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jeudi 17 octobre 2024

Demain est annulé

[rero, 2023]

De l'exposition "Demain est annulé..." (titre percutant - quoique barré - sur fond de warming stripes), je retiens les idées que :
- l'Humain doit se réaliser autrement que par l'accumulation de biens (changer de paradigme nécessite bien sûr un effort commun considérable)
- il ne faut pas nécessairement arrêter le progrès mais le ré-orienter

Sur ces sujets, lire les deux textes suivants :

La sobriété, c'est rééquilibrer complètement les différentes dimensions de l'existence alors qu’aujourd’hui on privilégie la consommation dans tous les domaines, matière, énergie espace et destruction de la nature. La sobriété en l’espèce consiste à reconstruire une aménité avec la nature : si elle amène à faire moins, voire beaucoup moins, elle n’est ni une ascèse ni un rétrécissement. Ce qu’on peut perdre en accumulation de biens matériels, on peut le récupérer par une vie plus intense, sans doute plus agréable et dans un lien rétabli avec le milieu naturel.
C'est là qu’on peut parler de spiritualité. Dans toute société on a favorisé un mode de réalisation de soi, un mode de développement de son humanité. On réalise aujourd’hui cette humanité en accumulant des biens pour acquérir un statut, au risque de détruire nos conditions de vie. Nous n’échapperons donc
pas à la redéfinition d’un nouveau mode d’accomplissement de soi, dans une reconnexion avec la nature. Celle-ci doit être riche de sens et surtout plurielle car nous vivons et devons vivre dans une société démocratique où les choix sont libres : il y aura des modes différents de spiritualité.

Dominique Bourg

*
*     *

[...] Nous pouvons repenser les objectifs que visent [l]es innovations, faire en sorte qu’elles servent un progrès à la fois social, politique et écologique. C'est par exemple l'orientation low-tech, en opposition à la high-tech, qui vise la recherche de techniques plus respectueuses de l’environnement et des avancées au bénéfice du plus grand nombre. 
La question se pose alors des chemins que nous emprunterons tous ensemble : Quelles sont nos priorités en matière d’innovation ? Que faire des technologies déjà à notre disposition ? Que voulons-nous garder et à quoi souhaitons-nous renoncer ?

dimanche 21 juillet 2024

(Tout) recommencer

 "Un jour sans fin", "un jour sans lendemain"... deux films radicalement différents, mais dont le scénario repose sur une "boucle temporelle". Le concept a pour mérite d'être simple, moins fumeux et donc casse-gueule que celui de voyage dans le temps, qui peut aboutir au choix à des histoires bancales, ou incompréhensibles.

Prenons le deuxième ("Edge of Tomorrow" en version originale). Un soldat (Tom Cruise) se retrouve au front, à l'aube d'une bataille acharnée contre des forces extra-terrestres. A chaque mort, il reprend invariablement connaissance au début de la journée. Fort de ses souvenirs et expériences accumulés, il augmentera à chaque itération ses aptitudes physiques et tactiques, son savoir... et sa prescience (c'est-à-dire sa faculté d'avoir une connaissance parfaite et millimétrée de ce qui va survenir).


Live. Die. Repeat.
L'affiche du film annonce clairement le programme... qu'avec un peu de recul on ne peut s'empêcher de rapprocher d'une mécanique bien connue du jeu vidéo : jouer, mourir et recommencer (un combat, une partie) jusqu'à ce qu'on soit devenu suffisamment fort ou habile pour poursuivre son chemin et atteindre la difficulté suivante (exemple trivial : "Super Mario Bros"). Lorsque l'échec et la mort sont inévitables et par conséquent nécessaires pour passer une épreuve, on parle en terminologie vidéoludique de "Die and Retry" (exemple : "Darks Souls", et dans un autre style "12 Minutes"... qui lui met clairement en scène une boucle temporelle). 


"La mort dans les jeux-vidéos, trois fois par pièce" (*)
Mais pourquoi diable la mort est-elle est aussi banale dans les jeux vidéo ? C'est qu'elle en est constitutive. Les premiers jeux prenaient la forme de bornes d'arcades, et les parties étaient payantes. Dans une logique de rentabilité, il fallait donc que le jeu soit suffisamment difficile pour que le joueur perde rapidement (après avoir épuisé ses "vies"). Il pouvait ainsi libérer la place pour d'autres ("game over")... ou souhaiter prolonger le plaisir en introduisant une nouvelle pièce ("continue").



Maintenant que nous avons fait le lien intellectuel entre les time loops au cinéma et la logique vidéoludique, revenons au film emblématique "Un jour sans fin" ("Groundhog Day" en VO). Le cas est plus intéressant, car plus vaste : aucun objectif, aucune finalité ne s'impose ni au spectateur, ni au personnage principal (Bill Murray), coincé un 2 février. Le cadre n'est pas celui d'une progression linéaire (ou à embranchements finis) ; ce n'est rien moins que la vie normale, banale... avec une infinité de variations. On se plaît à imaginer en retour un jeu dans un monde ouvert dopé à l'IA qui mettrait en scène ce vertige de possibilités, dont seule une poignée permettrait de rompre la boucle !


