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lundi 24 novembre 2025

#NotAllPoliceMen mais beaucoup quand même

Le 6 novembre dernier, j'ai ressenti le besoin impérieux de commenter un des mes anciens posts, daté du 11 avril 2023. Je me souvenais y avoir abordé les violences policières, mais aussi m'être livré à un "effort d'empathie" envers les forces de l'ordre en situation tendue. Je citais d'ailleurs Ste Soline.

Seulement voilà, cet article (exposant les révélations de Médiapart et Libération de la veille) m'ont fait regretter cette remarque pondérée. Que montrent les vidéos dont il est question ? Des consignes d'exécution de tirs tendus de lance-grenades (interdits car dangereux), propos injurieux désignant les manifestants, réjouissance guerrière malsaine. Tout ceci, rappellons-le, pour défendre un "trou".

Ajoutons que la semaine avait déjà été émaillée d'autres méfaits crimes (policiers accusés de viol au tribunal de Bobigny...). Dans une chronique de La Dernière (l'inénarrable émission hebdomadaire de Nova), l'excellent Pierre-Emmanuel Barré se chargeait de mettre ces faits en perspectives, et de conclure :

"On attend l'enquête de l'IGPN. Suspense! Non, bien sûr. Non, ils vont pas se réveiller un matin et admettre que ces institutions sont structurellement brutales, racistes et déresponsabilisantes. Mon enquête ira plus vite : des viols, des mutilations, des meurtres et des mecs qui se filment en train de faire tout ça en se marrant, en fait la police et la gendarmerie, c'est DAESH avec la sécurité de l'emploi"

La chute vaut à l'humoriste d'être l'objet d'une plainte déposée par l'actuel ministre de l'intérieur Laurent Nuñez. On eût apprécié qu'il se penche en premier lieu sur ce que dénonce la chronique, autrement plus grave qu'une comparaison hyperbolique dans une chronique satirique. On rappelle que ce procédé rhétorique "met en parallèle deux éléments de manière outrancière, créant un contraste saisissant, une image frappante, allant bien au-delà de la réalité".

Pour aller plus loin, vous pouvez écouter la chronique de Guillaume Meurice sur le traitement de la plainte dans les médias, et tant qu'à être là même si ça n'a rien à voir, toutes les chroniques de Pierre-Emmanuel Barré (y compris le courrier des lecteurs la saison passée) ou celles d'Aymeric Lompret, Florence Mendez, etc, etc.

lundi 1 juillet 2024

Du consentement

“Do you consent?” she said
I was scared and I said yes

(extrait des paroles de la chanson du précédent article)

La notion récemment popularisée de "consentement" est à l'évidence primordiale dans l'éducation des filles et (surtout) des garçons. Certains pays tendent à l'inclure à la définition du viol dans leur législation, ce qui a d'ailleurs porté à débat en France.

Le bien fondé de cette démarche paraît trivial, j'ai été toutefois intéressé par cet article de blog rédigé par une avocate alertant sur les effets pernicieux de rendre cette question centrale.

Signalons d'abord que la formulation du viol (et de l'agression sexuelle) dans la française par "violence, contrainte, menace ou surprise" est généralement jugée bonne. Ensuite, inclure la notion de "consentement" induirait de faire de la parole et des actes de la victime la notion cardinale... alors que c'est déjà LA question privilégié lors de tout dépôt de plainte. Quand bien même il faudrait viser ausculter le comportement de l'agresseur (le jour J mais également en amont). "Remettre le violeur au centre du viol." conclut l'article.

Ma conclusion personnelle est que la notion de "consentement" ne saurait être suffisante pour définir un viol ou une agression. A y regarder de plus près, les législations où elle a récemment fait son entrée la complète. Ainsi en Espagne :

[...] sont en tout cas considérés comme des agressions sexuelles les actes à contenu sexuel réalisés en utilisant la violence, l'intimidation ou l'abus d'une situation de supériorité ou de vulnérabilité de la victime, ainsi que ceux réalisés sur des personnes privées de sens ou dont l'état mental est abusé et ceux réalisés lorsque la volonté de la victime est annulée pour quelque raison que ce soit.
Source: Article 178
[traduction automatique, désolé]

et en Suède :
Il en va de même pour quiconque accomplit un acte sexuel avec une personne qui, en raison de son inconscience, de son sommeil, de l'influence de l'alcool ou de drogues, d'une maladie, d'une blessure physique ou d'un trouble mental ou autre, se trouve dans une situation particulièrement vulnérable.

