Affichage des articles dont le libellé est money. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est money. Afficher tous les articles

lundi 7 novembre 2022

We are someone else

My name is Phil Elverum and I live at xxxxxxxxxxx
My family, the Lowman family, has been in Anacortes since the 1800s.  For future generations and for this present moment, I care deeply about this place and what we mean when we say “Anacortes”.
 

[Pour le contexte, reportez-vous s'il vous plaît au précédent article de ce blog]
J’ai déniché le fac simile de cette déclaration de Phil Elverum (Mt. Eerie, The Microphones) au conseil municipal d'Anacortes (WA) sur le tumblr anacortesunknown.tumblr.com, essentiellement dédié à la vie du projet culturel du même nom, à vocation locale. Le texte n’était donc nullement destiné à diffusé en dehors de ce cadre, et c’est moi-même qui l’en extrais. Pourquoi ? Pour l’anecdote, et parce qu’il car me paraît révélateur de l'artiste.

Son objet? Protester contre l'implantation d'une grande surface (« Box store ») .


It seems to me that you, the city council, basically have 2 jobs:  

One is managing a large complicated business, “the City of Anacortes”.  Seemingly the entirety of these city council meetings is often taken up by these economic questions of budget and expense, surplus and deficit.  It’s a big math problem and is certainly necessary and deserving of focus, but it is only half of the project.

Your other job is less tangible and less related to quantifiable results.  You are responsible for representing the spirit of the population and steering the constantly changing identity of our town, in a cultural and poetic way, towards an ideal community.  I imagine it’s difficult to hear yourself think when it’s time to consider these questions, considering how loud and unscrupulous the voice of money is.  In a situation like this, you ask the community for guidance.  

Judging from the response at the last meeting, not to mention the reactions from the community when similar proposals arise every few years, the answer seems extremely clear.  We do not want this.  A large box store is not who we are.  We are someone else. 

Having traveled around North America almost constantly as a touring musician for the past 15 years, I have become attuned to the varying sensations of first entering different towns. Most places don't feel like anywhere. Just the usual cubes and logos, cars and anonymity. There are some rare exceptions still though; places that have managed to hold on to a sense of character through the challenging economic eras that every place endures. Anacortes is one of those magical exceptions, for now. We are lucky to be remote enough from the freeway and perhaps stubborn enough to have evaded large scale corporate colonization so far. This means that Anacortes is a place that feels like a place. We have something that is rare and precious.

vendredi 18 février 2022

They already knew


Reçu en début d'année dans la Matinale de France Inter, Yannick Jadot, candidat Europe Ecologie Les Vert à l'élection présidentielle, était introduit par Nicolas Demorand en ces termes :

"Température record, sécheresse, incendies, inondation, banquise en train de fondre : les catastrophes climatiques sont presque quotidiennes et se voient désormais à l'oeil nu. Dans ce contexte, vous devriez bénéficier d'une puissante dynamique électorale. Or ce qu'on voit, c'est que la planète brûle et que pourtant, les écologistes en France ne sont pour l'instant crédités que de 7% dans les intentions de vote. Comment expliquez-vous ce qui semble être une contradiction majeure entre notre époque et votre offre politique ?"

Avant d'en venir à mon propos, relevons tout de même que Nicolas Demorand omet de citer l'autre versant du problème, à savoir l'effondrement de la biodiversité (après tout, la sixième extinction de masse est en cours)... et passons sur le paralogisme contenu dans la question, qu'on supposera mal formulée. Il renchérit :

"L'écologie politique est perçue comme négative, punitive, liées aux idées de limitation, de privation, de retour en arrière, d'ascèse, vous disiez, 'il faut de l'enthousiasme', mais pourquoi n'arrivez vous pas à mobiliser des affects positifs, à enchanter le combat écologique, à le rendre passionnant et excitant ?"

On voit l'idée. Je vois moins en quoi le candidat en serait comptable.

Sur la faiblesse des intentions de votes : pourquoi ne pas poser la question aux électeurs eux-mêmes, à toute personne qui s'apprête à NE PAS voter Ecologie. Personnellement, j’ai du mal à comprendre : il y a une crise écologique ; nous-mêmes, les jeunes générations, nos enfants vont en pâtir, et tout (TOUT) sera impacté. J'ai un jour entendu Eric Zemmour se targuer d'avoir une vision à mille ans... mais il lui manque la vision à 30 ans, et le désert sera en France avant les Touaregs. Quant aux autres candidats : qui peut croire qu'un saupoudrage de mesures, qu'une politique de « petits pas », qu'un récent verdissement pourront être efficaces ?

Sur le manque d'attrait des thèmes écologiques... ou de manière plus inquiétante, sur leur manque tout court. N'est-ce pas la responsabilité des journalistes de rendre ces thèmes centraux ? Tout comme il eût été de leur responsabilité de ne pas "faire" Zemmour ? Dans cet article (Pourquoi la crise climatique ne parvient pas à émerger dans la campagne présidentielle), Cécile Duflot explique : "Le climat, ça n’intéresse pas les journalistes politiques – trop technique, trop anxiogène –, ils sont autant dans le déni que les politiques."

La réponse à ces deux questions tient en effet en quatre lettres (bien connues de Y. Jadot également) : D, E, N, I.

Faut-il rendre l'écologie plus "sexy" ? Sans doute suffisamment pour la faire accéder au pouvoir, dois-je concéder. Mais quelle conception infantilisante a-t-on des électeurs ? Car oui, désolé, il faut consommer moins, manger moins de viande, rouler et voler moins. Consommer "mieux" ne suffira hélas pas (voir par exemple L'utopie de la mode durable). On peut aussi relire mon article de 2011 sur "le pari de la décroissance" de Serge Latouche (2006)… Notre immobilisme collectif fait peur.

