sur le rêve (1901)

lundi 25 août 2014

La honte


Parfois, tout semble comme dans un rêve. Pas mon rêve, celui d'un autre. Mais j'y participe. Quand cet autre s'éveillera, aura-t-il honte ?

Ingmar Bergman, La honte (1968)


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Et puis quelques autres plans, pour la route
(toutes avec Liv Ullmann, certes)

jeudi 21 août 2014

Le travail de condensation du rêve

La matière "rêve" m'intéresse, le tag dreams de ce blog en témoigne. Après avoir feuilleté certains ouvrages, j'avais renoncé à lire Freud ou Lacan... avant de mettre la main sur un écrit plus concis, "Sur le rêve" de Sigmund Freud (écrit un an après "L'interprétation des rêves").

La quatrième de couverture m'apprend qu'il s'agit d'une commande d'un éditeur, "un exposé sur le rêve qui revêt une forme plus classique, parfois didactique". Parfait.

Après avoir réfuté que les rêves ne soient que pures divagations et le résultat de l'activité d'un cerveau laissé en roue libre, Freud peut donc définir ce qu'il appelle le "contenu latent du rêve ", c'est-à-dire les pensées que révèle l'analyse du "contenu manifeste du rêve". Le second est produit à partir du premier par une transformation qu'il nomme "travail du rêve".

Freud se concentre dans ce livre sur ce processus (et l'opération inverse, le "travail d'analyse"). Exemples à l'appui, il distingue quatre activités du travail du rêve : "Condenser le matériel, le déplacer, le remanier dans le sens de la visualisation, à quoi s'ajoute enfin le petit apport variable d'un traitement interprétatif"

Je commence par la conclusion, certes, mais ça me sert à contextualiser les extraits qui vont suivre dans les prochains jours. Celui-ci traite donc de l'activité de condensation, par laquelle différents contenus (des lieux, des figures, des situations) se trouve compressés en un seul.
Reste alors, par l'analyse, à déceler les points communs à ces représentations, tout en négligeant les détails contradictoires.

Il m'arrive à moi régulièrement de commencer un rêve en suivant un protagoniste, qui, sans forcément que je m'en aperçoive immédiatement, change d'identité en cours de route... 
Freud en parlera mieux que moi :


Le travail de condensation du rêve explique aussi certaines composantes de son contenu, qui lui sont particulières et ne se trouvent pas dans la pensée éveillée. Il s’agit des individus collectifs et composites, ainsi que des singulières formations composites, créations comparables aux compositions animales de la fantaisie des peuples d’Orient, qui, dans notre pensée, se sont déjà figées en unités distinctes, alors que les compositions du rêve sont sans cesse remodelées selon un jaillissement inépuisable. Chacun connaît de telles formations à partir de ses propres rêves; leurs modes de production sont très variés. Je peux composer une personne en lui prêtant des traits d’un individu et d’un autre, ou bien en lui donnant la forme de tel individu tout en pensant dans le rêve au nom d’un autre, ou bien je peux me représenter l’aspect d’une personne mais la déplacer dans une situation qui s’est produite avec une autre. Dans tous les cas, la combinaison de plusieurs personnes en un représentant unique dans le contenu du rêve est pleine de sens; elle vise à signifier un « et », un « comme », à établir, entre les personnes originales, une équation sous un certain rapport, rapport qui peut aussi être précisé dans le rêve lui-même. Mais, en règle générale, l'élément commun des individus fusionnés ne peut être découvert que par l’analyse et n'est précisément qu'indiqué dans le contenu du rêve par la constitution de l’individu collectif.

Sigmund Freud, Sur le rêve (1901)

dimanche 27 avril 2014

Rêves d'enfant

" J'ai peur des rêves. Je marche dans une maison, et puis plein de snipers m'encerclent ...Et là, ils me tirent dessus. Ici, là, là, et là."


"Syrie: la vie obstinément", un reportage tournée à Alep durant l'été 2013.
On y suit notamment une famille (trois filles, un garçon et leurs parents), dont le père est partie prenante du front de libération.
A voir jusqu'au 5 mai sur arte+7


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Une rue, à Alep. Les bâches tendues masquent la vue
et visent à empêchent les snipers de tirer

samedi 22 février 2014

Nul ne devait plus pouvoir lui arracher cette conquête

Nous avions laissé K. exténué, après une longue marche dans la neige. Il récupérera rapidement ses forces, plus qu'utiles vu l'énergie qu'il est nécessaire de déployer face aux barrières administratives auxquelles il est confronté.

