Affichage des articles dont le libellé est Godard (JL). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Godard (JL). Afficher tous les articles

lundi 8 août 2016

Un désespoir immense et sans remède

"Je regardais cette face d'ivoire, et j'y discernais l'expression d'un sombre orgueil, d'une farouche puissance, d'une terreur abjecte, et aussi d'un désespoir, immense et sans remède."

dit Isabelle, dans
Sauve qui peut (la vie), de Jean-Luc Godard (1972)


-
Bonus Nathalie Baye dans une voiture rouge avec Isabelle Huppert


Bonus Jacques Dutronc, près de la gare de Genève

vendredi 29 juillet 2016

Puisse chacun être son propre historien


Il y a lui ou elle qui se regardent inquiets et qui disent :
"j'ai eu peur que tu ne reviennes pas"

Il y a elle ou lui qui se regardent inquiet et qui répondent :
"tu as eu raison d'avoir peur"
[...]
On les laisse, lui et elle, muets, en train de se regarder, et on dira simplement que lui et elle ont commencé à se penser his-to-ri-que-ment. Puisse chacun être son propre historien. Alors il vivra avec plus de soin et d'exigence.

Jean-Luc Godard, Tout va bien (1972)


-
Bonus Jane Fonda (sur un mur bleu)

mercredi 27 juillet 2016

This is why you need feminism


Georgette, elle racontait avec une drôle de voix, toute douce, la boîte, la chaîne... les contrôleurs qui te caressent mine de rien pendant le travail - on sait jamais, des fois que ça réussisse - et qui sont après toi, comme des chiens ensuite, si t'as pas fait semblant de marcher. Et même les types qui bossent et qui ne peuvent pas s'empêcher de siffler ou de raconter une histoire dégueulasse dès qu'une fille passe près d'eux. Elle disait ses quatre gosses et son petit, le travail à la maison après le travail à l'usine, le travail à la maison avant le travail à l'usine, la bouffe à faire, la crèche ou la maternelle à des kilomètres. Et au lit le soir, la peur d'avoir encore un môme. Et le connard de médecin, qui lui avait foutu une telle trouille à propos de la pilule qu'il lui a fallu deux ans pour se décider à la prendre. Et qu'entre temps, elle a eu un chiard de plus.

Jean-Luc Godard, Tout va bien (1972)

lundi 25 avril 2016

La purée

 
Elisabeth : Vous y pensez toujours?

Paul : Non, je pense à mon père... C'est la purée... Oui, comme ça, un jour avec mon père, on était en train de manger de la purée. Puis tout a coup, mon père s'est arrêté de manger, et il a dit "j'ai trouvé !" Alors, ma soeur, elle lui a dit : "Trouvé quoi?" Et mon père avait trouvé pourquoi la Terre tourne autour du soleil. Enfin... c'est Galilée qui l'avait trouvé le premier, mais mon père tout a coup, comme ça, il a redécouvert pourquoi la Terre tournait autour du soleil. Comme Galilée avait dû le trouver la première fois. Alors il s'est arrêté de bouffer de la purée, et il a dit "j'ai trouvé". C'est formidable ! Enfin moi c'est ce que je lui ai dit... et j'ai reçu la purée sur la gueule.


Masculin Féminin : 15 faits précis, JL Godard (1966)

dimanche 23 août 2015

La raison d’état, cette myopie

Je suis actuellement en vacances, aussi le rythme de publication est-il ralenti (quoique). J'en profite pour publier un texte long, entendu pour la première fois dans une des "Histoire(s) du Cinéma" de Godard.

Y est lu cet écrit de Victor Hugo, alors en exil (on en est 1876, Napoléon III est à la tête du second empire). Hugo y parle d'un pays qui lui est cher, la Serbie. Si le pays a pu obtenir son autonomie en 1830 et s'affranchir de la tutelle de l'Empire Ottoman (en place depuis 1459), son peuple continue d'être persécuté par les Turcs. 