Est également coupable de viol quiconque accomplit un acte sexuel avec une personne dans des circonstances où, compte tenu des circonstances, il est évident que l'autre personne n'y participe pas volontairement.

Source: Chapitre 6
[traduction automatique, désolé]

Ces compléments seraient déterminants s'il s'agissait de juger le cas rapporté en exergue.

mardi 11 avril 2023

#notallcops (?)


La tension politique et sociale actuelle, exacerbée par l'adoption au forceps de la réforme des retraites à l'Assemblée Nationale, place à nouveau dans le débat publique la question des "violences policières". En l'absence de chiffres sur les violences "avérées", il est impossible de prouver (et ou quantifier) leur augmentation. Une chose est sûre : le nombre de signalements et enquêtes de l'IGPN a bel et bien augmenté, ainsi bien sûr que la visibilité des abus, filmés puis relayés sur les réseaux sociaux.

Faisons un effort d'empathie : dans le contexte des manifestations récurrentes de gilets jaunes, ou en prévision d'affrontements annoncés avec des manifestants prêts à en découdre (Ste Soline), je peux m'imaginer qu'à être collectivement hué, moqué, caillassé, attaqué sur la seule foi d'un uniforme, un groupe soudé d'individus puisse se sentir menacé, traqué, acculé. Je conçois que le cerveau, dopé à l'adrénaline, bascule en mode "instinct de survie", oublie toute "règle" et voit en tout inconnu un ennemi.

Comprendre n'est pas excuser. On peut bien entendu questionner la stratégie du maintien de l'ordre à la française... mais il doit y avoir plus que ça.

Que disent les violences policières gratuites ou disproportionnées, et le sentiment d'impunité qui les accompagne ? J'aimerais beaucoup que sociologues et psychologues étudient de tels comportements. A l'évidence, le devoir de réserve et la culture du silence de l'institution n'aident pas. On peut tout de même avancer que ces violences traduisent le fait que la protection des individus n'est pas au coeur de l'ADN, a minima, de la direction centrale de la sécurité publique (en charge du maintien de l'ordre public). En voyant la manière dont sont considérés méprisés les immigrés en situation irrégulière et parfois reçues les femmes victimes de violences sexuelles et sexistes, on pourrait sans mal élargir la portée. La comparaison avec les professions de la sécurité civile (pompiers, sauveteurs...) ou de santé est certes biaisée, mais néanmoins éclairante : il y a quelque chose de fondamental à changer dans le recrutement, la formation et le fonctionnement de la police.

jeudi 31 mars 2022

Les Loups sont-ils les plus dangereux ?


Lorsque je fais la lecture de livres pour enfant, j'ai pour habitude d'adapter et commenter le texte à la volée, notamment pour délivrer le moins possible de stéréotypes de genres (de ceux qui limitent les horizons, des filles comme des garçons). 

Lue avec ce prisme, la moralité du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault est intéressante.

On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d'écouter toute sorte de gens,
Et que ce n'est pas chose étrange,
S'il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d'une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.

Cette moralité explicite le sens du conte. Elle entre en résonnance avec notre époque, je pense aux  discours sécuritaires et leur "déconstruction" par les féministes. Je regrette de ne pas retrouver un de ces nombreux tweets qui pourraient illustrer mon propos. Néanmoins, les exemples de messages préventifs maladroits invitant les femmes à ne pas rentrer seules le soir, à ne pas s'isoler dans les transports, à ne pas courir en forêt trop tôt ni trop tard, à surveiller leur verre dans les bars et j'en passe, sont nombreux.

Comme l'explique Valérie Rey-Robert sur son blog dans un article particulièrement éclairant, ces messages sont néanmoins discutables dans la mesure où ils restreignent de facto les libertés des femmes, entretiennent un climat de peur/méfiance en toute situation, et culpabilisent les victimes qui  n'auraient pas tenu compte de ces mises en garde.

Que ne s'adresse-t-on aux hommes ?
Pourquoi par exemple envisager un couvre-feu pour les femmes (afin de les protéger)... et pas pour les hommes ?

Peut-être parce que, tel Perrault, nous faisons de l'agresseur un loup, une bête, un monstre, un criminel, bref un interlocuteur en dehors du contrat social, qu'il serait vain de tenter de sensibiliser ou raisonner.