J'aurais voulu reproduire un passage illustrant ces difficultés (notamment lors de son entrevue avec le maire du village), mais je ne vois rien de bien blogogénique. Sans doute les extraits du "Procès" qui suivront rempliront-ils cet office. 

Comme dans un mauvais rêve, on a l'impression que, quels que soient les efforts investis, aucune avancée ne pourra résulter d'aucun dialogue, tant l'incompréhension entre K. et les locaux est grande. Si l'arpenteur est ouvert au dialogue, il se heurte à des interlocuteurs lui assénant des vérités, et répondant de manière toujours biaisée à ses questionnements rationnels, visant avant tout à comprendre les raisons intrinsèques de telle ou telle impossibilité (afin de les mieux contourner)
Malheureusement, on lui oppose toujours ce genre d'arguments :

Vous êtes terriblement ignorant de toutes les choses d'ici, on est saisi de vertige à vous entendre, quand on compare ce que vous dîtes et pensez avec la situation réelle. Cette ignorance ne peut pas se corriger en une fois, elle ne le pourra peut-être jamais, mais il y a bien des choses qui peuvent aller mieux si vous me croyez seulement un tout petit peu et si vous voulez vous représenter sans cesse la gravité de cette ignorance.

Je répète qu'il s'agit d'un roman "à ambiance". A cet égard, ça n'est presque pas très grave qu'il soit inachevé (Eh, oui)

Cette introduction étant faite, vous comprendrez mieux qu'on retrouve une nouvelle fois K. quelques pages plus loin terriblement épuisé, luttant contre le sommeil, alors même qu'il a enfin réussi à entrer en contact avec un fonctionnaire du château.
La scène se passe lors d'un "interrogatoire de nuit", dans la chambre d'un certain Bürgel.

K lutte contre le sommeil... Sensation bien connue pour qui s'est retrouvée dans une réunion soporifique post-prandiale.

K. [...] ne distinguait même pas les demandes que Bürgel faisait pour avoir une réponse et celles qui n’étaient qu’une fiction. Si tu me laisses coucher dans ton lit, pensait-il à part soi, je te donnerai demain à midi toutes les réponses que tu voudras ; ou le soir si tu préfères ; ce sera même encore mieux. Mais Bürgel ne semblait pas lui prêter attention, il était trop occupé de la question qu’il s’était posée à lui-même.


J'ai déjà pensé ça, moi aussi.
"Juste, laissez-moi sortir et fermer les yeux 15 minutes, et je reviens d'attaque pour la suite !"
Et quel bien-être cela doit être de pouvoir laisser le sommeil gagner en de tels moments !
C'est usuellement malheureusement impossible.
En résultent des micro-absences :

K fut tiré par cette question du demi-sommeil où il baignait depuis un instant. « Pourquoi tout cela ? Pourquoi tout cela ?» se demandait-il en regardant Bürgel d’un regard qui filtrait avec difficulté entre ses paupières à demi-fermées, non comme un fonctionnaire discutant avec lui de questions hautement délicates, mais comme un vague objet qui l'empêchait de dormir, et à quoi il n’eût pu découvrir d’autre usage.


K. cessera rapidement de lutter.

Il dormait ; ce n’était pas d’un sommeil véritable ; Il entendait les discours de Bürgel peut-être plus nettement qu’éveillé, dans l’accablement de la fatigue ; il distinguait chaque mot, mais du fond d’une âme inconsciente, adieu son importune conscience, il se sentait parfaitement libre, Bürgel ne le retenait plus, le sommeil avait fait son œuvre, s’il n’était pas au fond du gouffre il était déjà submergé. Nul ne devait plus pouvoir lui arracher cette conquête. Il lui semblait qu’il venait de remporter un triomphe et que déjà toute une société se trouvait là pour le célébrer ; il levait son verre de champagne en l’honneur de cette victoire (si ce n’était lui, c’était un autre, peu importe).

On retrouve ici ces sortes de micro-rêves instantanés (souvent absurdes) qu'on peut faire en état de somnolence... Pas vous ?

Franz Kafka, Le château (1935)