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vendredi 31 mars 2017

La peur

Dans une série de courts textes, récemment portés à la scène au 104, Olivia Rosenthal discourt cinéma... Ou plutôt "films". Dans un style direct, la narratrice distille le fil de ses pensées, en réaction au (re)visionnage de films célèbres : Alien, Bambi, ou par exemple ici les Oiseaux.

Après s'être interrogée sur ce qu'ôte ou apporte la répétition d'une projection d'un film d'angoisse, elle s'attarde plus précisément sur notre réaction face à la peur...

Je ne sais pas si j'ai moins peur aujourd'hui qu'hier, je ne sais pas si les adultes sont plus forts que les enfants, ils sont seulement plus contrôlés, plus éduqués, plus adaptés, plus plastiques. Je suis plastique. Je m'adapte à mon environnement et si les oiseaux attaquent je ne hurle pas comme une bête, je me cache et je cherche des solutions. Aucune solution. Le film n'apporte aucune solution. On ne résout pas la peur. On ne surmonte pas la peur. On essaye juste de la sortir de soi et de courir plus vite qu'elle pour la laisser en arrière. On court jusqu'à ce qu elle soit minuscule, là-bas, dans le paysage. Et adulte on est plus grand, plus musclé, on court plus vite. On apprend plus vite à reconnaître dans certaines de ses réactions les symptômes d'une frayeur à venir, on apprend plus vite à contenir ces symptômes afin qu'ils n'envahissent pas toutes les ressources dont on dispose. On délimite. On veille. Et dès que la peur sort sa petite tête hideuse, on prend ses affaires et on s'en va. On lui laisse tout. Les meubles, les photographies, la maison, on lui abandonne la place. Le plus important, c'est de survivre. Tout le reste est superflu.

Olivia Rosenthal, Les oiseaux reviennent (2016)

mercredi 10 novembre 2010

vous traversez l'existence comme s'il s'agissait d'un nuage

Vous ne sentez rien, vous ne pensez rien, vous vivez en somnanbule, vous avez l'impression d'être libre, d'être seule, d'être au-dessus du lot, d'être à la pointe, d'être insensible, d'être détachée, de vous tenir éloignée, vous mangez, vous dormez, vous étudiez, vous êtes calme, vous êtes posée, vous êtes sensée, vous ne parlez pas, vous ne pleurez pas, vous ne souffrez pas, vous ne menacez pas, vous ne vous mettez pas en colère, vous vous préparez à une intégration facile et sans douleur dans le monde des adultes. Vous apprenez lentement qu'on ne peut être ensemble et séparés.

[...]

Vous ne bronchez pas, vous ne soufflez pas, vous ne râlez pas, vous lisez, vous écrivez, vous remplissez des copies, vous passez des examens et des concours, vous étudiez sans effort, vous êtes à côté, derrière, sur le bord, vous êtes vagues, vous êtes légère, vous êtes insaisissable, vous êtes nonchalante, vous traversez l'existence comme s'il s'agissait d'un nuage, d'une fine buée, d'une matière cotonneuse et sans résistance, vous vivez en somnanbule, vous êtes anesthésiée, vous êtes endormie, vous êtes assommée, rien ne peut vous réveiller. Vous apprenez qu'on ne peut être ensemble et séparés. Vous vous absentez.

[...]

Vous découvrez que, contrairement à ce que vous disent les spécialistes des animaux en captivitié, l'ennui n'est pas pire que la mort. Il en constitue la forme lente, la lente mesure d'un temps qu'on ne sait utiliser parce qu'on n'a pas appris à penser par soi-même, à agir par soi-même, à sentir par soi-même, à vivre par soi-même. On s'ennuie de ne pas être indépendant et de ne voir devant soi aucune moyen de le devenir. En captivité, l'imagination s'épuise.

Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)

Ce sera le dernier extrait que je citerai ici.
La suite, dans le livre!

jeudi 28 octobre 2010

liberté perdue (2)



Dans la nature, les animaux n'ont pas le temps de s'ennuyer. Ne pas mourir, se défendre, se cacher, se protéger et se nourrir exige une grande vigilance, de la promptitude, de la ruse, un sens de la prévision, toutes sortes de qualités que les animaux doivent déployer dès leur plus jeune âge et qui occupent entièrement leurs journées. Mais en captivité, l'éventail des activités possibles se réduit de manière drastique. Un ours qui passe habituellement huit heures par jour à chercher sa nourriture mettra dix minutes à finir sa gamelle. Le reste du temps, il n'a rien à faire, sa cage est ronde alors il tourne en rond, il prend des gestes stéréotypés, il s'ennuie, si on ne veut pas qu'il dépérisse, il faut lui trouver quelque chose à faire.

[...] Le jeudi après-midi, plus encore que les autres jours, vous vous ennuyez. L'ennui est pire que tout, pire que la mort.

