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samedi 6 mars 2010

L'expression graphique adéquate

Puisque j'en suis à parler peinture, je glisse ici un troisième et dernier extrait de l'essai Point - Ligne - Plan de Kandinsky. Comme évoqué précédemment, le peintre russe est toujours à la recherche d'un langage qui saurait rendre compte des différents Arts. Il commence sa recherche par les éléments picturaux fondamentaux que sont le point, la ligne et le plan. Il observe:

Il est particulièrement intéressant et significatif que l'actuelle représentation musicalo-graphique - l'écriture musicale - n'est autre chose que diverses combinaisons de points et de lignes. La durée n'est lisible, toutefois, que par la couleur du point (blanc et noir seulement, ce qui mène à une restriction des moyens), et par le nombre de croches (lignes). De la même façon la hauteur du son se mesure par des lignes, de sorte que cinq lignes horizontales servent de base. Il est instructif de voir que la concision des moyens de transcription et leur simplicité arrivent à transmettre en langage clair les sonorités les plus compliquées à l'oeil initié (ou indirectement à l'oreille). Ces deux caractéristiques tentent les autres arts et il est compréhensible que la peinture ou la danse soient à la recherche de leur propre "écriture". Même ici il n'existe qu'un seul chemin - celui de l'analyse des éléments de base, pour aboutir finalement à l'expression graphique adéquate.

Il indique en note, que "le seul danger consisterait à négliger le contenu et à s'en tenir à l'apparence formelle"

Point Ligne Plan, Wassily Kandinsky (1926)


jeudi 26 novembre 2009

la forme temporelle la plus concise

L'intérêt de lire un livre théorique sur l'Art, c'est de voir exposer des interrogations ou idées qu'on avait peut être senties, sans jamais les avoir formulées explicitement.

Deuxième extrait de Point Ligne Plan de Kandinsky.
Il suit immédiatement le précédent.

Du rapport de la peinture avec le Temps.
De la frontière entre Peinture et Arts Graphiques

La stabilité du point, son refus de se mouvoir sur le plan ou au-delà du plan, réduisent au minimum le temps nécessaire à sa perception, de sorte que l'élément temps est presque exclu du point, ce qui le rend, dans certains cas, indispensable à la composition. Il correspond à la brève percussion du tambour ou du triangle dans la musique, aux coups sec du pivert dans la nature.

Aujourd'hui encore l'emploi du point ou de la ligne en peinture est mal vu par certains théoriciens de d'art, qui aimeraient maintenir, parmi d'autres cloisons, la vieille séparation entre deux domaines artistiques qui paraissaient récemment encore bien séparés: la peinture et les arts graphiques. Aucune raison intérieure n'existe pour un telle séparation.
Le problème du temps dans la peinture est autonome et complexe. Il n'y a que peu d'années que là encore on commençait à démolir un mur. Ce mur séparait jusqu'alors deux domaines de l'art: la peinture et la musique.

La distinction apparemment claire et justifiée :
Peinture - Espace (Plan)
Musique - Temps
est devenue subitement discutable par un examen plus approfondi (quoique encore superficiel) - et cela d'abord pour les peintres (*). Le fait d'ignorer généralement aujourd'hui encore l'élément temps dans la peinture montre bien la légèreté des théories dominantes, loin de toute base scientifique. Nous n'envisageons pas d'approfondir ici cette question, - mais certains faits qui éclairent l'apparition de l'élément temps, doivent être soulignés.
Le point est la forme temporelle la plus concise.

Point Ligne Plan, Wassily Kandinsky (1926)

(*) Par mon passage définitif à l'art abstrait, j'ai trouvé l'évidence de l'élément temps dans la peinture et je m'en suis servi depuis dans la pratique

lundi 16 novembre 2009

De la somme intérieurement organisée des tensions voulues

En août dernier se terminait à Beaubourg la super exposition consacrée à Kandinsky, que j'évoquais alors en images.

Ses oeuvres étaient présentées dans l'ordre chronologique, ce qui laissait apprécier la trajectoire de l'artiste, autant guidée par son intuition que son raisonnement.
J'apprenais qu'il avait été professeur au Bauhaus (dans années 20), et me dis que mince ça devait quand même être bien d'avoir Kandinsky pour prof.

C'est ce qui m'a mené à la lecture de son ouvrage théorique "Point - Ligne - Plan", dont je livrerai ici quelques extraits. L'ouvrage est sous-titré "pour une grammaire des formes".

Kandinsky commence sa grammaire par le Point. Viennent ensuite la ligne, et enfin le plan, mais là, ça devient franchement difficile à suivre. Même en relisant.

Commençons par le début.



Le point s'incruste dans le plan originel et s'affirme à tout jamais. Ainsi est-il intérieurement, l'affirmation la plus concise et permanente, qui se produit brièvement, fermement et vite.
C'est pour cela que le point est au sens extérieur et intérieur l'élément premier de la peinture et spécifiquement des arts "graphiques".
La notion d'élément peut être interprétée de deux façons: comme notion extérieure ou intérieure.
Extérieurement toute forme graphique ou picturale est un élément. Intérieurement ce n'est pas la forme, mais sa tension vivante intrinsèque qui constitue l'élément.
En effet, ce ne sont pas les formes extérieures qui définissent le contenu d'une oeuvre picturale, mais les forces - tensions qui vivent dans ces formes.
Si, subitement, par un mauvais sort, les tensions disparaissaient ou s'évanouissaient, l'oeuvre vivante disparaîtrait aussitôt. D'autre part, tout assemblage fortuit de formes diverses deviendraient une oeuvre. Le contenu d'une oeuvre s'exprime par la composition, c'est-à-dire par la somme intérieurement organisée des tensions voulues.
Cette affirmation paraissant si simple a pourtant une importante signification de principe: son acception ou son refus ne divise pas seulement les artistes contemporains mais aussi tous les hommes de notre époque en deux catégories opposées:
1. ceux qui admettent le non-matériel ou le spirituel en dehors des concepts matériels et
2. ceux qui ne veulent rien admettre qui ne soit matériel

Pour cette deuxième catégorie l'art ne peut exister, et c'est pour cela qu'ils nient même le mot "art" et cherchent à le remplacer.
De notre point de vue on devrait faire une distinction entre Element et "Elément", en comprenant par "Elément" la forme dépourvue de tension, et par Element la tension contenue dans cette forme. Ainsi les éléments sont abstraits, au sens profond, et la forme même est "abstraite". S'il était effectivement possible de travailler avec des éléments abstraits, la forme extérieure de la peinture contemporaine changerait profondément, ce qui ne signifierait pas que toute peinture deviendrait superflue : car même les éléments picturaux abstraits garderaient leur valeur picturale, tout comme les éléments de la musique.



Je m'arrête sur ce passage, qui, à le relire, donne sa définition de l'art abstrait: l'intériorité des formes y priment sur leur perception.
De la "beauté intérieure"...

Point Ligne Plan, Wassily Kandinsky (1926)

vendredi 7 août 2009

La montagne bleue



Wassily Kandinsky, Cercles (1926)
Actuellement exposé à Beaubourg
(jusqu'au 10 aôut, autant dire qu'il faut se dépêcher)