C'est un peu long pour une note de blog, certes, mais je vous encourage vraiment vraiment à la lire (quitte à l'imprimer), tant les mots sont puissants. Qui plus est, ce texte est aujourd’hui considéré comme l’un des actes fondateurs de l’idée européenne.


Il devient nécessaire d’appeler l’attention des gouvernements européens sur un fait tellement petit, à ce qu’il paraît, que les gouvernements semblent ne point l’apercevoir. Ce fait, le voici : on assassine un peuple. Où ? En Europe. Ce fait a-t-il des témoins ? Un témoin, le monde entier. Les gouvernements le voient-ils ? Non.

Les nations ont au-dessus d’elles quelque chose qui est au-dessous d’elles les gouvernements. À de certains moments, ce contre-sens éclate : la civilisation est dans les peuples, la barbarie est dans les gouvernants. Cette barbarie est-elle voulue ? Non ; elle est simplement professionnelle. Ce que le genre humain sait, les gouvernements l’ignorent. Cela tient à ce que les gouvernements ne voient rien qu’à travers cette myopie, la raison d’état ; le genre humain regarde avec un autre œil, la conscience.

Nous allons étonner les gouvernements européens en leur apprenant une chose, c’est que les crimes sont des crimes, c’est qu’il n’est pas plus permis à un gouvernement qu’à un individu d’être un assassin, c’est que l’Europe est solidaire, c’est que tout ce qui se fait en Europe est fait par l’Europe, c’est que, s’il existe un gouvernement bête fauve, il doit être traité en bête fauve ; c’est qu’à l’heure qu’il est, tout près de nous, là, sous nos yeux, on massacre, on incendie, on pille, on extermine, on égorge les pères et les mères, on vend les petites filles et les petits garçons ; c’est que, les enfants trop petits pour être vendus, on les fend en deux d’un coup de sabre ; c’est qu’on brûle les familles dans les maisons ; c’est que telle ville, Balak, par exemple, est réduite en quelques heures de neuf mille habitants à treize cents ; c’est que les cimetières sont encombrés de plus de cadavres qu’on n’en peut enterrer, de sorte qu’aux vivants qui leur ont envoyé le carnage, les morts renvoient la peste, ce qui est bien fait ; nous apprenons aux gouvernements d’Europe ceci, c’est qu’on ouvre les femmes grosses pour leur tuer les enfants dans les entrailles, c’est qu’il y a dans les places publiques des tas de squelettes de femmes ayant la trace de l’éventrement, c’est que les chiens rongent dans les rues le crâne des jeunes filles violées, c’est que tout cela est horrible, c’est qu’il suffirait d’un geste des gouvernements d’Europe pour l’empêcher, et que les sauvages qui commettent ces forfaits sont effrayants, et que les civilisés qui les laissent commettre sont épouvantables.

Le moment est venu d’élever la voix. L’indignation universelle se soulève. Il y a des heures où la conscience humaine prend la parole et donne aux gouvernements l’ordre de l’écouter.

Les gouvernements balbutient une réponse. Ils ont déjà essayé ce bégaiement. Ils disent : on exagère.

Oui, l’on exagère. Ce n’est pas en quelques heures que la ville de Balak a été exterminée, c’est en quelques jours ; on dit deux cents villages brûlés, il n’y en a que quatrevingt-dix-neuf ; ce que vous appelez la peste n’est que le typhus ; toutes les femmes n’ont pas été violées, toutes les filles n’ont pas été vendues, quelques-unes ont échappé. On a châtré des prisonniers, mais on leur a aussi coupé la tête, ce qui amoindrit le fait ; l’enfant qu’on dit avoir été jeté d’une pique à l’autre n’a été, en réalité, mis qu’à la pointe d’une bayonnette ; où il y a une vous mettez deux, vous grossissez du double ; etc., etc., etc.

Et puis, pourquoi ce peuple s’est-il révolté ? Pourquoi un troupeau d’hommes ne se laisse-t-il pas posséder comme un troupeau de bêtes ? Pourquoi ?… etc.

