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jeudi 9 mai 2024

Que le meilleur survive

J'ai fait deux enfants. Enfin... je les ai pas vraiment faits, ils se sont faits tout seuls. Enfin... ils se sont pas vraiment fait tout seuls, on se comprend. Parfois, on est conduit pas par sa tête, pas par la raison, parfois, on est conduit par l'espèce. Par les phéromones. Par le guidon. Par l'Amour peut-être. L'Amour, c'est le piège, l'astuce, le vertige qu'a trouvé l'espèce pour qu'on soit toujours là, à se reproduire quand même. À travers et malgré l'absurde, à travers et malgré l'immensité de la saloperie humaine, à travers et malgré l'horreur de chaque fin de vie, à travers et malgré la catastrophe annoncée. Peut-être l'amour, c'est l'astuce, le piège que l'espèce a trouvé pour qu'on continue à se perpétuer.

J'ai fait deux enfants. Enfin... c'est pas vraiment moi, c'est l'Amour. C'est l'Amour dans ses débuts, c'est l'Amour dans sa fin, quand il n'y en a plus. Certains enfants sont des cadeaux "pot de départ", d'autres, des cadeaux de bienvenue, un souvenir de ce qu'un jour on s'est aimés. On fait un enfant souvenir et puis "bon courage", "longue vie", "à la prochaine", "je demanderai aux gamins un de ces jour de tes nouvelles".

Peut-être qu'on fait des enfants pour ne jamais, jamais, jamais se retrouver à écrire des chansons aussi tristes que Kinou. Nino Ferrer, le rigolo a écrit les chansons les plus tristes de la Terre : le "jardin des statues où court l'enfant qu'on n'a pas eu". La deuxième chanson la plus triste de toute la chanson française. Tu m'étonnes qu'on se tire un coup de fusil tranquille quand on est capable d'écrire ce genre de tristesse infinie, et la maison près de la fontaine, et la rua madureira, et chanson pour Nathalie.  Je l'ai vu en concert ,Nino Ferrer, à Lyon en 1993, complètement dégoûté par son public à la con qui ne voulait entendre que Le téléphon.

J'ai fait deux enfants et maintenant le rapport du GIEC me dit qu'il reste trois ans à la Terre entière pour freiner à fond, "inverser la courbe" comme ils disent, repartir en arrière, redresser l'espace-temps. Trois ans pour faire tourner la Terre en arrière sur elle-même, comme Superman pour Lois Lane, autant dire, quoi... suicide direct! Il reste trois ans. Je ne vois plus qu'une dictature mondiale éclairée pour tenter de nous sauver. Je suis candidat, évidemment, bien sûr. Pourquoi pas ? Il faut bien que quelqu'un se sacrifie. Sinon, on s'en sortira pas.

J'ai fait deux enfants. C'est comme si je les avais lancés dans la fin du monde en plein dans Je suis une légende, L'armée des 12 singes, La guerre des mondes, World War Z, mélangés dans un seul film très pourri.

J'ai fait deux enfants. Et la plus grande probabilité, c'est qu'il survivent comme dans le bouquin La route de Cormac McCarthy.

J'ai fait deux enfants. Et je vois de très loin la mort arriver, mais très vite, à la vitesse d'un cheval supersonique. Qu'est-ce que je vais leur dire ? "Au revoir les enfants, adieu, courage, bonne chance mes poussins pour la guerre mondiale thermonucléaire. Go, go, go, que le meilleur survive! Évitez de vous manger l'un l'autre. Papa est désolé de vous avoir envoyés dans cette merde, pardonnez moï, je savais pas ce je faisais. C'était pas moi, c'était l'espèce qui parlait, c'était le guidon qui conduisait ".

"Souvenez-vous, quand même, si jamais.... Souvenez-vous quand même, si jamais, que papa il vous aimait."

Bruit noir - deux enfants
IV / III (2023)

mardi 26 mars 2024

Le dernier concert (bis)

Si je tarde en 2024 à redonner à ce blog un rythme de publication décent, c'est que je sais devoir revenir sur un "au revoir" qui aura marqué la fin d'année précédente, je pense au dernier (!) concert de Taulard.


Mon cinquième concert de ce groupe énergique, simple et attachant, souvenir heureux et emprunt d'un voile de nostalgie.

De manière inéluctable, cela me renvoie à un récent autre dernier concert vécu à Petit Bain, plus "grand" : Mendelson.


Grande et belle consolation, j'ai en découvert un enregistrement intégral, à voir ici :
Frissons garantis

mercredi 20 septembre 2023

Un leurre pour détourner les gens

Je revendique consciemment le fait de ne pas faire de la joie de vivre mon fonds de commerce. Il y a tellement de gens qui le font en France, tous ces petits chanteurs qui jouent sur une sorte de douceur hyper opprimante avec des petits arrangements, un truc samba... Pour moi, à entendre à la radio, c'est une oppression terrible. J'ai l'impression que c'est une sorte d'oblitération de la situation catastrophique dans le monde. Des chansons de propagande. Un leurre pour détourner les gens. Dans la vie de tout le monde, c'est horrible. Je n'ai jamais vu quelqu'un venir vers moi et me dire: « Je suis heureux. » Mais on compense, on fait avec... Pour autant, il y a une sorte de confort dans la mélancolie qui est assez agréable. Quand j'écoute Townes Van Zandt, je suis bien, je ne suis pas en train de me dire que c'est triste. Et c'est atrocement triste pourtant. Totalement désespéré. Mais ses chansons me soulagent. Ces chansons-là, je ne les sens pas essayer de m'annihiler. De nier ma réalité quotidienne. Comme le font les chansons de la radio.

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)

J'ai l'impression qu'il y a deux catégories de personnes : ceux que les musiques tristes affectent et au final dérangent, et ceux qui les apprécient sans qu'elles n'aient d'incidence sur leur humeur ou moral 

samedi 26 août 2023

Combs-la-Ville

Tu n'as rien vu à Combs-la-Ville
Non tu n'as rien vu à Combs-la-Ville

"Combs-la-Ville"... Morceau marquant du premier album de Mendelson, sur lequel revient Pascal Bouaziz, dans l'avant-propos du recueil de ses textes.

Moi, bien sûr, à l'époque où je l'ai écrite, je ne connaissais pas du tout. Cette ville-là en tout cas. A l'époque je confondais avec Villemomble, que je ne connais pas non plus. Une fois, par hasard, je me suis perdu en voiture, justement à Combs-la-Ville. On ne peut pas dire que j'aie été trop surpris. C'est l'avantage de la banlieue, on n'est jamais dépaysé. La banlieue, j'y suis né, j'y ai grandi, j'y ai vécu, j'y vis plus. Dans les chansons, c'est souvent l'endroit où les gens dont j'essaye de raconter les histoires vivent, tout simplement. Donc fondamentalement, ça nous distingue des chansons écrites sur les gens qui se promènent au jardin du Luxembourg, la chanson je dirais, bourgeoise, ou des chansons écrites sur les gens qui vivaient à Pigalle en 1930, la chanson faussement réaliste, tout ça...