Dans la nature, le bien-être coïncide avec un éphémère moment de satisfaction qui pourrait ressembler, si on cherchait à trouver des équivalents humains pour le qualifier, à la réalisation provisoire d'un objectif, conserver sa propre vie. Mais dans un zoo, les objectifs manquent. Tout captif doit, pour survivre à l'absurdité de son existence, s'inventer des objectifs précis et dépenser toute son énergie à leur réalisation. Il est important, dans cette perspective, qu'il se fixe des buts extrêmements difficiles mais pas impossibles à atteindre. La conservation du captif dans un état physique et moral satisfaisant est fonction de sa capacité à se projeter dans l'avenir.

Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)

Olivia Rosenthal sera dans l'invitée de Livres et Vous, l'émission littéraire de Radio Campus Paris, Samedi, à 19h
(comme quoi, le monde est bien fait)

mercredi 27 octobre 2010

liberté perdue (1)

J'en viens donc à ce fameux roman, "Que font les rennes après Noël?" que je cite de manière annexe depuis quelques temps.
J'ai acheté le livre lors de mes dernières vacances, c'était la première fois qu'une critique littéraire (lue dans Le Canard Enchaîné) me donnait suffisamment envie pour passer à l'acte, qui plus est, au prix fort (càd pas au format poche).

Le thème de ce roman est la nécessaire émancipation que chacun doit réaliser pour se construire et s'affranchir du modèle façonné par son éducation. L'auteure établit d'incessants parallèles entre cette trajectoire et la situation d'animaux élevés par l'Homme (que la finalité soit scientifique, alimentaire, ou touristique).

L'histoire commence jeune:

Durant les toutes premières années de votre existence, malgré votre docilité et la parfaite régularité de votre crâne, vous avez tendance à mettre votre vie en danger en secouant violemment votre berceau ou en hurlant avec véhémence. De cette période, où vous vous manifestez avec une liberté qui s'est perdue par la suite, vous ne gardez aucun souvenir.

[...]

Vous avez besoin de vos parents, vous pouvez mourir en dormant, en avalant de travers, en mettant les doigts dans les prises, en renversant une bassine d'eau chaude, en manipulant des objets contondants, en basculant par une fenêtre ouverte, en tombant dans une piscine, vous êtes en péril, on doit jour et nuit veiller sur vous, les accidents sont si vite arrivés, vous êtes sous la surveillance attentive de vos parents.

[...]

Enfant, vous ne vous demandez pas quel métier vous ferez, quelle vie vous mènerez, dans quel lieu vous habiterez, quels amis vous aurez, à quel âge vous mourrez, quels amoureux vous éconduirez, votre mère vous tient lieu de vie, de métier, d'ami, d'amoureux, et de tout le reste.

[...]

Dans les premières années de votre vie, vous pensez que vous êtes la propriété de votre mère. Parfois, vous le regrettez.

Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)

lundi 25 octobre 2010

This is no dream! This is really happening!



Vous avez longtemps cru que votre mère avait vu Rosemary's Baby, le film de Roman Polanski, alors même qu'elle était enceinte de vous. Quand, des années plus tard, vous avez vu le film, vous avez imaginé les angoisses terribles qu'elle avait dû éprouver [...]

Après le zoo du Bois de Vincennes le weekend dernier, ce sera la deuxième fois qu'Olivia Rosenthal et son roman "Que font les rennes après Noël?" collent à ce qu'il m'est donné de voir. Car en effet, Rosemary's Baby de Polanski est ressorti en copie restaurée.



Et en effet (bis), ça me paraît être à voir soit longtemps avant, soit longtemps après avoir été enceinte. Je ne sais pas ce qu'en aura pensé Léa Drucker (qui était à la même séance que moi), je n'ai pas eu le temps de lui en parler.

Le plus étonnant pour ce dimanche aura tout de même été que j'aurai finalement réussi à faire tout ce que j'avais prévu, alors que sur le papier ça semblait compromis.
Préparer / Enregistrer Top Tape, préparer la nouvelle playlist de Radio Campus Paris, écrire mes chroniques pour le numéro de l'Etudiant de décembre (Apparat + Iris&Arm), recevoir les londoniens de Tunng en session et interview, et aller à leur concert le soir même à La Machine.



La session était très chouette!
Le concert un peu moins


Roman Polanski, Rosemary's Baby (1968)
Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)
Tunng, And then we saw land (Full Time Hobby, 2010)

lundi 18 octobre 2010

Quelque part à Paris

(Oui, car le Bois de Vincennes appartient à Paris)



En 2008, la ménagerie de Vincennes a fermé ses portes. Les installations vétustes devaient absolumment être rénovées. On avait déjà refait le faux Rocher aux singes, vaste et haute structure en béton et ciment entièrement évidée qui domine le zoo et en constitue en quelque sorte l'identité touristique, mais il y avait le reste.

Ce passage est extrait d'un livre dont je vous parlerai tantôt et qui a un tout autre sujet que celui-ci. Mais pour le coup, Samedi, j'étais pile à l'endroit évoqué ci-dessus, comme le montre cette photo prise avec mon téléphone... (qui a l'air plus doué pour restituer le Vert que mon appareil photo. La lumière était particulièrement belle, en même temps).

Vert encore, comme la couleur dominante à l'extérieur du Musée de la Vie Romantique.



Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)