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mercredi 20 avril 2022

Gallen-Kallela

Les expositions à Paris font décidemment la part belle à la peinture scandive. Après les Suédois Zorn, Larsson, les Danois (dont Hammershøi), place aux Finlandais Edelfelt, et Akseli Gallen-Kallela.

Ce dernier est actuellement exposé au musée Jacquemart-André. Pour être honnête, j'ai plus apprécié les paysages dépeints (pour les souvenirs auxquels ils me renvoient) que les peintures en elles-mêmes.. d'autant que je n'adhère pas vraiment au sens du cadre et de la composition du peintre (c'est parfois trop centré, parfois désaxé ou déséquilibré, avec très souvent des végétaux en premier plan pour "remplir").

Sélection resserrée. 

Nuages sur le lac (1906)

Nuages formant des tours (1904)

Jeune fille dans le vent (1893)

jeudi 8 octobre 2020

Epiphanie

C’est parfois de la nature que survient une consolation inattendue. Une lumière singulière qui sature soudain les couleurs extérieures, nappant les frondaisons figées sous le soleil. Comme un appel pressant au vagabondage. Certains jours, où malgré ma turbulente impatience, mon esprit s’accorde instinctivement à la campagne telle qu’elle s’offre à mon regard. Je sors et m’engage sur un chemin dont je sais connaître le moindre caillou, et je redécouvre alors le décor magnifiée par des jeux d’ombres inédit : un chêne moribond transcendé par le contre-jour, la rivière, habituellement grise est insignifiante, emperlée de reflets adamantins. Le paysage dont j’étais certain d’avoir épuisé toutes les ressources et enregistré toutes les variations chromatiques contredit avec aplomb mon caractère désabusé. L’œil s’ouvre, palpite, cherche, trouve, l’esprit se libère, s’aplanit, les brumes résiduelles de l’angoisse se dispersent. L’horizon, sous l’effet de l’accident épiphanie se dégage. La forêt, ces jours-là, n’est que vibrantes et contagieuses promesses. L’avenir, lorsque l’on s’échappe de l’enchantement du moment présent pour y songer, s’y décline en d’innombrables possibles. Il suffirait d’un presque rien et je me sentirais perméable au bonheur, disposé à la sérénité, invité au voyage.

Frank Beauvais, Ne croyez surtout pas que je hurle (2020)

mercredi 2 septembre 2020

Une beauté gratuite et non corrompue

Pendant nos balades, nous nous racontons l'érosion de nos certitudes, nous désolons de la dégringolade du cours des valeurs qu'on nous a transmises, celles sur lesquelles nous nous sommes construits. A bout de course et pas à coup de bourse. Bancals mais pas bancables. On ausculte le monde et finalement on retrouve quelque fierté à en être des anomalies, aussi atomisées et dérisoires soient-elles. Et au détour d'un chemin, c'est une biche et son faon, figés quelques secondes, avant de disparaître dans un bosquet aussi vite qu'ils ont surgi, ou un essaim de papillons butinant d'impérieux chardons dans la lumière du couchant qui nous rappellent furtivement la possibilité d'une beauté gratuite et non corrompue. Sauvés de justesse par un cliché de carte postale, par une impromptue joliesse, une joliesse consensuelle, unanime, dépourvue de cynisme. 

Frank Beauvais, Ne croyez surtout pas que je hurle (2020)


lundi 29 juin 2020

Nous sommes une multitude d'autres


Mon amour, ma moitié,
je t'appelle depuis longtemps,
tu m'appelais lorsque j'étais désespéré,
lorsque je faisais la fête.
Je ne pensais jamais te rencontrer,
je pensais que tu n'existais pas.

Nous nous sommes reconnus un soir,
au coin de la vie.
A force d'y penser, à force d'espérer,
nous sommes tombés l'un sur l'autre.
J'ai frappé, tu as ouvert la porte.

