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jeudi 6 mars 2025

The bones sang, scattered and shining

Sugar cubes, Kukl, Tappi Tíkarrass, l'album Gling-Glóg, collaborations et raretés en tout genre, bien sûr Dancer in the Dark... Je pensais connaître beaucoup d'à côtés de la carrière de Björk Guðmundsdóttir, mais je n'ai jamais su qu'à 19 ans, elle tournait un premier film, adaptation du conte des frères Grimm "le Conte du genévrier".

Le résultat : un film ensorcelant, un brin perturbant (mais comme peuvent l'être les contes de Grimm dans leur brutalité), tourné dans un beau noir et blanc. A voir !


Il s'ouvre par ses vers de T. S. Eliot, que je vous propose en version originale puis française :


Under a juniper-tree the bones sang, scattered and shining
We are glad to be scattered, we did little good to each other,
Under a tree in the cool of day, with the blessing of sand,
Forgetting themselves and each other, united
In the quiet of the desert. This is the land which ye
Shall divide by lot. And neither division nor unity
Matters. This is the land. We have our inheritance.

T. S. Eliot, Ash Wednesday / Le Mercredi des Cendres (1930)


Sous un genévrier les os chantaient, épars, brillants,
Nous sommes contents d'être épars, nous ne nous faisions guère de bien
Les uns aux autres. Sous un arbre
Dans le frais du jour et nantis de la bénédiction du sable,
S'oubliant eux-mêmes, s'oubliant les uns les autres, réunis
Dans la quiétude du désert. Et voici la terre que vous
Diviserez selon le sort. La division ni l'unité
N'importent. Mais voici la terre. Nous détenons notre héritage.



Nietzchka Keene, the Juniper Tree
(2019 en France!)

mercredi 15 mai 2024

C'est comme une honte qui croît

Soudain, j'eus honte. Pas d'avoir fichu la pagaille, mais d'être vieille. "C'est comme une honte qui croît" avait écrit Louis Aragon dans ce poème [...]

Sophie Fontanel, Admirable (2023)

Ce poème, le voici :


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D'où viens tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps
C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie
C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
À l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger.

Louis Aragon, J'arrive où je suis étranger (1944)


La narratrice du roman de Fontanel poursuit :

La mélancolie de ces mots décrivant le grand âge, leur lucidité... Je les compris, tous ces gens, d'être tombés dans le piège. Leur peau qui semblait du liège, du polystyrène expansé... Durant quelques secondes, tout refaire me parut mieux que mon lent naufrage. Devrais-je encore me montrer ? Qui a raison, qui a tort ? Chacun tricote le fil du temps comme il le peut. Certains se détendent, d'autres se font repriser. C'est raté, et l'on pense avec naïveté qu'ils ne s'en rendent pas compte. Qu'ils ne se voient pas comme ils sont. Mais sans doute, ce n'est pas ça. Pour eux, l'important est de ne jamais subir la vieillesse qu'on connaît, qu'ils ont là partout sous les yeux, et qui les terrorise. Alors ils inventent autre chose, une autre façon de vieillir... J'arrive où je suis étranger. Au moins, les voici sortis de la pente dont on ne connaît que trop bien l'issue. Mais la pente, qu'on la prenne par les côtés ou qu'on s'y laisse glisser, mène toujours au même plat, à la fin.

jeudi 26 septembre 2019

Douleur majestueuse

A l'ouverture de l'exposition "Baudelaire L'oeil moderne" au musée de La Vie Romantique, François Atlas a été convié à se produire en concert. Il s'est alors emparé des textes du poète pour les mettre en musique. Et c'est une réussite, puisque ni la musicalité ni les textes ne pâtissent de l'exercice. Comme l'explique François Atlas : "J'ai été frappé de la régularité et de la musicalité des vers, ils se sont glissés dans ce format pop avec limpidité."

Premier extrait choisi (à lire ici et donc à écouter )

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! — Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !


Charles Baudelaire - A Une Passante (Les Fleurs Du Mal, 1857)
Francois Atlas - A Une Passante (Les Fleurs Du Mal, 2018)

lundi 23 juillet 2018

Petit nombril, que mon penser adore

Un peu de poésie pour commencer la semaine
(poème lu, au détour d'un couloir du château de Kerjean)

Petit nombril, que mon penser adore,
Et non mon oeil qui n'eut onques le bien
De te voir nu, et qui mérites bien
Que quelque ville on te bâtisse encore ;

Signe amoureux, duquel Amour s'honore,
Représentant l'Androgyne lien,
Combien et toi, mon mignon, et combien
Tes flancs jumeaux folâtrement j'honore !

