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lundi 24 novembre 2025

#NotAllPoliceMen mais beaucoup quand même

Le 6 novembre dernier, j'ai ressenti le besoin impérieux de commenter un des mes anciens posts, daté du 11 avril 2023. Je me souvenais y avoir abordé les violences policières, mais aussi m'être livré à un "effort d'empathie" envers les forces de l'ordre en situation tendue. Je citais d'ailleurs Ste Soline.

Seulement voilà, cet article (exposant les révélations de Médiapart et Libération de la veille) m'ont fait regretter cette remarque pondérée. Que montrent les vidéos dont il est question ? Des consignes d'exécution de tirs tendus de lance-grenades (interdits car dangereux), propos injurieux désignant les manifestants, réjouissance guerrière malsaine. Tout ceci, rappellons-le, pour défendre un "trou".

Ajoutons que la semaine avait déjà été émaillée d'autres méfaits crimes (policiers accusés de viol au tribunal de Bobigny...). Dans une chronique de La Dernière (l'inénarrable émission hebdomadaire de Nova), l'excellent Pierre-Emmanuel Barré se chargeait de mettre ces faits en perspectives, et de conclure :

"On attend l'enquête de l'IGPN. Suspense! Non, bien sûr. Non, ils vont pas se réveiller un matin et admettre que ces institutions sont structurellement brutales, racistes et déresponsabilisantes. Mon enquête ira plus vite : des viols, des mutilations, des meurtres et des mecs qui se filment en train de faire tout ça en se marrant, en fait la police et la gendarmerie, c'est DAESH avec la sécurité de l'emploi"

La chute vaut à l'humoriste d'être l'objet d'une plainte déposée par l'actuel ministre de l'intérieur Laurent Nuñez. On eût apprécié qu'il se penche en premier lieu sur ce que dénonce la chronique, autrement plus grave qu'une comparaison hyperbolique dans une chronique satirique. On rappelle que ce procédé rhétorique "met en parallèle deux éléments de manière outrancière, créant un contraste saisissant, une image frappante, allant bien au-delà de la réalité".

Pour aller plus loin, vous pouvez écouter la chronique de Guillaume Meurice sur le traitement de la plainte dans les médias, et tant qu'à être là même si ça n'a rien à voir, toutes les chroniques de Pierre-Emmanuel Barré (y compris le courrier des lecteurs la saison passée) ou celles d'Aymeric Lompret, Florence Mendez, etc, etc.

mercredi 12 avril 2023

#allmen - Quelque chose cloche

On peut heureusement compter sur le capitaine Yohan Vivès de la police judiciaire, sensible et intelligent tel que joué par Bastien Bouillon dans "La Nuit du 12", pour redorer l'image de la police.
[Ne lisez pas ce qui suit si vous voulez ne rien savoir de ce film]


Ce qui m'a rendu dingue, c'est que tous les types qu'on a entendus auraient pu le faire. Peut-être qu'aucun d'eux n'est l'assassin. Mais ils auraient pu le faire. Je sais pas comment le dire autrement. Tous auraient pu le faire. Tous ceux qu'elle a croisés. Même ceux qui ne sont pas des salauds. Et peut-être tous les hommes qu'elle a pas croisés. Je suis peut-être fou, mais j’ai la conviction que si on ne trouve pas l’assassin, c’est parce que ce sont tous les hommes qui ont tué Clara. C’est quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes. 

La nuit du 12, Dominik Moll (2022)

mardi 11 avril 2023

#notallcops (?)


La tension politique et sociale actuelle, exacerbée par l'adoption au forceps de la réforme des retraites à l'Assemblée Nationale, place à nouveau dans le débat publique la question des "violences policières". En l'absence de chiffres sur les violences "avérées", il est impossible de prouver (et ou quantifier) leur augmentation. Une chose est sûre : le nombre de signalements et enquêtes de l'IGPN a bel et bien augmenté, ainsi bien sûr que la visibilité des abus, filmés puis relayés sur les réseaux sociaux.

Faisons un effort d'empathie : dans le contexte des manifestations récurrentes de gilets jaunes, ou en prévision d'affrontements annoncés avec des manifestants prêts à en découdre (Ste Soline), je peux m'imaginer qu'à être collectivement hué, moqué, caillassé, attaqué sur la seule foi d'un uniforme, un groupe soudé d'individus puisse se sentir menacé, traqué, acculé. Je conçois que le cerveau, dopé à l'adrénaline, bascule en mode "instinct de survie", oublie toute "règle" et voit en tout inconnu un ennemi.