Mon amour, mon sourire éternel,
le point commun qui nous unit,
c'est que nous avons plusieurs visages,
plusieurs coeurs, plusieurs âmes.
Nous [ne] sacrifions plus nos pensée à quelconque tyrannie,
il n'y a plus de règle, nous inventons de nouvelles formules.
Nous marchons contre le vent,
nous marchons sur la montagne,
nous remontons sur la scène de notre propre vie.

Je sais qu'avec toi, je peux tout dire,
je peux enfin me confier dans le calme.
Toi et moi, une autre idée du végétal.
Nous vibrons ensemble, nous mourrons
et nous nous reformons à n'importe quelle heure du jour de la nuit.
Nous savions ce que nous voulions devenir depuis l'enfance,
ton intelligence te laissait entrevoir qui tu allais être,
ton intelligence te laisse voir que je t'aime.

Notre époque voit enfin la rupture,
nous sommes sur les ruines de la folie !
La folie....

Tout a repoussé, la nature a repris le dessus,
elle est libre et sauvage.
Ici, plus d'activité humaine.
Nous sommes ce qui se produit,
nous sommes présents,
nous ouvrons les yeux,
les choses apparaissent pour nous à chaque instant.
Nous nous complétons,
nous nous ressemblons,
nous comprenons qui est l'autre,
nous sommes une multitude d'autres.
Ici, chaque élément nous révèle.

Tu es la forêt,
tu m'appelles depuis 55'000 ans,
tu m'appelles à chaque instant,
tu fais battre mon coeur avec de nouveaux rythmes.
J'ai parcouru le monde à ta recherche.
J'ai longtemps marché sans autre but que celui d'être dans tes longues branches.
Quand je rentre épuisé à la nouvelle lune avec un seul fil pour me guider, tu me dis :
"Tu es ici chez toi, enfant des bois,
" tu n'as rien à craindre, apaise toi,
" Ici, tout se sait, ici, tout change à chaque minute"

Julien Gasc, L'appel de la forêt
L'appel de la forêt (2020)


mardi 26 mai 2020

Cet acte de foi et du hasard

Un passage que j'avais relevé avant le confinement dans le livre de Jean Hegland... et qui me fait aujourd'hui l'effet d'un journal de confinement de Leila Slimani ou Marie Darrieussecq, ou d'un livre de Sylvain Tesson. Je vous le livre malgré tout.

Quel acte de foi et du hasard c'est que d'arracher et de goûter une petite feuille verte. Avec Eva debout à côté de moi et les mises en garde de notre mère bourdonnant dans mon cerveau, j'avais l'impression de recréer l'histoire de l'humanité quand je me suis penchée, que j'ai arraché une feuille, ai épousseté une fine couche de terre de sa surface, et que je l'ai goûtée, en hésitant tellement qu’à mon avis je m'attendais à ce qu'elle me brûle les lèvres. Mais elle avait une saveur fraîche, délicate, franche. Aigre et verte, comme la chlorophylle, les pickles, l'air du soir. Légèrement âpre, presque comme de la laitue qui est montée en graine - mais en plus doux, en plus vivant.

Jean Hegland, Dans la forêt (1996)

dimanche 17 mai 2020

Le monde était si beau

Une planète qui suffoque, des inégalités qui se creuse, maintenant une pandémie... Plus le temps passe depuis la sortie de ce morceau de Dominique A en 2012, plus son refrain sonne juste.

On voit des autoroutes, des hangars, des marchés
De grandes enseignes rouges et des parkings bondés
On voit des paysages qui ne ressemblent à rien
Qui se ressemblent tous et qui n'ont pas de fin

Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Le monde était si beau et nous l'avons gâché
Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Si le monde était beau, nous l'avons gâché

On voit de pleins rayons de bêtes congelées
Leurs peurs prêtes à mâcher par nos dents vermillon
On voit l'écriture blanche des années empilées
Tous les jours c'est dimanche, tous les jours c'est plié

Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Le monde était si beau et nous l'avons gâché
Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Si le monde était beau, nous l'avons gâché

On goûte au pieux mensonges des cieux embrigadés
Tant de vies sacrifiées pour du cristal qui ronge
On voit des fumées hautes, des nuages possédés
Des pluies orange et mauves donnant d'affreux baisers

Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Le monde était si beau et nous l'avons gâché
Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Si le monde était beau, nous l'avons gâché

Dominique A - Rendez-nous la lumière
Vers les lueurs (2012)

jeudi 23 janvier 2020

Mes plus beaux souvenirs de l'espèce humaine

Paroles de Bruit Noir (feat. Pascal Bouaziz de Mendelson),
groupe au nom programmatique.

