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samedi 19 septembre 2020

La trépidation interne

Crise d'angoisse, une description.

Les crises d'angoisse que j'étais parvenu à chasser dernièrement refont leur apparition. Ca ne prévient pas, ça arrive. Je mange, je regarde un film ou je trie une pile de disques et soudain, comme une digue cédant sous une pression trop longtemps contenue, un flot de pensées confuses et contradictoires maintenues à disstance sourd furieusement, innervant sans pitié toutes les parcelles de mon cerveau. Je suis transpercé de flèches réflexives dont les pointes attaquent ma raison. Je suis colonisé par des flux d'effroi, propulsé en trombe sur des montagnes russes, téléporté dans le couloir d'Alphaville. A chaque porte, le seuil du vide qui m'appelle et m'aspire. Travelling compensé sur ma conscience assiégée qui exhorte en vain à la clémence et déclare forfait. Les idées se confondent et se brouillent, s'épaississent, s'obscurcissent. Des images sans rapport entre elles s'entrechoquent. Je bats la chamade mais personne avec qui négocier. C'est la grève des synapses, un tsunami s'abat sur mes neurones.
La respiration s'emballe. L'air vient à manquer. On cherche à m'asphyxier là-haut où le maelström se déchaîne. Le pouls pulse néfaste et furieux. Je veux hurler mais aucun son ne franchit ma bouche.

Frank Beauvais, Ne croyez surtout pas que je hurle (2020)

vendredi 20 mars 2020

Ce fichu mal des rayons

L'un des scènes les plus impressionnantes de la série Chernobyl est celle du déblaiement manuel des résidus de graphite sur le toit de la centrale. Le témoignage de ce "liquidateur", dans l'ouvrage "La Supplication" éclaire cette séquence.

Deux militaires se sont présentés à l'usine où je travaillais. J'ai été convoqué : "Sais-tu faire la différence entre l’essence et le gasoil ?" J’ai demandé aussitôt :

— Où voulez-vous m’envoyer ?
— Où ça ? Mais à Tchernobyl ! Tu partiras comme volontaire.

Ma profession militaire est spécialiste du combustible nucléaire. C'est une spécialité secrète. On m’a embarqué directement de l’usine, avec la chemisette que je portais. On ne m’a même pas autorisé à faire un saut à la maison. J’ai dit :

— Je dois prévenir ma femme.
— Nous nous en chargerons.

Dans le bus, nous étions une quinzaine, tous des officiers de réserve. Les gars m’ont plu : s’il faut y aller, on y va ; s’il faut travailler, on travaille ; si on nous envoie à la centrale, nous grimperons sur le toit du réacteur.

Près des villages évacués, il y avait des miradors avec des soldats en armes. Des barrières. Des panneaux : “Accotements contaminés. Arrêt strictement interdit.” Des arbres gris arrosés du liquide de désactivation. Tout cela m’a mis la cervelle sens dessus dessous. Les premiers jours, nous avions peur de nous asseoir par terre, sur l’herbe. Nous ne marchions pas, mais courions. Nous mettions nos masques dès qu’une voiture passait en soulevant la poussière. Et nous restions dans les tentes après le travail. Ha ! Ha ! Deux mois plus tard, nous nous comportions normalement. C’était désormais notre vie. Nous cueillions des prunes, pêchions du poisson. Il y a là-bas des brochets énormes. Et des brèmes. Nous faisions sécher les brèmes pour les manger avec de la bière. Nous jouions au foot. Nous nous baignions ! (Il rit encore.) Nous avions foi en notre bonne étoile. Dans notre for intérieur, nous sommes tous des fatalistes et non des pharmaciens. Nous ne sommes pas rationalistes. C’est la mentalité slave... Je croyais en mon étoile... Ha ! Ha ! Me voici invalide au deuxième degré... Je suis tombé malade tout de suite après mon retour. Ce fichu mal des rayons. Avant cela, je n’avais même pas de dossier au centre médical. Mais je m’en fous ! Je ne suis pas le seul... La mentalité... [...] 