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)

jeudi 20 juillet 2023

Mon avenir

À cette époque là, je travaillais dans un restaurant McDonald's, je me souviens que j'avais vu une photo de Daniel Johnston, dans le même costume que moi, avec le même balai que moi, dans le journal Les Inrocks, et bizarrement de voir cette photo, ça m'avait rassuré sur mon avenir. Quelqu'un qui peut se sentir rassuré sur son destin parce qu'il exerce le même métier que Daniel Johnston, maintenant que j'y repense, j'ai un peu de la peine pour lui.

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)

(Daniel Johnston, au milieu des années 80)

mardi 4 juillet 2023

Le monde des snobs

Il y a deux ans déjà, paraissait le dernier (DERNIER!) disque de Mendelson. Dans le même temps, Pascal Bouaziz compilait l'intégrale des textes écrits pour le groupe dans un livre, précédée d'une introduction d'une cinquantaine de pages. L'auteur y revient sur sa discographie, son écriture et plus généralement son parcours.

Ensuite [après the Wall], j'ai acheté d'autres cassettes du Floyd. Animals doit être celle que j'ai le plus écoutée. J'étais en voyage linguistique en Irlande, et le môme de la famille m'avait prêté son walkman. Je faisais du vélo et je pédalais différemment selon les chansons, selon le rythme, la pulsation. C'était presque de la musique sur vélo, le vélo était mon instrument. Atom Heart Mother, à l'époque je prenais ça pour de la musique sérieuse, pas du rock'n'roll bête ou de la musique gothique. Il y avait trois catégories de fans de musique dans mon lycée: les hard-rockers, les gothiques et ceux qui écoutaient Pink Floyd, Dire Straits, etc. En gros, les neuneus, les dépressifs, et les prétentieux. En arrivant à Paris, en découvrant les Smiths, le punk, le folk anglais, je suis rentré dans le monde des snobs. Que je n'ai plus quitté depuis. Les snobs, en art, détiennent la vérité. C'est malheureux mais c'est comme ça.

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)


"Je me souviens" (comme dirait Perec ou Dumez) m'être frotté au lycée à la discographie de Pink Floyd (avec nette préférence pour The Wall). Je me souviens lors d'un voyage linguistique à Reading avoir demandé à Simone (autre participante, mais d'origine allemande), qui me disait également apprécier le groupe, "quel album ?" sans obtenir de réponse (et c'était ok).
Je me souviens, toujours à Reading, avoir écouté un nombre incalculable de fois :
Delicatessen - I'm Just Alive
Levellers - Zeitgeist 
et surtout
Ash - Girl from Mars
Green Day, Basket Case

mercredi 1 décembre 2021

2021, un palmarès

Avec un poil d'avance, je livre ici mon bilan musical (mais pas que) pour cette année qui s'achève.
Playlist spotify à suivre d'ici les fêtes... possiblement avec quelques ajustements du présent article. N'hésitez pas à partager vos albums pref' en commentaire !


Les Albums
Mendelson - Le dernier album
Arab Strap - As Days Get Dark
Rhume - Vigilance rose
Ducks Ltd. - Modern Fiction / Get Bleak
Crumb - Ice Melt

Dean Blunt - Black Metal 2
Dry Cleaning - New Long Leg
Liars - The Apple Drop
Bonnie 'Prince' Billy + Matt Sweeney - Superwolves
Squid - Bright Green Field


Mais aussi
Andy Shauf - Wilds
Anna Leone - I've Felt All These Things
Bertrand Betsch - Demande à la poussière
Bill Callahan And Bonnie 'Prince' Billy - Blind Date Party
Damien Jurado - The Monster Who Hated Pennsylvania
Darkside - Spiral
Floatie - Voyage Out
Fontaine Wallace - Le projet
Islands - Islomania
Kiwi Jr. - Cooler Returns
Mansfield TYA - monument ordinaire
Maple Glider - To Enjoy is the Only Thing
Midnight Sister - Painting The Roses
the Notwist - Vertigo Days
Painted Shrines - Heaven and Holy
Solemn Brigham - South Sinner Street
Troy Von Balthazar - Courage, Mon Amour !

Et sans doute (puisque pas réellement écoutés)
Low - HEY WHAT
Sufjan Stevens + Angelo De Augustine - A Beginner's Mind


Les morceaux
(en plus de tous ceux figurant dans les albums ci-dessus) :
Amyl and The Sniffers - HertzBillie Eilish - Therefore i amBlack Country, New Road - Athens, FranceClap Your Hands Say Yeah - New Fragility ; Dean Wareham - The Past Is Our PlaythingGontard - les loups ; Damon Albarn - The Nearer the Fountain, More Pure the Stream Flows ; Django Django - Spirals ; HovvdyTrue LoveIceage - VendettaLisa Li-Lund - JanetSilicone Values - Nothing Wrong With Me ; Sophia - Strange Attractor ; Stranded horse - towards a waning glow ; WoodsNickels and Dimes


Des concerts
11/11 Mendelson @ Petit Bain
16/09 the Notwist @ Trabendo
10/09 Arab Strap @ Barrowland Ballroom / Glasgow


Des séries
Mare of Easttown / Scènes de la vie conjugale / Successions


Des films
Drive my car (Ryusuke Hamaguchi),


Jeux-vidéo
Blasphemous

jeudi 25 novembre 2021

Mourir un peu

Ca y est... le "dernier" concert de Mendelson est derrière moi. Enfin peut-être pas tout à fait, puisque je m'imagine parfois rallier Rouen le 27 janvier prochain. Un luxe. Alors que d'autres, tout aussi fans que moi, n'auront pas cette chance. Pour eux, je me dois donc d'écrire quelques mots sur cette soirée importante. 

A l'affiche ce soir-là, Pascal Bouaziz suivi de Mendelson. Aucun morceau de "Haïkus" cependant en première partie, si bien qu'il eût été plus exact d'annoncer une double ration de Mendelson. 

Ou alors communiquer sur un stand-up d'ouverture.
Avec les années, Pascal Bouaziz a en effet réussi à développer son humour pince-sans-rire et sa verve, au point qu'il peut passer de longues minutes à discourir et à faire pouffer son auditoire. Ca fonctionne, puisque réalisé avec force intelligence et auto-dérision : de quoi fédérer son public de dépressifs.


Pinto
L'Ardèche
Le Sens commun
Le Soulèvement

Quel plaisir de réentendre "Pinto", tout de même, on replonge ainsi dans l'indépassable entame d'album de "Quelque Part".


Pascal Bouaziz quitte la scène, il reviendra avec ses musiciens et complices qu'il aime tant (citons Pierre-Yves Louis, Sylvain Joasson et Jean-Michel Pires dont l'épaisseur n'est plus à démontrer. Avec ces cinq là et la profondeur des morceaux qu'ils délivrent, on peut bien s'abîmer dans les eaux de la Seine. 