Tu connais l'histoire de l'animal le plus intelligent? Enfin... c'est pas vraiment une histoire, c'est dans... Plutarque. Bon, Plutarque, évidemment, c'est un peu osé comme référence mais vu les gens qui écoutent ce titre, je me dis qu'on peut peut-être un peu repousser les limites.

L'autre jour, je regarde "La Planète des Singes" - Bon, ça, ça va comme référence? - et je me dis :
Qu'arrive enfin la planète des rats ! Qu'arrive enfin la planète des cafards ! Qu'arrive la planète des fourmis ! (Tu crois que eux, ils achèteront le disque ?)

Le passage le plus émouvant du cinéma mondial des vingt dernières années c'est dans "Fantastic Mister Fox", quand le renard depuis l'autre coté de la vallée salue le loup de son poing levé, signe de ralliement des animaux sauvages, signe de ralliement des animaux sauvages, le vieux "No Pasaran" réactualisé.



Les êtres humains ne passeront pas
Les êtres humains ne passeront pas
Les êtres humains ne passeront jamais

Ce passage, c'est aussi beau et aussi triste que la guerre d'Espagne dans le bouquin si triste d'Hemingway. Il ne souhaite plus qu'une seule chose à souhaiter au renard, au blaireau et au loup, c'est que nous les franquistes nous disparaissions avant vous.

Il paraît qu'on peut comparer la prolifération de l'espèce humaine sur la Terre à celle d'un cancer généralisé. Ça m'étonne pas vraiment que ça marche pareil, les êtres humains sur la Terre et les cancers. Ça me rassure un peu de pas être le seul à avoir ce même genre d'idée. Moi, les plus beaux souvenirs de l'espèce humaine, c'est quand je partais tout seul en randonnée hors saison en
montagne et que j'en voyais pas un seul spécimen de toute la journée.

Et tout ce temps-là, je guettais les animaux sauvages
J'espérais les animaux sauvages
J'attendais les animaux sauvages
C'est tellement beau les animaux sauvages

Comme le surfeur d'argent qui leur parle dans leur langue-même. Moi j'espérais parler aux animaux sauvages. C'est tellement beau les animaux sauvages. Galactus, le mangeur de mondes, tu te souviens dans la même BD, c'est juste une image de la mort qui nous vient, une métaphore de ce qui nous attend juste là demain. Galactus, c'est la logique en marche d'une civilisation de crétins, le train que personne n'arrête et qui fonce à pleine vitesse dans le ravin et moi, comme le pauvre surfeur d'argent, je vois tout d'avance et j'y peux rien. Comme dans "La Planète des Singes", je peux plus voir le film, je connais déjà la fin

Et je guette les animaux sauvages
C'est tellement beau les animaux sauvages
C'est tellement beau l'immense étrangeté du regard des animaux sauvages
Qui te regardent comme un objet, comme un animal étrange toi-même
Et probablement très mal habillé

L'homme est un animal nuisible que les autres espèces auraient mieux fait d'éradiquer, comme on clouait les chouettes sur les portes, les chouettes auraient mieux fait de nous clouer.