Bref, votons, l'impact pourrait être bien plus important que "nos petits gestes du quotidien". L'enjeu est d’obtenir une classe politique déterminée à agir… et à remettre le capitalisme en question. Souvenons-nous que "nos vies valent plus que leurs profits" et que, comme le tweetait le journaliste de mediapart Mickaël Correia, "la seule minorité dangereuse, ce sont les 1% les plus riches qui brûlent notre planète."

Nouvelle marche pour le climat, un peu partout, le samedi 12 mars

mardi 8 septembre 2020

J’ai grandi dans une illusion

Intéressante lecture sur Urbania.fr relayée par Titiou Lecoq dans sa dernière newsletter. L'autrice de l'article expose avec lucidité les contradictions de son éducation bourgeoise, et ce qui aurait pu mener au recul de son niveau de vie (sauf que non, vu qu'elle est mariée... constant évidemment non satisfaisant)
Que met l'autrice dans dans le terme bourgeoisie ? Le confort matériel, bien sûr... mais pas que :

Au-delà de [ça], on m’a élevée avec en tête cette idée rapidement tenue pour acquise que je ferai des études supérieures comme mes parents avant moi et que, de fait, tout irait bien dans le meilleur des mondes possibles. Pour m’aider à devenir qui j’allais être, on m’a choisi un prénom qui jamais ne serait un obstacle à ma réussite sociale mais qui, à l’inverse, constituerait même un discret indicateur de la classe au parfum suranné à laquelle j’appartiens.

[...]
Son milieu ?

La gauche tarama, cette gauche insouciante, qui promeut de belles valeurs humanistes comme l'égalité des chances, mais sans pour autant se plier à la carte scolaire [...]

On parle bien de cette génération de soixante-huitards, légèrement écervelée et franchement idéaliste, engraissée à l'opulence de l’après-guerre, et qui n'encourage sa progéniture ni à être pragmatique, ni à valoriser le nécessaire au détriment du superflu.

Celle qui porte aux nues le féminisme et ses combats mais qui élèvent ses filles afin, surtout, qu’elles soient les plus gracieuses et aimables possibles. Que leur intelligence soit mise au service du beau plutôt que de l’utile.

Il est question ici de ces matriarches qui prônent l’indépendance financière et économique des femmes, mais les conduisent subtilement, sans même le vouloir, à choisir les bons partis plutôt que les bonnes carrières, au nom du respect des inclinations naturelles

[...]

Devenue adulte, j’ai compris que j’avais grandi dans une illusion, une de celles qui font péter au-dessus de son cul. Que, contrairement à mes petits camarades également bourgeois, je n’hériterai de rien à part de ma capacité à systématiquement choisir ce qu'il y a de plus cher dans le magasin, quand bien même je vivrais dans 20m² à 30 ans.

"j'ai le pedigree d'une bourge mais pas le compte en banque"
Lysis Himmelsterne sur Urbania FR
[lien]

mardi 26 septembre 2017

Militant quotidien de l'inhumanité

Tant que la maximisation du profit immédiat guidera l'économie, cette chanson restera d'actualité.

Je suis un mannequin glacé, avec un teint de soleil
Ravalé, homme pressé
Mes conneries proférées sont le destin du monde
Je n'ai pas le temps, je file : ma carrière est en jeu
Je suis l'homme médiatique
Je suis plus que politique
Je vais vite, très vite
Je suis une comète humaine universelle
Je traverse le temps
Je suis une référence
Je suis omniprésent
Je deviens omniscient
J'ai envahi le monde que je ne connais pas
Peu importe, j'en parle, peu importe, je sais

J'ai les hommes à mes pieds
Huit milliards potentiels de crétins asservis
A part certains de mes amis du même monde que moi
Vous n'imaginez pas ce qu'ils sont gais

Qui veut de moi et des miettes de mon cerveau ?
Qui veut entrer dans la toile de mon réseau ?

Militant quotidien de l'inhumanité,
Des profits immédiats, des faveurs des médias
Moi je suis riche, très riche, je fais dans l'immobilier
Je sais faire des affaires, y'en a qui peuvent payer
J'connais le tout Paris et puis le reste aussi
Mes connaissances uniques, et leurs femmes que je...
...Fréquente évidemment
Les cordons de la bourse se relâchent pour moi
Il n'y a plus de secrets, je suis le Roi des rois
Explosé l'audimat, pulvérisée l'audience
Et qu'est-ce que vous croyez
C'est ma voie, c'est ma chance
J'adore les émissions à la télévision
Pas le temps de regarder, mais c'est moi qui les fais
On crache la nourriture à ces yeux affamés
Vous voyez qu'ils demandent!
Nous les savons avides de notre pourriture
Mieux que de la confiture à des cochons

Qui veut de moi et des miettes de mon cerveau
Qui veut entrer dans la toile de mon réseau

Vous savez que je suis un homme pressé
Je suis un militant quotidien de l'inhumanité
Et des profits immédiats et puis des faveurs des médias
Moi je suis riche, très riche, je fais dans l'immobilier
Je sais faire des affaires, y'en a qui peuvent payer
Et puis je traverse le temps,
Je suis devenu omniprésent
Je suis une super référence,
Je peux toujours ramener ma science
Moi je vais vite, très vite
Ma carrière est en jeu
je suis l'homme médiatique
Moi je suis plus que politique
Car je suis un homme pressé

Noir Désir, L'homme pressé
666.667 Club (Barclay, 1996)

dimanche 24 septembre 2017

#pasgorafi

Extrait d'un article du Monde titré
"Allergan passe un accord avec une tribu indienne pour protéger ses brevets"