La Force quotidienne du mal
Algérie
Les Chanteurs
Ville nouvelle
Héritage
1983 (Barbara)
La Dernière Chanson
-
Il n'y a pas d'autre rêve

Quelques commentaires tout de même sur la setlist :

- Algérie en fût bien entendu le moment le plus intense (un "moment" d'une vingtaine de minutes)

- 1983 (Barbara) aura un poil perdu de sa superbe, desservie par le mix...

- et... Pourquoi, COMMENT manquer l'occasion de refermer le concert par "La dernière chanson" ? Je comprends l'idée ("il n'y aura pas d'autres histoires à raconter")... mais je ne m'en remets pas! D'autant qu'une fois le morceau achevé, j'ai totalement lu dans l'attitude et le visage de Pascal Bouaziz le sentiment mêlé qu'il évoquait en interview :

"Je crois qu’après le dernier concert de Mendelson, je vais avoir comme un sentiment de soulagement, comme un manteau trop lourd, trop vieux et un matin vous vous levez en te disant « Ah, ce matin, je ne suis plus obligé de porter ce vieux manteau. Ah dis, donc je me sens vachement léger ». Peut-être que dès le dernier concert, je vais me rendre compte de la connerie que j'ai faite. Pourquoi avoir construit toutes ces années un truc et le suicider soi-même ? On verra…"

dimanche 7 novembre 2021

Etre fidèle à son parcours

On ne compte plus les posts sur ce blog en lien avec Mendelson. Vingt-quatre années "au sommet" (non pas des charts, mais de l'art), sept albums, de "l'avenir est devant" jusque... "le dernier album", qui se referme sur "la dernière chanson".

Mais est-ce vraiment la fin? Est-ce vraiment la dernière tournée? Connaissant l'humour pince sans-rire de Pascal Bouaziz, le doute était permis. Malheureusement, il douche nos espoirs dans une profonde interview donnée à Benzine, dont voici quelques courts extraits. Ils confirment la fin de Mendelson, et les raisons tant artistiques et pratiques qui l'ont provoquée.

Ne vous arrêtez pas à ces lignes, allez la lire en intégralité[Part. 1 ; Part.2]
Ceci vous mettra en condition pour son concert du jeudi 11 novembre à Petit Bain.


Je sais bien qu’après Mendelson, il y aura d’autres aventures humaines qui vont se poursuivre mais Mendelson c’est la fin, c’est sûr. Je suis très heureux que cela soit cet album qui vienne conclure cette aventure. Je suis très heureux de l’avoir réussi car je trouve que c'est un très beau dernier chapitre. C’est bien sûr un pincement au cœur que cela soit la fin mais en même temps c'est moi qui l'ai voulu et en même temps, je suis très heureux d’avoir réussi à ne pas salir le truc, à ne pas devenir Robert Smith à ma petite échelle, le groupe qui ne sait jamais finir.

*
*     *

Continuer la musique, certainement ! En quoi, cela va-t-il différer de ce que proposait Mendelson ? En premier lieu, cela ne sera plus un groupe. Même si c’est un peu un groupe étrange, même si je suis le seul membre originel. Si je fais des disques sous mon seul nom, ce sera totalement différent et même si je rejoue avec les mêmes personnes, ce sera de toute façon totalement différent car l'histoire même de Mendelson, l'héritage de Mendelson conditionne également une manière de raconter les histoires, de se tenir et d’être fidèle à son parcours, aux personnages et aux chansons. C'est incroyable de parvenir à créer un personnage de groupe que vous avez tenté d’élever à une certaine éthique, une rigueur, mais cela peut aussi être une prison.

Je crois que c’est pour ça que je ne réussissais plus à écrire pour Mendelson : je ne parvenais plus à me replonger dans cet état d’esprit. J’espère que je réussirai à continuer à faire de la musique, j'en ai envie mais il me fallait avant me libérer de ces 25 ans d’histoire, c’est lourd parfois à assumer. Il faut porter le groupe, porter son projet, il faut se battre contre vents et marées pour le faire exister, se battre pour trouver des dates. Tenter de faire le mieux qu’on peut avec des bouts de ficelles parfois. Chaque tournée se transformait en galère pour notre tourneur, Soyouz. On fait 800 kilomètres et il y a 25 personnes dans la salle, le programmateur est complètement déprimé et les gens dans la salle, ils ne sont que 25 et se regardent en chiens de fusil et puis on refait encore 800 kilomètres le lendemain. A un moment, vous vous dîtes « C'est mignon mais c’est de l'acharnement thérapeutique. » Un projet plus léger en solo ou en duo, ce sera plus facile à défendre.

*
*     *

Je me rends compte en vieillissant que l’on fait vraiment quelque chose de difficile, d’exigeant et en plus quelque chose qui n’est pas identique à chaque fois. Il n’y a pas le côté « Doudou » chez Mendelson où d’album en album, vous retrouvez à chaque fois la même chose. Il n’y a pas la ritournelle, les refrains, le feel good. Il n’y a pas tous ces petits trucs qui font que les choses fonctionnent. 

*
*     *

Vous savez, vous passez une grande partie du début de votre vie à réfléchir à comment devenir quelqu’un et l’autre partie de votre vie à savoir comment arrêter de devenir cette personne. (Rires)  Et puis penser à la mort m'est assez naturel. Il faut penser à comment commencer quelque chose, il me semble normal aussi de penser à comment le finir. Finir pour probablement se réinventer, se donner une autre vie. Je suis assez impatient d'à la fois les prochains concerts de Mendelson mais aussi de la vie après Mendelson tellement cela a été important pour moi. Je crois qu’après le dernier concert de Mendelson, je vais avoir comme un sentiment de soulagement, comme un manteau trop lourd, trop vieux et un matin vous vous levez en te disant « Ah, ce matin, je ne suis plus obligé de porter ce vieux manteau. Ah dis, donc je me sens vachement léger ». Peut-être que dès le dernier concert, je vais me rendre compte de la connerie que j'ai faite. Pourquoi avoir construit toutes ces années un truc et le suicider soi-même ? On verra…

Mendelson, le dernier album (2021)

samedi 11 juillet 2020

A cancer of this planet

"Il paraît qu'on peut comparer la prolifération de l'espèce humaine sur la Terre à celle d'un cancer généralisé."

Est-ce qu'en plus de citer les oeuvres de Hemingway, Plutarque ou Tarkovski dans son morceau "les animaux sauvages", Pascal Bouaziz se réfère également à Matrix ?
L'idée est devenue un poncif, sans doute était-ce moins le cas en 1999 lorsqu'elle était exprimée avec force par l'agent Smith.


I'd like to share a revelation that I've had during my time here. It came to me when I tried to classify your species and I realized that you're not actually mammals. Every mammal on this planet instinctively develops a natural equilibrium with the surrounding environment but you humans do not. You move to an area and you multiply and multiply until every natural resource is consumed and the only way you can survive is to spread to another area. There is another organism on this planet that follows the same pattern. Do you know what it is? A virus. Human beings are a disease, a cancer of this planet. You're a plague, and we are the cure.