Y a tellement plus de beauté chez les animaux sauvages
Y a tellement plus de fierté et de liberté dans le regard d'un rat même faisant les poubelles dans l'obscurité que dans le tien scotché devant tes séries américaines

C'est tellement beau qu'il reste encore des animaux sauvages
C'est tellement surprenant que ce soit encore autorisé
C'est tellement surprenant que ce soit encore autorisé la beauté
C'est tellement surprenant que ce soit encore autorisé la beauté

Tu sais où y a plein d'animaux sauvages? Où ils sont bien tranquilles? A Tchernobyl. C'est bizarre qu'ils organisent pas des randos là-bas, genre safari à Tchernobyl. Moi j'irais bien voir les animaux sauvages à Tchernobyl, et puis j'irais bien m'installer là-bas moi aussi, tiens pendant que j'y suis, genre comme dans "Stalker", le film de Tarkovski. Bon, Tarkovski comme référence, j'entends, c'est un peu osé mais bon, vu les gens qui écoutent ce titre, je me dis qu'on peut peut-être encore un peu repousser les limites.

Tu connais l'histoire de l'animal le plus intelligent?
Tu la connais?

Bruit Noir - les animaux sauvages
II / III (Ici d'ailleurs, 2019)

Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas (1940)
Plutarque, l'intelligence des animaux
Andrei Tarkovski, Stalker (1979)
Franklin J. Schaffner, La Planète des singes (1968)

- - -
Beaucoup de références dans ce morceau, dont deux films dont les images ont marqué semble-t-il plus d'un esprit. Dans "Stalker", les personnages se rendent dans "la Zone", lieu déserté d'un désastre passé. "La zone", c'est aussi le terme qu'emploient les témoins de Tchernobyl dans le livre dont je publie ici des extraits en ce moment La Supplication. Je pense notamment au témoignage d'un groupe de liquidateurs-chasseurs, encore hantés par leur mission d'abattre en masse animaux sauvages comme domestiques dans le périmètre de contamination (cf. chapitre "trois monologques sur "la poussière qui marche" et "la terre qui parle")

jeudi 16 janvier 2020

La fin d'un monde

"C'est ainsi que je suis fait. A jamais dissemblable de ceux de ton espèce. Là où tu vois s'élever les cités accueillantes, je vois, moi, à travers le bitume que l'on couche à l'infini pour étendre encore et encore les villes arrogantes, la fin d'un monde fait de racines, de lichens, de vers et de bactéries ancestrales"

Epiphania T.2 , Ludovic Debeurme (2018)

jeudi 5 octobre 2017

Un fracas épouvantable

Nouvel extrait de "la joie de vivre". Cette fois, ce sont des flots d'une autre nature qui menacent Bonneville. Car aujourd'hui, c'est tempête et grande marée !
Possible que les constructions destinées à protéger la côte ne tiennent pas...

Lazare descendit la côte, et Pauline le suivit, malgré le temps affreux. Quand ils débouchèrent au bas de la falaise, ils restèrent saisis du spectacle qui les attendait. La marée, une des grandes marées de septembre, montait avec un fracas épouvantable ; elle n'était pourtant pas annoncée comme devant être dangere se ; mais la bourrasque qui soufflait du nord depuis la veille, la gonflait si démesurément, que des montagnes d'eau s'élevaient de l’horizon, et roulaient, et s’écroulaient sur les roches. Au loin, la mer était noire, sous l’ombre des nuages, galopant dans le ciel livide.

– Remonte, dit le jeune homme à sa cousine. Moi, je vais donner un coup d’œil, et je reviens tout de suite.

Elle ne répondit pas, elle continua de le suivre jusqu'à la plage. Là, les épis et une grande estacade, qu’on avait construite dernièrement, soutenaient un effroyable assaut. Les vagues, de plus en plus grosses, tapaient comme des béliers, l''une après l'autre ; et l'armée en était innombrable, toujours des masses nouvelles se ruaient. De grands dos verdâtres, aux crinières d'écume, moutonnaient à l'infini, se rapprochaient sous une poussée géante ; puis, dans la rage du choc, ces monstres volaient eux-mêmes en poussière d'eau, tombaient en une bouillie blanche, que le flot paraissait boire et remporter. Sous chacun de ces écroulements, les charpentes des épis craquaient. Un déjà avait eu ses jambes de force cassées, et la longue poutre centrale, retenue par un bout, branlait désespérément, ainsi qu’un tronc mort dont la mitraille aurait coupé les membres. [...]