Comprendre n'est pas excuser. On peut bien entendu questionner la stratégie du maintien de l'ordre à la française... mais il doit y avoir plus que ça.

Que disent les violences policières gratuites ou disproportionnées, et le sentiment d'impunité qui les accompagne ? J'aimerais beaucoup que sociologues et psychologues étudient de tels comportements. A l'évidence, le devoir de réserve et la culture du silence de l'institution n'aident pas. On peut tout de même avancer que ces violences traduisent le fait que la protection des individus n'est pas au coeur de l'ADN, a minima, de la direction centrale de la sécurité publique (en charge du maintien de l'ordre public). En voyant la manière dont sont considérés méprisés les immigrés en situation irrégulière et parfois reçues les femmes victimes de violences sexuelles et sexistes, on pourrait sans mal élargir la portée. La comparaison avec les professions de la sécurité civile (pompiers, sauveteurs...) ou de santé est certes biaisée, mais néanmoins éclairante : il y a quelque chose de fondamental à changer dans le recrutement, la formation et le fonctionnement de la police.

lundi 4 juillet 2016

Une épaisse brume de plus dans le présent


C'est avec les ambitions qu'on attrape le financier,
avec des munitions que dérape le policier.

C'est une condition de devoir nous laisser vivre,
la foule en érection est déjà bien ivre.

En réanimation dans des lits noirs et blancs,
ne tire aucune leçon de nos arracheurs de dents.

Ils crachent comme des cons sur le pavé des enfants,
les cigarettes s'allument à l'annonce de leur 13 ans.

C'est juste une épaisse brume de plus dans le présent,
un grumeau qui se glisse dans un liquide charmant,
un cuni bien triste dans une belle au bois dormant,
des poils qui se hérissent sur un bras bien coiffé,
une pulpeuse nourrice dans un pavillon parfait.

On vit, on s'aime, à travers nos écrans.
On cache, on garde nos envies dans des écrins.

Il y a des yeux qui débordent, des vieux qui te bordent,
des haches qui se dressent, des tresses qui se lient.

La détresse est visible, elle se couche dans nos lits.

Un matin de novembre nargué par un suçon,
ils ont repris la vie de n'importe qu'elle façon.

De l'accumulation, naît la révolution.
Une étincelle brille entre deux explosions.

Réveille les instincts de ces morbides pulsions.
Les gens bien pensants vont quitter leur fonction.

Notre armée triomphante est rentrée dans Paris,
pénètre dans cette fente aux lèvres déjà meurtries,
un viol quand tu rentres dans une foule asservie,
brûler ces H&M et leurs 12 collections!
Du haut des H.L.M. certains n'ont qu'une saison!

Ça chuchote en coulisse et l'élève entend des sons,
les mômes s'établissent un nouveau dessein,
ça barbote dans l'abysse de nos belles flaques de sangs.

Odezenne - Novembre
RIEN EP (Universeul, 2014)


Novembre est un titre d'Odezenne paru en mai 2014 (et écrit en 2010). Il sert aujourd'hui de bande-son à des images tournées notamment lors des manifestations  contre la Loi Travail, dans ce "clip-documentaire" du réalisateur Jérôme Clément-Wilz.

On pourra trouver facile et partisane la mise en image. Je n'ai de mon côté aucun sentiment anti-police... je suis simplement anti-violence. On peut néanmoins dresser le constat que pas mal de manifestations anti-Loi Travail ont dégénéré, et, de là, s'interroger.

Etant donné que la Police vante régulièrement son excellence en termes de maintien de l'ordre (on se souvient de Michelle Aliot-Marie, Ministre de l'Intérieur en 2011, proposant à la Tunisie de Ben Ali le "savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité", afin d'aider à mater ce qui allait rester comme l'historique Révolution tunisienne), la mise en lumière de certains faits peuvent, qui sait, aboutir à une remise en question bénéfique.