Ni ce beau chef, ni ces yeux, ni ce front,
Ni ce doux ris ; ni cette main qui fond
Mon coeur en source, et de pleurs me fait riche,

Ne me sauraient de leur beau contenter,
Sans espérer quelquefois de tâter
Ton paradis, où mon plaisir se niche.

Pierre de Ronsard, Petit nombril, que mon penser adore
Le premier livre des Amours (1552)

lundi 9 avril 2018

Qu'es-tu devenue maintenant, Barbara ?

Lundi, c'est poésie.
#IcicestBrest #Barbara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais 
Et moi je souriais de même 
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas 
Toi qui ne me connaissais pas 
Rappelle-toi 
Rappelle toi quand même ce jour-là
N'oublie pas 
Un homme sous un porche s'abritait 
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse

Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, Barbara
(Paroles, 1946)

mercredi 7 mars 2018

Le prix du beurre à St Renan

Le prix du beurre, le prix du beurre,
On le verra tout à l'heure,
N'est pas le truc le plus important
A St R'nan

Le prix du vent, le prix du vent
s'envole ces derniers temps
A St R'nan

Le prix des choses, le prix des choses,
C'est toujours ce dont on cause,
Hier et puis tout à l'heure,
A St R'nan comme ailleurs

Hervé Eléouet (2014)

*
*      *

S'il y a une chose à laquelle Paterson, le film de Jarmush évoqué peu avant, peut prétendre donner goût, c'est bien de saisir au vol la beauté de l'instant et de la coucher immédiatement sur le papier en un poème libre. L'amateur débutant trouvera cela laborieux... l'amateur confirmé aura plus de facilité (et sans doute moins d'inhibition). Il y a en outre fort à parier que l'exercice crée au fur et à mesure une disposition d'esprit elle-même génératrice de moments poétiques (alors qu'elle n'aurait dû faciliter que leur retranscription).

Cet esprit, Hervé Eléouet, écrivain et poète public autour de Brest, l'a assurément. Avec Adélaïde, sa  fidèle machine à écrire, il improvise des poèmes sur les marchés, les festivals et salons, le thème étant à l'initiative du public. Ici, "le prix du beurre à St Renan" [entendu dans ce reportage].


Bien sûr, ne pas s'attendre au Sublime à chaque coup. Ni à du Rimbaud... Qu'importe! L'auteur a d'ailleurs publié "Les œuvres de Rimbaud réécrit en mieux".

Avec humour et intelligence, Hervé Eléouet aime jouer avec les mots, et son plaisir est communicatif ; il est à l'origine des poétickets, ce concours qui propose à chacun d'écrire des poèmes sur un ticket qui traînerait au fond de son portefeuille.

Poème d'Estelle, pour l'édition 2017 des poétickets

L’édition 2018 des poétickets a pour thème « Tout feu, tout flamme ». Y participerez-vous?

- - -
Le site d'Hervé Eléouet

vendredi 2 mars 2018

Glow

When I wake up earlier than you and you
are turned to face me, face
on the pillow and hair spread around,
I take a chance and stare at you,
amazed in love and afraid
that you might open your eyes and have
the daylights scared out of you.
But maybe with the daylights gone
you’d see how much my chest and head
implode for you, their voices trapped
inside like unborn children fearing
they will never see the light of day.
The opening in the wall now dimly glows
its rainy blue and gray. I tie my shoes
and go downstairs to put the coffee on.

Ron Padgett, Glow (You Never Know, 2002)
un poème également entendu au cinéma, dans
Paterson, Jim Jarmusch (2016)

dimanche 10 septembre 2017

Petite étoile des vapeurs

Le rire tenait sa bouteille
À la bouche riait la mort
Dans tous les lites où l’on dort
Le ciel sous tous les corps sommeille

Un clair ruban vert à l’oreille
Trois boules une bague en or
           Elle porte sans effort
Une ombre aux lumières pareille

Petite étoile des vapeurs
Au soir des mers sans voyageurs
Des mers que le ciel cruel fouille

Délices portées à la main
Plus douce poussière à la fin
Les branches perdues sous la rouille.
Paul Eluard - bouche usée
Capitale de la douleur (1926)

mercredi 22 juin 2016

Such a carriage, such ease and such grace

Dans les premières pages d' Espèce d'Espace (cf. quatre épisodes précédents) figure cette carte de l'océan, extraite d'un ouvrage de Lewis Carroll.


