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mardi 24 février 2015

Des torrents d’eau noire

Dans son Traité des Excitants Modernes (thème d'une exposition temporaire à la Maison de Balzac, organisée par les Siestes Electroniques fin janvier), Balzac discourt successivement sur les effets de cinq substances : l’alcool, le sucre, le thé, le tabac et le café.

Le texte n'est pas particulièrement brillant et paraît aujourd'hui daté. C'est cependant une curiosité, d'autant qu'il recèle des passages instructifs éclairant sur les pratiques d'écriture de son auteur.
On sait en effet que Balzac carburait au café, ce qui lui conférait une force de travail impressionnante.

Enfin, j’ai découvert une horrible et cruelle méthode [...], il s’agit de l’emploi du café moulu, foulé, froid et anhydre (mot chimique qui signifie peu d’eau ou sans eau) pris à jeun. Ce café tombe dans votre estomac, qui, vous le savez par Brillat-Savarin, est un sac velouté à l’intérieur et tapissé de suçoirs et de papilles; il n’y trouve rien, il s'attaque à cette délicate et voluptueuse doublure, il devient une sorte d’aliment qui veut ses sucs, il les tord, il les sollicite comme une pythonisse appelle son dieu, il malmène ces jolies parois comme un charretier qui brutalise de jeunes chevaux; les plexus s’enflamment, ils flambent et font aller leurs étincelles jusqu'au cerveau. Dès lors, tout s'agite : les idées s'ébranlent comme les bataillons de la grande armée sur le terrain d’une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop; l’artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses; les traits d’esprit arrivent en tirailleurs; les figures se dressent; le papier se couvre d’encre, car la veille commence et finit par des torrents d’eau noire, comme la bataille par sa poudre noire.

Honoré de Balzac, Traité des excitants modernes (1839)

Toile d'araignée tissée sous caféine. La métaphore arachnéenne est souvent utilisée pour décrire le processus de création littéraire

mardi 20 mars 2012

L'esclavage, c'est la liberté


- The methamphetamine we make is much superior to the so-called biker crank you know of. [...] The narcotic effect is far more potent. This product is the drug of the future. [...] It's stronger, more addictive than cocaine, which means it will move in higher volume.

Conversations entre hommes d'affaires, dans la série Breaking Bad.
Effectivement, une drogue plus addictive aura de meilleures retombées économiques. Simple logique. Un raisonnement aussi froid pourrait sembler réservé aux pires esprits criminels, sans foi ni loi.

Après tout, même Don Corleone dans Le Parrain refuse de toucher à ce qu'il qualifie de "dirty business".

(c'est aussi parce qu'il pense qu'il pourrait alors perdre ses appuis politiques, soyons complets). Parmi les autres familles mafieuses, on trouve également quelques traces de scrupules, face à cette activité alors naissante.

Don Zaluchi: I don't want it near schools! I don't want it sold to children! That's an infamia. In my city, we would keep the traffic in the dark people, the coloreds. They're animals anyway, so let them lose their souls.


Pourquoi cette introduction? Pour établir un parallèle avec un article récemment lu sur lemonde.fr, relatant la parution d'un ouvrage intitulé "Golden Holocaust".

D'autres manoeuvres sont plus anciennes. Le plan Marshall, par exemple. Le grand programme d'aide à la reconstruction de l'Europe dévastée par la seconde guerre mondiale a également été "mis à profit par les cigarettiers américains pour rendre les populations européennes accros au tabac blond flue-cured, facilement inhalable". Tout est là. Le flue-curing est une technique de séchage des feuilles de tabac qui se répand largement aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, et qui permet de rendre la fumée moins irritante, donc plus profondément inhalable. Or jusque dans la première moitié du XXe siècle, on fume encore, dans une bonne part de l'Europe continentale, du tabac brun, très âcre, beaucoup moins dangereux et addictif. Car plus la fumée peut pénétrer profondément dans les poumons, plus l'afflux de nicotine dans l'organisme est rapide, plus l'addiction qui se développe est forte. Et plus les dégâts occasionnés sur les tissus pulmonaires sont importants. "Au cours de la réunion de Paris (le 12 juillet 1947) qui a mis en mouvement le plan Marshall, il n'y avait aucune demande des Européens spécifique au tabac, raconte Robert Proctor. Cela a été proposé et mis en avant par un sénateur de Virginie. Au total, pour deux dollars de nourriture, un dollar de tabac a été acheminé en Europe."