Matrix, Wachowski Sisters (1999)

jeudi 23 janvier 2020

Mes plus beaux souvenirs de l'espèce humaine

Paroles de Bruit Noir (feat. Pascal Bouaziz de Mendelson),
groupe au nom programmatique.

Tu connais l'histoire de l'animal le plus intelligent? Enfin... c'est pas vraiment une histoire, c'est dans... Plutarque. Bon, Plutarque, évidemment, c'est un peu osé comme référence mais vu les gens qui écoutent ce titre, je me dis qu'on peut peut-être un peu repousser les limites.

L'autre jour, je regarde "La Planète des Singes" - Bon, ça, ça va comme référence? - et je me dis :
Qu'arrive enfin la planète des rats ! Qu'arrive enfin la planète des cafards ! Qu'arrive la planète des fourmis ! (Tu crois que eux, ils achèteront le disque ?)

Le passage le plus émouvant du cinéma mondial des vingt dernières années c'est dans "Fantastic Mister Fox", quand le renard depuis l'autre coté de la vallée salue le loup de son poing levé, signe de ralliement des animaux sauvages, signe de ralliement des animaux sauvages, le vieux "No Pasaran" réactualisé.



Les êtres humains ne passeront pas
Les êtres humains ne passeront pas
Les êtres humains ne passeront jamais

Ce passage, c'est aussi beau et aussi triste que la guerre d'Espagne dans le bouquin si triste d'Hemingway. Il ne souhaite plus qu'une seule chose à souhaiter au renard, au blaireau et au loup, c'est que nous les franquistes nous disparaissions avant vous.

Il paraît qu'on peut comparer la prolifération de l'espèce humaine sur la Terre à celle d'un cancer généralisé. Ça m'étonne pas vraiment que ça marche pareil, les êtres humains sur la Terre et les cancers. Ça me rassure un peu de pas être le seul à avoir ce même genre d'idée. Moi, les plus beaux souvenirs de l'espèce humaine, c'est quand je partais tout seul en randonnée hors saison en
montagne et que j'en voyais pas un seul spécimen de toute la journée.

Et tout ce temps-là, je guettais les animaux sauvages
J'espérais les animaux sauvages
J'attendais les animaux sauvages
C'est tellement beau les animaux sauvages

Comme le surfeur d'argent qui leur parle dans leur langue-même. Moi j'espérais parler aux animaux sauvages. C'est tellement beau les animaux sauvages. Galactus, le mangeur de mondes, tu te souviens dans la même BD, c'est juste une image de la mort qui nous vient, une métaphore de ce qui nous attend juste là demain. Galactus, c'est la logique en marche d'une civilisation de crétins, le train que personne n'arrête et qui fonce à pleine vitesse dans le ravin et moi, comme le pauvre surfeur d'argent, je vois tout d'avance et j'y peux rien. Comme dans "La Planète des Singes", je peux plus voir le film, je connais déjà la fin

Et je guette les animaux sauvages
C'est tellement beau les animaux sauvages
C'est tellement beau l'immense étrangeté du regard des animaux sauvages
Qui te regardent comme un objet, comme un animal étrange toi-même
Et probablement très mal habillé

L'homme est un animal nuisible que les autres espèces auraient mieux fait d'éradiquer, comme on clouait les chouettes sur les portes, les chouettes auraient mieux fait de nous clouer.

Y a tellement plus de beauté chez les animaux sauvages
Y a tellement plus de fierté et de liberté dans le regard d'un rat même faisant les poubelles dans l'obscurité que dans le tien scotché devant tes séries américaines

C'est tellement beau qu'il reste encore des animaux sauvages
C'est tellement surprenant que ce soit encore autorisé
C'est tellement surprenant que ce soit encore autorisé la beauté
C'est tellement surprenant que ce soit encore autorisé la beauté

Tu sais où y a plein d'animaux sauvages? Où ils sont bien tranquilles? A Tchernobyl. C'est bizarre qu'ils organisent pas des randos là-bas, genre safari à Tchernobyl. Moi j'irais bien voir les animaux sauvages à Tchernobyl, et puis j'irais bien m'installer là-bas moi aussi, tiens pendant que j'y suis, genre comme dans "Stalker", le film de Tarkovski. Bon, Tarkovski comme référence, j'entends, c'est un peu osé mais bon, vu les gens qui écoutent ce titre, je me dis qu'on peut peut-être encore un peu repousser les limites.

Tu connais l'histoire de l'animal le plus intelligent?
Tu la connais?

Bruit Noir - les animaux sauvages
II / III (Ici d'ailleurs, 2019)

Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas (1940)
Plutarque, l'intelligence des animaux
Andrei Tarkovski, Stalker (1979)
Franklin J. Schaffner, La Planète des singes (1968)

- - -
Beaucoup de références dans ce morceau, dont deux films dont les images ont marqué semble-t-il plus d'un esprit. Dans "Stalker", les personnages se rendent dans "la Zone", lieu déserté d'un désastre passé. "La zone", c'est aussi le terme qu'emploient les témoins de Tchernobyl dans le livre dont je publie ici des extraits en ce moment La Supplication. Je pense notamment au témoignage d'un groupe de liquidateurs-chasseurs, encore hantés par leur mission d'abattre en masse animaux sauvages comme domestiques dans le périmètre de contamination (cf. chapitre "trois monologques sur "la poussière qui marche" et "la terre qui parle")

mardi 20 mars 2018

2018, Barbara - Je regarde et je profite

Obligé.


1974, 1977, 1978, 1983... Aujourd'hui je m'en fous, je me souviens de tout comme s'il avait fait beau toute cette époque-là. Les souvenirs, c'est comme une fausse vie qu’on subit. Les souvenirs, c’est comme les films super-huit, ça a comme sa propre vitesse ; faut pas ralentir la machine de peur de brûler ce qui reste, faut prendre ça comme ça vient. Je regarde et je profite, et je revois mes amis, et je me revois là, à ce coin... Hey, c’est fou ce que je suis petit ! Hey, c’est fou ce que je rigole ! C’est fou ce que je rigole pour n’importe quoi.

Ma mère descend l'allée, m’appelle et moi je souris quand elle me voit. Elle me dit peut-être qu’elle aime pas trop mes amis. Hey, mais c'est pas grave, plus tard, on ira quand même ensemble mettre des pétards Mammouths dans les poubelles, marcher dans les roses rouges du concierge, faire du skate-board dans la descente jusqu'au virage... Je suis surpris de pas être mort au moins une fois !