– Je disais bien, répétait Prouane, très ivre, adossé à la coque trouée d’une vieille barque, fallait voir ça quand le vent soufflerait d’en haut... Elle s’en moque un peu, de ses allumettes, à ce jeune homme!

Des ricanements accueillaient ces paroles. Tout Bonneville était là, les hommes, les femmes, les enfants, très amusés par les claques énormes que recevaient les épis. La mer pouvait écraser leurs masures, ils l'aimaient d'une admiration peureuse, ils en auraient pris pour eux l’affront, si le premier monsieur venu l’avait domptée, avec quatre poutres et deux douzaines de chevilles. 

Emile Zola, La joie de vivre (1884)

vendredi 18 août 2017

Jardins

Un peu de verdure, en attendant la rentrée... avec des oeuvres vues à l'expostion Jardins au Grand Palais (aujourd'hui terminée)


Gustav Klimt - Le Parc (1910)

Berthe Morisot - Jardin à Bougival (1884)

Ernest Quost - Fleurs de Pâques (1890)

Gerhard Richter - Sommertag (1999)

Édouard Debat-Ponsan - Le Jardin du peintre à Paris (1886)

mardi 17 janvier 2017

Green peace

Un peu de verdure printanière pour oublier les morsures de l'hiver.
Vue au Musée de l'Orangerie. 

Gauguinpaysage (1901)

Grant Wood, young-corn (1931)

Edward Hopper, Gas  (1940)

André Derain, Paysage du Midi (1932)

Cézanne, Le pin à l'Estaque (1876)

mardi 13 septembre 2016

mardi 6 septembre 2016

Fertility

Petite sélection d'oeuvres vues au Musée Van Gogh à Amsterdam

Vincent Van Gogh, the harvest (1888)

Vincent Van Gogh, Landscape at Twilight (1890)

Edvard Munch, Fertility (1902)

Vincent van Gogh, Undergrowth (1889)

KandinskyAutumn landscape with boats (1908)

Matisse, Intérieur à Collioure (1905)

lundi 11 juillet 2016

My destiny

That slope may look insignificant but it's going to be my destiny

Fitzcarraldo fait parti des grands films de Werner Herzog, d'ailleurs tourné dans des conditions des plus difficiles. A la manière d' "Aguirre", il donne à voir au spectateur des images fortes, qui resteront imprimées dans sa mémoire (J'en parlais d'ailleurs ici, citant au passage cette phrase entendue chez Jarmush : "The best films are like dreams you're never sure you've really had")

Comme me l'apprend cet article, ces images sont en réalité le point de départ du réalisateur :
Une vision s’était emparée de moi : l’image d’un grand bateau à vapeur sur une montagne […] à travers une nature qui anéantit les faibles comme les forts ; et la voix de Caruso, qui fait taire toutes les souffrances et tous les cris des animaux de la forêt vierge et arrête le chant des oiseaux » 

Fitzcarraldo, Werner Herzog (1982)

mercredi 29 juillet 2015

La Isla Mínima

La Isla Mínima est film policier se déroulant en 1980 dans une Espagne post-franquiste, en "transition" démocratique. Deux inspecteurs enquêtent sur un crime sexuel dans une région reculée (les marais du Guadalquivir, en Andalousie).
Enquête bien ficelée, très belle photographie et ambiance prenante, avec en effet une touche True_Detective_Saison1.

A défaut d'avoir pu extraire des dialogues de ce film, en voici quelques images
(Je vous recommande, bien sûr, de NE PAS voir la bande-annonce)


La Isla Mínima, Alberto Rodríguez (2015)

vendredi 20 mars 2015

[Nous] voilà rendus tous à la lumière

C'est le printemps !

