Affichage des articles dont le libellé est Antonioni. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Antonioni. Afficher tous les articles

jeudi 24 mars 2016

Un mur autour de toi

Avec "IDEM" au Théâtre de la Tempête, l'autre choc théâtral de 2015 aura été pour moi "Démons" au Théâtre de Belleville, librement adapté de Lars Norén par Lorraine de Sagazan. Outre la force de la pièce et son lot de surprise, c'est le jeu des comédiens Lucrèce Carmignac et Antonin Meyer Esquerré qui m'aura scotché.

"Démons", c'est le tableau d'un couple qui vit ensemble depuis des années, depuis trop d'années. Au envolées amoureuses se sont substituées les discussions pratico-pratiques et les remarques - dirait-on aujourd'hui - passives-agressives.

De l'incommunicabilité au sein du couple (ce thème magnifiquement dépeint par Antonioni dans ses films).


Katarina - Les femmes veulent des hommes qui [...] cherchent un réconfort auprès d'elles... qui disent: "J'ai besoin de toi... serre-moi... console-moi." [...] C'est quelque chose que tu ne peux pas comprendre et que je ne peux pas t'expliquer. [...] Mais tu... tu ne peux pas faire ça... tu n'es pas comme ça... pas toi... tu construis toujours un mur autour de toi et tu t'arranges avec tes problèmes... [...] Tu ne diras jamais : "Katarina, serre-moi, aide-moi, j'ai envie de pleurer, j'ai besoin de toi... je me sens tellement seul et abandonné..." même si tu l'es. Tu le dirais?
Silence.
Tu vois.... t'arrives pas à le dire... Même maintenant que ta mère est morte, tu ne peux pas venir vers moi... J'ai besoin d'un homme qui n'ait pas ce contrôle aussi terrifiant sur lui-même...
Je veux quelqu'un qui peut craquer....
Je veux... un homme normal.

Lars Norén, Démons (1994)

vendredi 22 janvier 2016

Deep End [Movie Poster of the Week]

Cycle Skolimowski en ce moment dans un cinéma parisien (grand nom du nouveau cinéma polonais des années 1960), l'occasion de voir Deep End (1970), dont l'affiche reflète tout à fait l'esprit et l'esthétisme.


L'histoire se déroule dans un swinging london désanchanté, on y suit Mike, adolescent de 15 ans, décrochant son premier job dans un établissement de bains publics. Je ne doute pas que Skolimowski ait visionné les oeuvres d'Antonioni, Blow Up (pour Londres), ou Le désert rouge (pour l'utilisation des couleurs)...
Deep End vs. Le Désert Rouge (1964)

Je me dis également qu'en amoureux des 60s, Stuart Murdoch (Belle and Sebastian) a forcément vu Deep End, et lui a fait un clin d'oeil dans son film "God Help the Girl", en faisant travailler l'un des protagonistes dans une piscine.
Deep End / God Help the Girl (2014)

Deep End, Jerzy Skolimowski (1970)

samedi 1 août 2015

Cette expression absolument libre

Je crois qu'il importe aujourd'hui que le cinéma se tourne vers cette forme intérieure, vers ces expressions absolument libres comme est libre la littérature, comme est libre la peinture qui parvient à l'abstraction.

(Michael Antonioni)

*
*      *

Il y a pas mal d'expositions printanières que j'ai omis de mentionner ici (dont l'expo Antonioni @ Cinémathèque). Je rattrape ces jours-ci mon retard, et ne résiste pas à publier ici quelques affiches des films incontournables du réalisateur italien. 






jeudi 30 avril 2015

Ton image pour toujours


Lydia sort de son sac une lettre, la déplie, puis la lit à voix haute :
« Ce matin-là, à mon réveil, tu dormais encore. Emergeant peu à peu du sommeil, j'ai senti ton souffle et à travers tes cheveux qui te cachaient le visage, j'ai vu tes yeux clos et j'ai eu la gorge serrée. J’avais envie de crier, de te réveiller, mais ton sommeil semblait trop profond, mortel. Dans la pénombre tes bras et ta gorge brillaient. Ta peau était tiède et douce. Je voulais y poser les lèvres, mais l'idée de troubler ton repos et de t’avoir dans mes bras, éveillée, m’en empêchait. Je préférais t’avoir ainsi, comme un objet qu’on ne pouvait me prendre, que moi seul possédais. Ton image pour toujours. Par-delà ton visage, je voyais quelque chose de plus pur, de plus profond, où je me reflétais. Je voyais en toi une dimension qui incluait la vie entière, les années à venir, et celles avant de te rencontrer, pourtant déjà tendues vers toi. C'était le petit miracle d'un réveil : sentir pour la première fois que tu étais avec moi, pas seulement en ce moment précis, et que la nuit se prolongeait à tes côtés, dans la chaleur de ton sang, de tes pensées, de ta volonté qui se confondait avec la mienne. A cet instant, je compris combien je t'aimais, Lydia. Ce fut une sensation si intense que j'en avais les larmes aux yeux. Je pensais que cela ne devait jamais se terminer, que toute notre vie serait pareille à ce réveil. Te sentir non pas à moi, mais faisant partie de moi. Chose respirant avec moi que rien ne pourrait détruire, sinon la trouble indifférence de l’habitude, seule menace possible selon moi. Et puis, tu t’es réveillée, souriant encore dans le sommeil. Tu m’as embrassé. J’ai senti que je n’avais rien à craindre, que nous serions toujours ainsi, unis par quelque chose de plus fort que le temps et l’habitude. »