L’histoire se déroule au cœur d’une réserve indienne, dans les méandres du droit tribal. Le 8 septembre, le laboratoire pharmaceutique Allergan a annoncé avoir transféré une série de brevets à la Saint Regis Mohawk Tribe, une enclave indienne située à la frontière des Etats-Unis et du Canada, dans l’Etat de New York. En raison de l'immunité dont ces territoires bénéficient, ce tour de passe-passe devrait empêcher les concurrents d'Allergan de copier son Restasis, dont la formule pourrait tomber dans le domaine public.
Ces gouttes pour les yeux ont rapporté à la firme irlandaise célèbre pour son Botox près de 1,5 milliard de dollars (1,26 milliard d’euros) en 2016. Le brevet initial est tombé en 2014 mais Allergan en a déposé six autres afin d’empêcher toute copie… avant 2024. Plusieurs fabricants de génériques, dont l'israélien Teva et l'américain Mylan, avaient de bonnes chances de les faire invalider. Ce coup de théâtre a tout chamboulé : prévue le 15 septembre, leur audience devant les trois juges du Patent Trial and Appeal Board, le tribunal de première instance et d'appel pour les brevets, a été reportée sine die.
« Les tribus indiennes étant souveraines, elles ne peuvent être poursuivies en justice. Si elles possèdent des brevets, aucune entreprise ne peut les attaquer », décrypte Robert Anderson, professeur à l’Université de Washington et spécialiste du droit indien.

[La suite, ici: lemonde.fr]

samedi 24 mai 2014

La propriété, c'est le vol

Si j’avais à répondre à la question suivante : Qu’est-ce que l'esclavage ? et que d’un seul mot je répondisse : c'est l’assassinat, ma pensée serait d’abord comprise. Je n’aurais pas besoin d’un long discours pour montrer que le pouvoir d'ôter à l’homme la pensée, la volonté, la personnalité, est un pouvoir de vie et de mort, et que faire un homme esclave, c’est l’assassinat. Pourquoi donc à cette autre demande : Qu'est-ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : c’est le vol, sans avoir la certitude de n'être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la première transformée ?

Lorsqu'on s'interroge sur la société actuelle et la religion de la Croissance, on en vient naturellement à questionner le Capitalisme, puis les notions de "Capital" et enfin de "Propriété".
Dès lors, quoi de plus attirant que la lecture de l'ouvrage "Qu'est-ce que la propriété ?" par le 
polémiste/journaliste/économiste/philosophe/sociologue bisontin Pierre-Joseph Proudhon.

La formule qui reste est effectivement celle citée en exergue :
"La propriété, c'est le vol" (*)

Remettant d'abord en cause celle de la terre ("on veut savoir en vertu de
quel droit l'homme s'est approprié cette richesse qu'il n'a point créée, et que la nature lui
donne gratuitement"), il en vient naturellement à celle des moyens de production, puis en vient à la notion de travail, le capitalisme étant l'apothéose d'une extorsion invisible. 


Quiconque travaille devient propriétaire : ce fait ne peut être nié dans les principes actuels de l'économie politique et du droit. Et quand je dis propriétaire, je n'entends pas seulement, comme nos économistes hypocrites, propriétaire de ses appointements, de son salaire, de ses gages ; je veux dire propriétaire de la valeur qu'il crée, et dont le maître seul tire le bénéfice.

Comme tout ceci touche à la théorie des salaires et de la distribution des produits, et que cette matière n'a point encore été raisonnablement éclaircie, je demande permission d'y insister ; cette discussion ne sera pas inutile à la cause. Beaucoup de gens parlent d'admettre les ouvriers en participation des produits et des bénéfices ; mais cette participation que l'on demande pour eux est de pure bienfaisance ; on n'a jamais démontré, ni peut-être soupçonné, qu'elle fût un droit naturel, nécessaire, inhérent au travail, inséparable de la qualité de producteur jusque dans le dernier des manœuvres.

Voici ma proposition : Le travailleur conserve, même après avoir reçu son salaire, un droit naturel de propriété sur la chose qu'il a produite.

Je continue à citer M. Ch. Comte
« Des ouvriers sont employés à dessécher ce marais, à en arracher les arbres et les broussailles, en un mot à nettoyer le sol : ils en accroissent la valeur, ils en font une propriété plus considérable ; la valeur qu'ils y ajoutent leur est payée par les aliments qui leur sont donnés et par le prix de leurs journées : elle devient la propriété du capitaliste. »

Ce prix ne suffit pas : le travail des ouvriers a créé une valeur ; or, cette valeur est leur propriété. Mais ils ne l'ont ni vendue, ni échangée ; et vous, capitaliste, vous ne l'avez point acquise. Que vous ayez un droit partiel sur le tout pour les fournitures que vous avez faites et les subsistances que vous avez procurées, rien n'est plus juste : vous avez contribué à la production, vous devez avoir part à la jouissance. Mais votre droit n'annihile pas celui des ouvriers, qui, malgré vous, ont été vos collègues dans l'œuvre de produire. Que parlez-vous de salaires ? L'argent dont vous payez les journées des travailleurs solderait à peine quelques années de la possession perpétuelle qu'ils vous abandonnent. Le salaire est la dépense qu'exigent l'entretien et la réparation journalière du travailleur ; vous avez tort d'y voir le prix d'une vente. L'ouvrier n'a rien vendu : il ne connaît ni son droit, ni l'étendue de la cession qu'il vous a faite, ni le sens du contrat que vous prétendez avoir passé avec lui. De sa part, ignorance complète ; de la vôtre, erreur et surprise, si même on ne doit dire dol et fraude.

Proudhon, Qu'est-ce que la propriété? (1840)

Cette lecture n'ayant pas répondu à toutes mes interrogations, j'ai l'impression que je ne vais pas pouvoir faire l'économie de la lecture de Marx.
A suivre...