Cette façon de pallier ajoute à l’horreur. Chicaner l’indignation publique, rien de plus misérable. Les atténuations aggravent. C’est la subtilité plaidant pour la barbarie. C’est Byzance excusant Stamboul.

Nommons les choses par leur nom. Tuer un homme au coin d’un bois qu’on appelle la forêt de Bondy ou la forêt Noire est un crime ; tuer un peuple au coin de cet autre bois qu’on appelle la diplomatie est un crime aussi.

Plus grand. Voilà tout.

Est-ce que le crime diminue en raison de son énormité ? Hélas ! c’est en effet une vieille loi de l’histoire. Tuez six hommes, vous êtes Troppmann ; tuez-en six cent mille, vous êtes César. Être monstrueux, c’est être acceptable. Preuves : la Saint-Barthélemy, bénie par Rome ; les dragonnades, glorifiées par Bossuet ; le Deux-Décembre, salué par l’Europe.

Mais il est temps qu’à la vieille loi succède la loi nouvelle ; si noire que soit la nuit, il faut bien que l’horizon finisse par blanchir.

[...]

Mais on nous dit : Vous oubliez qu’il y a des « questions ». Assassiner un homme est un crime, assassiner un peuple est « une question ». Chaque gouvernement a sa question ; la Russie a Constantinople, l’Angleterre a l’Inde, la France a la Prusse, la Prusse a la France.

Nous répondons : L’humanité aussi a sa question ; et cette question la voici, elle est plus grande que l’Inde, l’Angleterre et la Russie : c’est le petit enfant dans le ventre de sa mère.

Remplaçons les questions politiques par la question humaine.

Tout l’avenir est là.

Disons-le, quoiqu’on fasse, l’avenir sera. Tout le sert, même les crimes. Serviteurs effroyables.

Ce qui se passe en Serbie démontre la nécessité des États-Unis d’Europe. Qu’aux gouvernements désunis succèdent les peuples unis. Finissons-en avec les empires meurtriers. Muselons les fanatismes et les despotismes. Brisons les glaives valets des superstitions et les dogmes qui ont le sabre au poing. Plus de guerres, plus de massacres, plus de carnages ; libre pensée, libre échange ; fraternité. Est-ce donc si difficile, la paix ? La République d’Europe, la Fédération continentale, il n’y a pas d’autre réalité politique que celle-là. Les raisonnements le constatent, les événements aussi. Sur cette réalité, qui est une nécessité, tous les philosophes sont d’accord, et aujourd’hui les bourreaux joignent leur démonstration à la démonstration des philosophes. À sa façon, et précisément parce qu’elle est horrible, la sauvagerie témoigne pour la civilisation. Le progrès est signé Achmet-Pacha. Ce que les atrocités de Serbie mettent hors de doute, c’est qu’il faut à l’Europe une nationalité européenne, un gouvernement un, un immense arbitrage fraternel, la démocratie en paix avec elle-même, toutes les nations sœurs ayant pour cité et pour chef-lieu Paris, c’est-à-dire la liberté ayant pour capitale la lumière. En un mot, les États-Unis d’Europe. C’est là le but, c’est là le port. Ceci n’était hier que la vérité ; grâce aux bourreaux de la Serbie, c’est aujourd'hui l’évidence. Aux penseurs s’ajoutent les assassins. La preuve était faite par les génies, la voilà faite par les monstres.

L’avenir est un dieu traîné par des tigres.

Victor Hugo, Paris, 29 août 1876.

vendredi 12 juillet 2013

Le cœur trop plein de votre image

Les références littéraires sont fréquentes chez Godard. Et les "livres dans le film", très nombreux. Dans "une femme mariée", Charlotte donne la réplique à son amant comédien, sur des textes de Bérénice, de Racine.
Plusieurs passages sont imbriqués, je reproduis l'un d'eux (déjà fort connu) :




Titius - Bérénice
- N'accablez point, Madame, un prince malheureux.
Il ne faut point ici nous attendrir tous deux.
Un trouble assez cruel m'agite et me dévore,
Sans que des pleurs si chers me déchirent encore.
[...]