Moi, je brûlais d’envie de monter sur le toit du réacteur. “Ne sois pas si pressé, m’a-t-on dit. Le dernier mois avant la démobilisation, on expédiera tout le monde sur le toit.” Notre période de service était de six mois. Le cinquième mois, notre lieu de cantonnement fut changé. Nous nous trouvions désormais tout près du réacteur. Cela a engendré pas mal de blagues, mais aussi des conversations sérieuses : nous prévoyions le passage sur le toit. Combien de temps nous resterait-il après cela ? Cela s’est passé sans bruit, sans panique.

— Les volontaires, un pas en avant.

Toute la compagnie a fait ce fameux pas en avant. Un moniteur de télévision est installé près du commandant. Il l’allume. Sur l’écran apparaît le toit du réacteur parsemé de morceaux de graphite, le bitume fondu.

— Vous voyez, les gars, il y a des décombres sur le toit. Il faut nettoyer la surface. Et ici, dans ce carré, vous allez faire un trou.

Quarante à cinquante secondes aller-retour. L’un de nous charge le bard, les autres en balancent le contenu dans le réacteur. Nous avions l’ordre de ne pas regarder en bas, mais nous l’avons fait tout de même. Les journaux écrivaient : “Au-dessus du réacteur, l’air est pur.” Nous avons ri, nous avons juré. L’air est peut-être pur, mais les doses énormes ! Nous avions des dosimètres. L’un était étalonné jusqu’à cinq röntgens : l’aiguille venait aussitôt buter au maximum. Un autre, qui ressemblait à un stylo, pouvait mesurer jusqu’à deux cents röntgens. Il ne suffisait pas, non plus. On nous a dit que nous pourrions avoir de nouveau des enfants au bout de cinq ans... À condition de ne pas mourir avant ! (Il rit.) On nous donnait des diplômes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Lénine et des drapeaux rouges... Un gars a disparu. Nous pensions qu’il s’était enfui. On l’a retrouvé dans les buissons, deux jours plus tard. Il s’était pendu. Le zampolit nous a réunis pour nous parler. Il a prétendu que le type avait reçu une lettre de sa famille : sa femme le trompait. C’était peut-être vrai. Qui sait ? Nous devions être démobilisés une semaine plus tard... Notre cuistot avait tellement la trouille qu’il vivait non pas dans sa tente, mais dans l’entrepôt : il s’était creusé une niche sous les caisses de beurre et de conserves de viande. Il y avait installé son matelas et son oreiller. Soudain arrive l’ordre de former une nouvelle équipe et de l’envoyer sur le toit. Mais nous y étions tous passés. Il fallait donc trouver des gens. Et on l'a pris. Il n’y est monté qu’une seule fois... Maintenant, il est invalide au deuxième degré. Il m'appelle souvent. Nous ne perdons pas le contact. Nous maintenons des liens les uns avec les autres. Notre mémoire vivra tant que nous vivrons.

Avant de monter sur le réacteur, le commandant nous a réunis pour le briefing. Quelques gars se sont rebellés : “Nous y sommes déjà montés. On doit nous renvoyer à la maison.” Certains se trouvaient dans le même cas que moi : mon affaire, c’était le combustible, l’essence. Et l’on m’envoyait malgré tout sur le toit. Moi, je n’ai rien dit. Je voulais y aller. Mais d’autres ont refusé. Le commandant a réglé toute l’affaire :

— Les volontaires iront sur le toit et les autres chez le procureur.

[...] Les gars étaient bien. Deux sont tombés malades, alors il s’en est trouvé un pour dire : “J’y vais !” Il y était déjà allé, ce jour-là. On l’a vraiment respecté. La prime était de cinq cents roubles. Un autre était chargé de percer un trou, sur le toit, pour insérer le tuyau qui devait permettre de faire descendre les décombres. On lui a fait signe qu’il était temps de partir, mais il a continué. Il a continué à percer, à genoux. Il ne s’est relevé que lorsqu'il a eu fini. Il a touché une prime de mille roubles. On pouvait s’acheter deux motos avec cela. Aujourd'hui, il est invalide au premier degré... Mais pour la peur, on payait tout de suite...