(*) Proudhon distingue la propriété (de droit) de la possession (de fait)

vendredi 12 avril 2013

Tout sur [lui]

Aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon publie sa déclaration de patrimoine. C'est la tendance, vous aurez noté. Je n'apprécie pas forcément la véhémence de certains de ses propos publiques, mais je me garde en tout cas de le comparer à l'autre extrême.

Quoi qu'il en soit, ce petit texte (paru sur son blog sous le titre "Tout sur moi - mes mensurations, mon patrimoine, mes projets immobiliers") est bien écrit... et bien vu. C'est à ce titre que je le reproduis ici.



Je m’appelle Jean-Luc Mélenchon. Je suis né le 19 août 1951 à Tanger au Maroc. Je mesure 1,74m. Je pèse 79 kilos. Ma taille de chemise est 41/42. Ma taille de pantalon est 42. Je chausse du 42. Tous mes cheveux sont naturels et ils ne sont pas teintés.

[...]

Mon patrimoine a fait l’objet de publication dans toute la presse pendant la campagne présidentielle. [...] Mon patrimoine a été déclaré et contrôlé à mon entrée et sortie du ministère de l’enseignement professionnel. Il a déjà été déclaré à mon entrée et sortie du Sénat ainsi qu’à mon élection comme député européen et corrigé par moi à mesure de son évolution auprès de l’autorité indépendante dont c’est la mission officielle.

Je n’ai naturellement jamais refusé de le faire connaître. Non par goût, mais du fait de la malveillance que la moindre pudeur en la matière déchaîne chez les « Médiapart » du pauvre que sont les organes de presse qui exigent ce genre de publication. [...]

Je ne cumule aucun mandat. Naturellement, je ne cumule pas l’indemnité de sénateur et celle de député européen d’une part parce que j’ai démissionné de mon mandat de sénateur en 2009 et d’autre part parce que ce cumul est interdit par la loi. Je ne touche aucune retraite sur mes activités passées, quoi que j’en aie l’âge, car j’estime avoir un revenu suffisant et que je suis solidaire.

Je suis propriétaire de mon appartement à Paris, 76 m², trois pièces dans le 10ème arrondissement acquis pour 346 750 Euros en 2006. D’une maison de campagne dans le Loiret achetée 92 000 Euros en 1996. Inclus les héritages de mes deux parents décédés il y a cinq ans, la vente de ma permanence en Essonne, moins mes crédits, mon épargne nette est donc de 150 000 euros. Je les ai prêtés au Front de gauche pour la campagne présidentielle, ils viennent de m’être remboursés. Je compte les utiliser pour changer d’appartement, ce dont je tiendrai le grand public immédiatement informé dès que cela sera fait. Mais je ne m’engage pas à inviter la presse à la pendaison de crémaillère.

Mes droits d’auteurs sont versés à l’association « Politique à gauche » et au Parti de Gauche. Je n’ai pas de tableaux, de voiture, de bateau, ni de bicyclette, ni de chevaux.

J’ignore la valeur des œuvres d’art que j’ai réalisée avec mon pinceau, mon crayon ou mon appareil photo. J’estime qu’il s’agit d’une valeur considérable. Je possède 12 000 livres de toutes sortes que j’ai commencé à accumuler dès mes quatorze ans.

Ma banque depuis trente-cinq ans est la Caisse de crédit Mutuel de Massy.

Je cherche à acheter plus grand dans mon quartier et je remercie ceux qui peuvent me faire une offre intéressante.

Jean-Luc MélenchonTout sur moi (mes mensurations, mon patrimoine, mes projets immobiliers) (2013)

mercredi 27 février 2013

Contre la logique du commerce

Je retourne à l'essai de Bourdieu "Sur la télévision" dont j'avais cité un premier extrait au début du mois. Avant d'en venir au thème qui m'intéresse aujourd'hui, je cite quand même deux idées fortes évoquées dans la suite du texte, et qui s'expriment en une phrase (nul besoin de les développer, donc).

- Une partie déterminante de l'information qui nous est communiquée provient d'informateurs amont (Agences, Ministères...)
- Ceci complète le phénomène de circulation circulaire. Il tend à homogénéiser l'information et à produire des effets de "fermeture" (voire de censure) plus pernicieux que s'ils émanaient d'une structure bureaucratique identifiée

Ceci étant consigné, je peux passer à la suite. Bourdieu s'arrête sur la notion d'audimat, et sur ces implications.

Partout, on pense en terme de succès commercial. Il y a simplement une trentaine d'années, et ça depuis le milieu du XIXème siècle, depuis Baudelaire, Flaubert etc., dans le milieu des écrivains d'avant-garde, des écrivains pour écrivains, reconnus par les écrivains, ou, de même, parmi les artistes reconnus par les artistes, le succès commercial immédiat était suspect : on y voyait un signe de compromission avec le siècle, avec l'argent... Alors qu'aujourd'hui, de plus en plus, le marché est reconnu comme instance légitime de légitimation. On le voit bien avec cette autre institution récente qu'est la liste de best-sellers [...] A travers l'audimat, c'est la logique du commercial qui s'impose aux productions culturelles. Or, il est important de savoir que, historiquement, toutes les productions culturelles que je considère - et je ne suis pas le seul j'espère -, qu'un certain nombre de personnes considèrent comme les productions les plus hautes de l'humanité, les mathématiques, la poésie, la littérature, la philosophie, toutes ces choses ont été produites contre l'équivalent de l'audimat, contre la logique du commerce.

Pierre Bourdieu, Sur la télévision (1996)

A la télévision, l'audimat n'est évidemment pas une fin en soir (alors qu'il peut l'être pour un éditeur de livres ou un distributeur de films, vu sa traduction immédiate en termes de rentrée d'argent). A la télévision (privée), une audience (prévisionnelle) élevée permet une meilleure valorisation des espaces publicitaires.  

Beaucoup se souviennent de cette interview de Patrick Le Lay, alors PDG de TF1
"Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible."