IRL
Quid de la vraie vie ? Pour qu'elle ne soit pas aliénante, une boucle temporelle se devrait d'être contrôlée.


- I'm constantly pitching you ideas, Rick, and you act like they're not even worth thinking about! What about my video-game-style place-saving device?

- Oh, my God, here we go.

- It's a good idea, Rick! A device that lets you...

- ... save your place like in a video game, but in real life so that you can try stuff and then go back to your save point, yes, Morty, I saw it on "Futurama"

Nous en sommes rendus au concept de "sauvegarde" (généralisé avec l'arrivée du jeu-vidéo dans les maisons). Cet épisode de Rick & Morty est particulièrement bien mené, puisqu'il dépasse rapidement l'usage anecdotique d'une telle fonctionnalité, pour déboucher sur des questions que tout à chacun pourra se poser, et résultant principalement des limites de l'invention de Rick. Deux boutons : le premier pour réaliser une unique sauvegarde, définitivement perdue au déclenchement de la suivante, le second pour revenir à l'état sauvegardé

Et vous, quand auriez vous sauvegardé ? Le plus tôt possible, pour pouvoir avoir "plusieurs vies" (au risque de ne pas recréer les conditions de rencontrer les mêmes personnes) ? Ou bien un peu plus tard, pour parfaire ce que vous estimez déjà être "votre meilleure vie", et éviter certains écueils ? Avec la crainte que la sauvegarde porte déjà le germe d'une situation inéluctable.


Un jour sans finHarold Ramis (1993)
Edge of Tomorrow, Doug Liman (2014)
Rick and MortyThe Vat of Acid Episode (S04E08, (2013), Mike McMahan
Futurama, Meanwhile (S07E26, 2013)
(*) Diabologum, 365 jours ouvrables (#3, 1996)

lundi 4 décembre 2023

How can you not believe in evolution?

Nous sommes en 2023, nous savons que nous vivons dans l'ère de la post-vérité, de la guerre informationnelle et des bulles de filtres algorithmiques, qui enferment les citoyens dans des convictions que rien ni personne (ni média, ni scientifique, ni proche) ne pourra ébranler. Comment en effet changer d'avis lorsque vos semblables vous confortent, lorsque le fact-checking est suspect, lorsqu'on se pense clairvoyant ?

Remercions ce cher Donald Trump d'avoir mis le monde sur cette voie, en popularisant le concept de "fake news", en relayant des "faits alternatifs" [alternative facts] et et autres "truthfull hyperboles".

On peut dès lors regarder avec un brin de nostalgie la scène suivante de Friends (1996), époque à laquelle un discours anti-sciences semblait pouvoir n'être le fait que de doux originaux.


Phoebe : [...] You know, there’re a lot of things that I don’t believe in, but that doesn’t mean they’re not true.

Joey : Such as?

Phoebe : Like crop circles, or the Bermuda triangle, or evolution?

Ross : Whoa, whoa, whoa. What, you don’t, uh, you don’t believe in evolution?

Phoebe : Nah. Not really.

Ross : You don’t believe in evolution?

Phoebe : I don’t know, it’s just, you know...monkeys, Darwin, you know, it’s a, it’s a nice story, I just think it’s a little too easy.

Ross : Too easy? Too...The process of every living thing on this planet evolving over millions of years from single-celled organisms, too easy?

Phoebe : Yeah, I just don’t buy it.

Ross : Uh, excuse me. Evolution is not for you to buy, Phoebe. Evolution is scientific fact, like, like, like the air we breathe, like gravity.

Phoebe : Ok, don’t get me started on gravity.


*
*      *

Ross : How can you not believe in evolution?

Phoebe : Just don’t. Look at this funky shirt!

Ross : Pheebs, I have studied evolution my entire adult life. Ok, I can tell you, we have collected fossils from all over the world that actually show the evolution of different species, ok? You can literally see them evolving through time.

Phoebe : Really? You can actually see it?

Ross : You bet. In the U.S., China, Africa, all over.

Phoebe : See, I didn’t know that.

Ross : Well, there you go.

Phoebe : Huh. So now, the real question is, who put those fossils there, and why?


Friends, The One Where Heckles Dies (S2E03, 1996)

mardi 5 septembre 2023

Everything here is bullshit

Je n'ai pu en extraire ni punchline, ni tirade, ces séries méritent cependant d'apparaître dans ces colonnes. Micro-chronique sans divulgâcher au-delà du pitch.


Quel est-il? Durant leur journée de travail chez Lumon Industries, les employés sont coupés des souvenirs de leur vie personnelle, et inversement en dehors du cadre de l'entreprise.

Lorsqu'on se lance dans Severance, on peut penser que le dispositif servira principalement à alimenter une critique du monde de l'entreprise (vacuité des tâches, froideur de la bureaucratie, fausseté des relations, exploitations des employés...). On se retrouve face à une série à l'atmosphère étrange, un brin inquiétante, dont l'écriture et la réalisation exploitent complètement puis dépassent les données du pitch.
A voir (d'autant que le casting est ***)

Severance, Dan Erickson (2022)
[9 épisodes sur AppleTV+]

PS : Une série préfigurée d'une certaines manière par "Les opérateurs" dont je me faisais l'écho ici il y a 10 ans

vendredi 29 mars 2019

Une double infirmité

Avec Claude Levi-Strauss, je découvre un nouveau regard, de nouvelles considérations, de nouvelles réflexions... lié(e)s à l'ethnologie, champ d'étude que je découvre.