1982 : j’étais si amoureux j’étais si content d’être malheureux. Je croyais que ça finirait pas, ça s’est fini tout seul bien sûr en 1983. Moi et elle, moi et Barbara, on se regardait, on restait là. J’aimais sa mère aussi un peu je crois. J’attendais devant sa porte, je restais dans l'escalier, j’appuyais la minuterie jusqu'à ce que je parte en courant, jusqu'à ce que de l’autre côté, j’entende ta voix. Il y a eu d’autres filles plus tard... J’ai jamais compris ce qu’elle pouvait me voir que toi tu ne voyais pas. J'ai jamais rien compris, Barbara. Tu sentais bon le parfum de ta mère, je t’avais acheté des fleurs pour ton anniversaire, ma mère disait qu’c'était des fleurs pour les cimetières. Et je te revois plus tard, sur le chemin de l’école, sur le trottoir d’en face, la patinoire, je te faisais signe, je te filais mes devoirs, je te regardais les mains, les cheveux, j’aurais voulu toucher ton bras, et ton cou, et l'endroit où y avait rien sur ta poitrine. J’y pensais la nuit, j’y pensais le jour, je pensais plus jamais rien qu’à ça. Tout le monde disait que je t’aimais, tout le monde savait que je t’aimais. J’prenais l’air malheureux  pour te faire honte, on se défend comme on peut. Hey tu sais j’fais toujours comme ça

Je revois la famille d’à côté qu’étaient nos pauvres (ça rassure dans un monde compliqué, y a toujours plus pauvres que soi), à qui ma mère a donné ma collection de Pif et encore nos vieux vêtements, nos jouets, qu’avait un chien plus grand que je croyais que c’était possible, qui dormait dans leur baignoire. Leur père faisait du cyclisme, un peu d’alcoolisme aussi je crois. Sylvie, leur fille qu’était bizarre, on disait qu’elle était en retard. Ma mère disait qu’ils avaient pas eu de chance. Je disais qu’ils sentaient pas bon. Ma mère disait qu’elle avait honte que je puisse dire une chose comme ça. Ils habitaient face aux hippies. Entre eux ils s’aimaient pas. Les hippies étaient jeunes et beaux. A ce qui me semblait, c’était plus propre chez eux... et puis plus chiant aussi un peu. Ma mère essayait de les aimer ; elle avait besoin d’amis, elle disait qu’ils étaient sympas. Ils avaient des tentures aux murs indiennes, des tapis Incas, ils écoutaient de la musique étrange, buvaient du thé, revenaient de voyage, étaient bronzés. C’était une autre vie que nous. Ma mère essayait bien d’être à l’aise, mais il me semble bien que ça marchait pas. Et je me revois avec mon père distribuer les dimanches de porte en porte "l’Humanité", et je revois les voisins plus riches, des collègues à Maman qui vivaient dans les petits pavillons plus chics. La lutte des classes, c'est un jardin, une table de ping-pong, une chambre pour chacun, une cheminée dans le grand salon, un mari qui fume la pipe, une voiture neuve un frigo plein, des vacances été, hiver, des chouettes habits, c’est propre et ça sent l’air.

Et je revois le crépi dans notre appart, mon père qui partait au cours du soir, le Guernica dans l’entrée. Il y avait sur les murs, peut-être, un dessin de Follon plus un de moi, une poupée qu’avait ramenée mes grands-parents pour leur retraite d’un voyage à l’étranger. Y avait l’affiche d’une ronde de petits chinois, Buster Keaton qui souriait jamais ; tous les jours, je le regardais, je le fixais : peut-être c’est lui qui savait, je voulais comprendre pourquoi.

Et je revois la télé noir et blanc, et moi assis en tailleur, et la chambre, et le christ au dessus du lit de ma petite sœur qu’était toute une histoire dans la famille que je ne comprenais pas. Et tout ça se mélange... Et la tristesse de maman. Et le bruit des gens qui jouait aux boules dehors les soirs d’été quand on se couchait avant le soleil, le soleil rouge qu’on devinait à travers le rideau avec mon frère depuis les lits superposés. On rentrait à six heures pour le bain du soir, on évitait la malade du bas de la cité qu’avait notre âge et qui crachait sur tout le monde qui se promenait tous les soirs pareil avec son père (on disait "la mongolienne") qui me faisait peur et puis de la peine.

A l’époque j’ai dû tout pleurer. J’pleurais pour rien : pour la voiture qu’on changeait, pour un nouveau papier peint... et puis je restais des heures dans la cage d’escalier à remonter les étages dans le vide, de l’autre côté de la rambarde, avec toujours la peur et l’envie que quelqu’un vienne et me surprenne en train de tomber.

J’avais deux meilleurs amis, à l’époque j'aurais pas choisi. L’un sa famille était moins drôle, son père était harki, que j’ai jamais vu dehors de chez lui. Sa mère me paraissait immense, pas très facile, et puis son frère avait la plus grande collection de comics que j’ai jamais vu de ma vie. Que des Marvels et des Stranges qu’on lisait dans sa chambre, qu’on s’échangeait moi et lui après le soir au fond de mon lit. Je regardais le plafond, je testais mes pouvoirs, j’avais un laser (si je me concentrais) qui me sortait par les yeux. Je pouvais tuer des gens. J’étais un dieu... Et je m’endormais comme ça content. J’étais heureux.

J’écoutais le son des peupliers dans le vent. J’écoutais la respiration de mon frère. J’écoutais le bruit des amants de ma mère. Elle attendait toujours un peu mon père... Je savais moi aussi qu’il allait rentrer un jour sûrement, que ça pourrait pas être autrement. Le matin, à l'école, on me racontait toujours des films incroyables avec un mec, à un moment à la fille, il lui fait tout... "Ah oui, tout? mais quoi ?" On se montrait un peu fermé le creux de nos bras ; Paraissait que les filles, en dedans, au milieu, c'était comme ça.

Et moi, toujours, je voulais que tout le monde m’aime. J’avais un tel besoin d’amour qu’il aurait fallu tout l’amour de la terre (et ça faisait encore pas beaucoup) pour que je me sente enfin à l’aise. Me faire aimer de la boulangère, des gens qui passent dans la rue, me faire aimer de toutes les grand-mères. J’aurais demandé de l’amour à un clochard. Toutes ces histoires d’enfants perdus qu’on retrouve pas... les enfants, leurs problèmes, c’est qu’ils sont pas regardant : ils prennent ce qui vient. Je sais : moi j’étais comme ça.

Et je me souviens encore de mon voisin Johnny qu’était nerveux (je crois qu’a mal fini), que j’ai revu plus tard que j’étais vendeur. Il m’a pas reconnu. Je l’ai laissé prendre en douce dans le magasin tout ce qu’il a pu. Il a pas compris. Il a cru qu’il était plus malin. Et moi je me souvenais de lui qu’était chef de bande... A le voir, j’avais de la peine. Plus tard, à ce qu’on m’a dit, qu’il prenait des trucs graves dans les mêmes cages d’escalier où on mangeait nos BNs, où on se tenait contre l’chauffage, les jours d’hivers où il neigeait, où il y avait une bataille de neige géante dans tout le quartier... On se partageait les gants, on attaquait en rang serrés. Fallait prendre tout le côté droit des immeubles "bis" de la cité. Johnny, c’était notre chef. On se serait fait prendre pour lui. On avait la fidélité. On mettait des cailloux, des calots, des billes, tout ce qu’on pouvait trouver, dans la neige au milieu des boules. Je me rappelle quand j’ai vu mon caillou ouvrir la tête d’un mec d’en face... Et je revoyais le sang du mec. J’en revenais pas. Je croyais qu’on allait venir me chercher, j’attendais la police la nuit, j'entendais tous les pas venir dans l’escalier. Et je me souviens, la dernière nuit avant qu’on parte, j’ai senti le monde disparaître au dedans de moi. Je regardais les valises déjà faites... J'ai commencé tôt, la nostalgie ; j'étais déjà tellement doué pour ça tout petit.