Les torrents et les ruisseaux ont rompu leur prison de glace au sourire doux et vivifiant du printemps ; une heureuse espérance verdit dans la vallée ; le vieil hiver, qui s'affaiblit de jour en jour, se retire peu à peu vers les montagnes escarpées. Dans sa fuite, il lance sur le gazon des prairies quelques regards glacés mais impuissants ; le soleil ne souffre plus rien de blanc en sa présence, partout règnent l’illusion, la vie ; tout s'anime sous ses rayons de couleurs nouvelles. Cependant prendrait-il en passant pour des fleurs cette multitude de gens endimanchés dont la campagne est couverte ? Détournons-nous donc de ces collines pour retourner à la ville. Par cette porte obscure et profonde se presse une foule toute bariolée : chacun aujourd'hui se montre avec plaisir au soleil ; c'est bien la résurrection du Seigneur qu'ils fêtent, car eux-mêmes sont ressuscités. Échappés aux sombres appartements de leurs maisons basses, aux liens de leurs occupations journalières, aux toits et aux plafonds qui les pressent, à la malpropreté de leurs étroites rues, à la nuit mystérieuse de leurs églises, les voilà rendus tous à la lumière. Voyez donc, voyez comme la foule se précipite dans les jardins et dans les champs ! que de barques joyeuses sillonnent le fleuve en long et en large !… et cette dernière qui s’écarte des autres chargée jusqu'aux bords. Les sentiers les plus lointains de la montagne brillent aussi de l'éclat des habits. J'entends déjà le bruit du village ; c'est vraiment là le paradis du peuple ; grands et petits sautent gaiement : ici je me sens homme, ici, j'ose l’être.

Faust, Goethe (1808)

8 mois que je patiente pour publier ce passage de Faust. Version originale ci-dessous, pour les germanophones et -philes.


Vom Eise befreit sind Strom und Bäche
Durch des Frühlings holden, belebenden Blick;
Im Tale grünet Hoffnungsglück;
Der alte Winter, in seiner Schwäche,
Zog sich in rauhe Berge zurück.
Von dorther sendet er, fliehend, nur
Ohnmächtige Schauer kornigen Eises
In Streifen über die grünende Flur;
Aber die Sonne duldet kein Weißes,
Überall regt sich Bildung und Streben,
Alles will sie mit Farben beleben;
Doch an Blumen fehlt's im Revier
Sie nimmt geputzte Menschen dafür.
Kehre dich um, von diesen Höhen
Nach der Stadt zurückzusehen.
Aus dem hohlen finstern Tor
Dringt ein buntes Gewimmel hervor.
Jeder sonnt sich heute so gern.
Sie feiern die Auferstehung des Herrn,
Denn sie sind selber auferstanden,
Aus niedriger Häuser dumpfen Gemächern,
Aus Handwerks- und Gewerbesbanden,
Aus dem Druck von Giebeln und Dächern,
Aus der Straßen quetschender Enge,
Aus der Kirchen ehrwürdiger Nacht
Sind sie alle ans Licht gebracht.
Sieh nur, sieh! wie behend sich die Menge
Durch die Gärten und Felder zerschlägt,
Wie der Fluß, in Breit und Länge
So manchen lustigen Nachen bewegt,
Und bis zum Sinken überladen
Entfernt sich dieser letzte Kahn.
Selbst von des Berges fernen Pfaden
Blinken uns farbige Kleider an.
Ich höre schon des Dorfs Getümmel,
Hier ist des Volkes wahrer Himmel,
Zufrieden jauchzet groß und klein:
Hier bin ich Mensch, hier darf ich's sein!

dimanche 28 décembre 2014

Noël et l’humanisme anthropocentrique

Des fêtes de Noël dans sa famille, on ressort souvent avec l'impression d'avoir trop mangé... et, plus précisément sans doute, d'avoir trop mangé d'animaux morts.