- Moi-même, j'ai voulu vous entendre en ce lieu.
Je n'écoute plus rien, et pour jamais, adieu.
Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice.

Jean-Luc Godard, Une femme Mariée (1964)
Jean Racine, Bérénice (1670)

mercredi 17 avril 2013

Breathless / la saga Belle & Sebastian (Part.4)

La saga Belle and Sebastian touche à sa fin, j'en ai peur. Le fil rouge aura été d'illustrer les liens existant entre l'univers du groupe et celui de Jean-Luc Godard. D'abord par l'importance des livres dans leurs visuels (Part.1 et 2), puis par l'appropriation pour le titre d'un morceau d'un slogan façon Godard (Part. 3)

Peut-être est-il temps de préciser ici que cette série d'articles n'a d'autres prétentions que celles d'énumérer des rapprochements amusants. 

Dernier d'entre eux, la pochette de Dear Catastrophe Waitress, et cette jeune femme aux cheveux  courts et au T-Shirt blanc "Stressée moi jamais"
(d'ailleurs en vente sur www.belleandsebastianshop.com

Pour la version promo de l'album, une déclinaison de la photographie originale a été utilisée :
 Shantha Roberts (ancienne animatrice MTV) y est moins renfrognée... mais son look continue indubitablement de rappeler la Jean Seberg de "A bout de Souffle".


Belle and Sebastian, Dear Catastrophe Waitress (Rough Trade, 2003)
Jean-Luc Godard, A bout de souffle (1960)

mardi 9 avril 2013

a Jean-Luc Godard meets 68 slogan / la saga Belle & Sebastian (Part.3)

Du lien entre le groupe écossais Belle and Sebastian et Jean-Luc Godard
(la suite)

Yummy Fur était un groupe indie rock de Glasgow (1992-1999). Dans une interview donnée en 2002, son leader - John McKeown évoque l'expression "Le Pastie de La Bourgeoisie", que vous savez peut-être être le titre d'une excellente chanson de B&S :

Before they did Belle and Sebastian, they were called Le Pastie De la Bourgeoisie. Me and my sister and Jamie, we lived across from Greggs, and we spray-painted that. We wanted to do a Jean-Luc Godard meets '68 slogan, but totally empty, really empty, empty statement. But Stuart must've seen it written on the side of Greggs' wall, and took it or whatever, which I thought was quite nice.


Belle and Sebastian, le pastie de la bourgeoisie
3..6..9 Seconds of Light (Jeepster, 1997)

PS: Si vous lisez comme moi, il semble ici que Belle and Sebastian se soit originellement appelé "Le pastie de la bourgeoisie"... information que je n'arrive cependant pas à recouper.

PS2: Greegs est une chaîne de boulangeries au Royaume-Uni

PS3: J'apprends à l'occasion de cet article qu'Alex Kapranos (Franz Ferdinand) vient des Yummy Fur !

PS4: Tout le monde avait reconnu Stuart Murdoch (enfant) sur la pochette de l'EP?

jeudi 4 avril 2013

Fans only / la saga Belle & Sebastian (Part.2)

Allez, j'enchaîne directement avec le deuxième volet de la saga Belle and Sebastian (le premier étant juste en-dessous). Je ne vous refais pas l'intro, donc.

Après "If you're feeling sinister", d'autres visuels du groupe feront apparaître des livres :
L'EP Lazy Line Painter Jane tout d'abord, avec un essai signé John Polkinghorne (tête en bas sur la photo servant d'illustration)
Si vous n'avez pas le disque à la maison, il faut me croire
(vous pouvez également essayer de zoomer, mais bon)

Suivra ensuite l'album "Fold your hands child, you walk like a peasant", avec en couverture les deux soeurs du groupe islandais Múm (Gyða et Kristín Anna Valtýsdóttir). Incarnant un personnage féminin et son reflet, elles tiennent chacune un ouvrage différent, cette fois fictif:
"Beyond the Sunrise" pour l'une, et "I Fought in a War" pour l'autre.