Et je me souviens encore d’un jour la fille de la voisine que j’aimais pas. Elle me montrait tout ce qu’il y avait à voir... et moi j’imaginais Barbara. Je lui montrais moi aussi. Elle voulait que je lui dise que je l’aime, elle me courrait après dans les couloirs. Je lui disais que non je ne l’aimais pas.

Mais toi, je t’aimais bien,
Toi je t’aimais, Barbara
en 1982-83, oh oui, depuis longtemps, je t’aimais Barbara
Et Jérome aussi. Et Kacem,
Et le parrain de ma sœur,
Et ses filles,
Et Maman, et mon petit frère
Et mon père qui revenait pas.
Je les aimais tous, à l’époque, tous ces gens-là,
Et Johnny aussi. Et même Sylvie qu’était en retard 
Je les aimais tous...
...mais surtout toi,
Toi, toi je t’aimais, Barbara
en 1982, en 1983, depuis longtemps, je t’aimais Barbara

Jamais, jamais su, Barbara, si tu m'aimais, Barbara
J'ai jamais su, jamais su, si toi tu m'aimais, Barbara,
en 1982, en 1983... J’ai jamais su si tu m’aimais rien qu’un peu, toi.

Mendelson - 1983 (Barbara)
Personne Ne Le Fera Pour Nous (2003)

mercredi 3 février 2016

La suppression de l'humanité

[...]

Y'a rien qui fasse plus flipper qu'une manifestation
Personne n'est jamais allé manifester pour le droit à la sieste
Personne n'est jamais allé manifester pour le droit à l'hibernation
Personne n'est jamais allé manifester pour le droit de ne pas avoir envie d'aller travailler
Personne n'est jamais allé manifester pour le droit de ne pas avoir de point de vue
Personne n'est jamais allé manifester pour le droit de ne pas avoir d'idée
"Des droits, des droits, des droits"
Ils veulent tous avoir des droits
"Encore des droits, encore des droits, encore des droits"
"Je veux des droits, je veux des droits, je veux des droits, je veux des droits"
...
Mais va donc manifester, crétin, pour avoir des droits
Pendant que tu dépenses tout ton argent à faire les soldes !
Tous les rassemblements sont débiles
Que ce soit pour les soldes, ou les matches de foot ou les concerts de Johnny
Ou la paix dans le monde
Tous les rassemblements sont débiles
C'est comme les matches de foot et l'esprit d'équipe
Y a qu'un seul cerveau pour tout le monde,
Et c'est le cerveau d'un imbécile
Personne n'est jamais allé manifester pour le droit à la sieste
Personne n'est jamais allé manifester pour le droit à l'hibernation
Personne n'est jamais allé manifester pour le droit de ne pas avoir d'idée
J'ai pas d'idée
J'ai pas d'idée
J'ai pas d'idée
J'ai pas d'idée
J'ai pas d'idée sur le chômage
J'ai pas d'idée sur les guerres
J'ai pas d'idée sur les gens
J'ai pas d'idée sur les jeunes (sauf qu'ils m'emmerdent)
J'ai pas d'idée sur la crise,
J'ai pas d'idée sur l identité,
J'ai pas d'idée sur la crise de l'identité,
J'ai pas d'idée sur le mariage pour les gays
J'ai pas d'idée sur le fait de ne pas avoir d'idée

Les foules, les rassemblements, ça m'a toujours fait gerber
Trois personnes ensemble et c'est déjà des idées de meurtre et de bombe
Des idées stupides de mecs ensembles
Y'a rien de pire que les mecs
Les mecs c'est la lie de l'humanité
Il faudrait ne garder que les femmes
Et supprimer tout le reste
Avec les banques de sperme
Combien de temps elles peuvent tenir?

Les mecs c'est la lie de l'humanité
Y'a trop de monde sur cette terre de toute façon
Il faut éliminer, il faut éliminer
Y'a trop de monde sur cette terre
Il faut éliminer les mecs
Les mecs c'est la lie de l'humanité
Y'a rien de plus con qu'un mec
Il faudrait supprimer tout le monde
Il faudrait laisser les animaux tranquilles
Faudrait juste laisser laisser les animaux tranquilles

Qui veut aller manifester pour la suppression de l'humanité ?

Bruit Noir, les manifestations
I / III (Ici d'ailleurs, 2015)

mercredi 14 janvier 2015

We must bring our own light to the darkness

"Personne ne le fera pour nous" est le titre d'un morceau de Mendelson.
C'est aussi le nom qu'il a donné à son quatrième album.
 Enfin c'est un extrait d'un poème de Bukowski, que Mendelson a lui, lundi soir, à la maison de la poésie (version originale plus bas).



Il faut apporter
sa lumière
dans les
ténèbres.

personne ne le
fera
pour nous.

comme les jeunes garçons
descendent
les pentes
à skis

comme le cuisinier
reçoit sa dernière
paye

comme le chien pourchasse
le chien

comme le grand maître aux échecs
perd plus que
la partie

il faut apporter
sa lumière
dans les
ténèbres.

personne ne le
fera
pour nous,

comme le solitaire
téléphone à
n'importe qui
n'importe où

comme la grande bête
tremble
dans ses cauchemars

comme la dernière saison
arrive en vue

personne ne le
fera
pour nous.

Charles Bukowski, Il faut / We Must
Le ragoût du septuagénaire / Septuagenarian stew: stories and poems
(1983-1990)



Mendelson se produira à nouveau à la Maison de la Poésie, les lundis 19 et 26 Janvier.
Il y lira un ou deux poèmes, jouera des morceaux anciens, des morceaux nouveaux, des reprises (Yes, j'ai reconnu Bruce Springsteen!), et livrera de nombreux traits d'esprits, toujours en mode pince sans rire.


*
*      *


we must bring our own light
to the
darkness.

nobody is going
to do it
for us.

as the young boys
ski
down the
slopes

as the fry cook
gets his last
paycheck

as dog chases
dog

as the chessmaster
loses more than
the game

we must bring
our own light
to the
darkness.

nobody is going
to do it
for us,

as the lonely
telephone
anybody
anywhere

as the great beast
trembles
in nightmare

as the final season
leaps into
focus

nobody is going
to do it
for us.

mardi 15 avril 2014

Je me sens vivant aujourd'hui

Oh mon amour, je me sens vivant aujourd'hui
et la ville semble propre et calme
et plus personne on dirait n’habite ici
les boulevards avec les arbres
on dirait la campagne à Paris
On dirait les années 70
comme dans les films
comme quand j’étais petit
On marche au ralenti
je marche et tu marches
au ralenti
Tu me vois tu souris
Je souris
je te vois
je te vois d’ici...
Oh mon amour je me sens vivant aujourd'hui
et ma tête semble propre et calme
comme quand j'étais petit
et plus personne on dirait n’habite ici....

