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dimanche 17 mai 2020

Le monde était si beau

Une planète qui suffoque, des inégalités qui se creuse, maintenant une pandémie... Plus le temps passe depuis la sortie de ce morceau de Dominique A en 2012, plus son refrain sonne juste.

On voit des autoroutes, des hangars, des marchés
De grandes enseignes rouges et des parkings bondés
On voit des paysages qui ne ressemblent à rien
Qui se ressemblent tous et qui n'ont pas de fin

Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Le monde était si beau et nous l'avons gâché
Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Si le monde était beau, nous l'avons gâché

On voit de pleins rayons de bêtes congelées
Leurs peurs prêtes à mâcher par nos dents vermillon
On voit l'écriture blanche des années empilées
Tous les jours c'est dimanche, tous les jours c'est plié

Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Le monde était si beau et nous l'avons gâché
Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Si le monde était beau, nous l'avons gâché

On goûte au pieux mensonges des cieux embrigadés
Tant de vies sacrifiées pour du cristal qui ronge
On voit des fumées hautes, des nuages possédés
Des pluies orange et mauves donnant d'affreux baisers

Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Le monde était si beau et nous l'avons gâché
Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
Si le monde était beau, nous l'avons gâché

Dominique A - Rendez-nous la lumière
Vers les lueurs (2012)

mercredi 5 décembre 2018

Rock ! Une histoire nantaise (part. 2)

Retour sur l'exposition nantaise, cette fois non plus en portraits, mais en pochettes d'albums. Soit qu'elles soient emblématiques, jolies ou tout simplement "dignes d'intérêt / curiosité".

On commence à nouveau par John Merrick, au format K7 (promo)





Et on termine bien sûr par la grande musique !
(souvenez-vous, je vous parlais de cette pochette ici-même en... 2009)


ROCK !, une histoire nantaise
Exposition du 24 février 2018 au 10 novembre 2019

lundi 3 décembre 2018

Rock ! Une histoire nantaise (part. 1)

A la faveur d'un rendez-vous professionnel écourté, j'ai pu me rendre mercredi dernier au château des ducs de Bretagne à Nantes visiter l'exposition "Rock ! Une histoire nantaise".
Une exposition qui couvre la "scène nantaise", des années 1960 à nos jours, si bien que plusieurs générations d'amateurs de musique y retrouveront références appréciées et souvenirs (visages, anecdotes, lieux, extraits...)

Première partie de cet article, avec des portraits. On commence avec le jeune Dominique A, arrivé à Nantes depuis Provins en 1984, et qui formera avec les frères Pied le groupe John Merrick.

Dominique A qu'on retrouve bien sûr plusieurs fois tout au long de l'exposition aux côtés de visages familiers :

Françoiz Breut :

et Philippe Katerine :

Philippe Katerine n'était pas le seul vendéen d'origine puisqu'on y trouvait également les little rabbits :

A Nantes, on aime aussi Mansfield Tya, et ici, Sexy Sushi (qui - rappelons-le - ont en commun Julia Lanoë) 

Suite de cet article, tout en pochettes d'albums, demain

mercredi 4 juillet 2018

La meute en été

Bientôt les vacances... Que les "locaux" se tiennent prêts.


Je vis dans un désert d'hiver
Infesté de monde l'été
Je vais sur le sentier désert
Autour du lac abandonné

Les pédalos sont recouverts
de bâches aux teintes délavées
J'entends le souffle de la pierre
Et au loin les cloches sonner

Je vis dans un désert d'hiver
Nous sommes quelques uns à l'année
Dans le village disséminés
Chacun sa réserve de fiel
Ça fait des nuées d'étincelles
D'un bout à l'autre du village
Des câbles de haine haut-voltage
Entre les maison occupées

Je vis dans un désert d'hiver
Il y a une femme que j'ai aimée
Elle vit à cent mètres de moi
Elle voudrait qu'on parle moins bas
Elle est seule et le restera
Et moi aussi c'est à hurler
Pourtant chaque fois qu'on se voit
Les mots avancent à pas feutrés

Les mots de trop passent les années
On a cimenté les querelles
On se prosterne devant elles
Leur cierge est toujours allumé
Combien d'offrandes et de prières
Pour qu'un jour tout vole en éclat ?
Mais nous vivons de nos colères
Mieux vaut que tout reste en l'état

À la lumière des réverbères
Le bleu nuit du lac entamé
J'observe les grains de poussière
Phosphorescents sur le sentier
Plus tard il faudra travailler
Relever tous les parasols
Ventre noués, rumeur d'école
Au son de la meute en été

Je vis dans un désert d'hiver

Dominique A - désert d'hiver
Toute latitude (Cinq7, 2018)

Dans un post facebook, Dominique A introduisait ce morceau ainsi :

Désert d'hiver, ou : des bienfaits d'un court séjour dans un village « Pierre et Vacances » en hiver. La chanson a déboulé aussitôt, comme une extension du décor dans lequel je me trouvais.

(Pour retrouver un décor similaire, lire également : "Lune captive dans un œil mort" de Pascal Garnier)

vendredi 3 août 2012

All Of Us, Together

Cette fois, je crois bien que la Saison 4 de Top Tape est terminée. Comme chaque été, vous pourrez retrouver une mixtape bonus, celle-ci reprend les morceaux que j'ai passés au Glazart, lors de la carte blanche Radio Campus Paris.