L'expression caricaturale ("temps de cerveau disponible") ne doit pas masquer ce qu'est le métier réel d'une chaîne de télévision privée : non pas produire/diffuser des programmes (sous l'impulsion de telle ou telle vocation éditoriale). Mais produire/diffuser des programmes suffisamment intéressants pour que le téléspectateur reste entre deux pages de publicités.

lundi 3 septembre 2012

De la survie augmentée

Debord toujours... Je vais me garder d'introduire ou résumer le contenu de cet extrait, puisque je ne ferais que paraphraser un texte clair, dans lequel chaque phrase est nécessaire et exprime son idée. A lire et relire, pour ceux qui se sont déjà arrêtés pour se demander :
"Au fond, pourquoi, ou plutôt, d'où vient le fait que je travaille?"

Le développement des forces productives a été l’histoire réelle inconsciente qui a construit et modifié les conditions d’existence des groupes humains en tant que conditions de survie, et élargissement de ces conditions : la base économique de toutes leurs entreprises. Le secteur de la marchandise a été, à l’intérieur d’une économie naturelle, la constitution d’un surplus de la survie. La production des marchandises, qui implique l’échange de produits variés entre des producteurs indépendants, a pu rester longtemps artisanale, contenue dans une fonction économique marginale où sa vérité quantitative est encore masquée. Cependant, là où elle a rencontré les conditions sociales du grand commerce et de l’accumulation des capitaux, elle a saisi la domination totale de l’économie. L’économie tout entière est alors devenue ce que la marchandise s’était montrée être au cours de cette conquête : un processus de développement quantitatif. Ce déploiement incessant de la puissance économique sous la forme de la marchandise, qui a transfiguré le travail humain en travail-marchandise, en salariat, aboutit cumulativement à une abondance dans laquelle la question première de la survie est sans doute résolue, mais d’une manière telle qu’elle doit se retrouver toujours ; elle est chaque fois posée de nouveau à un degré supérieur. La croissance économique libère les sociétés de la pression naturelle qui exigeait leur lutte immédiate pour la survie, mais alors c’est de leur libérateur qu'elles ne sont pas libérées. L’indépendance de la marchandise s’est étendue à l’ensemble de l’économie sur laquelle elle règne. L’économie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l’économie. La pseudo-nature dans laquelle le travail humain s’est aliéné exige de poursuivre à l’infini son service, et ce service, n’étant jugé et absous que par lui-même, en fait obtient la totalité des efforts et des projets socialement licites, comme ses serviteurs. L’abondance des marchandises, c’est-à-dire du rapport marchand, ne peut être plus que la survie augmentée.

Guy Debord, la Société du Spectacle (1967)

mardi 28 août 2012

Les images dominantes du besoin

"Le spectacle est la religion de la marchandise".

C'est là une des définitions qu'on peut donner à ce terme, tel que l'emploie Guy Debord dans "la Société du Spectacle". Autant le préciser d'entrée, puisque cet essai constitué de 221 assertions n'est pas du genre pédagogique. Par ailleurs, j'ai bien senti que j'aurais été bien avisé d'avoir lu Marx avant de m'y frotter (j'avoue: j'ai la flemme).



Reste que certains passages ont une portée et une force immédiates :

L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout.



Guy Debordla Société du Spectacle (1967)

samedi 24 mars 2012

We are the only winners

For guys like me, Las Vegas washes away your sins. It's a morality car wash. It does for us what Lourdes does for humpbacks and cripples. And, along with making us legit, comes cash. Tons of it. I mean, what do you think we're doing out here in the middle of the desert? It's all this money. This is the end result of all the bright lights and the comped trips, of all the champagne and free hotel suites, and all the broads and all the booze. It's all been arranged just for us to get your money. That's the truth about Las Vegas. We're the only winners. The players don't stand a chance.


Martin Scorcese, Casino (1995)

mardi 20 mars 2012

L'esclavage, c'est la liberté


- The methamphetamine we make is much superior to the so-called biker crank you know of. [...] The narcotic effect is far more potent. This product is the drug of the future. [...] It's stronger, more addictive than cocaine, which means it will move in higher volume.

Conversations entre hommes d'affaires, dans la série Breaking Bad.
Effectivement, une drogue plus addictive aura de meilleures retombées économiques. Simple logique. Un raisonnement aussi froid pourrait sembler réservé aux pires esprits criminels, sans foi ni loi.

Après tout, même Don Corleone dans Le Parrain refuse de toucher à ce qu'il qualifie de "dirty business".

(c'est aussi parce qu'il pense qu'il pourrait alors perdre ses appuis politiques, soyons complets). Parmi les autres familles mafieuses, on trouve également quelques traces de scrupules, face à cette activité alors naissante.

Don Zaluchi: I don't want it near schools! I don't want it sold to children! That's an infamia. In my city, we would keep the traffic in the dark people, the coloreds. They're animals anyway, so let them lose their souls.


Pourquoi cette introduction? Pour établir un parallèle avec un article récemment lu sur lemonde.fr, relatant la parution d'un ouvrage intitulé "Golden Holocaust".

D'autres manoeuvres sont plus anciennes. Le plan Marshall, par exemple. Le grand programme d'aide à la reconstruction de l'Europe dévastée par la seconde guerre mondiale a également été "mis à profit par les cigarettiers américains pour rendre les populations européennes accros au tabac blond flue-cured, facilement inhalable". Tout est là. Le flue-curing est une technique de séchage des feuilles de tabac qui se répand largement aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, et qui permet de rendre la fumée moins irritante, donc plus profondément inhalable. Or jusque dans la première moitié du XXe siècle, on fume encore, dans une bonne part de l'Europe continentale, du tabac brun, très âcre, beaucoup moins dangereux et addictif. Car plus la fumée peut pénétrer profondément dans les poumons, plus l'afflux de nicotine dans l'organisme est rapide, plus l'addiction qui se développe est forte. Et plus les dégâts occasionnés sur les tissus pulmonaires sont importants. "Au cours de la réunion de Paris (le 12 juillet 1947) qui a mis en mouvement le plan Marshall, il n'y avait aucune demande des Européens spécifique au tabac, raconte Robert Proctor. Cela a été proposé et mis en avant par un sénateur de Virginie. Au total, pour deux dollars de nourriture, un dollar de tabac a été acheminé en Europe."