Mendelson, 70
Seuls au sommet (Prohibited records, 2003)

dimanche 23 mars 2014

Par chez nous


" Il me semble que quand on grandit dans une grande barre de 500 mètres de long sur 100 mètres de haut, avec 5000 colocataires dans le même immeuble, et puis que de sa fenêtre, on voit 5000 autres fenêtres avec 5000 autres colocataires et puis qu'à gauche encore, il y a 5000 autres fenêtres et encore des barres, et que sa fenêtre à soi, quand on est dehors, on la voit c'est un tout petit cube parmi 5000 autres petits cubes, on n'a pas la même conscience de soi que quand on a une maison, ou tout simplement un chez soi qui ne soit pas le même chez soi que tous les gens que tu connaisses. "

Pascal Bouaziz (Mendelson) dans
"Les lieux de Mendelson" (Documentaire, 2002)


Autre "docu" mendelson (plus long, avec interview aux thématiques plus larges) :
Moindre poésie - http://dai.ly/xacuka

mercredi 19 mars 2014

Quand tu t'en iras

C'est immuable, tous les six mois, les chansons de Mendelson m'appellent... et me font replonger dans sa discographie.
Je parcours à cette occasion les archives d'Arise Therefore, et, alors que je pensais avoir déjà surchargé le blog des textes de Pascal Bouaziz, je m'aperçois que pas du tout.

Etonnamment, les deux premiers albums, mes préférés, sont sous-représentés. De "L'avenir est devant", j'avais tout de même déjà cité "Histoire Naturelle"...
Mais jamais celle qui suit.
Alors que je l'aime beaucoup.
Notamment ses derniers mots (Si tu t'en allais...) jusqu'à l'euphémisme final 


Et tu m'as dit comme ça, je ne sais pas ce qui m'arrive, juste à l'instant tu vois, je sens là comme un vide. J'ai crié Mon amour à moi, qu'est-ce qui ne va pas ? Et là sans plus rien dire, tu m'as montré du doigt. J'ai fait semblant de rien, très à l'aise très en forme, j'ai remonté mes bretelles, réajusté mon bob, j'ai regardé derrière moi comme il n'y avait personne, j'ai compris que c'était moi là le vide où tout comme. Tu m'as dit mais surtout, surtout ne le prends pas mal, l'amour s'en est allé comme ces feuilles automnales, j'ai dit hein quoi pardon quoi les feuilles automnales ? Surtout ne le prends pas mal, alors j'ai dit ah bon. Mais s'il faut que tu partes un jour sans prévenir et bien j'aimerais autant que tu me quittes au plus vite. Le dernier train ce soir part à vingt heures vingt-huit, ne t'inquiète pas pour moi, je vais peut-être m'en sortir. Mais laisse-moi, laisse-moi t'embrasser une dernière fois, t'embrasser encore une fois, oui, sous les bras, si tu t'en allais, quand tu t'en iras, si tu t'en vas, j'ai peur d'être un peu triste.

Mendelson, Alors j'ai dit ah bon
L'avenir est devant (Lithium, 1997)


*
*     *


Mendelson sera prochainement à nouveau à l'honneur sur ce blog, dans la rubrique "La vidéo du dimanche soir"

mercredi 10 juillet 2013

Un homme que je ne suis plus

En 1997, en écoutant "Aimer", je trouvais que Miossec chantait avec justesse le désamour ("Juste après qu'il ait plu", "je plaisante") (ce qui est évidemment toujours triste à lire/entendre ou voir, cf. Blue Valentine)
Mais en 1997, Mendelson n'avait sorti qu'un album, et pas encore écrit de texte terribles comme ça.


Je ne sais pourquoi je te supportais mieux
Les jours où je te mentais
Les mensonges sont des sortes de souhaits
Les mensonges ça tient comme les bouées
Les mensonges c'est bien tout ce qui nous tenait

Ces photographies de nous dans la chambre
Comme ces photos de perdants
Qui rient et chantent encore
La veille de leur défaite
Ces souvenirs de nous où tu souris à un autre que moi
Un homme que je ne suis plus
Un homme qui n'est plus là
Un homme qui a perdu et qui te déteste

Je ne sais plus quand je me suis réveillé
Et plus rien n'avait d’intérêt
J’imagine que je croyais t'aimer
Oui je t'aimais, je t’aimais quand même
Et je rêvais de couteaux
Je rêvais doucement que je nous tuais
Il y eut comme ça de beaux moments bien tranquilles
Où je nous voyais morts
Et tu me souriais

Eh ben tu le vois que je pense encore à toi
Je pense à toi quand même
Et une odeur morte monte et s'élève
Des feuilles mortes du bois

Tu le vois que je pense encore à toi
Je pense encore à toi quand même
Nous aurions pu habiter
Cent ans encore ici mon amour
Comme c'est calme
Et même si j’avais été fatigué pour toujours
Nous aurions pu vivre et mourir ensemble
Encore cent ans ici mon amour

Mendelson, d'un coup
s/t (Ici d'ailleurs, 2013)

lundi 20 mai 2013

Illumination Ritual [Top Tape]


Avant-dernière mixtape de l'année, elle s'est déroulée ce dimanche sur Radio Campus Paris, conviant tout un tas de "visages" connus pour leurs nouveaux albums. La playlist complète est sur la page de l'émission.

En abrégé, ça donne:
Jim Guthrie, David Grubbs, the Appleseed Cast, Rhume, Nonstop, the Music Tapes, Julia Brown, Guided By Voices, Scout Niblett, Howe Gelb, Pan-American et Mendelson.

Si j'ai diffusé Scout Niblett, c'est d'une part parce que son nouvel album ("it's up top emma") est une réussite, d'autre part parce qu'elle se produira le Samedi 8 juin au Point Ephémère dans le cadre des 15 ans de Radio Campus Paris (14 € + frais en prévente).


Programme complet des festivités, qui durent du 23 ou 8 juin, ici :

vendredi 3 mai 2013

Un nouveau jour se lève

Une traversée du Marais m'amenait hier à saluer aux côtés de M.Chat la mémoire de Chris Marker, décédé le 30 juillet dernier.


Puisque j'en suis à raviver la rubrique nécro, je voudrais ici signaler le bel et complet hommage à Jason Molina rendu par Guillaume (qui laisse des commentaires ici parfois) sur Popnews.

Autres nouvelles de la vie du monde "indie" :
Kim Gordon [Sonic Youth] revient sur sa séparation avec Thurston Moore dans Elle (US)
Ca ne va pas nous aider à nous en remettre.