Toutes les études montrent pourtant que l'image de l'agresseur inconnu tapi dans l'ombre est fausse, puisque la majorité des agressions sont le faits d'hommes "connus" de la victime.

On arguera enfin qu'on ne peut mettre tous les hommes dans le même panier (#notallmen). Arrêtons-nous un instant et faisons un effort de transposition en considérant les messages de la sécurité routière dans sa mission de réduire les accidents de la route (parallèle imaginé par Rose Lamy sur son blog). Ne s'adressent-ils pas à l'ensemble des conducteurs ? Et non pas aux seuls chauffards... Et bien entendu, encore moins aux piétons ?

samedi 6 novembre 2021

La colère monte

A lire "Le monde du vivant", premier roman de Florent Marchet, on ne peut que compatir à la souffrance rentrée de Jérôme, et lui souhaiter de ne pas attraper un ulcère.

Jérôme ne voit pas d'issue. Il pense à la banque, aux panneaux photovoltaïques qu'il comptait acheter après la moisson, à Solène qui en septembre entrera au lycée, à sa toiture qui va s'effondrer s'il ne fait rien. Il se répète qu'il est maudit, qu'on lui met des bâtons dans les roues. La colère monte autant que son estomac se noue, sa main écrase le gobelet, le réduit en lambeaux, des gouttelettes d'eau jaillissent sur son visage crispé, il aimerait hurler, prendre une chaise et la fracasser sur le guichet d'accueil, tordre violemment les ficus et les réduire en bonsaïs.
Florent Marchet, Le Monde du vivant (2020)

mardi 8 décembre 2020

Un silence croisé

On le voit régulièrement à l'occasion d'accusations publiques ou de procès, peu de femmes victimes de viol "cochent toutes les cases" de la "bonne" victime, unique condition à laquelle l'opinion publique se ralliera à leur cause.
La bonne victime doit être perçue comme séduisante [affaire du sofitel de NY] sans toutefois être perçue comme aguicheuse/inconséquente, elle doit avoir combattu son agresseur, et déposé plainte immédiatement après les faits, en étant psychologiquement dévastée, tout en gardant une parfait cohérence dans son témoignage [affaire du 36 quai des orfèvres].

Ce constat revient souvent sous la plume de féministes (comme ici)... Je l'ai retrouvée développée dans King Kong Theory (2006), dans le chapitre dans lequel Virginie Despentes revient sur son viol (1986).


Une femme qui tiendrait à sa dignité aurait préféré se faire tuer. Ma survie, en elle-même, est une preuve qui parle contre moi. [...] Car il faut être traumatisée d'un viol, il y a une série de marques visibles qu'il faut respecter. Peur des hommes, de la nuit, de l'autonomie, dégoût au sexe et autres joyeusetés. On te le répète sur tous les tons : c'est grave, c'est un crime, les hommes qui t'aiment, s'ils le savent, ça va les rendre fous de douleur et de rage (c'est aussi un dialogue privé, le viol, où un homme déclare aux autres hommes : je baise vos femmes à l'arraché). Mais le conseil le plus raisonnable, pour tout un tas de raisons, reste « garde ça pour toi ». Etouffe, donc, entre les deux injonctions. Crève, salope, comme on dit.

Alors le mot est évité. A cause de tout ce qu'il recouvre. Dans le camp des agressées, comme chez les agresseurs, on tourne autour du terme. C'est un silence croisé. 

[...] dans le viol, il faut toujours prouver qu'on n'était vraiment pas d'accord. La culpabilité est comme soumise à une attraction morale non énoncée, qui voudrait qu'elle penche toujours du côté de celle qui s'est fait mettre, plutôt que de celui qui a cogné. 

[...] Je ne suis pas furieuse contre moi de ne pas avoir osé en tuer un. Je suis furieuse contre une société qui m'a éduquée sans jamais m'apprendre à blesser un homme s'il m'écarte les cuisses de force, alors que cette même société m'a inculqué l'idée que c'était un crime dont je ne devais pas me remettre. Et je suis surtout folle de rage de ce qu'en face de trois hommes, une carabine et piégée dans une forêt dont on ne peut s'échapper en courant, je me sente encore aujourd'hui coupable de ne pas avoir eu le courage de nous défendre avec un petit couteau

[...] Post-viol, la seule attitude tolérée consiste à retourner la violence contre soi. Prendre vingt kilos, par exemple. Sortir du marché sexuel, puisqu'on a été abîmée, se soustraire de soi-même au désir. En France, on ne tue pas les femmes à qui c'est arrivé mais on attend d'elles qu'elles aient la décence de se signaler en tant que marchandise endommagée, polluée. Putes ou enlaidies, qu'elles sortent spontanément du vivier des épousables.

Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006)

lundi 22 octobre 2018

Un homme, un vrai

Ses nouveaux camarades ne sont pas des fils d’officiers mais de prolos, et ceux qui parmi eux lui plaisent ne veulent pas devenir prolos, comme leurs parents, mais voyous. Cette carrière, comme l’armée, comporte un code de conduite, des valeurs, une morale, qui l’attirent. Il ne veut plus ressembler à son père quand il sera grand. Il ne veut pas d’une vie honnête et un peu conne, mais d’une vie libre et dangereuse : une vie d’homme.

Il fait dans ce sens un pas décisif le jour où il se bat avec un garçon de sa classe, un gros Sibérien nommé Ioura. En fait, il ne se bat pas avec Ioura, c’est Ioura qui le bat comme plâtre. On le ramène chez lui sonné et couvert d’ecchymoses. Fidèle à ses principes de stoïcisme militaire, sa mère ne le plaint pas, ne le console pas, elle donne raison à Ioura et c’est très bien ainsi, estime-t-il, car ce jour-là sa vie change. Il comprend une chose essentielle, c’est qu’il y a deux espèces de gens : ceux qu’on peut battre et ceux qu’on ne peut pas battre, et ceux qu’on ne peut pas battre, ce n’est pas qu’ils sont plus forts ou mieux entraînés, mais qu’ils sont prêts à tuer. C’est cela, le secret, le seul, et le gentil petit Edouard décide de passer dans le second camp : il sera un homme qu’on ne frappe pas parce qu’on sait qu’il peut tuer.

Emmanuel Carrère, Limonov (2011)

jeudi 24 mai 2018

[mai68] La hauteur de la force

Le 24 mai est réputé être la journée la plus violente de Mai 68 à Paris (vous pouvez d'ailleurs la revivre heure par heure via le docu-fiction La Barricade).

Je m'en vais donc ici aborder ce parfum de lutte contre les puissants, cette odeur de souffre que j'ai sentis en parcourant l'exposition aux Beaux-Arts introduite précédemment.

Si les idées anti-politique, anti-élection, anti-patron s'entendent aujourd'hui dans la rue, les discours et affiches de mai 68 leurs donnent à l'époque une consistance tangible... allant jusqu'à l'appel explicite à la violence (à notre époque prescrite et moralement réprouvée, à l'exception notable des black blocks)

Ci-dessous un tract de mai 68, suivi de quelques affiches (toujours par les étudiants des beaux-arts) qui rejettent en bloc dialogue et élections, et ne voient dans la police que la matraque du pouvoir politique.


APPEL A LA VIOLENCE

La répression sauvage et brutale de la "PENSEE" conservatrice et soi-disant moderne, celle du système qui l'encadre vient aujourd'hui de montrer son véritable visage. Depuis dix ans, sous le couvert d'une bonhomie paternaliste et scientifique, le régime en place n'a fait jour après jour que renforcer sa définition d'implantation, c'est-à-dire son système de défense : la police. Depuis dix ans, ces politiciens de la police n'ont fait que s'installer dans l'illusion croissante de leur pouvoir et perfectionner leurs méthodes de domination, pour finalement, au premier jour de véritable menace, s'appliquer à massacrer impitoyablement la première tentative de revendication échappant à la loi des partis qui prétendent représenter la gauche. Il n'est plus question maintenant d'ignorer une seule seconde leurs présences. Il se sont déshabillés : montrons-nous.

La seule tactique à observer demain : un coup de matraque =  deux   coups   de   barres   d'acier,   une grenade  lacrymogène = une grenade offensive. "L'HEURE EST ENFIN VENUE" de répondre à la répression par l'attaque, au dialogue de table ronde par la parole, aux significations par le geste. Organisons-nous comme l'individualité s'organise en collectivité. Nous avons la HAUTEUR DE LA FORCE, c'est-à-dire le NOMBRE. L'histoire falsifiée, car aux mains des peureux d'eux-mêmes, a toujours été dirigée à leur profit dans le sens des majorités. Maintenant, la majorité, c'est nous. Il s'agit simplement de prendre conscience du fait que la "GUÉRILLA" la plus forte est celle de l'aventure de la pensée. Ils ne la possèdent pas. Nous la vivons. Il faut les marquer définitivement du sceau de leur emprisonnement.