Michelangelo Antonioni, La nuit (1961)

*
*      *

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas sûr sûr que la traduction française restitue bien le contenu de cette lettre. La voici en version originale (à destination de mes lecteurs et lectrices italophones, dont les avis et remarques sont naturellement bienvenues) 

"Stamane tu dormivi ancora quando mi sono svegliato. A poco a poco uscendo dal sonno, ho sentito il tuo respiro leggero e attraverso i capelli che ti nascondevano il viso ho visto i tuoi occhi chiusi. Ho sentito la commozione che mi saliva dalla gola e avevo voglia di gridare e svegliarti perché la tua stanchezza era troppo profonda e mortale. Nella penombra la pelle della tue braccia e della tua gola era viva e io la sentivo tiepida e asciutta: volevo passarvi sopra le labbra ma il pensiero di poter turbare il tuo sonno e di averti ancora sveglia fra le mia braccia mi tratteneva. Preferivo averti così come una cosa che nessuno poteva togliermi perché ero il solo a possederla, una tua immagine per sempre. Oltre il tuo volto vedevo qualcosa di più puro, di più profondo in cui mi specchiavo: vedevo te in una dimensione che comprendeva tutto il mio tempo da vivere, tutti gli anni futuri e tutti quelli che ho vissuto prima di conoscerti, ma già preparato a incontrarti. Questo era il piccolo miracolo di un risveglio: sentire per la prima volta che mi appartenevi non solo in quel momento e che la notte si prolungava per sempre accanto a te, nel caldo del tuo sangue, dei tuoi pensieri, della tua volontà che si confondeva con la mai. Per un attimo ho capito quanto ti amavo, Lidia; è stata una sensazione così intensa che ne ho avuto gli occhi pieni di lacrime: era perché pensavo che questo non dovrebbe mai finire, che tutta la nostra vita doveva essere come il risveglio di stamane. Sentirti non mia, ma addirittura parte di me, una cosa che respira e che niente potrà distruggere se non la torbida indifferenza di un'abitudine, che vedo come l'unica minaccia. E poi ti sei svegliata e sorridendo ancora nel sonno mi hai baciato e ho sentito che non dovevo temere niente, che noi saremo sempre come in quel momento: uniti da qualcosa che è più forte del tempo e dell'abitudine."

jeudi 23 avril 2015

Anéanti(e)


Michelangelo Antonioni, La nuit (1961)

*
*     *

Si vous habitez Paris et que vous avez des lacunes en Antonioni, c'est le moment de les combler : Expo + Cycle Antonioni à la cinémathèque (et comme toujours, quelques cinémas du quartier latin en profitent pour adapter leur programmation)

mercredi 19 novembre 2014

Tout ce qu'on s'est dit cette nuit

"L'Eclipse" s'ouvre par un silence pesant, qu'une jeune femme et son fiancé peinent à rompre.


- Alors, Ricardo?
- Qu'y a-t-il?
- Il y a tout ce qu'on s'est dit cette nuit...


Si dialogue il y a eu, il s'est tenu en dehors du film. Devant nos yeux, et que ce soit avec Ricardo ou Piero (Alain Delon), beaucoup de questions ne recevront pour réponse que le silence, ou un "je ne sais pas" bien peu satisfaisant.

Pourquoi on pose tant de questions? A-t-on besoin de se connaître pour s'aimer? Et a-t-on besoin de s'aimer ?

De l'Eclipse, les cinéphiles retiennent surtout le formalisme du final (/!\ Spoiler /!\). Le contraste avec les paroles qui le précèdent est saisissant. Vittoria et Piero se quittent sur des mots et des gestes pleins de promesses :


- On se voit demain ?
- [Vittoria acquiesce]
- On se voit demain, et après-demain.
- Et le jour suivant, et l'autre encore.
- Et celui d'après.
- Et ce soir.
- A huit heures. Même endroit.

Suit une séquence mémorable dépassant les 7 minutes, montrant la ville sous différents angles. A mesure que le jour décline, la bande-son se fait plus inquiétante. Le lieu de rendez-vous reste quant à lui vide, désespérément vide. 


L'éclipseMichael Antonioni (1962)

jeudi 11 septembre 2014

Fragments

Ce qu’on appelle ordinairement la ligne dramatique ne m’intéresse pas [...] Les histoires sont au besoin sans début ni fin, sans scène clef, sans courbe dramatique, sans catharsis, elles peuvent être faites de lambeaux, de fragments.

(Michael Antonioni)

*
*        *
Le Désert Rouge, fragments

dimanche 20 novembre 2011

Nothing like a little disaster

"Nothing like a little disaster for sorting things out"

Blow Up, Michelangelo Antonioni (1965)