Tel je me reconnais, voyageur, archéologue de l’espace, cherchant vainement à reconstituer l’exotisme à l’aide de parcelles et de débris.

Alors, insidieusement, l'illusion commence à tisser ses pièges. Je voudrais avoir vécu au temps des vrais voyages, quand s’offrait dans toute sa splendeur un spectacle non encore gâché, contaminé et maudit ; n'avoir pas franchi cette enceinte moi-même, mais comme Bernier, Tavernier, Manucci... Une fois entamé, le jeu de conjectures n'a plus de fin. Quand fallait-il voir l’Inde, à quelle époque l’étude des sauvages brésiliens pouvait-elle apporter la satisfaction la plus pure, les faire connaître sous la forme la moins altérée ? Eût-il mieux valu arriver à Rio au XVIIIe siècle avec Bougainville, ou au XVIe avec Léry et Thevet ? Chaque lustre en arrière me permet de sauver une coutume, de gagner une fête, de partager une croyance supplémentaire. Mais je connais trop les textes pour ne pas savoir qu’en m’enlevant un siècle, je renonce du même coup à des informations et à des curiosités propres à enrichir ma réflexion. Et voici, devant moi, le cercle infranchissable : moins les cultures humaines étaient en mesure de communiquer entre elles et donc de se corrompre par leur contact, moins aussi leurs émissaires respectifs étaient capables de percevoir la richesse et la signification de cette diversité. En fin de compte, je suis prisonnier d’une alternative : tantôt voyageur ancien, confronté à un prodigieux spectacle dont tout ou presque lui échappait - pire encore inspirait raillerie et dégoût ; tantôt voyageur moderne, courant après les vestiges d’une réalité disparue. Sur ces deux tableaux je perds, et plus qu’il ne semble : car moi qui gémis devant des ombres, ne suis-je pas imperméable au vrai spectacle qui prend forme en cet instant, mais pour l’observation duquel mon degré d’humanité manque encore du sens requis ? Dans quelques centaines d'années, en ce même lieu, un autre voyageur, aussi désespéré que moi, pleurera la disparition de ce que j'aurais pu voir et qui m'a échappé. Victime d'une double infirmité, tout ce que j’aperçois me blesse, et je me reproche sans relâche de ne pas regarder assez.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

lundi 11 décembre 2017

This entire world is not the world

Récemment dans ces colonnes, Rick & Morty nous ont permis de disserter sur les notions d'intelligence artificielle d'une part et de vaccination d'autre part. Suite de cette série d'articles, avec un nouveau questionnement, soulevé dans l'épisode "M. Night Shaym-Aliens!"

- Morty, that's not class. T-t-t-that wasn't your teacher. This isn't your school. This entire world is not the world. We're inside a huge simulation chamber on an alien spaceship. It’s all fake, Morty, all of it. Nanobotic renderings, a bunch of… crazy, fake nonsense !


En d'autres termes : vivons-nous dans une simulation ? La problématique est sensiblement différente de la pensée descartienne... puis qu'elle revêt une composante technologique, explicitée, dans le débat public, par Elon Musk (Tesla) :

" Il y a 40 ans, nous avions “Pong”. Soit deux rectangles et un point. Voilà à quoi ressemblaient les jeux. Désormais, 40 ans plus tard, nous avons des simulations en 3D réalistes, auxquelles des millions de gens jouent simultanément et ça s'améliore chaque année. Bientôt nous aurons la réalité virtuelle, la réalité augmentée... Même si la vitesse à laquelle notre technologie progresse devait être divisée par mille, cela finira par arriver d'ici 10.000 ans au maximum, ce qui n'est rien à l'échelle de l'évolution. Étant donné que nous allons bientôt avoir des jeux impossibles à distinguer de la réalité et qu'on pourra jouer à ces jeux sur des boîtiers, des PC ou tout autre type de support, sachant qu'il existera des milliards de ces ordinateurs ou appareils, il est logique de penser que notre réalité n'a qu'une chance sur plusieurs milliards d'être la réalité de base"


Nick Bostrom, professeur de Philosophie à l'Université d'Oxford et fondateur du "Future of Humanity Institute" explique dans un article qu'A SUPPOSER QU'une civilisation vive suffisamment longtemps pour atteindre ce niveau technologique ET qu'elle trouve un intérêt à simuler un monde passé, ALORS il est probable que nous vivions dans une simulation.

Il est ensuite plus mesuré qu'Elon Musk sur cette probabilité : "Personally, I assign less than 50% probability to the simulation hypothesis – rather something like in 20%-region, perhaps, maybe".


Je ne vais pas essayer ici de vous convaincre plus que cela, mais avouez que procéder à ce petit exercice d'imagination est intellectuellement stimulant. On peut aussi chercher à se demander quels moyens ou indices pourraient nous laisser penser que nous vivons dans une simulation.