Lorsqu'on nous a démobilisés, nous sommes montés dans les camions et l’on a traversé toute la zone en klaxonnant. Aujourd'hui, lorsque je me remémore ces journées, je me dis que j’ai éprouvé un sentiment... fantastique. Je ne réussis pas à l’exprimer. Les mots « grandiose » ou « fantastique » ne parviennent pas à tout retranscrire. Je n’ai jamais éprouvé un tel sentiment, même pendant l’amour... »

Svetlana Aleksievitch, La Supplication (1997)

dimanche 15 mars 2020

A foreign disease

On se souvient pour le Onze Septembre de la résonance des paroles de Noir Désir dans le morceau "Le Grand incendie" paru le même jour
[Ça y est, le grand incendie / Y’a l’feu partout, emergency / Babylone, paris s’écroulent / New-york city [...] / [...] / Hommage à l’art pompier / T’entends les sirènes, elles / Sortent la grande échelle].

L'entame du premier single du prochain album de Protomartyr sont pas mal non plus


When the ending comes, is it gonna run
At us like a wild-eyed animal?
A foreign disease washed upon the beach
A dagger plunged from out of the shadows

A cosmic grief beyond all comprehension
All good laid low by outside evil
Against belief, a riot in the street
A giant beast turning mountains into black holes

Fiction, Fiction
No, none of that
Rolling in your heads
Reality has a far duller edge

Everybody's hunted with a smile
Being processed by the boys

They got the job when they came back to town
Why not let 'em earn a living?
Fill out the forms, download the app
Submit your face into the scanner

Everybody's hunted with a smile
Being processed by the boys


In their tatterdemalion uniforms
They look so nice
Tattoos of their children
So cool, so nice
This time will be gentle enough
Gentle enough
This time will be gentle enough
Gentle enough
Next time will be different
Different
Next time will be different
So cool, so nice
They'll be gentle enough
Gentle enough
They'll be gentle enough
Gentle enough

Protomartyr - Processed By The Boys
Ultimate Success Today (Domino, 2020)

jeudi 9 août 2018

Le calvaire de l’électrohypersensibilité

Chez les époux Hulmel, c’est presque un rituel. Tous les matins, Jacques, le mari, sort de la ferme où il habite seul à Chollet, un lieu-dit de Charente-Maritime, et marche à travers le pré vers la caravane de sa femme, Odile. Il lui détaille les infos du jour, évoque la grève de la SNCF ou la Corée du Nord… « Y a rien d’autre ? » demande-t-elle, malicieuse. Alors, il lui donne des nouvelles du « royal baby », et elle sourit. « J’ai besoin de futile… »

Depuis deux ans et demi, cette femme de 59 ans doit vivre à distance de sa maison, cette grosse bâtisse qu’elle aperçoit au loin, en levant les yeux. Considérée comme une électrohypersensible (EHS), elle ne supporte plus la moindre onde électromagnétique. Portable, Wi-Fi, pile de montre… Tout provoque en elle d’insupportables maux de têtes, nausées, chutes de tension. Impossible, également, d’écouter la radio. Le parc à vaches dans lequel son voisin lui a permis de s’installer – après avoir remplacé la clôture électrifiée par de bons vieux barbelés – est devenu son « chez elle » et sa prison.

La suite est à lire sur lemonde.fr (ainsi que ce complément). Le seul espoir de ces personnes? L’ouverture de « zones blanches » destinées à l’accueil des électrosensibles.

Ces articles éclairent la situation de Chuck McGill, personnage de la série Better Call Saul, touché par cette intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques.

On a d'ailleurs hâte de retrouver son frère, Jimmy aka Saul Goodman dans la saison 4, qui a débuté cette semaine !

Bonus : un récap' clair (en anglais) de la Saison 3

vendredi 23 septembre 2016

Life is unfair, kill yourself or get over it

"Child Psychology" est le premier single de Black Box Recorder (1998), nouveau groupe emmené par Luke Haines, connu et reconnu grâce à the Auteurs et Baader Meinhof. Le refrain a valu à ce morceau d'être banni des radios anglaises (hors XFM), et d'être amputé sur les radios américaines (puisque sorti peu après le massacre de Colombine)

Aussi percutante qu'elle soit, il ne faut cependant pas réduire les paroles à cette unique maxime.