L'article est assez saisissant, par le nombre de manoeuvres qu'il énonce. Source principale du livre sus cité: les "tobacco documents", somme considérable de documents émanant de géants du tabac, rendus publiques au début des années 90 par une décision de justice.

Outre ces révélations, j'ai trouvé particulièrement bien vu le rapprochement avec le novlangue d'Orwell, pour dénonce l'imposture du message associant cigarette et liberté. Au-delà de l'image, celle du cowboy marlboro par exemple, il est vrai qu'on entend souvent les fumeurs dire d'un ton agacé qu'il s'agit là de la dernière liberté (de choix, d'action).

"Comment peut-on parler de liberté lorsque 90 % des fumeurs interrogés disent vouloir s'arrêter sans y parvenir ?" Le novlangue d'Orwell n'est pas loin. "La guerre, c'est la paix", "l'amour, c'est la haine" professait le Parti omnipotent de 1984. Dans le monde du tabac, "l'esclavage, c'est la liberté".

Et ce message fait mouche. Les adolescents voient souvent dans la cigarette une manifestation d'esprit rebelle. Convaincre qu'inféoder ses fonctions biologiques à de grands groupes industriels tient de la rébellion, voilà un tour de force marketing, dont le projet est inscrit en toutes lettres dans les "tobacco documents" : il faut vendre aux jeunes l'idée que fumer procède d'une "rébellion acceptable".

Breaking Bad, Hermanos (S04E01)
Francis Ford Coppola, Le Parrain (1972)
Robert Proctor, Golden holocaust (2012)

vendredi 17 février 2012

I've just discovered the meaning of life

It was a night in July, I think six years ago
Why did I eat the acid? I don't know
I wasn't thinking and I wasn't scared
Why did I eat the acid? I wasn't prepared
The last time I did acid I went insane

I was hanging with some friends just getting loaded
When all of a sudden my mind exploded
I had a flash that I was gay and I got paranoid
I was sitting on the floor listening to Pink Floyd
The last time I did acid I went insane

And I was drawing crazy pictures and before I was done
The pictures started pulsing like an alien lung
And I said 'oh my god this is just begun'
And it was twelve more hours before I was done
We were up on the rooftop and I'll tell you the truth
I was convinced I'd already fallen off of the roof
And these weird metal things rolling around in outta space
Were teleporting me from place to place
The last time I did acid I went insane

So we ran back downstairs where it was better to be
But I was trapped in spiral staircase infinity
And when we got to the door I couldn't go inside
Cos it was the gates of heaven and I had died
The last time I did acid Iwent insane

And this kid named Graham he punched a cat in the head
He could read my thoughts, that's what he said
And he described what it was like but I didn't believe it
Like lifting a rug and seeing stars beneath it
Ooo-ooo

And the first rule of tripping was
Don't be with people you don't trust
The second rule of LSD
The rooftop is not a good place to be
The third rule is to be prepared
The fourth rule is to not get scared
The fifth rule is to stay serene
Turn off your mind and float downstream
The sixth rule's to have a good friend at hand
The seventh, I hope that you understand
Is not to look to deep into your soul
Or you might find a hideous, hopeless hole
Of hatred, hunger, infinite, idiot
Mindless, meaningless, nothingness, nothingness
Nothingness, nothingness, nothingness, nothingness
Nothingness, nothingness, nothingness, nothingness
Nothingness
And that's what I did

And every aspect of life that I selected
Was instantly and brutally dissected
I saw the horrible emptiness within
The reasons behind everything
And it was at that moment that I went insane

Cos I figured why bother doing anything again
I didn't understand my thoughts revealing themselves to be
The truth behind everything I'd ever wanted and believed
Revealed itself to be
Unwinding

I Stood up
I brushed
My head
I turned
To my right
All in my eye
And I said

There are things which we feel to be so terrifically true
That what were all but madness
For any good man in his own proper character
To utter or even hint of them

I've just discovered the meaning of life
I've just discovered the meaning of life
I've just discovered the meaning of life
I've just discovered the meaning of life

Jeffrey Lewis - The Last Time I Did Acid I Went Insane
The Last Time I Did Acid I Went Insane and Other Favorites (Rough Trade, 2001)

mardi 27 décembre 2011

That stupid plastic container

I'm sorry, what were you asking me? Oh yes. That stupid plastic container I asked you to buy. You see, hydrofluoric acid won’t eat through plastic; it will however dissolve metal, rock, glass... ceramic. So there’s that.
Breaking Bad, The Cat's in the Bag... (S01E02)

Je conviens volontiers que cet article ne sera complètement compréhensible que par ceux qui connaissent la série... càd que je n'ai pas trop voulu dévoiler ce qui fait le chlorure de sodium (enfin le "sel" quoi) de ce gag sanglant.
Peut-être faut-il juste préciser que la deuxième image laisse apercevoir ce qui fut une baignoire.

mercredi 4 août 2010

Putain toi, t'es trop wild

Je remercie Mendelson d'exister.