Pourquoi pas en mettant en évidence des incohérences de modèle physique ? Après tout, aujourd'hui, personne n'a réussi à unifier la mécanique quantique et la théorie de la relativité générale (décrivant respectivement les phénomènes au niveau microscopique et au niveau macroscopique).

Pourquoi pas également, à notre échelle et dans notre vie quotidienne, déceler de fugaces "glitches dans la Matrix" ?

- - - - -
Rick and Morty (S01E04, M. Night Shaym-Aliens!)

Sur une thématique voisine, voir aussi
Rick and Morty (S02E06, The Ricks Must Be Crazy)

mercredi 25 octobre 2017

This is about flu awareness

Continuons donc de parler science, avec Rick and Morty. L'automne est bel est bien là, avec lui, sans doute aussi bientôt les prochaines infections virales et épidémies.

[le proviseur de l'établissement] : - "I'm very much in charge reminding you that tonight is our annual flu season dance. I don't know how many times I have to say this, but if you have the flu, stay home. The flu season dance is about awareness, not celebration."


Helas, le virus de la grippe croisé avec un philtre d'amour concocté par Rick pour rendre service à Morty aura des effets dévastateurs et irréversibles à l'échelle de la planète... à tel point qu'ils devront abandonner "cette réalité" et rallier une autre à la destinée plus heureuse. Je ne m'étends pas sur cette notion d'univers multiples, car le sujet ici sera celui de la vaccination.

Sujet, là encore d'actualité. Récemment, il était abordé sous l'angle mathématique dans les colonnes du journal Le Monde.

Parlons "seuil" et "taux de vaccination" tout d'abord :

Imaginons une maladie contagieuse au point que chaque malade contamine en moyenne 10 personnes. S’il n’y a pas de vaccination, ces 10 personnes en contaminent 100, qui en contaminent 1 000, etc. L’épidémie se propage à vitesse exponentielle. Supposons maintenant que 80 % de la population soit immunisée, si bien que seulement 20 % de ces 10 personnes sont contaminées, en moyenne. Chaque malade ne contamine plus que 2 personnes, mais l’épidémie se propage encore, car les puissances de 2 ­croissent très vite (2, 4, 8, 16…), même si c’est moins rapide que les puissances de 10. En ­revanche, si 95 % de la population est ­immunisée, un malade ne contamine plus que 5 % de 10, c’est-à-dire 0,5 personne (en moyenne !). Cette fois, le nombre de malades diminue et il n’y a plus d’épidémie.

Il y a donc un seuil (qui est de 90 % dans notre exemple). Si la proportion de personnes immunisées est inférieure à ce seuil, l’épidémie sévit et seules les personnes immunisées sont protégées : c’est la vaccination égoïste dans laquelle chacun se protège. En revanche, si la proportion est supérieure au seuil, la maladie disparaît et tout le monde est protégé, même ceux qui ne sont pas vaccinés (peut-être pour de bonnes raisons).

Ainsi, si on s'intéresse à la progression ou circonscriptiton potentielle d'une épidémie, la question n'est donc pas de savoir si une "large" partie de la population est vaccinée, mais si cette proportion est supérieure au seuil critique (déterminé par les épidémiologistes).
Le mathématicien met ensuite la problématique en lien avec les théories des jeux. Il commence par présenter une variante étendue de la théorie du prisonnier, qui, là encore, pousse l'individu à choisir entre un égoïsme rénumérateur et un altruisme rénumérateur à la seule condition qu'il soit répandu.

Imaginons la situation suivante. Je suis face à un groupe de 100 personnes qui ne se connaissent pas et je leur demande d’écrire « égoïste » ou « altruiste » sur une feuille de papier sans se concerter. J’annonce que je donnerai 50 euros à chaque égoïste, et que pour tout altruiste, je donnerai 1 euro à chacun des 99 autres. Si tout le monde a un comportement altruiste, chacun recevra 99 euros. Au contraire, si tout le monde est égoïste chacun ne recevra que 50 euros. Comment croyez-vous que les gens réagissent lorsque des psychologues réalisent ­l’expérience ? Le choix altruiste est le choix qu’on peut qualifier de social, pour le bien commun. Et le choix égoïste est rationnel car personne n’a intérêt à en changer sous peine de perdre 50 euros : on appelle cela un équilibre de Nash.

C'est un peu la même chose pour la vaccination. Le choix égoïste consiste à ne pas vacciner son enfant parce que l'on pense qu’il y a un petit risque d’effet secondaire, mais surtout parce qu’on est persuadé qu'il y aura suffisamment d’autres enfants qui ­seront vaccinés, au-dessus du seuil, pour que la maladie ne se développe pas et que son enfant ne soit pas malade. Ce choix ­égoïste est rationnel… si la proportion des ­altruistes est supérieure au seuil.