I stopped talking when I was six years old
I didn't want anything more to do with the outside world
I was happy being quiet
But of course they wouldn't leave me alone
My parents tried every trick in the book
From speech therapists to child psychologists
They even tried bribery
I could have anything, as long as I said it out loud

Life is unfair, kill yourself or get over it

Of course this episode didn't last forever
I'd made my point and it was time to move on
To peel away the next layer of deceit
And see what new surprises lay in store
My school report said I showed no interest
'A disruptive influence' I felt sorry for them in a way
And when they finally expelled me
It didn't mean a thing

Life is unfair, kill yourself or get over it

The November when I came home the Christmas decorations were already up
Spray on snow, coloured flashing lights
And an artificial tree that played Silent Night
Over and over again
My parents welcomed me with loving arms
But within an hour were back at each others throats
Normal, happy childhood back on course
Batteries not included

Life is unfair, kill yourself or get over it

Black Box Recorder, Child Psychology
England made me (Chrysalis, 1998)
-
Luke Haines poursuit aujourd'hui sa carrière solo (avec plus ou moins de réussite) : son prochain album (Smash the System) paraîtra courant octobre

lundi 28 juillet 2014

Il me semble que je n’ai plus peur


Antoine : Je regrette de partir, je voudrais être avec vous.
Cléo : Vous y êtes. Il me semble que je n’ai plus peur. Il me semble que je suis heureuse.

Cléo de 5 à 7, Agnès Varda (1962)

lundi 3 mars 2014

Journal for plague lovers [Crossed Covers]

Vous ne le dîtes pas, et cette retenue pleine d'attention vous honore, mais je sais que la rubrique Crossed Covers vous manque.
J'ai une update massive à publier sur l'existant, sauf que la charge de travail me retient.
Alors, hop, j'improvise un article
(qui pourrait d'ailleurs être la suite de celui-ci, que je complète d'ailleurs au passage)


Andrew WK, I get wet (Island, 2002)
Crystal Castles, Alice Practice EP (Merok, 2006)
Katamine, Lag (Carrot Top, 2008)
Manic Street Preachers, Journal for plague lovers (Columbia, 2009)

La dernière pochette reprend une peinture de l'artiste anglaise Jenny Saville :


Elle avait déjà collaboré avec le groupe pour l'album "The Holy Bible"
(avec un petit côté Lucian Freud, dans ce triptyque, non?)


Benefits supervisor sleeping, Lucian Freud (1995)

dimanche 19 juin 2011

la lumière de demain

Quand je lis ce précédent texte de Nietzsche vantant le bonheur et raillant ses propres souffrances, je ne peux m'empêcher de citer Alain, toujours avec cette idée que "la tristesse n'est jamais ni noble, ni belle, ni utile", n'en déplaise aux Romantiques.

Je dis "toujours" parce qu'il me semble avoir déjà cité cette phrase (marquante) sur ce blog. Les "propos sur le bonheur" d'Alain (aka Emile Chartier), c'est un peu la friandise philosophique par excellence: Ca se lit tout seul, pour un bénéfice immédiat (sur le plan des connaissances, comme sur le plan pratique de la vie et des pensées). Je l'ai lu au milieu de ma vingtaine, de sorte que j'avais déjà fait l'expérience de certains des thèmes (ou pièges) abordés... En fait, je serais limite d'avis d'en recommander la lecture à tout un chacun, genre à 18-20 ans.

Bon, évidemment, "Propos sur le bonheur", ça sonne un peu comme un article de magazine féminin, ou comme quantité de méthodes qui peuplent le rayon bien-être des librairies. Mais c'est plus que ça. Après tout, vous en jugerez: A la faveur d'un pdf trouvé sur internet, il est probable que je cite les passages multi-surlignés de ma version papier.

Voici donc en guise de premier extrait, le "propos" dont est tirée la citation ci-dessus. Ainsi vous aurez le cheminement complet de sa pensée.