L'ouvrage en question ?
La Chasse au Snark (une agonie en huit chants)
-
The Hunting of the Snark (An Agony, in Eight Fits)

Il s'agit d'un récit absurde et onirique sous forme de poème, subdivisé en 8 chants. Il reflète à merveille l'imagination débridée de son auteur (déjà à l'oeuvre dans Alice au Pays des Merveilles).
Voici le passage relatif à la carte ci-dessus :

The Bellman himself they all praised to the skies--
Such a carriage, such ease and such grace!
Such solemnity, too! One could see he was wise,
The moment one looked in his face!
He had bought a large map representing the sea,
Without the least vestige of land:
And the crew were much pleased when they found it to be
A map they could all understand.

"What's the good of Mercator's North Poles and Equators,
Tropics, Zones, and Meridian Lines?"
So the Bellman would cry: and the crew would reply
"They are merely conventional signs!

"Other maps are such shapes, with their islands and capes!
But we've got our brave Captain to thank:
(So the crew would protest) "that he's bought us the best--
A perfect and absolute blank!"


Lewis Carroll, La Chasse au Snark (1876)

A lire, en ligne, ici ou .
Et une autre illustration WTF pour la route (il y en a 1 par chant)

dimanche 28 février 2016

I will find out where she has gone

Je découvre, grâce à the Leftovers (S02E04), le poète irlandais Yeats...
et ce poème, dont est récité la dernière strophe.


I went out to the hazel wood,
Because a fire was in my head,
And cut and peeled a hazel wand,
And hooked a berry to a thread;
And when white moths were on the wing,
And moth-like stars were flickering out,
I dropped the berry in a stream
And caught a little silver trout.

When I had laid it on the floor
I went to blow the fire a-flame,
But something rustled on the floor,
And someone called me by my name:
It had become a glimmering girl
With apple blossom in her hair
Who called me by my name and ran
And faded through the brightening air.

Though I am old with wandering
Through hollow lands and hilly lands,
I will find out where she has gone,
And kiss her lips and take her hands;
And walk among long dappled grass,
And pluck till time and times are done,
The silver apples of the moon,
The golden apples of the sun.


William Butler Yeats, The Song of Wandering Aengus
The Wind Among the Reeds (1899)

the Leftovers, Damon Lindelof, Tom Perrotta
(2014, 2015)

lundi 2 mars 2015

Enfin, la vie apprivoisée

En douceur, en profondeur
Dans l’écume du destin
Après la course des heures
Sans plus jamais compter les points

Sans une peine, sans un remords
Sans amertume, en plein accord
Chemin faisant, jamais très loin
De la caresse du matin

A l’aube claire, le ventre nu
Dans le plein ciel et plein la vue
Dans le sillage d’un bateau
Ou dans la course d’un cerceau

Au fond du temps, au point du jour
A l’issue d’un beau parcours
Sans un regret et sans chagrin
Sans plus penser à demain

Le cœur léger de ne plus porter
Ce qui hier pesait si lourd
Le cœur à neuf, bien nettoyé
Et dans la soie et le velours

Je partirai…

En brasse coulée vers l’horizon
Revenu de toute illusion
En solitaire, en liberté
Pas entravé, pas enchaîné

Comme on récolte une moisson
De rêves faisant provision
Au clair de lune, au clair de terre
Dans la cendrée, dans la lumière

Dans l’abondance, la profusion
Non pas sans un, sans solution
La bouche pleine d’un poème
Qui dit que ça valait la peine

La barbe drue, tête chenue
Le corps lavé de tout soupçon
La fierté des invaincus
Et cette joie qui dit son nom

Epris d’une longue éternité
Et à jamais réconcilié
Enfin la vie apprivoisée
Dans l’inflexion d’une nuit d’été

Je reviendrai…

Bertrand Betsch, La Vie Apprivoisée

Le prochain album de Bertrand Betsch est actuellement en cours de financement (participatif), via le site Microcultures

mercredi 14 janvier 2015

We must bring our own light to the darkness

"Personne ne le fera pour nous" est le titre d'un morceau de Mendelson.
C'est aussi le nom qu'il a donné à son quatrième album.
 Enfin c'est un extrait d'un poème de Bukowski, que Mendelson a lui, lundi soir, à la maison de la poésie (version originale plus bas).