La vaccination sous l'œil des mathématiquesEtienne Ghys
(mathématicien, directeur de recherche au CNRS à l'Ecole normale supérieure de Lyon)

Rick and Morty, Rick Potion #9) [S01E06]
Justin Roiland + Dan Harmon (2013)

mercredi 18 octobre 2017

On n'arrêtera pas le progrès

De la même manière qu'il a pu m'arriver ici de parler philosophie à partir de films ou séries ([1], [2], [3], [4], [5]...), je me propose d'aborder certaines questions scientifiques grâce à Rick et Morty. Ils se chargeront d'aborder un éclairage ludique et décalé à des thématiques à la base déjà intrigantes en soi. En d'autre termes, l'idée est que ce ne soit pas plombant à lire.

Première d'entre ces thématiques, l'intelligence artificielle.

Dans l'épisode "Lawnmower Dog", Rick dote le chien de la famille d'une intelligence supérieure, grâce à un dispositif électronique de son invention. Celui-ci répond ainsi au doigt et à l'oeil, allant jusqu'à faire ses besoins aux toilettes et tirer la chasse. Comme souvent, ce qui est au départ annexe dans la trame scénaristique d'un épisode aboutit à des résultats d'une ampleur démesurée.


"Snuffles" (c'est son nom) gagne en effet en intelligence...
Ce que Rick résumera ainsi, au terme d'une courte absence.
MORTY - What the hell? What’s going on?
RICK - Well, it's possible that your dog became self-aware and made modifications on the cognition amplifier, then turned on Jerry, Beth, and Summer after learning about humanity's cruel subjugation of his species...

Ceci m'a rappelé un article de blog que j'avais lu peu de temps auparavant, et qui traite, lui, de notre réalité... et des questions que soulèvent les progrès dans le domaine de l'intelligence artificielle. (sujet revenant par ailleurs dans l'actualité, à chaque fois qu'Elon Musk ou Stephen Hawking expriment leurs réserves ou craintes)

 Vu sa longueur, je vous en fais un résumé (en français).

En matière d'Intelligence articielle, (IA, ou AI en anglais), l'article commence par distinguer trois échelons, dont deux vous paraîtront encore lointains :
  • Artificial Narrow Intelligence (ANI): Intelligence spécialisée et performante dans l'accomplissement d'une tâche précise (par exemple jouer aux échecs ou au jeu de go)
  • Artificial General Intelligence (AGI): Intelligence comparable à celle de l'Homme, capable de raisonner, penser des concepts abstraits, apprendre...
  • Artificial Superintelligence (ASI): Intelligence supérieure à celle de l'Homme, qu'elle lui soit "légèrement" supérieure, ou 1'000'000'000'000'000'000 fois

Selon notre perception, l'innovation est lente et progressive. L'histoire de l'humanité nous montre pourtant l'inverse. En réalité, la marche du progrès s'accélère. Il suffit de considérer à travers les âges le laps de temps au bout duquel un Homme projeté dans le futur serait totalement désorienté (on parle de DPU : "Die Progress Unit"). Avoisinant initialement les 100'000 ans, cette mesure s'exprimerait aujourd'hui en décades.

Le chemin vers l'AGI n'est donc pas si long. Une innovation majeure pourrait bien le réduire drastiquement, d'autant qu'on est là dans le cadre de technologies auto-amélioratives. Certains scientifiques estiment que le palier de l'AGI pourrait être atteint d'ici 2040.

Que se passera-t-il alors ? Ce palier symbolique est certes d'importance, mais, pour une intelligence artificielle, il n'existe pas. Il ne faut donc pas imaginer un statu quo durable. La machine progressera bien plus vite que nous : elle a pour cela d'avantage d'atouts, que ce soit sur le plan matériel (puissance de calcul, capacité de stockage, fiabilité, durabilité) ou logiciel (capacité de reprogrammation, d'auto-amélioration et de mutualisation de ressources). Si des décennies auront été nécessaires pour qu'une IA atteigne par exemple le niveau d'un enfant de quatre ans, une heure pourra suffire pour qu'elle unifie toutes les théories physiques de notre univers... 30 minutes plus tard, elle sera devenue une ASI 170'000 fois plus intelligente qu'un humain.

Un tel niveau d'intelligence est bien sûr inconcevable pour notre cerveau. La domination de l'homme sur le règne animal suggère cependant une chose : dans notre monde, l'intelligence est reine. Si l'homme a pu inventer le WIFI, de quoi sera capable une ASI ? Sans doute de choses qu'on considérerait aujourd'hui "magiques"... ou relevant d'un dieu tout puissant. Dès lors, la question primordiale est la suivante : S'agira-t-il d'un "Dieu" bienveillant ?


Espérons qu'il le soit d'avantage que Snuffles...
Avant d'être interrompues, les informations n'étaient pas encourageantes :

"It appears clear, at this time, that it is official, the era of human superiority has come to a bitter end. God help us all. "

Rick and Morty (S01E02, Lawnmower Dog)
Justin Roiland + Dan Harmon (2013)


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(bonus)
I can’t believe how mean Snuffles got just because he’s smart. This is why I choose to get C’s.

mardi 3 octobre 2017

Not something I want for myself

A la faveur d'un épisode présenté comme mémorable, j'ai découvert la série Rick and Morty. Bien sûr, j'en connaissais déjà vaguement les protagonistes principaux (un peu comme pour toutes les séries animées américaines pour adultes. Citons: Family Man, Adventure Time, Daria, Archer ou le tout récent Big Mouth), mais disons, que j'ai regardé pour de bon. La série a pour elle de sortir du cadre convenu de la famille américaine habitant une banlieue sans âme, en ajoutant une dose de science-fiction fantaisiste.