Raconte comment tu t'es couchée trop tard, comment t'as trop bu et combien de pétards. Raconte ta nuit blanche, ouah trop pur, t'étais raide def, tu rentrais dans les murs. Raconte comment t'étais ruinée dans les chiottes, tu gamellais Justine qu'est une vraie pote. Raconte comment tu t'es faite troncher, par le copain de Justine qu'était défoncé. Putain toi t'es trop cool. Tu sais ça, t'es trop cool. Tu te souvenais plus comment tu t'appelles, raconte tu pogotais dans les poubelles, en hurlant Dieu, Dieu sauve la Reine et d'autres trucs vachement trop rebelles. Putain toi t'es trop wild, tu sais, t'es trop wild. Raconte encore comment t'as gerbé tes Martinis dans l'escalier, tu sais pas comment t'es rentrée chez toi, putain cette casquette, cette gueule de bois. Putain toi t'es trop cool, t'es trop cool.

Mendelson, histoire naturelle
L'avenir est devant (Lithium, 1997)
mendelson.free.fr

Cette chanson reflète mon point de vue quand j'étais en Ecole. Autant dire, une position ultra-minoritaire, là où le mot d'ordre tacite était "be drunk, be cool". Qu'on s'entende: ce que je dénie, c'est la corrélation entre les deux.

C'était la troisième et dernière partie de ma série de lyrics sur la Cool Attitude.
Lire aussi:
http://arise-therefore.blogspot.com/2010/08/you-think-that-poor-is-cool.html
http://arise-therefore.blogspot.com/2010/08/teenage-guide-to-popularity-part1.html

mercredi 24 février 2010

Disparaître Ici

J'ai déjà évoqué dans ces colonnes différents romans ayant chacun une temporalité propre. Moins que zéro, roman de Bret Easton Ellis, se passe lui dans l'instant. La narration reflète la perception du personnage principal, souvent "under influence". Il est spectateur de sa propre vie, semblant réaliser les choses une à deux secondes après qu'elles se produisent.
Le style de Bret Easton Ellis est là, et tout au long de la lecture de ce roman, certaines phrases me renvoyaient aux intonations d'Erik Arnaud dans son interprétation d'un extrait d'American Psycho (lien)

Je suis dans la grande salle de chez Chasen avec mes parents et mes soeurs; il est tard, neuf heures et demie ou dix heures, c'est le soir de Noël. Au lieu de manger, je regarde fixement mon assiette dans laquelle je déplace ma fourchette d'avant en arrière, et je deviens complètement obsédé par le vide que la fourchette crée entre les petits pois. Mon père me surprend en me resservant du champagne. Mes soeurs sont bronzées, s'ennuient ferme, parlent d'amies anorexiques, d'un mannequin de Calvin Klein, elles paraissent plus âgées que dans mon souvenir, et plus encore quand elles lèvent leurs flûtes à champagne pour boire lentement; elles me racontent une ou deux plaisanteries que je ne comprends pas, puis disent à mon père ce qu'elles désirent pour Noël.
[...]
Papa termine son verre de champagne et s'en verse un autre. Ma mère réclame le pain. Mon père s'essuie la bouche avec sa serviette, se racle la gorge, et je me crispe car je sens qu'il va demander à chacun ce qu'il désire pour Noël, même si mes soeurs le lui ont déjà dit. Mon père ouvre la bouche. Je ferme les yeux. Il demande si nous voulons un dessert. Soupir de soulagement. Le garçon arrive. Je lui dis que non. Je ne regarde pas très souvent mes parents, je ne cesse de me passer la main dans les cheveux en regrettant de ne pas avoir de coke, n'importe quoi pour m'aider à surmonter cette épreuve, et puis je regarde le restaurant qui est seulement à moitié plein; les gens chuchotent mais leurs paroles portent d'une table à l'autre, et je réalise qu'en fin de compte j'ai dix-huit ans, des mains qui tremblent, des cheveux blonds, un début de bronzage et que je suis seulement à moitié défoncé, assis chez Chazen au coin de Doheny et de Beverly, et que j'attends que mon père me demande ce que je désire pour Noël.

Bret Easton Ellis, Moins que Zéro (1985)