Cet appel à la violence est l'actualisation de la trajectoire qui va de la pensée au pavé. ARMONS-NOUS.


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(à suivre)

jeudi 7 septembre 2017

Do you remember being nineteen?

"Better Call Saul"... Qui a vu "Breaking Bad" se souvient évidemment du slogan employé par l'avocat Saul Goodman. Il aura donné son nom à la série spin-off, centrée sur ce personnage (et, dans une moindre mesure, sur Mike Ehrmantraut). Six ans les faits aujourd'hui connus, on assiste donc à la génèse de Saul Goodman, personnage haut en couleur : touchant, travailleur, humble (et flamboyant), juste (honnête... à sa manière), drôle...

Au final, la série pourrait faire penser à une sorte de mash-up entre Ally McBeal et un Perry Mason burlesque, le tout dans l'univers de Breaking Bad. Savoureux.
Voici une plaidoirie extraite du tout premier épisode.


Oh, to be nineteen again! You with me, ladies and gentlemen? Do you remember nineteen? Let me tell you, the juices are flowing. The red corpuscles are corpuscling, the grass is green, and it's soft, and summer's gonna last forever.... ... Now, do you remember? Yeah, you do. But if you're being honest...I mean, well, really honest, you'll recall that you also had an underdeveloped nineteen-year-old brain. Me, personally, I...it...If I were held accountable for some of the stupid decisions I made when I was nineteen... Oh, boy, wow. And I bet if we were in church right now, I'd get a big "amen!"


Which brings us to these three... Now, these three knuckleheads. And I'm sorry, boys, but that's what you are. They did a dumb thing. We're not denying that. However, I would like you to remember two salient facts. Fact one: nobody got hurt, not a soul. Very important to keep that in mind. Fact two: Now, the prosecution keeps bandying this term "criminal trespass." Mr. Spinowzo, the property owner, admitted to us that he keeps most portions of his business open to the public both day and night. So, trespassing? That's a bit of a reach, don't you think, Dave? Here's what I know: These three young men, near honors students all, were feeling their oats one Saturday night, and they just went a little bananas. I don't know. Call me crazy, but I don't think they deserve to have their bright futures ruined by a momentary, minute, never-to-be-repeated lapse of judgment. Ladies and gentlemen, you're bigger than that.

S'en suivra la projection par le procureur d'une vidéo awkward tournée... dans une morgue. Je n'en dis pas plus.


Better Call Saul, Uno
(Vince Gilligan, Peter Gould : 2015)

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Cette plaidoirie m'a rappelé l'un des arguments employé par le père de Broke Turner, cet étudiant "modèle" qui avait violé une étudiante inconsciente sur le campus de Stanford. Cette affaire avait fait grand bruit en 2016 [wikipedia], dans la mesure où elle mettait en lumière des comportements trop souvent tus sur les campus américains, et, de manière plus large, illustrait la "culture du viol".

Au final, Broke Turner aura donc été condamné pour les chefs d'inculpation : 
- Assault with intent to rape an intoxicated woman,
- Sexually penetrating an intoxicated person with a foreign object
- Sexually penetrating an unconscious person with a foreign object

Craignant que la condamnation résultante (notamment son inscription au registre des délinquants sexuels) n'hypothèque l'avenir de son fils, le père, Dan Turner, écrivit au procureur une lettre, dans laquelle figuraient les propos suivants :
“His life will never be the one that he dreamed about and worked so hard to achieve. That is a steep price to pay for 20 minutes of action out of his 20 plus years of life.”

J'en reviens donc à Jimmy (Better Call Sall) : "I don't think they deserve to have their bright futures ruined by a momentary, minute, never-to-be-repeated lapse of judgment". La différence? Il précisait, peu avant :
"Nobody got hurt, not a soul."

mardi 15 novembre 2016

Scènes de violences conjugales

"Scènes de violence conjugales" montre avec justesse, à travers deux couples d'âges et de milieux socio-professionnels différents, la manière dont la violence peut s'immiscer dans une relation amoureuse durable, au détriment des femmes (les chiffres sont parlants). Cette violence s'exprime d'abord dans la bouche de leur conjoint sous forme de remarques insidieuses, grignotant peu à peu l'estime de soi. Elle finira par éclater en propos ostensiblement dépréciants et destructeurs... jusqu'à ce que le premier coup soit porté.