Il faut apporter
sa lumière
dans les
ténèbres.

personne ne le
fera
pour nous.

comme les jeunes garçons
descendent
les pentes
à skis

comme le cuisinier
reçoit sa dernière
paye

comme le chien pourchasse
le chien

comme le grand maître aux échecs
perd plus que
la partie

il faut apporter
sa lumière
dans les
ténèbres.

personne ne le
fera
pour nous,

comme le solitaire
téléphone à
n'importe qui
n'importe où

comme la grande bête
tremble
dans ses cauchemars

comme la dernière saison
arrive en vue

personne ne le
fera
pour nous.

Charles Bukowski, Il faut / We Must
Le ragoût du septuagénaire / Septuagenarian stew: stories and poems
(1983-1990)



Mendelson se produira à nouveau à la Maison de la Poésie, les lundis 19 et 26 Janvier.
Il y lira un ou deux poèmes, jouera des morceaux anciens, des morceaux nouveaux, des reprises (Yes, j'ai reconnu Bruce Springsteen!), et livrera de nombreux traits d'esprits, toujours en mode pince sans rire.


*
*      *


we must bring our own light
to the
darkness.

nobody is going
to do it
for us.

as the young boys
ski
down the
slopes

as the fry cook
gets his last
paycheck

as dog chases
dog

as the chessmaster
loses more than
the game

we must bring
our own light
to the
darkness.

nobody is going
to do it
for us,

as the lonely
telephone
anybody
anywhere

as the great beast
trembles
in nightmare

as the final season
leaps into
focus

nobody is going
to do it
for us.

dimanche 30 novembre 2014

Des bouts de ciel se défont

Me voici à nouveau sur ce blog à parler de tout et de Rien. Il faut dire que le dernier concert (parisien) du groupe grenoblois était grandiose, avec une version (allongée?) de Masterkraft des plus intenses, et surtout, le morceau que je réclamais depuis des années, Stare Mesto, qui plus est dans sa version chantée, puisque Jull était présent ce soir-là, déclamant ce texte, véritable poème surréaliste (au sens propre du terme). Fin de cette longue phrase.


Je revois des visages comme dans un rêve...
Tous ancrés dans le même espace-temps
Ca se passe dans une ville que j'ignore
Une ville grise avec un port
C'est tout ce dont je me souviens
Et les gens je me rappelle bien
Et toutes les versions corroborent
D'abord il y a une jeune fille
Elle est assise sur la grève
De l'autre côté du rivage
Elle porte un feutre
Et sa bouche est comme un nuage
Elle fait chanter ses bracelets
A un petit bout d'homme sans visage
Le petit homme a l'air content
Il a un œil comme un cheval
La crinière qui penche en avant
Et comme s'il était d'un autre âge
Il traîne dans ses mouvements
Il est tard
Et la ville se change en étoile
Un peu plus loin trois enfants jouent
L'un d'eux peine à tenir debout
Au large un bateau fait escale
Il y a des lumières sur le pont
Un trait rouge un peu dans le fond
Et deux jaunes qui forment un signal
Tout à coup un homme se dévoile
Et d'une main la fille lui répond
Il y a un commencement d'orage
Et des bouts de ciel se défont

La jeune fille a quitté la plage
Et elle nage dans sa direction
Le petit bout d'homme sur la grève
Trace un cercle avec un bâton
Il dessine avec précision
L'homme, les enfants, la barge
Quelques bouts de ciel dans le fond
Et la fille qui dans son sillage
Change l'eau en chape de plomb...

Rien, Stare Mesto
Requiem pour des Baroqueux (l'amicale underground, 2003)
www.amicale-underground.org
https://rien.bandcamp.com/

Pour vous faire une idée de ce grand moment, cette vidéo, tournée Vendredi à la Maroquinerie :

mercredi 12 février 2014

Le vente se lève ! Il faut tenter de vivre !