Dans "Pickle Rick", Rick, le grand-père (scientifique frappadingue de génie) s'est transformé en cornichon (!) afin d'échapper à une séance de thérapie familiale (!). Il finira tout de même par s'y rendre...

Therapist : - Why didn't you want to come here ?

Picke Rick : - Because I don't respect therapy. Because I'm a scientist. Because I invent, transform, create and destroy for a living, and when I don't like something about the world, I change it. And I don't think going to a rented office in a strip mall to listen to some agent of averageness explain which words mean which feelings has ever helped anyone do anything. I think it's helped a lot of people get comfortable and stop panicking, which is a state of mind we value in the animals we eat, but it's not something I want for myself. I'm not a cow. I'm a pickle... When I feel like it. So... You asked.


Therapist : - Rick, the only connection between your unquestionable intelligence and the sickness destroying your family is that everyone in your family, you included, use intelligence to justify sickness. You seem to alternate between viewing your own mind as an unstoppable force and as an inescapable curse, and I think its because the only truly unapproachable concept for you is that it's your mind within your control. You chose to come here you chose to talk, to belittle my vocation, just as you chose to become a pickle. You are the master of your universe, and yet you are dripping in rat blood and feces. Your enormous mind literally vegetating by your own hand. I have no doubt that you would be bored senseless by therapy. The same way i'm bored when I brush my teeth and wipe my ass. Because the thing about repairing, maintaining and cleaning is... it's not an adventure. There's no way to do it so wrong you might die. It's just... Work; and the bottom line is some people are OK going to work, and some people... well some people would rather die. Each of us gets to choose.


Rick and Morty (S03E03, "Pickle Rick")
Justin Roiland + Dan Harmon (2016)


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Bonus : le couch gag crossover Simpsons / Rick and Morty

lundi 25 avril 2016

La purée

 
Elisabeth : Vous y pensez toujours?

Paul : Non, je pense à mon père... C'est la purée... Oui, comme ça, un jour avec mon père, on était en train de manger de la purée. Puis tout a coup, mon père s'est arrêté de manger, et il a dit "j'ai trouvé !" Alors, ma soeur, elle lui a dit : "Trouvé quoi?" Et mon père avait trouvé pourquoi la Terre tourne autour du soleil. Enfin... c'est Galilée qui l'avait trouvé le premier, mais mon père tout a coup, comme ça, il a redécouvert pourquoi la Terre tournait autour du soleil. Comme Galilée avait dû le trouver la première fois. Alors il s'est arrêté de bouffer de la purée, et il a dit "j'ai trouvé". C'est formidable ! Enfin moi c'est ce que je lui ai dit... et j'ai reçu la purée sur la gueule.


Masculin Féminin : 15 faits précis, JL Godard (1966)

dimanche 6 avril 2014

Best movie opening credits ever



Il est bon dans une vie de savoir qu'il y a des films de David Lynch qu'on n'a pas encore vus... "Lost Highway" était de ceux-là.
La surprise était d'autant meilleure que j'ignorais complètement le pitch (l'associant inconsciemment au "Crash" de Cronenberg sorti dans la même période).

L'obscurité se fait, la bobine démarre, et là, j'assiste à une séquence d'opening credits saisissante, que je qualifie sans conteste de Best movie opening ever.


Play it loud and fullscreen (double-clic)

Lost Highway, David Lynch (1997)
David Bowie, I'm deranged (Outside, 1995)
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J'ignore qui a pour la première fois exprimé l'idée selon laquelle la construction de ce film ressemblait à celle d'un ruban de Moebius, mais c'est très très bien vu.
Deux faces qui n'en forment qu'une, et une structure en boucle.

(le ruban de Mobius présente en effet la particularité d'avoir un seul bord, et une unique face. Coupé dans le sens de la longueur, il constitue toujours unique objet. Fascinant, n'est-il pas?)

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Bonus :
Get Well Soon - I'm Deranged (David Bowie Cover)


mercredi 21 mars 2012

Le pire de tout, c'est de sentir son âme mourir

Toujours prendre garde à ce que les condtions d'observation ne modifient pas l'expérience. Même en ethnologie.

Dernier extrait de La Vie Mode d'Emploi de Perec.

Le matin du quatrième jour, quand Appenzzell se réveilla, le village avait été abandonné. Les cases étaient vides. Toute la population du village, les hommes, les femmes, les enfants, les chiens, et même les vieillards qui d’ordinaire de bougeaient pas de leurs nattes, était partie, emportant leurs maigres provisions d’ignames, leurs trois chèvres, leurs sinuya et leurs pekee.