Plus réjouissant: Win et Régine (Arcade Fire) sont les heureux parents d'un petit garçon né il y a quelques jours maintenant :

*
*    *


Poursuivant mon périple, j'entrais chez Fleux, et identifais immédiatement dans la bande-son du magasin "Kané" de Fauve, suivi de "4000 îles". Il faut dire qu'après avoir écouté une trentaine de fois leur Blizzard EP (à paraître le 20 mai), je suis pas mal calé.

Fauve, je vous en parlais ici en octobre dernier.
Après avoir surtout existé sur les réseaux sociaux (avec le soutien du Mouv', soyons sport), leur permettant de remplir une dizaine de salles parisiennes avant un Bataclan complet en juin, il est clair qu'ils atteignent désormais les couches mainstream
(vus sur Canal +, par exemple, ou dans nombre de festivals cet été).
Ils demeurent pourtant auto-produits.

A ceux d'entre vous qui ne les connaîtraient pas, dépassez l'impression de buzz spéculatif que vous pouvez ressentir, et écoutez.
Si je devais chroniquer leur disque, voici ce que j'écrirais.


Il me semble que la sincérité du propos devrait désarmer toute critique tentée de pointer du doigt un lyrisme adolescent facile.

Certes, le clip de Blizzard (enfin en ligne) ne va pas aider. Haters gonna hate.
Même bémol que pour "Nuits Fauves": je trouve le déroulé trop narratif / immédiat / signifiant, à tel point que la vidéo brouille l'écoute (IMO).
Sans compter la césure, qui tombe au mauvais moment

Le morceau est néanmoins excellent.


Tu nous entends le blizzard?
Tu nous entends?
Si tu nous entends
Va te faire enculer !
[...]
Tu nous entends la Mort?
Tu nous entends?
Si tu nous entends, sache que tu ne nous fais pas peur
Tu peux tirer tout ce que tu veux
On avance quand même
Tu pourras pas nous arrêter
Et on laissera personne derrière
On laissera personne se faire aligner
Tout ça, c'est fini !
[...]
Tu nous entends l'Amour?
Tu nous entends?
Si tu nous entends, il faut que tu reviennes
parce qu'on est prêts, maintenant

*
*    *


Après de multiples échecs cet automne et cet hiver aux portes de différentes salles (Pop in, Maroquinerie, International, Nouveau Casino), j'ai fini par voir Fauve à la Maison de la Radio le mois dernier.
J'avais également un instant songé tenter ma chance à Tourcoing... pour un plateau Fauve + Mendelson.

Quelle affiche (trans-générationnelle) !
J'aurais bien aimé assister à la juxtaposition des deux univers.

Mendelson, je vous en parle très souvent, et il fait pour moi parti des artistes français majeurs. Son prochain album (triple) paraît début mai, autant dire une grande nouvelle pour moi.

Sauf qu'après de multiples (tentatives d') écoutes, il se révèle un poil trop austère. Musicalement, et dans les textes (C'est pourtant quelqu'un qui adore "Quelque part", et le CD rouge de "Personne ne le fera pour nous" qui vous dit ça)

Chez Fauve, tutoiement rime avec encouragements

Et puis comment je ferais sans toi, moi?
Et puis comment l'univers il ferait sans toi?
[...]
Ca va aller, je te le promets, ca va aller.
Parce qu'on est de ceux qui guérissent,
de ceux qui résistent,
de ceux qui croient aux miracles


et seul le "je" s'auto-déprécie parfois. A cette lumière, il est intéressant de relever l'approche différente de Mendelson. Par exemple tout au long des 54 minutes et 26 secondes de "Les heures" (la "suite" de "Monsieur", paru en 2000)

On y trouve des lignes glaçantes :

Le désespoir est devenu cette habitude
vaguement même agréable
une croûte qu'on aime à se gratter
parfaitement supportable
et parfaitement supportée
Habituelle et confortable
comme un médicament
comme un cachet qui maintient ahuri, somnolent
tout est pareillement égal


Le tutoiement (celui d'une voix intérieure) s'acharnera pendant toute la durée du morceau sur le pauvre homme


Tu regardes ta vie comme on regarde une catastrophe naturelle 
Comme on regarde un incendie à l'abri des flammes, épargné
Comme on regarde une vague gigantesque depuis son poste de télé
Tu regardes ta propre vie comme on regarde son passé
Comme tu regardes cette impasse sur ce chantier dévasté
Devant qui les gens passent, et passent les années
Et chaque jour te craquelle, et chaque jour te moisit


Vous l'aurez senti, ça plombe sévère ("ton avenir te méprise").
J'attends d'avoir reçu l'album, et vu Mendelson sur scène avant de me faire un avis global. En effet, la lecture des textes paraît indispensable pour la bonne appréhension de l'objet (qui à l'écoute seule, requiert une attention extrême).
Je pressens que la qualité littéraire est au rendez-vous.

Dans "les heures", la voie intérieure parviendra finalement à détacher son interlocuteur de sa propre existence, introduisant ainsi l'usage de la 3ème personne. 

Cet homme que tu ne veux plus être
Continuera de regarder le monde qui est pour tout le monde 
Mais qui n'est pas pour lui
Laisse-le regarder sa vie comme si c'était le pire de ce qu'il fallait vivre
Laisse-le, ce n'est plus ton problème
C'est le problème de cet homme que tu ne veux plus regarder
Qui continue à croire que le destin l'a roulé
Sans voir que son destin, c'est lui qui l'aura dessiné


Et ce n'est qu'à la toute fin, que l'on entendra un "Je", compagnon d'un ultime voyage.

Regarde, la vie s'écroule 
[...]
C'est la  fin du monde
Tout s'écroule
Même ton ombre
Il n'y a plus que toi
Je t'attends
Je t'observe
Je te vois
De l'autre côté des décombres
On dirait des dunes au bord de la mer
Tu grimpes par-dessus les gravas
Le vent te souffle en plein visage
Il est 11h30 ce dimanche
Bizarrement, de ce côté-ci du monde
C'est comme si quelqu'un avait allumé la lumière
Un nouveau jour se lève
Tu regardes et tu ne reconnais pas
Tu vas y aller
Tu es en train d'y aller
Tu y vas

*
*    *


Dernière chose avant de refermer cet article beaucoup trop long, histoire de terminer sur une note plus enjouée.

Avec Dailymotion dans l'actualité ces derniers jours, on a beaucoup entendu l'expression "joyau français". Je veux dire ici que l'un des véritables joyaux français, c'est Hold Your Horses !
Pas d'actualité (annoncée), juste un concert sensas' hier à l'International.
Musicalement, il y a tout, et je me demande bien pourquoi ils font pas des Cigales sold out (entre Violent Femmes, Modest Mouse, Arcade Fire ou Efterklang).




Fauve, Blizzard
Blizzard EP (autoproduit, 2013)

Mendelson, Les heures
s/t (Ici d'ailleurs, 2013)

Hold your horses, every moment we spent talking is an island that we lost
Apologize EP (autoproduit, 2012)