Parmi les quelques souvenirs emmagasinés lors de ma visite du Centre Pompidou Metz, il y a la découverte d'une poignée de vers de Paul Valery, lus et entendus au sein d'une vidéo (dont la teneur m'échappe aujourd'hui entièrement)

Le poème est très connu, il s'appelle "Le cimetière marin". Je le reproduis ici. La langue est tellement belle qu'elle donne envie de lire à haute voix (avec le rythme du décasyllabe). Vingt-quatre sizains : je doute que vous puissiez apprécier ce poème dans son entièreté dans ces colonnes... Mais en un rapide copier-coller et un minimum de mise en page, il tient sur un A4, et pourra être apprécié au premier moment de répit venu.

Le cimetière Saint-Charles de Sète qui inspira Paul Valéry...
Aujourd'hui renommé Cimetière Marin. Le poète y est enterré

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! ... Édifice dans l'âme,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.

L'âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! ... Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence ...
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! ...
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir!

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil ... Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!

Non, non! ... Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme ... O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

Le vent se lève! ... il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!

Paul Valéry, le cimetière marin (1920)

Le premier vers du dernier sizain a inspiré Miyazaki pour son dernier film.
Il y est d'ailleurs cité intégralement, et en français dans le texte.

mardi 5 mars 2013

When I was a kid



La vidéo du Dimanche... (publiée un lundi à minuit, mais tout va bien).

Cette vidéo, donc, illustre un poème d'un certain Shane Koyczan. Elle se compose d'une succession de séquences animées, chacune signée d'un contributeur différent.

J'ai choisi d'en extraire une poignée captures d'écran, qui suivront la courte intro ci-dessous. En toute fin d'article, l'animation en elle-même, oeuvre assez forte comme vous pourrez en juger.

My experiences with violence in schools still echo throughout my life but standing to face the problem has helped me in immeasurable ways.

I wrote “To This Day”, a spoken word poem, to further explore the profound and lasting impact that bullying can have on an individual.

Schools and families are in desperate need of proper tools to confront this problem. We can give them a starting point… A message that will have a far reaching and long lasting effect in confronting bullying.



Shane Koyczan, To This Day (2012)


(ou sur youtube)

mardi 28 février 2012

I know not if I sink or swim

The water is wide, I cannot get over
And neither have I wings to fly
Give me a boat that will carry two
And both shall row, my love and I

Where love is planted O there it grows
It grows and blossoms like a rose
It has a sweet and pleasant smell
No flower on Earth can it excel

The ship there is and she sails the sea
She's loaded deep as deep can be
But not so deep as the love I'm in
I know not if I sink or swim

Oh love is gentle, love is kind
The sweetest flower when first it's new
But love grows old and waxes cold
And fades away like morning dew

the Water is Wide (trad.)


Folk song traditionnelle (origine anglaise ou écossaise et remontant au XVIIème siècle) ici chantonnée par cette petite fille, juste avant le climax de ce très beau film qu'est "l'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford".

Outre la bande-originale signée Warren Ellis et Nick Cave, beaucoup d'effets visuels de lumières et surtout de flou ornent ce film...
En témoigne par exemple cette chaussure tilt shiftée (effet déjà décrit dans ces colonnes)


L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford,
Andrew Dominik (2007)

mercredi 7 septembre 2011

I used to be darker

_______I started
__________out in search
____________of ordinary things /
______._____How much of a tree
______..____bends in the wind/ I
______._.__started telling the story
______.___without knowing the end/
______.__.I used to be darker / Then
______.__I got lighter/Then I got dark
______.__again / Something too big
_____..___to .be .seen .was. passing
_____.____over and over me / Well
_____.__.__it seemed like a routine
_____.__.__case at first / With the
_______.___death of the shadow
_____.__.___came a lightness of verse / But
____________the darkest of nights, in truth still
______________dazzled / And I work myself until I 'm
_____.________frazzled / I ended up in search
__________of ordinary things / Like how can
___a wave possibly be / I started running when
the concrete turned to sand / I started running when
__things didn't______._ pan out as planned / In case things
___go poorly___________ and I not return / Remember the
_________________________good things I done / In case things
________________________________go poorly and I not return /
____________________________________Remember the good things
____________________________________________I've done / Or done
_________________________________________________________me in.


Bill Callahan - Jim Cain
Sometimes I Wish We Were An Eagle (Draf City,2009)

A moins que votre browser internet ne vous joue des tours (par rapport au mien), ceci est un caligramme (sommaire) tel qu'il figure à l'intérieur de l'album sus cité.

Ah et... on n'aurait qu'à dire que c'est un oiseau.