Appenzzell mit plus de deux mois à les retrouver. Cette fois-ci leurs cases avaient été hâtivement construites au bord d’un marigot infesté de moustiques. Pas plus que la première fois, les Kubus ne lui parlèrent ni ne répondirent à ses avances ; un jour, voyant deux hommes qui essayaient de soulever un gros tronc d’arbre que la foudre avait abattu, il s’approcha pour leur prêter main forte ; mais à peine eut-il posé la main sur l’arbre que les deux hommes le laissèrent retomber et s’éloignèrent. Le lendemain matin, à nouveau, le village était abandonné.

Pendant près de cinq ans, Appenzzell s’obstina à les poursuivre. A peine avait-il réussi à retrouver leurs traces qu’ils s’enfuyaient à nouveau, s’enfonçant dans des régions de plus en plus inhabitables pour reconstruire des villages de plus en plus précaires. Pendant longtemps Appenzzell s’interrogea sur la fonction de ces comportements migratoires. Les Kubus n’étaient pas nomades et ne pratiquaient pas de cultures sur brûlis, ils n’avaient aucune raison de se déplacer si souvent ; ce n’était pas davantage pour des questions de chasse ou de cueillette. S’agissait-il d’un rite religieux, d’une épreuve d’initiation, d’un comportement magique lié à la naissance ou à la mort ? Rien ne permettait d’affirmer quoi que ce soit de ce genre ; les rites kubus, s’ils existaient, étaient d’une discrétion impénétrable et rien, apparemment, ne reliait entre eux ces départs qui, à chaque fois, semblaient pour Appenzzell tout à fait imprévisibles.

La vérité cependant, l’évidente et cruelle vérité, se fit enfin jour. Elle se trouve admirablement résumée dans la fin de la lettre qu’ Appenzzell envoya de Rangoon à sa mère environ cinq mois après son départ :

“ Quelque irritants que soient les déboires auxquels s’expose celui qui se voue corps et âme à la profession d’ethnographe afin de prendre par ce moyen une vue concrète de la nature profonde de l’Homme – soit, en d’autres termes, une vue du minimum social qui définit la condition humaine à travers ce que les cultures diverses peuvent présenter d’hétéroclite – et bien qu’il ne puisse aspirer à rien de plus que mettre au jour des vérités relatives (l’atteinte d’une vérité dernière étant un espoir illusoire), la pire des difficultés que j’ai dû affronter n’était pas du tout de cet ordre : j’avais voulu aller jusqu’à l’extrême pointe de la sauvagerie ; n’étais-je pas comblé, chez ces gracieux Indigènes que nul n’avait vus avant moi, que personne, peut-être, ne verrait plus après ? Au terme d’une exaltante recherche, je tenais mes sauvages, et je ne demandais qu’à être l’un d’eux, à partager leurs jours, leurs peines, leurs rites ! Hélas, eux ne voulaient pas de moi, eux n’étaient pas prêts du tout à m’enseigner leurs coutumes et leurs croyances ! Ils n’avaient que faire des présents que je déposais à côté d’eux, que faire de l’aide que je croyais pouvoir leur apporter ! C’était à cause de moi qu’ils abandonnaient leurs villages et c’était seulement pour me décourager moi, pour me persuader qu’il était inutile que je m’acharne, qu’ils choisissaient des terrains chaque fois plus hostiles, s’imposant des conditions de vie de plus en plus terribles pour bien me montrer qu’ils préféraient affronter les tigres et les volcans, les marécages, les brouillards suffocants, les éléphants, les araignées mortelles, plutôt que les hommes ! Je crois connaître assez la souffrance physique. Mais c’est le pire de tout, de sentir son âme mourir… ”

Georges Perec, La vie mode d'emploi (1978)

jeudi 6 octobre 2011

Re-use, Reduce, Recycle

"Le fait que les Hébreux vivaient pour adorer Dieu, et que nous, nous vivons pour augmenter le produit national, ça ne découle ni de la nature, ni de l'économie, ni de la sexualité... Ce sont des positions imaginaires premières, fondamentales, qui donnent un sens à la vie"
(*)

C'est en regardant le documentaire "Prêt à jeter" dont je faisais écho en février dernier, que j'ai fait la connaissance de Serge Latouche, économiste, professeur et penseur de la décroissance. J'ai depuis lu certains de ses écrits, sans pour autant trouver comment les aborder sur ce blog.
Entre mes mains, aujourd'hui, "le pari de la décroissance".

Pour être convaincu, on pourrait presque ce contenter d'un constat trivial pour certains, ou d'une prise de conscience pour d'autres, sur le mode "Hé ho, une croissance infinie dans un monde aux ressources finies, c'est pas possible..!"
(le premier qui objecte qu'il existe des croissances asymptotiques sort).

Quand nous aurons tout avalé
Tout consommé, tout consumé
Quand nous aurons tout englouti
Comme des fourmis sur un fruit
Il ne restera que nos corps
Nous commencerons par les pieds
puis nous mangerons notre main
Et nous garderons l'autre pour demain
(**)

Mais il n'y a pas que ça.
"Même et surtout si une croissance infinie était possible, ce serait à nos yeux une raison de plus pour la refuser pour pouvoir rester simplement humains. [...] Notre combat est avant tout un combat de valeurs. Nous refusons cette société de travail et de consommation dans la monstruosité de son ordinaire et pas seulement dans ses excès."
(***)

On peut effectivement relever que
"la société de croissance n'est pas souhaitable pour au moins trois raisons : elle engendre une montée des inégalités et des injustices, elle crée un bien-être largement illusoire, elle ne suscite pas pour les 'nantis' eux-même une société conviviale mais une 'antisociété' malade de sa richesse."