Même chose avec le DVD "Fans Only",
et cette pose très Godard, adoptée - pour l'anecdote - par la femme de Stuart Murdoch (le chanteur du groupe).
à suivre...

Belle and Sebastian, Lazy Lane Painter Jane EP (Jeepster, 1997)
Belle and Sebastian, Fans Only (Jeepster, 2003)
John PolkinghorneReason and Reality (1991)
Jean-Luc Godard, Le Mépris (1963)
Jean-Luc GodardAlphaville (1965)

samedi 3 novembre 2012

A quoi tu penses ?



Comme au cinéma
Le ciel est bleu
Abolir le passé
Mettre du rouge à lèvres
A quoi tu penses
J'hésite
Le lendemain matin
Il ne savait pas
Dans les nuages
Se déshabiller
A ta place, je n'irais pas
Le lendemain soir
Mardi après-midi
Très rapidement
Pendant plusieurs jours
En janvier soixante-quatre
Et puis ça m'amuse
C'est nerveux
Délivré de cet espoir
Il n'y avait rien de changé
Une dernière fois
Le nouvel appartement
Le téléphone sonne
il fait très beau
Ni à lui, ni à personne
Pourquoi faire
On ira où tu voudras
Il ne pleuvait plus
On n'entendait rien
Il faut choisir
d'abord je n'ai rien dit
Qu'est-ce que tu as
La tendresse
Evidemment
Tout le mal possible
Un visage noyé de larmes
Caresser mes cheveux
Je restais silencieuse
Regarder autour de soi

Une femme mariée, Jean-Luc Godard (1964)

Dans le film, ce passage est illustré par une séquence tournée en négatif. Ci-dessous, le positif de l'illustration retenue plus haut.

jeudi 25 octobre 2012

samedi 6 octobre 2012

Le temps vertigineux

La route du "Week-End" (le film de Jean-Luc Godard) est jalonnée d'étranges rencontres, loufoques et surprenantes. Après Saint-Just, Corrine et Roland croisent Emily Brontë, absorbée dans la contemplation d'une pierre.


" Pauvre caillou... L'architecture, la sculpture, la mosaïque, la joaillerie n'en ont rien fait. Il est du début de la planète, parfois venu d'une autre étoile. Il porte alors sur lui la torsion de l'espace comme stigmate de sa terrible chute. Il est d'avant l'homme. Et l'homme quand il est venu ne l'a pas marqué de l'emprunte de son art ou de son industrie. Il ne l'a pas manufacturé le destinant à un usage vulgaire, luxueux ou historique. Le caillou ne perpétue donc que sa propre mémoire.

Ces mots ne doivent pas tromper. Il va de soi que les minéraux n'ont ni indépendance, ni sensibilité. Et c'est justement pourquoi il faut beaucoup pour les émouvoir : température de chalumeau, par exemple, ou d'arc électrique, tremblement de terre, des spasmes de volcan, sans oublier le temps vertigineux... "

Si la contemplation des grands espaces, de la nature souveraine, ou encore de la voûte céleste appellent communément réflexions métaphysiques, je ne m'étais jusqu'alors jamais arrêté sur un vulgaire caillou... 

*
*     *

En plus d'amener à réfléchir sur le Temps et l'origine du monde, le "caillou" a souvent constitué en philosophie un exemple pratique pour illustrer telle ou telle thèse sur le libre arbitre.


Spinoza, Lettre 58 à Schuller :
« Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu'elle est nécessaire, mais parce qu'elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre, il faut l’entendre de toute chose singulière (…) parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée.

Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre tandis qu'elle continue à se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu'elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre, assurément, puisqu'elle a conscience de son effort seulement et qu'elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu'elle est très libre et qu'elle ne persévère sans son mouvement que parce qu'elle le veut. Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent "

Pour Spinoza, en effet, la liberté n'est pas un « libre décret » de la volonté, mais la connaissance des causes qui nous déterminent nécessairement. Plus tard, Schopenhaueur reprendra cet exemple dans "Le Monde comme Volonté et Représentation" :

Spinoza dit (épître [58]) qu'une pierre propulsée en l'air par un choc penserait qu'elle vole par un acte de sa propre volonté, si elle était douée de conscience. Je ne fais qu'ajouter à cela que la pierre aurait raison. Le choc est pour elle ce qu'est pour moi le motif, et ce qui apparaît en elle comme cohésion, pesanteur et persistance dans la situation admise ici, est, d'après son essence intime, identique à ce que je reconnais en moi comme volonté, et que la pierre reconnaîtrait aussi comme volonté, encore qu'il faudrait pour cela lui ajouter la connaissance. Spinoza, dans ce passage, avait en vue la nécessité avec laquelle la pierre tombe, et il veut à bon droit la transporter à la nécessité qu'il y a à un acte de la volonté d'une personne singulière. Tandis que moi, à l'inverse, je considère l’essence intime qui seule confère à toute nécessité réelle (c'est-à-dire à tout effet procédant d'une cause), en tant que son présupposé; signification et validité. On nomme cette essence intime caractère chez l’homme et propriété dans la pierre, mais dans les deux cas, elle n'est  qu'une seule et même chose, puisque là où on la connaît immédiatement, on lui donne pour nom VOLONTE, celle-ci ayant dans la pierre un très faible et chez l'homme un très puissant degré de visibilité et d'objectité. Cet élément présent dans l'aspiration de toute chose et qui est identique à notre vouloir, même St Augustin l'a reconnu avec un sentiment juste et je ne puis m'empêcher de citer ici l'expression naïve qu'il a donné à cette affaire : [...] "Si nous étions pierres, flots, vents, flammes ou tout autre chose de cette espèce, sans aucune forme de conscience et de vie, nous ne manquerions pas pour autant d'une sorte d'aspiration. Car dans les mouvements imprimés par la pesanteur s'exprime en quelque sorte l'amour des corps dépourvus de vie, qu'ils tendent vers le bas en vertu de la gravité, ou vers le haut en vertu de leur légèreté".

Jean-Luc Godard, Week-End (1967)
Arthur Schopenhaueur, Le Monde comme volonté et représentation [Livre II, §24] (1819)
SpinozaLettre à Schuller (1674)
Augustin, La Cité de Dieu [livre XI] (413-426)

vendredi 28 septembre 2012

Je ne vois nulle part la douce humanité

Est-il possible qu'on conçoive l'inconséquence humaine ; croirait-on que l'homme se soit mis en société pour être heureux et raisonnable? Non, l'on croirait plutôt que, las du repos et de la sagesse de la nature, il voulait être misérable et insensé. Je ne vois que des constitutions pétries d'or, d'orgueil et de sang, et je ne vois nulle part la douce humanité, l'équitable modération qui devaient être la base du traité social.


Jean-Pierre Léaud, en Saint-Just, dans
Week-End, Jean-Luc Godard (1967)

Saint-Justl'Esprit de la Révolution et de la Constitution de France
(1791)

dimanche 2 octobre 2011

La révolution n'est pas un dîner de gala

Je donnerais cher pour avoir accès à l'iconographie détaillée de "La Chinoise" de Godard. Echantillons des diverses illustrations ponctuant le film:


"La révolution n'est pas un dîner de gala ; elle ne se fait pas comme une œuvre littéraire, un dessin ou une broderie ; elle ne peut s'accomplir avec autant d'élégance, de tranquillité et de délicatesse, ou avec autant de douceur, d'amabilité, de courtoisie, de retenue et de générosité d'âme. La révolution, c'est un soulèvement, un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre"
Le Petit Livre rouge, Mao Tsé-toung (1966)






"On ne fait pas une révolution pour les autres, tu peux participer, tu ne peux pas inventer une révolution."

La chinoise, Jean-Luc Godard (1967)