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jeudi 11 octobre 2012

die Worte der Weisheit

Je me souviens étant enfant avoir entendu et identifié la langue allemande pour la première fois un été, sur une plage bretonne : je l'avais alors trouvée indiscutablement moche. Plus tard, j'en faisais malgré tout ma première langue (sous l'impulsion de mes parents), mais ça n'est qu'en troisième que je commençais à en apprécier les sonorités, à la faveur du poème Erlkönig de Goethe que j'appris alors.

Wer reitet so spät, durch Nacht und Wind
Es ist der Vater mit seinem Kind,
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.

Plus tard, au cours d'une année passée à Munich (2001), j'ai découvert les hamburgers hambourgeois Kante, leur très bel album Zweilicht (extrait), et la musicalité que pouvait revêtir l'Allemand (même sur de la pop music, et même si toutes les consonnes se prononcent). 
L'alter ego de Kante, en provenance de Hambourg également, c'est Tocotronic, dont je publiais un premier texte (en vers) au début du mois.

En voici un second, pour le plaisir. Ca se lit ci-après, ca s'écoute ici.
Un texte construit sur un motif répété (une promenade sans but particulier) et se finit sur une Révélation.


Als wir wiederum nicht wussten
Was zu tun, wohin sich wenden
Liefen wir stundenlang umher
Auf den Alleen und am Ende
Kamen wir zu einem Fluss
Dessen Lauf uns dorthin führte
Wo wir noch nicht gewesen sind
Es schien zumindest so
Wir verspürten leichten Schwindel
Legten uns ins hohe Gras
In der Nachbarschaft von Elstern
Weiter waren wir noch nie

Harmonie ist eine Strategie

Als wir wiederum nicht wussten
Was zu tun wohin sich wenden
Liefen wir stundenlang umher
Auf den Alleen und am Ende
Kamen wir zu einem Park
An dessen Tor zwei Sphinxen wachten
So verbrachten wir die Zeit
Mit dem Gefühl von leichtem Schwindel
Setzen wir uns auf eine Bank
Deine Hand schloss meine Augen
Und der Tag verschwand im Dunkeln

Harmonie ist eine Strategie

Kratz keine Namen in die Wand
Ritz keine Namen in die Hand
Führ keine Hand an meinen Mund
Ich klage an, ich klage an, ich klage an

Als wir wiederum nicht wussten
Was zu tun wohin sich wenden
Liefen wir stundenlang umher
Auf den Alleen und am Ende
Kamen wir zu einem Platz
Weit draußen vor der Stadt
Wo wir noch nicht gewesen sind
Es schien zumindest so
Und der erste Kreis der Hölle
War gleich nebenan
Jeder Zweifel, jeder Zwang
Verschwand vor unseren Augen
Und die Pforten des Himmels
Öffneten sich vor unseren Augen
Und die Worte der Weisheit
Trugen uns so weit wie nie

Harmonie ist eine Strategie

Tocotronic - Harmonie ist eine Strategie
Kapitulation (Universal, 2007)

dimanche 13 juin 2010

tout est, tout a sa vie et appartient au présent

Je partageais récemment dans ces colonnes trois extraits d' "Un Homme qui dort", de Pérec, l'histoire d'un homme poussant à son paroxysme l'expérience de l'indifférence absolue en ce monde, jusqu'à ce que cette position se révèle intenable.

Après lecture de ce livre, C. de Londres m'écrivait récemment qu'elle y voyait aussi "une forme d'expression de l'expérimentation de la méditation bouddhiste ou de la tradition zen"...

Une résonnance que je n'avais pas perçue, puis qui m'est apparue évidente en relisant à la faveur d'un Paris-Brest en train, Siddharta d'Hermann Hesse.

Hermann Hesse est le roi du roman iniatique. On suit dans celui-ci le cheminement spirituel de Siddharta à la recherche de la sagesse ultime, celle qui mène au Nirvana:


Un but, un seul, se présentait aux yeux de Siddharta: vider son coeur de tout son contenu, ne plus avoir d'inspiration, de désirs, de rêves, de joies, de souffrances, plus rien. Il voulait mourir à lui-même, ne plus être soi, chercher la paix dans le vide de l'âme, ouvrir la porte au miracle qu'il attendait. "Quand le moi sous toutes ses formes sera vaincu et mort, se disait-il, quand toutes les passions et toutes les tentations qui viennent du coeur se seront tues, alors se produira le grand prodige, le réveil de l'Etre intérieur et mystérieux qui vit en moi et qui ne sera plus moi."


Ca, c'est au début du roman, par la suite, Siddharta cherche (et trouve) sa propre voie.

Là où ça devient intéressant, c'est que dans ce livre, comme dans celui de Pérec, la notion clef qui permet à la démarche spirituelle d'aboutir ou d'échouer, c'est le (rapport au) Temps. Ainsi le personnage du roman de Pérec se voit tiré de son rêve de ce qu'il n'a pu maîtriser le temps.

Le temps, qui veille à tout, a donné la solution malgré toi.
Le temps, qui connaît la réponse, a continué de couler.

Siddharta, lui, devient à sa manière l'alter ego de Bouddha, pour ce qu'il a compris du temps. A la fin de son existence (et donc du livre), on l'entend mener la discussion suivante :


- Est-ce que le fleuve t'a aussi initié à ce mystère: que le temps n'existe pas?
- Oui, Siddharta, lui répondit-il. Tu veux dire sans doute que le fleuve est partout simultanément: à sa source et à son embouchure, à la cataracte, au bac, au rapide, dans la mer, à la montagne: partout en même temps, et qu'il n'y a pas pour lui la moindre parcelle de passé ou la plus petite idée d'avenir, mais seulement le présent?
- C'est cela, dit Siddharta. Et quand j'eus appris cela, je jetai un coup d'oeil sur ma vie, et elle m'apparut aussi come un fleuve, et je vis que Siddharta petit garçon n'était séparé de Siddharta homme et de Siddharta vieillard par rien de réel, mais seulement par des ombres. Les naissances passées de Siddharta n'étaient pas plus le passé que sa mort et son retour à Brahma ne seront l'avenir. Rien ne fut, rien ne sera; tout est, tout a sa vie et appartient au présent.

Siddharta parlait avec enthousiasme, car la lumière qui s'était faite en lui le comblait de joie. Oh! toute souffrance n'était-elle donc pas dans le temps, toute torture de soi-même, toute crainte, n'étaient-elles pas aussi dans le temps? Est-ce que tout ce qui dans le monde pesait sur nous ou nous était hostile ne disparaissait pas et ne surmontait pas dès qu'on avait vaincu le temps, dès que par la pensée, on pouvait faire abstraction du temps?

Siddharta, Hermann Hesse (1922)


Je termine en citant les paroles qui me reviennent en tête d'une chanson d'Arnaud Michniak (Programme), déjà publiées ici:

la bataille ne se situe pas dans le temps / elle est le temps