L'article est assez saisissant, par le nombre de manoeuvres qu'il énonce. Source principale du livre sus cité: les "tobacco documents", somme considérable de documents émanant de géants du tabac, rendus publiques au début des années 90 par une décision de justice.

Outre ces révélations, j'ai trouvé particulièrement bien vu le rapprochement avec le novlangue d'Orwell, pour dénonce l'imposture du message associant cigarette et liberté. Au-delà de l'image, celle du cowboy marlboro par exemple, il est vrai qu'on entend souvent les fumeurs dire d'un ton agacé qu'il s'agit là de la dernière liberté (de choix, d'action).

"Comment peut-on parler de liberté lorsque 90 % des fumeurs interrogés disent vouloir s'arrêter sans y parvenir ?" Le novlangue d'Orwell n'est pas loin. "La guerre, c'est la paix", "l'amour, c'est la haine" professait le Parti omnipotent de 1984. Dans le monde du tabac, "l'esclavage, c'est la liberté".

Et ce message fait mouche. Les adolescents voient souvent dans la cigarette une manifestation d'esprit rebelle. Convaincre qu'inféoder ses fonctions biologiques à de grands groupes industriels tient de la rébellion, voilà un tour de force marketing, dont le projet est inscrit en toutes lettres dans les "tobacco documents" : il faut vendre aux jeunes l'idée que fumer procède d'une "rébellion acceptable".

Breaking Bad, Hermanos (S04E01)
Francis Ford Coppola, Le Parrain (1972)
Robert Proctor, Golden holocaust (2012)

jeudi 6 octobre 2011

Re-use, Reduce, Recycle

"Le fait que les Hébreux vivaient pour adorer Dieu, et que nous, nous vivons pour augmenter le produit national, ça ne découle ni de la nature, ni de l'économie, ni de la sexualité... Ce sont des positions imaginaires premières, fondamentales, qui donnent un sens à la vie"
(*)

C'est en regardant le documentaire "Prêt à jeter" dont je faisais écho en février dernier, que j'ai fait la connaissance de Serge Latouche, économiste, professeur et penseur de la décroissance. J'ai depuis lu certains de ses écrits, sans pour autant trouver comment les aborder sur ce blog.
Entre mes mains, aujourd'hui, "le pari de la décroissance".

Pour être convaincu, on pourrait presque ce contenter d'un constat trivial pour certains, ou d'une prise de conscience pour d'autres, sur le mode "Hé ho, une croissance infinie dans un monde aux ressources finies, c'est pas possible..!"
(le premier qui objecte qu'il existe des croissances asymptotiques sort).

Quand nous aurons tout avalé
Tout consommé, tout consumé
Quand nous aurons tout englouti
Comme des fourmis sur un fruit
Il ne restera que nos corps
Nous commencerons par les pieds
puis nous mangerons notre main
Et nous garderons l'autre pour demain
(**)

Mais il n'y a pas que ça.
"Même et surtout si une croissance infinie était possible, ce serait à nos yeux une raison de plus pour la refuser pour pouvoir rester simplement humains. [...] Notre combat est avant tout un combat de valeurs. Nous refusons cette société de travail et de consommation dans la monstruosité de son ordinaire et pas seulement dans ses excès."
(***)

On peut effectivement relever que
"la société de croissance n'est pas souhaitable pour au moins trois raisons : elle engendre une montée des inégalités et des injustices, elle crée un bien-être largement illusoire, elle ne suscite pas pour les 'nantis' eux-même une société conviviale mais une 'antisociété' malade de sa richesse."

Alors évidemment, dans cet ouvrage, beaucoup de choses sont discutées, la pertinence du PIB comme indicateur tout puissant (et sa totale décorrélation avec la notion de bien-être), la démographie, les rapports Nord-Sud, les exemples absurdes liés aux transports de marchandises à travers la planète, etc... Plutôt que de tout vouloir aborder et résumer, et pour clore la série de billets découlant de ce livre, je reproduis donc les quelques propositions concrètes qui sont formulées par l'auteur. Elles pourront servir de base de réflexion à chacun.

Des mesures très simples et presque anodines en apparence sont susceptibles d'enclencher les cercles vertueux de la décroissance [sans préjudice d'ailleurs pour d'autres mesures de salubrité publique comme la taxation des transactions financières (...)] Le programme de transition peut tenir en quelques points tirant les conséquences de "bon sens" du diagnostic formulé. Par exemple:
1) Retrouver une empreinte écologique égale à inférieure à une planète, c'est-à-dire une production matérielle équivalent à celle des années 60-70.
2) Internaliser les coûts de transport
3) Relocaliser les activités
4) Restaurer l'agriculture paysanne
5) Transformer les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d'emplois, tant qu'il y a du chômage
6) impulser la "production" de biens relationnels
7) Réduire le gaspillage d'énergie d'un facteur 4
8) Pénaliser fortement les dépenses de publicité
9) Décréter un moratoire sur l'innovation technologique, faire un bilan sérieux et réorienter la recherche scientifique et technique en fonction des aspirations nouvelles.

le pari de la décroissance, Serge Latouche (2006)

(*) Cornelius Castoriadis
(**) Jérôme Minière, des pieds et des mains
(***) Paul Ariès

samedi 19 février 2011

El consumo te consume

La vidéo du WeekEnd. Un documentaire en fait.

