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lundi 12 octobre 2009

we shall make thoughtcrime impossible

J'ai lu 1984.
(comme tout le monde, j'ai l'impression)
Sur le plan des idées, j'y ai trouvé ce à quoi je m'attendais. J'ai en revanche été surpris par la violence du dénouement. Ceci dit, comme je ne suis pas là pour vous raconter le livre, je vous propose de revenir aux idées.

La conversation ci-dessous se déroule au Ministère de la Vérité. C'est là que Winston, le personnage principal du livre, travaille. Sa mission? Modifier les articles de presse archivés, càd récrire le passé, de telle sorte qu'il concorde avec le déroulé des événements présents.
Il questionne ici un collègue d'un autre service, au sujet de l'avancement de la nouvelle édition du Dictionnaire.

'The Eleventh Edition is the definitive edition,' he said. 'We're getting the language into its final shape -- the shape it's going to have when nobody speaks anything else. When we've finished with it, people like you will have to learn it all over again. You think, I dare say, that our chief job is inventing new words. But not a bit of it! We're destroying words -- scores of them, hundreds of them, every day. We're cutting the language down to the bone. The Eleventh Edition won't contain a single word that will become obsolete before the year 2050.'

He bit hungrily into his bread and swallowed a couple of mouthfuls, then continued speaking, with a sort of pedant's passion. His thin dark face had become animated, his eyes had lost their mocking expression and grown almost dreamy. [...]

'You haven't a real appreciation of Newspeak, Winston,' he said almost sadly. 'Even when you write it you're still thinking in Oldspeak. I've read some of those pieces that you write in The Times occasionally. They're good enough, but they're translations. In your heart you'd prefer to stick to Oldspeak, with all its vagueness and its useless shades of meaning. You don't grasp the beauty of the destruction of words. Do you know that Newspeak is the only language in the world whose vocabulary gets smaller every year?'

Winston did know that, of course. He smiled, sympathetically he hoped, not trusting himself to speak. Syme bit off another fragment of the dark-coloured bread, chewed it briefly, and went on:

'Don't you see that the whole aim of Newspeak is to narrow the range of thought? In the end we shall make thoughtcrime literally impossible, because there will be no words in which to express it. Every concept that can ever be needed, will be expressed by exactly one word, with its meaning rigidly defined and all its subsidiary meanings rubbed out and forgotten. Already, in the Eleventh Edition, we're not far from that point. But the process will still be continuing long after you and I are dead. Every year fewer and fewer words, and the range of consciousness always a little smaller. Even now, of course, there's no reason or excuse for committing thoughtcrime. It's merely a question of self-discipline, reality-control. But in the end there won't be any need even for that. The Revolution will be complete when the language is perfect. Newspeak is Ingsoc and Ingsoc is Newspeak,' he added with a sort of mystical satisfaction. 'Has it ever occurred to you, Winston, that by the year 2050, at the very latest, not a single human being will be alive who could understand such a conversation as we are having now?'

'Except-' began Winston doubtfully, and he stopped.

It had been on the tip of his tongue to say 'Except the proles,' but he checked himself, not feeling fully certain that this remark was not in some way unorthodox. Syme, however, had divined what he was about to say.

'The proles are not human beings,' he said carelessly. 'By 2050 earlier, probably -- all real knowledge of Oldspeak will have disappeared. The whole literature of the past will have been destroyed. Chaucer, Shakespeare, Milton, Byron -- they'll exist only in Newspeak versions, not merely changed into something different, but actually changed into something contradictory of what they used to be. Even the literature of the Party will change. Even the slogans will change. How could you have a slogan like "freedom is slavery" when the concept of freedom has been abolished? The whole climate of thought will be different. In fact there will be no thought, as we understand it now. Orthodoxy means not thinking -- not needing to think. Orthodoxy is unconsciousness.'

One of these days, thought Winston with sudden deep conviction, Syme will be vaporized. He is too intelligent. He sees too clearly and speaks too plainly. The Party does not like such people. One day he will disappear. It is written in his face.

Voilà une application concrête de l'idée selon laquelle la restriction du vocabulaire réduit le champ de la pensée. C'est encore là une bonne raison de rendre l'Education et la Culture accessibles à tous.
Qu'en est-il de l'incidence du vocabulaire sur la variété des sentiments? "Un amour de cent mots" (formule d'Erik Orsenna) est-il nécessairement moins riche?

George Orwell, 1984
(1950)

mercredi 6 mai 2009

En quête de sens

Quelque part à Niort... ou plus exactement dans la Zone d'Activité de Chauray.

Une de ces nuits passées loin de tout, et comme souvent en déplacement, sans avoir grand chose à faire. Dans ces cas-là, il faut donc tâcher d'en tirer le meilleur parti.

L'idée première qui vient à l'esprit est celle du sommeil réparateur... même si personnellement, je ne suis jamais parvenu à la mettre en pratique. Selon la localisation de l'hôtel, on peut aussi tâcher de profiter des alentours... Hier, dans un coin aussi perdu, ceci n'a pu se traduire que par "aller courir". Ce soir-là, après un terne dîner, je suis allé faire quelques foulées et ai pu rapidement gagner des chemins déserts à travers champs... et ça, c'était bien !

S'en suit parfois le plaisir coupable du bain (à proprement parler), concept abandonné depuis mes sept ans... Plaisir "coupable", parce que tout de même,
toute cette eau, c'est pas bien.

Il existe malgré tout une activité dont l'intérêt est supérieur à tout cela, pour peu que le calendrier s'y prête : Regarder "Confessions Intimes" sur TF1. Etre à l'hôtel le soir d'une diffusion de "Confessions Intimes" et tomber dessus, est une chance, sinon un signe.

"Confessions Intimes" est une émission filmant le quotidien de gens "simples", s'étant la plupart du temps laissés enfermer au fil des ans dans une vie de merde : le plus souvent, on y voit un couple rongé par la possessivité maladive ou la jalousie exacerbée de l'un, ou bien la passion dévorante de l'autre (pour sa voiture, son chien, Johnny Hallyday, la chirurgie esthétique...). Heureusement, une psy intervient à la fin et résout tout. Ouf...

"Confessions Intimes" montre un monde dans lequel la soirée TV sur le canapé du salon (de préférence recouvert d'une housse à fleurs) est l'image du bonheur parfait pour un couple de 24 ans, un monde dans lequel un jeune homme portant le "mulet" et sortant en boîte chaque Samedi soir est qualifié de "branché", un monde qui doit être le même que celui de certaines personnes de ma boîte qui désignent leur femme par le terme "maman" (oui, je sais, ça fait peur).



Au final, on quitte cette émission et ces personnages, rassuré, et persuadé d'être intelligent, sain d'esprit, à l'écoute de l'autre et attractif.

En négatif, je trouve qu'on y mesure également le bien fait des Etudes, de l'Education en général, et de la Culture, qu'il s'agit de rendre accessible à tous. J'entendais l'autre jour je ne sais plus quel écrivain expliquer qu'il voyait le Salut de notre époque dans la Culture. Là où aujourd'hui la reprise de la (sur-) consommation est attendue avec impatience, nous pourrions donc puiser dans cette ressource illimitée.


Quelques photos pour finir. J'ai pris la première (ci-dessus) depuis ma chambre de l'hôtel. Celles qui suivent, sur le chemin du retour.