Emotionnellement impliquante, la pièce trouve sa justesse dans son écriture, ancrée dans le réel.
L'auteur Gérard Watkins a assisté à des séminaires, à des procès, et rencontré des professionnels ou bénévoles en prise avec une telle violence.
Il raconte par exemple sa entrevue avec Ernestine et Carole, de l'Observatoire de la violence envers les femmes du 93.


Dans le bureau rempli de dossiers, Ernestine et Carole me reçoivent. Nous entrons très rapidement dans le vif du sujet. Elles veulent connaître le contenu de mon projet. Je m'engage directement dans le récit de ce que j'envisage. Et j'en arrive au moment où, dans mon scénario initial, une des femmes se fait tuer. Je finis le récit. Un grand silence... Ernestine me regarde droit dans les yeux et me dit simplement et fermement: -Il NE FAUT PAS QUE LA FEMME MEURE-. Elle dit qu'elle comprend les règles de la tragédie, l'impact de cette mort, la nécessité de rendre compte du fléau, elle comprend tout ça. mais elle répète: «IL NE FAUT PAS QUE LA FEMME MEURE ». Je souris, j'écoute; Ernestine développe son argumentation: une femme doit penser qu'elle ne doit pas mourir. Qu'elle ne doit pas être battue. Qu'elle n'a aucun ordre à recevoir, de personne. Qu'elle peut s'en sortir en ouvrant une porte. En prenant la parole. Donc: LA FEMME NE DOIT PAS MOURIR. Elle ne doit pas répondre aux règles de la tragédie.

Géard Watkins, Scènes de violences conjugales (2016)
Jusqu'au 11 décembre au Théâtre de la Tempête

samedi 23 juillet 2016

I don't want to fight your war tonight

I don't want to fight your war tonight
Put away all your guns and knives

I am waiting Lorelei

I don't want to see the streets tonight
I am so weary and so tired

I am waiting Lorelei

Violence holds
The scene below

People act out their paces
Go through their places
Burn all the traces

We alone
Carry forth

We are two so despite what you do
Despite what you see
Just don't give up
We're gonna be free

Spain - Lorelei
Carolina (Glitterhouse, 2016)


- -
Un morceau en écoute ici, sur lequel la voix de Josh Haden prend des inflexions que je ne lui connaissais pas... Très bon album, comme toujours, avec Spain.


lundi 9 mars 2015

Encore faire appel à la violence

Paris, Gare d'Austerlitz. Gabriel attend sa nièce. Avec la chaleur, les odeurs, l'ambiance s'électrise, et certains propos désobligeants se font entendre.

Le ptit type examina le gabarit de Gabriel et se dit c’est un malabar, mais les malabars c’est toujours bon, ça profite jamais de leur force, ça serait lâche de leur part. Tout faraud, il cria :
– Tu pues, eh gorille.
Gabriel soupira. Encore faire appel à la violence. Ça le dégoûtait cette contrainte. Depuis l'hominisation première, ça n'avait jamais arrêté. Mais enfin fallait ce qu'il fallait. C'était pas de sa faute à lui, Gabriel, si c'était toujours les faibles qui emmerdaient le monde. Il allait tout de même laisser une chance au moucheron.
– Répète un peu voir, qu'il dit Gabriel.
Un peu étonné que le costaud répliquât, le ptit type prit le temps de fignoler la réponse que voici :
– Répéter un peu quoi ?
Pas mécontent de sa formule, le ptit type. Seulement, l'armoire à glace insistait : elle se pencha pour proférer cette pentasyllabe monophasée :
– Skeutadittaleur…
Le ptit type se mit à craindre. C’était le temps pour lui, c’était le moment de se forger quelque bouclier verbal. Le premier qu'il trouva fut un alexandrin :
– D'abord, je vous permets pas de me tutoyer.
– Foireux, répliqua Gabriel avec simplicité.
Et il leva le bras comme s'il voulait donner la beigne à son interlocuteur. Sans insister, celui-ci s'en alla de lui-même au sol, parmi les jambes des gens. Il avait une grosse envie de pleurer.

Raymond Queneau, Zazie dans le métro (1959)