Quelques jours passent : animaux morts, vin, chocolat, de temps en temps un verre d’eau pour faire style, et beaucoup d’esquive de maintenance informatique. 
[...] 
Le matin de Noël, je suis en mode furtif [...] je traverse le salon tel un ninja obèse. Les enfants regardent un dessin animé, c’est drôle, ces trois derniers jours j'ai bouffé absolument tous les animaux présents dans l’épisode 

(ioudgine, sur son blog)

Le fait de visualiser une volaille, un crustacé dans son entièreté, ou tout simplement l'opulence d'un plat peuvent aboutir à cette formulation (et donc à cette prise de conscience)... que ne provoquent jamais ni un mets préparé, ni un filet (Lévi-Strauss dirait un "lambeau").

« Au fur et à mesure des années, ce qui constituait un animal domestique vivant a progressivement disparu de tout état de visibilité ». La plupart des gens ne mangent plus que sa chair – laquelle, une fois dans l’assiette, évoque de moins en moins la bête dont elle vient. Le comble est atteint avec le hamburger : à Chicago, une étude a montré que 50 % des enfants des classes moyennes ne faisaient pas le lien avec un animal. « La conséquence de cette logique, qui est en connivence avec l’élevage industriel, c’est que l’acte de manger est devenu totalement irresponsable : c’est un acte qui ne pense pas ».

Dans Le Monde du 24/12, la journaliste Catherine Vincent met en effet "la philosophie à l'épreuve de la viande". Elle donne la parole à plusieurs philosophes ou intellectuels (loin de tous être végétariens)

Dans leur immense majorité, les Anciens ne se sont intéressés à l’animal que pour démontrer combien l’homme en était différent. Combien il leur était supérieur.

C’est ce qu’on nomme l’humanisme anthropocentrique : une conception fondée sur l’idée de l’exceptionnalisme humain, que la tradition judéo-chrétienne n’a fait que renforcer. Notamment le christianisme, selon lequel la bête a été créée pour le bien de l’homme, centre et maître de la création.

Toute la tradition philosophique occidentale sera marquée par cette coupure ontologique entre l’homme et l’animal. Et il faudra attendre Jacques Derrida, et sa déconstruction du propre de l’homme, pour qu’enfin la question soit posée : comment a-t-on pu à ce point légitimer la violence envers l’animal ? Précisément en le nommant « l'animal », plutôt que de parler des animaux, répond-il. Car « l'animal » n'existe pas, si ce n'est pour désigner l'ensemble des vivants pouvant être exploités, tués et consommés hors du champ de la morale et de la politique. Le meurtre de « l'animal » n'est pas reconnu comme tel. Alors qu'il y a bel et bien « crime contre les animaux, contre des animaux ».

Comme Derrida, Elisabeth de Fontenay l’affirme : « Il n'y a aucun fondement philosophique, métaphysique, juridique, au droit de tuer les animaux pour les manger. C'est un assassinat en bonne et due forme, puisque c'est un meurtre fait de sang-froid avec préméditation. »


La question que pose la viande dérange, forcément, tant les habitudes sont ancrées (depuis le néolithique !). Si elle vous intéresse, reportez vous à l'article sus-mentionné. Sans même parler écologie, un premier pas pourrait être de s'opposer à l'élevage industriel... (tout en étant conscient qu'un tel combat éluderait la problématique fondamentale)


Catherine Vincent, La philosophie à l'épreuve de la viande,
dans Le Monde du 24/12/2014

lundi 9 juin 2014

Zéro déchet (non recyclé)

Le soleil n'est pas encore levé qu'un étrange ballet commence. Chacun à leur tour, des dizaines de camions viennent déverser des tonnes et des tonnes de restes de nourriture, d'herbe coupée, de branchages. Un mois plus tard, ces déchets organiques ressortiront sous la forme d'un riche compost aussi fin que du sable. Ici, à Vacaville, à une heure de route au nord de San Francisco, se joue quotidiennement une partie essentielle de l'objectif que s'est fixé la ville californienne : parvenir, d'ici à 2020, à zéro déchet non recyclé ou composté, évitant ainsi d'utiliser des décharges ou des incinérateurs, très polluants.

Comment San Francisco s'approche du « zéro déchet »,
un article à lire sur lemonde.fr