Le rapport de "Reporterre" rendu publique ces jours-ci pointe par exemple la "mise en place de dispositifs générant de fortes tensions" :

Présence visible, au plus proche des cortèges et risque d'attiser les tensions / Réactivité instantanée par usage de lacrymogène sans menace patente pour le corps policier / Enfermement des manifestants au sein d'un dispositif sans issue, dit « nasse » / Mise en joue par LBD à distance très proche des manifestants, y compris pacifiques, équipes médicales, journalistes / Mise en joue de manifestants par arme de service / Interventions policières et interpellations au sein même des cortèges / Disproportions des moyens / Sommations inaudibles

A ces dispositifs susceptibles de faire dégénérer une situation même calme, on peut opposer "un nouveau modèle européen de maintien de l’ordre" tel qu'exposé dans cet article publié dans La Vie des Idées. Ses principes sont les suivants :

1/ une conception [alternative] des logiques de la foule 
2/ la facilitation et l’accompagnement des manifestations de rue ; 
3/ le développement de la communication à tous les stades d’une opération de maintien de l’ordre ; 
4/ la différenciation et le ciblage des interventions de rétablissement de l’ordre.

L'article poursuit :
La nouvelle psychologie des foules, inspirée par des psychologues sociaux, au premier rang desquels Stephen Reicher et Otto Adang, s’appuie sur une idée simple, inspirée d’une démarche d’observation expérimentale et participative. Toute présence réelle ou psychologique hostile au groupe minore l’individualité des membres du groupe, qui tendent alors à former un bloc uniforme, tendu vers la réduction ou l’éloignement du danger perçu. Les membres du groupe expriment leur appartenance en affichant les traits et les normes les plus distinctifs de leur groupe face aux membres de l’autre groupe. Lorsque cette présence s’estompe, leurs relations s’inscrivent davantage dans un contexte interindividuel où ils peuvent affirmer des caractéristiques qui les différencient des membres de leur(s) groupe(s) : l’homogénéité et la solidarisation au sein du groupe se désagrègent.

L’appel à manifester introduit d’emblée un changement de la définition identitaire : il renforce des aspects spécifiques de l’identité sociale, en lien avec les groupes manifestants et les revendications défendues. Le déroulement de la manifestation dépend ensuite des rapports intergroupes dans lesquels sont pris les participant.e.s. Lorsque les signes, drapeaux ou slogans sont organisés autour d’un point de vue homogène et clairement opposé à un adversaire, la cohésion du groupe et l’identification de ses membres se renforcent et invitent à des actions déterminées vers les espaces occupés par l’adversaire. C’est dans de telles situations que l’on observe le développement d’émeutes et d’affrontements, notamment face à la police, dont la présence accentue la cohésion de la manifestation. À l’inverse, dès que l’homogénéité se lézarde par l’apparition de sigles qui signalent des points de vue différents, les manifestants sont amenés à redéfinir leur identité en s’inscrivant dans tels ou tels groupes militants présents. À l’extrême, lorsqu'une manifestation prend la forme d’un agrégat d’entités hétérogènes, l’action collective se dissout à mesure que la déambulation des participant.e.s se résume à des relations interindividuelles au sein de petites unités disloquées.

Dans ce modèle, il est possible de comprendre comment certains cortèges a priori paisibles peuvent se transformer en action collective violente, alors que des manifestations supposées agressives se déroulent sans heurts. Ici, l’usage indiscriminé de la force par la police durant un événement protestataire est susceptible d’avoir un impact négatif sur les dynamiques de la foule, dont la cohésion se renforce à l’encontre d’un adversaire tout désigné : la police. Pour les auteurs dont nous parlons, il est donc nécessaire d’éviter tout recours indiscriminé à la force, pour éviter toute radicalisation de la foule : que ceux qui manifestent sans intention malveillante se trouvent solidaires de ceux dont l’intention était d’en découdre. Pour cela il faut trouver le moyen de véhiculer une perception de la légitimité de l’action policière auprès du plus grand nombre (et non pas seulement les organisateur.trice.s déclaré.e.s) par une stratégie de facilitation des comportements pacifiques de la foule (information, orientation, liaison permanente) ; un profil tactique encourageant le dialogue et la communication avec les manifestant.e.s, avant, pendant et après l’événement ; l’évitement de toute action répressive indiscriminée et la mise en place d’une stratégie incrémentale et ciblée de recours à la force.

L'article complet est à lire ici :
Olivier Fillieule & Fabien Jobard, Un splendide isolement
(La vie des idées, 24 mai 2016)