Fil rouge, la réparation d'une imprimante domestique, dont le moindre revendeur informatique conseille le remplacement, plutôt que la réparation. On s'apercevra en fin de reportage, qu'en plus d'une faiblesse de conception de l'un de ses composants mécaniques, une puce limite sa durée d'utilisation en nombre d'impressions.



Puis les exemples historiques s'enchaînent. On part à Livermore, Californie. Là, dans une caserne de pompier se trouve l'ampoule la plus âgée du monde. Pensez, elle brille depuis 1901, soit 110 ans (webcam).
Ca, c'était avant qu'un cartel occulte ne s'efforce de limiter la durée de vie des ampoules à 1000h. Des ingénieurs ont dû travailler à cette fin. Même chose pour le nylon, utilisé pour les bas, au départ trop solide pour assurer une fréquence de renouvellement suffisamment élevée. Etc, Etc... jusqu'à l'ipod première génération, et sa batterie qu'on ne pouvait remplacer.



"Un produit qui ne s'use pas est une tragédie pour les affaires"

On parle ici d'obsolescence programmée, concept né dans les années 1920 (à un moment où les ressources de la planète étaient considérées comme illimitées).

Documentaire à voir dans son intégralité pendant quelques jours encore (genre jusqu'à mercredi), ici:
http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Pret-a-jeter/3714422.html

Prêt à Jeter, Cosima Dannoritzer (2010)

dimanche 12 septembre 2010

Singapore Sling

(...suite)

Singapour, c'est également le temple du shopping. Les magasins sont concentrés dans de grands (parfois immenses) centres commerciaux, ce qui paraît plutôt habituel, sauf qu'en quatre jours là-bas, j'ai bien dû en voir six ou sept. Et encore, sans aller dans le quartier d'Orchard Road, uniquement consacré au Shopping.

Mondialisation oblige, on y trouve les même marques que partout, d'où mon faible intérêt pour cette activité.



Elle n'est néanmoins qu'un aspect de ce qui illustre la croissance et la richesse du pays. La Skyline de Singapour se complète à vue d'oeil à coups de défis architecturaux, le tout étant multi éclairé / illuminé la nuit. Deux semaines après mon séjour, doit se tenir pour la troisième année le Grand Prix de F1 de Singapour, doublé d'un méga concert (feat. beyonce, mariah carey...). En constituant cette vitrine, le gouvernement achète de l'image, afin bien sûr d'attirer les investisseurs.


Je contemple cela du haut de ma chambre, au 42ème étage. Les étages les plus hauts sont allouées en priorité aux nouveaux clients. C'est impressionnant. Sur la baie vitrée, l'hôtel décline toute responsabilité et prévient:

"We strongly advise against leaning over the balcony ledge or undertaking any activities that may endanger your safety"

Je ne suis pas accompagné lors de ce séjour, je n'entreprendrai donc aucune activité sur ce balcon, et me contenterai d'humer l'air.
La climatisation donne une impression trompeuse, on en oublierait presque qu'on vit dans un pays chaud et humide.
Je m'attendais à supporter difficilement le climat équatorial, j'ai été positivement surpris (sans doute parce que la température diurne se contentait d'osciller entre 28/32°C, sans atteindre les 36°C).
La sensation d'être enveloppé par une sorte de moiteur serait presque agréable. Du moment qu'on ne la subit pas (càd qu'on est pas en chemise, en retard, et trimballant ses bagages).
Le footing que j'ai fait le long de la Singapore River, puis dans Fort Canning Park était très plaisant.

Si la course paraît être une activité répandue, là-bas, la sieste aussi. Dans les quartiers populaires (little India notamment), on vit dehors.
On s'allonge sur un rebord au pied d'un immeuble, ou bien sûr dans la verdure.

Même les plus petits parcs sont pourvus de grands et beaux arbres. On entend des oiseaux (sans les voir), comme dans une forêt équatoriale.

Ces oiseaux, cette humidité, cette torpeur, ces grillons...
Mes quelques promenades dans les parcs de Singapour m'ont fait réaliser que les scènes que j'avais à l'esprit d'un certain cinéma asiatique contemplatif sont moins un choix esthétique qu'un reflet de la réalité.


Ah oui, il manque une référence culturelle dans cette article...
En guise de conclusion logique, peut-être devrais-je vous dire que lors du vol de retour, j'ai regardé "Oncle Bonmee", ou quelque chose dans le style?

Et bien non, au retour, c'était..
...

mercredi 1 septembre 2010

le temps de la sécurité (Etre ou Avoir, part.3)

L'opposition entre le travail et la liberté est ce qui détermine Jérôme et Syvlie.

Dans "Les choses", deux modes de vie sont en opposition. Il y a ceux qui, comme eux, "ne veulent que vivre, appelent vie la liberté la plus grande, la seule poursuite du bonheur"... et ceux "qui choisissent de gagner d'abord de l'argent, qui réservent pour plus tard, pour quand ils seront riches, leurs vrais projets"... Qu'arrive-t-il alors?

Hélas, quand il est au bout de ses peines, le jeune homme n'est plus si jeune, et, comble de malheur, il pourra même lui apparaître que sa vie est derrière lui, qu'elle n'était que son effort, et non son but et, même s'il est trop sage, trop prudent - car sa lente ascension lui aura donné une saine expérience - pour oser se tenir de tels propos, il n'en demeurera pas moins vrai qu'il sera âgé de quarante ans, et que l'aménagement de ses résidences principale et secondaire, et l'éducation de ses enfants auront suffi à remplir les maigres heures qu'il n'aura pas consacrées à son labeur...

