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dimanche 5 janvier 2014

Will there be enough oxygen, for me to breathe?

Qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise…

Pierre Desproges, Chroniques de la haine ordinaire (1986)

Chacun a ses moments ou occasions lors desquels il (re)prend conscience du temps qui (s'ef)file. Pour Desproges, donc, ce sont les dates anniversaires. Pour d'autres, "le coup de tatane dans [leur] jeunesse" est asséné par les actrices des séries de leur adolescence qui interprètent désormais des vieilles à l'écran. Pour moi, c'est quand des chansons, films ou livres d'anticipation évoquent des dates que nous finissons par atteindre.

Et comment, en cette nouvelle année, ai-je pu passer à côté du rendez-vous donné par the Unicorns dans leur morceau "2014"?
En décembre prochain, cela fera dix années que le groupe aura splitté.
Pas sûr que les paroles laissent présager une quelconque reformation :


Tomorrow is 2014
when I'll be 32
and we'll be 13
But will there be enough room for me?
Enough oxygen, for me to breathe

I looked in into my crystal ball
See gummies in the sunny
riding moonbeams into money
But they're the guilty phase
Gluttony just doesn't pay
So volunteer your journey
It's good publicity

in full force
in full stride
side by side 'till 2025

lie lie lie lie lie lie lie lie lie...

the Unicorns, 2014
(Suicide Squeeze, 2004)


*
*     *

En parcourant l'interweb à la recherche d'infos sur le groupe, j'ai trouvé cet arbre généalogique du groupe très didactique [source]


Alden Penner devrait sortir un nouvel album dans le courant de l'année.
Un premier EP est paru le 17 décembre dernier :
http://aldenpennersongs.bandcamp.com/album/precession

jeudi 21 août 2008

les ailes des poètes

Lecture (f)estival(ièr)e par excellence, le Dictionnaire superflu (à l'usage de l'élite et des bien nantis) de Desproges . Extrait.

[Exemple d'autotorture : la génuflexion]


Torture: Nom commun, trop commun, féminin, mais ce n'est pas de ma faute. Du latin tortura, action de tordre. Bien plus que le costume trois-pièces ou la pince à vélo, c'est la pratique de la torture qui permet de distinguer à coup sûr l'homme de la bête. L'homme est en effet le seul mammifère suffisamment évolué pour penser à enfoncer des tisonniers dans l'oeil d'un lieutenant de vaisseau dans le seul but de lui faire avouer l'âge du capitaine.


La torture remonte à la nuit des temps. [...] Mais il fallut attendre l'avénement du christrianisme pour que la pratique de la torture atteigne un degré de raffinement enfin digne de notre civilisation. Avant cet âge d'or, en effet, la plupart des supplices, en Haute-Egypte et jusqu'à Athens, relevaient hélas de la plus navrante vulgarité [...] Pour en revenir aux chrétiens, on n'oubliera pas qu'après avoir été, sous les Romains, les premières victimes de la torture civilisée, ils en devinrent les plus sinistres bourreaux pendant l'Incquisition. Aujourd'hui encore, quand on fait l'inventaire des ustensiles de cuisine que les balaises du Jésus'fan Club n'hésitaient pas à enfoncer sous les ongles des hérétiques, ce n'est pas sans une légitime appréhension qu'on va chez sa manucure.


Aux portes de l'an 2000, l'usage de la torture en tant qu'instrument de gouvernement se porte encore bien, merci. Même si, sous nos climats, elle a tendance à tomber en désuétude. Pour citer un pays occidental, au hasard, nous sommes en mesure d'affirmer qu'à Monaco, par exemple, le nombre de bourreaux par habitant est actuellement de zéro pour mile. D'ailleurs, on voit mal quelles raisons pourraient pousser un croupier à empaler un milliardaire. Hélas, quand on s'écarte un peu plus de l'Hexagone, que ce soit vers l'ouest, vers l'est ou vers le sud, on rencontre encore, dans des contrées exotiques pourtant ouvertes au progrès, à trois pas de la piscine du Hilton, ou dans les steppes démocratiques les plus populaires, des empêcheurs de penser en rond qui cognent et qui charcutent, qui enferment et qui massacrent, qui souillent et qui avilissent, et même - ah, les cons ! - qui arrachent les ailes des poètes au nom de l'avenir de l'homme.

Pierre Desproges - Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis (1985)