Alors évidemment, dans cet ouvrage, beaucoup de choses sont discutées, la pertinence du PIB comme indicateur tout puissant (et sa totale décorrélation avec la notion de bien-être), la démographie, les rapports Nord-Sud, les exemples absurdes liés aux transports de marchandises à travers la planète, etc... Plutôt que de tout vouloir aborder et résumer, et pour clore la série de billets découlant de ce livre, je reproduis donc les quelques propositions concrètes qui sont formulées par l'auteur. Elles pourront servir de base de réflexion à chacun.

Des mesures très simples et presque anodines en apparence sont susceptibles d'enclencher les cercles vertueux de la décroissance [sans préjudice d'ailleurs pour d'autres mesures de salubrité publique comme la taxation des transactions financières (...)] Le programme de transition peut tenir en quelques points tirant les conséquences de "bon sens" du diagnostic formulé. Par exemple:
1) Retrouver une empreinte écologique égale à inférieure à une planète, c'est-à-dire une production matérielle équivalent à celle des années 60-70.
2) Internaliser les coûts de transport
3) Relocaliser les activités
4) Restaurer l'agriculture paysanne
5) Transformer les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d'emplois, tant qu'il y a du chômage
6) impulser la "production" de biens relationnels
7) Réduire le gaspillage d'énergie d'un facteur 4
8) Pénaliser fortement les dépenses de publicité
9) Décréter un moratoire sur l'innovation technologique, faire un bilan sérieux et réorienter la recherche scientifique et technique en fonction des aspirations nouvelles.

le pari de la décroissance, Serge Latouche (2006)

(*) Cornelius Castoriadis
(**) Jérôme Minière, des pieds et des mains
(***) Paul Ariès

samedi 15 janvier 2011

Musique, Frissons et Dopamine


Voilà, le concert de Godspeed You Black Emperor est désormais derrière moi.
Un grand moment, qui aura duré près de 2h30.
Ne m'aura manqué que la proximité avec la scène, comme lorsque je les avais vus en 2002 et 2003.

Un concert qui aura suscité quelques frissons...
Or, c'est là désormais un phénomène bien compris:


Une étude scientifique canadienne a récemment établi la corrélation entre le plaisir que peut provoquer l'écoute de musique chez certains sujets, les frissons et la sécrétion de dopamine.

[La dopamine est une substance (plus exactement un neurotransmetteur) produite par le cerveau en situation de plaisir, comme par exemple lors d'un repas, ou de prise de drogue.]

L'étude montre que deux zones différentes du cerveau sont activées, selon que le pic émotionnel d'un morceau survient, ou est anticipé.


Voici l'abstract de l'article, paru dans Nature.

Music, an abstract stimulus, can arouse feelings of euphoria and craving, similar to tangible rewards that involve the striatal dopaminergic system. Using the neurochemical specificity of [11C]raclopride positron emission tomography scanning, combined with psychophysiological measures of autonomic nervous system activity, we found endogenous dopamine release in the striatum at peak emotional arousal during music listening. To examine the time course of dopamine release, we used functional magnetic resonance imaging with the same stimuli and listeners, and found a functional dissociation: the caudate was more involved during the anticipation and the nucleus accumbens was more involved during the experience of peak emotional responses to music. These results indicate that intense pleasure in response to music can lead to dopamine release in the striatal system. Notably, the anticipation of an abstract reward can result in dopamine release in an anatomical pathway distinct from that associated with the peak pleasure itself. Our results help to explain why music is of such high value across all human societies.

L'article se termine par cet élargissement :

Dopamine is pivotal for establishing and maintaining behavior. If music-induced emotional states can lead to dopamine release, as our findings indicate, it may begin to explain why musical experiences are so valued. These results further speak to why music can be effectively used in rituals, marketing or film to manipulate hedonic states. Our findings provide neurochemical evidence that intense emotional responses to music involve ancient reward circuitry and serve as a starting point for more detailed investigations of the biological substrates that underlie abstract forms of pleasure.

Pour les curieux, les nostalgiques de la rigueur scientifique, ou ceux qui veulent tout simplement se confronter à de la littérature scientifique en bonne et due forme, l'étude complète est disponible au format pdf, et téléchargeable ici.


Cas pratiques :
Le concert de Godspeed You Black Emperor, hier, à la Villette
(et l'album "lift your skinny fists like antennas to heaven")

un concert de RIEN
- "the war criminal raises and speaks" ou "Westfall" d'Okkervil River

et encore :
Cat Power, Moonshiner
Subtle, She
Sole, Stupid things implode on themselves
Will Oldham, Same love that makes me laugh,
ou there's no-one what will take care of you
James, Ring the Bells

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