Cette voie est néanmoins suivis par la plupart des amis du couple:

L'un après l'autre, presque tous les amis succombèrent. Au temps de la vie sans amarres succédaient les temps de la sécurité. Nous ne pouvons pas, disaient-ils, continuer toute notre vie comme ça. Et ce comme ça était un geste vague, tout à la fois: la vie de patachon, les nuits trop brèves, les patates, les vestes élimées, les corvées, les métros.
Petit à petit, sans y prendre vraiment garde, Jérôme et Sylvie se retrouvèrent presque seuls. L'amitié n'était possible, leur semblait-il, que quand ils se tenaient les coudes, quand ils menaient la même vie. Mais qu'un couple soudain acquière ce qui pour l'autre était presque la fortune, ou la promesse d'une fortune à venir, et que l'autre, en retour, privilégie sa liberté conservée, c'étaient deux mondes qui semblaient s'affronter. Ce n'étaient plus des brouilles passagères, mais des failles, des scissures profondes qui ne se refermeraient pas d'elles-même [...]
Jérôme et Sylvie furent sévères, furent injustes. Ils parlèrent de trahison, d'abdication. Ils se plurent à assister aux ravages foudroyants que l'argent, disaient-ils, creusait chez ceux qui lui avaient tout sacrifié, et auxquels, pensaient-ils, ils échappaient encore. Ils virent leurs anciens amis s'installer, presque sans peine, presque trop bien, dans une hiérarchie rigide, et adhérer, sans recul, au monde dans lequel ils entraient. Ils les virent s'aplatir, s'insinuer, se prendre au jeu de leur propre monde: celui qui justifiait, en bloc, l'argent, le travail, la publicité, les compétences, un monde qui valorisait l'expérience, un monde qui les niait, le monde sérieux des cadres, le monde de la puissance.

George Perec, Les choses (1965)

dimanche 15 août 2010

Lonely at the top

I've been around the world
Had my pick of any girl
You'd think I'd be happy
But I'm not

Everybody knows my name
But it's just a crazy game
Oh, it's lonely at the top

Listen to the band, they're playing just for me
Listen to the people paying just for me
All the applause, all the parades
And all the money I have made
Oh, it's lonely at the top

Listen all you fools out there
Go on and love me, I don't care
Oh, it's lonely at the top
Oh, it's lonely at the top


Randy Newman, Lonely at the top
Sail Away (Reprise, 1972)
randynewman.com

mercredi 3 février 2010

Il est temps pour nous d'envisager un autre cycle

Je l'ai dit, cette semaine, ici, c'est la Révolution.
A nouveau abordée par le biais des paroles d'une chanson.
Extraite de "Des Visages, Des Figures" de Noir Désir.

Les thèmes abordés dans cet album (sorti le 11 septembre 2001) sont encore d'actualités, et d'ailleurs bien plus aujourd'hui qu'à l'époque.

Le morceau emblématique reste pour moi celui qui clôture l'album, dure 23 minutes, feat. Brigitte Fontaine.
Sans doute, pourrez vous les lire dans ces colonnes un peu plus tard.


On n'est pas encore revenu du pays des mystères
Il y a qu'on est entré là sans avoir vu de la lumière
Il y a là l'eau, le feu, le computer, Vivendi, et la terre
On doit pouvoir s'épanouir à tout envoyer enfin en l'air

On peut toujours saluer les petits rois de pacotille
On peut toujours espérer entrer un jour dans la famille
Sûr que tu pourras devenir un crack boursier à toi tout seul
On pourrait même envisager que tout nous explose à la gueule
Autour des oliviers palpitent les origines
Infiniment se voir rouler dans la farine

A l'envers, à l'endroit, à l'envers, à l'endroit
A l'endroit, à l'envers, à l'envers, à l'endroit

Y'a t'il un incendie prévu ce soir dans l'hémicycle
On dirait qu'il est temps pour nous d'envisager un autre cycle
On peut caresser des idéaux sans s'éloigner d'en bas
On peut toujours rêver de s'en aller mais sans bouger de là

Il paraît que la blanche colombe a trois cents tonnes de plombs dans l'aile
Il paraît qu'il faut s'habituer à des printemps sans hirondelles
La belle au bois dormant a rompu les négociations
Unilatéralement le prince entame des protestations
Doit-on se courber encore et toujours pour une ligne droite ?
Prière pour trouver les grands espaces entre les parois d'une boîte
Serait-ce un estuaire ou le bout du chemin au loin qu'on entrevoit
Spéciale dédicace à la flaque où on nage, où on se noie

Autour des amandiers fleurissent les mondes en sourdine
No pasaran sous les fourches caudines

A l'envers, à l'endroit, à l'envers, à l'endroit
A l'endroit, à l'envers, à l'envers, à l'endroit

Noir Désir - A l'envers, à l'endroit
Des Visages, Des Figures (Barclay, 2001)
www.noirdez.com

Le prochain article sur cette thématique sera d'un autre genre. Et plus interactif.

dimanche 31 janvier 2010

Let's kill first the banker

La sortie prochaine d'un nouvel album de Silver Mt. Zion m'a donné l'occasion d'aller sur le site du groupe. Bien qu'absentes des packagings de leurs premiers albums (en accord avec la ligne artistique du label), les paroles de certains morceaux sont ici présentées, qui plus est avec un artwork soigné.

On y lit des textes au contenu mystico-politique,
avec un penchant anarchiste.



a Silver Mt. Zion - Movie (never made)
he has left us alone but shafts of light sometimes grace the corner of our rooms (Constellation, 2000)
www.tra-la-la-band.com

samedi 1 août 2009

If you don't buy, you die

Bruxelles, 21h / 22h...
A quelques pas du centre historique, une rue piétonne commerçante, quasi déserte à cette heure-ci.
Dans les vitrines qui bordent la rue, des mannequins
sans expression, ou sans visage.