Il y a une bonté qui assombrit la vie, une bonté qui est tristesse, que l'on appelle communément pitié, et qui est un des fléaux humains. Il faut voir comment une femme sensible parle à un homme amaigri et qui passe pour tuberculeux. Le regard mouillé, le son de la voix, les choses qu'on lui dit, tout condamne clairement ce pauvre homme. Mais il ne s'irrite point ; il supporte la pitié d'autrui comme il supporte sa maladie. Ce fut toujours ainsi. Chacun vient lui verser encore un peu de tristesse ; chacun vient lui chanter le même refrain : « Cela me crève le cœur, de vous voir dans un état pareil. »
Il y a des gens un peu plus raisonnables, et qui retiennent mieux leurs paroles. Ce sont alors des discours toniques : « Ayez bon courage ; le beau temps vous remettra sur pied. » Mais l'air ne va guère avec les paroles. C'est toujours une complainte à faire pleurer. Quand ce ne serait qu'une nuance, le malade la saisira bien ; un regard surpris lui en dira bien plus que toutes les paroles.
Comment donc faire ? Voici. il faudrait n'être pas triste ; il faudrait espérer ; on ne donne aux gens que l'espoir que l'on a. Il faudrait compter sur la nature, voir l'avenir en beau, et croire que la vie triomphera. C'est plus facile qu'on ne croit, parce que c'est naturel. Tout vivant croit que la vie triomphera, sans cela il mourrait tout de suite. Cette force de vie vous fera bientôt oublier le pauvre homme ; eh bien, c'est cette force de vie qu'il faudrait lui donner. Réellement, il faudrait n'avoir point trop pitié de lui. Non pas être dur et insensible. Mais faire voir une amitié joyeuse. Nul n'aime inspirer la pitié ; et si un malade voit qu'il n'éteint pas la joie d'un homme bon, le voilà soulevé et réconforté. La confiance est un élixir merveilleux.
Nous sommes empoisonnés de religion. Nous sommes habitués à voir des curés qui sont à guetter la faiblesse et la souffrance humaines, afin d'achever les mourants d'un coup de sermon qui fera réfléchir les autres. Je hais cette éloquence de croque-mort. Il faut prêcher sur la vie, non sur la mort ; répandre l'espoir, non la crainte ; et cultiver en commun la joie, vrai trésor humain. C'est le secret des grands sages, et ce sera la lumière de demain. Les passions sont tristes. La haine est triste. La joie tuera les passions et la haine. Mais commençons par nous dire que la tristesse n'est jamais ni noble, ni belle, ni utile.

Alain, Propos sur le Bonheur (1925)

mardi 16 novembre 2010

A toi qui ne m'as jamais connue

Un après-midi d'été, en route vers quelque village du Cantal, j'avais entendu des passages de cette "lettre d'une inconnue", lus par Guillaume Gallienne sur France Inter... C'aura été suffisant pour que cette nouvelle se retrouve inscrite dans ma liste des livres à lire.
Je vous livre ici les premiers mots.

Le pitch: Après une excursion de trois jour, un homme, par ailleurs romancier à la mode, rentre chez lui. Parmi le courrier reçu, il y a cette enveloppe contenant deux douzaines de pages d'une écriture agitée, sans signature ni adresse. En guise d'épigraphe:
"A toi qui ne m'as jamais connue"
Il lit.


Mon enfant est mort hier; trois jours et trois nuits j'ai lutté avec la mort pour sauver cette petite et tendre existence ; pendant quarante heures, je suis restée assise à son chevet, tandis que la grippe secouait son pauvre corps brûlant de fièvre. J'ai rafraîchi son front en feu ; j'ai tenu nuit et jour ses petites mains fébriles. Le troisième soir, j'étais à bout de forces. Mes yeux n'en pouvaient plus ; ils se fermaient d'eux mêmes à mon insu. C'est ainsi que je suis restée trois ou quatre heures endormie sur ma chaise, et, pendant ce temps, la mort a pris mon enfant [...]

Maintenant, je n'ai plus que toi au monde, que toi qui ne sait rien de moi et qui, à cette heure, joues peut-être, sans te douter de rien, ou qui t'amuses avec les hommes et les choses. Je n'ai que toi, toi qui ne m'as jamais connue et que j'ai toujours aimé.

[...] Je ne sais si je m'exprime assez clairement, peut-être ne me comprendras-tu pas? Ma tête est si lourde : mes tempes battent et bourdonnent ; mes membres me font si mal. Je crois que j'ai la fièvre ; et peut-être aussi la grippe, qui maintenant rôde de porte en porte, et cela vaudrait mieux, car, ainsi je partirais avec mon enfant, et je ne serais pas obligée de me faire violence. Souvent un voile sombre passe devant mes yeux; peut-être ne serai-je même pas capable d'achever cette lettre ; mais je veux recueillir toutes mes forces pour te parler une fois, rien que cette seule fois, ô mon bien aimé, toi qui ne m'as jamais connue. [...] C'est à toi que, pour la première fois, je dirai tout; tu connaîtras toute ma vie, qui a toujours été à toi et dont tu n'as jamais rien su.

Stefan Zweig, Lettre d'une inconnue (1927)

lundi 1 juin 2009

Cette autre chose que je fuis



A chaque nuit, quelque chose d'invisible me poursuit
A chaque nuit, vers la forêt je m'enfuis
Mes médicaments m'empêchent de voir la magie
Mes médicaments m'empêchent de finir ma vie
Non, jamais je n'oublierai mon nom
Les chiens suivent ma trace
Les gens se mettent à ma place
La police à mes trousses
Mon épouse a la frousse
L'hélicoptère survole la forêt
Les gens crient mon nom
Oh non!
C'est autre chose que je fuis
Non, jamais je n'oublierai mon nom
Je ne reviendrai pas
Je suis porté disparu
Ma photo, je l'ai vue
Je suis porté disparu
Vous ne me reverrez plus


Malajube - porté disparu
Labyrinthes (Dare to Care, 2009)
www.myspace.com/malajube

vendredi 15 juin 2007

Seule la musique est un soulagement

L'Homme est une ordure,
l'Homme est une merde.

Vous savez bien que la souffrance est partout
que la haine est partout,
que la méchanceté est partout
et que la maladie et la mort sont la seule issue à toute cette misere infernale qui me prend la tête

et qui vous prend la tête aussi
et qui vous prend la tête aussi
et qui vous prend la tête aussi

Regardez-moi, je suis qu'un taré
je suis la preuve même de la damnation du monde
je suis la preuve même de la damnation de l'humanité

Je suis qu'une merde qui souffre, qu'a mal au ventre,
à la tête, qui doute, qui se prend la tete,
comme vous
comme vous

Je suis qu'une merde qui souffre, qu'a mal au ventre, à la tête, qui doute, qui se prend la tête,
comme vous
comme vous

Et seule la musique est un soulagement
Seule la musique est un soulagement
Seule la musique
Seule la musique
Seule la musique est un soulagement

Et seule la musique est un soulagement
Seule la musique est un soulagement
Seule la musique
Seule la musique
Seule la musique
Seule la musique
...

Jean-Louis Costes - Seule la musique
Nike ta race (Rectangle, 2000)
www.myspace.com/jeanlouiscostes

jeudi 7 juin 2007

Le Crabe

Endorphine endogamique qui me gèle le sang
Je sais tout bas que tu m'aimes encore
Citadine multicolore liée par la sang
Tu sais tout bas que je t'aime aussi fort

Dans l'ombre / Sous ta peau s'est trouvée
Une cellule sombre / Qui veut faire hécatombe
Si jamais on te plombe / De noirs rayons gamma
Je reste avec toi



Endorphine endogamique qui me gèle le sang
Tu sais tout bas que je t'aime oh! si fort
Héroïne des anticorps liée par le sang
Je sais tout bas que tu m'aimes encore

Dans l'ombre / Sous ta peau s'est trouvée
Une cellule sombre / Qui veut faire hécatombe
Si jamais on te plombe / De noirs rayons gamma
Je te suis d'un pas

Oui je te suis d'un pas
Oui je te suis d'un pas
(et rends-lui ses ailes)
Creuse ton tunnel
Sous ses aisselles
Et rends-lui ses ailes

Et tu t'endors contre moi / Dans mon lit bleu et blanc
Et je dors aussi / Mais pour plus longtemps

Dans l'ombre / Sous ta peau s'est trouvée
Une cellule sombre

Malajube - Le Crabe
Trompe l'Oeil (Dare to Care, 2006)
www.myspace.com/malajube