Y figurent: Archie Bronson Outfit, Sonic Youth, StereoTotal, Piano Overlord, Liars, Suuns, Who Made Who, DIIV, Grizzly Bear, Bill Callahan, Bodies of Water, Rich Aucoin , Teen Daze et Passion Pit.

Playlist complète et écoute ici.


J'ai également mis à jour la page recensant tous les volumes de Top Tape sur ce blog :
http://arise-therefore.blogspot.fr/p/top-tape.html

J'en profite enfin pour signaler que l'émission spéciale consacrée aux meilleures sessions acoustiques enregistrées à Radio Campus Paris depuis près de 10 ans est en ligne.  
C'est dans Les Montagnes Russes que ça se passe (merci à Florent pour son invitation).
Le line-up est - forcément - impressionnant:
Sufjan Stevens, Grizzly Bear, Okkervil River, Dominique A, My Brightest Diamond...

lundi 21 mai 2012

PS I love you

Déjà l'avant-dernière mixtape de la saison ! feat. que des morceaux trop bien, par Sigur Ros, Lost in the Trees, Monogrenade, Spain, Felix, Mount Eerie, Labradford, Dominique A, Hannah, Ramona Falls, the Cribs, Built to Spill et PS I love you.

En écoute sur le site de Radio Campus Paris, ou via le player suivant
[ Accès Rapide .]


Des exemplaires de l'album de Monogrenade sont à gagner !



Prochaine et dernière émission de la saison : Dimanche 10 juin à 19h (93.9 FM)

mardi 5 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.3)

10 ans, 50 albums, en français dans le texte pour cette fois...



En tant que lecteurs assidus de ce blog, vous avez peut-être noté à quel point les artistes de feu le label Lithium étaient présents dansces colonnes. Il y a bien sûr Dominique A, avec Remué, son album le plus sombre, celui que je préfère de loin à tous les autres. Le chanteur a l'air de s'en souvenir comme étant un bide retentissant en termes de ventes, et me disait lors d'une interview qu'il ne reviendrait pas à un tel son et à de telles ambiances, à moins de refaire "une bonne dep' " (l'expression m'avait marquée). Partant de là, rien d'étonnant à ce que je place dans ma sélection les premiers albums de Mendelson (tous les trois mois, je me fais l'intégrale Mendelson...) et Bertrand Betsch. Tous deux ont des paroles tellement justes. L'un des autres albums emblématiques du label est ce fameux #3 de Diabologum, avec lequel j'ai fait connaissance en écoutant "La Maman et la Putain" (grâce à Mélanie Bauer, à nouveau). Enfin, l'ami Murat, pour son timbre et son phrasé, ici avec l'album Mustango, enregistré avec la participation de Calexico.

Diabologum - #3 (Lithium, 1996)
Dominique A - Remué (Lithium, 1999)
Jean-Louis Murat - Mustango (Labels, 1999)
Mendelson - L'avenir est devant (Lithium, 1997)
Bertrand Betsch - La soupe à la grimace (Lithium, 1997)

(à suivre)

dimanche 11 juillet 2010

Enfin je vais profiter de tout

Dominique A était hier en concert à La Plage... La Plage, c'est la scène extérieure qu'a amménagée le Glazart pour tout l'été. Transats, buvette, parasols, soleil couchant, sable, canisse, verdure, c'était là le décors idéal pour un concert en extérieur.

Louons l'initiative du GlazArt... Quand l'excentrage devient un avantage.



Décors idéal, et pourtant pas grand monde... Ceci aura rendu la soirée encore plus agréable. Sans doute le (grand ou moyen) public préfère-t-il converger vers des salles plus connues, avalisées par les médias généralistes (Cigale, Bataclan, Casino de Paris...)

Soirée très agréable, je regretterais peut-être seulement une setlist sans surprise (beaucoup de "La Musique" + le faussaire, la peau, antonia, le 22 bar, le courage des oiseaux)

Peut-être aurait-on pu entendre des chansons de "Remué"?
Ou bien "La Mémoire Neuve", par exemple
:


Ma mémoire m'a déserté. Enfin je vais profiter de tout, sans rien en regretter, affranchi de lendemains du souvenir...

Fatalement ça n'a pas duré, la mémoire m'est revenue, mais j'ai l'intuition que ce n'était pas la mienne que je retrouvais. A mesure que me gagnaient quelques souvenirs, je doutais qu'ils m'aient un jour appartenus, eux qui défilaient sans parler. Mais comme ils pesaient moins que rien et que cette mémoire n'avait nulle trace de jour faste ou mauvais, à merveille elle me conviendrait.

Moi qui la croyais calme, au moment où elle s'accrochait à moi, je crus qu'elle saurait m'épargner les rancoeurs et le vin mauvais. Et aujourd'hui j'accuse encore le coup, elle m'a bien eu. Elle m'a bien sûr depuis tout dévoilé du passé lourd qui m'incombait.

Ma vraie mémoire reparaitrait, elle rirait bien fort de moi.

L'autre en tous cas, bien arrimée, parraine chacun de mes pas et je ne me reconnais pas, le dos courbe et les yeux baissés. Ces yeux qui balaient le plancher sans doute pour la première fois.


Dominique A, La mémoire neuve
La mémoire neuve (Lithium, 1995)
www.commentcertainsvivent.com

Photo: Marc C.

mardi 22 décembre 2009

2009, un palmarès




Top Tape Vol.7 (S2) est ligne, et avec elle, ma sélection 2009 d'albums, singles et concerts. Ca se passe ici. N'hésitez pas à partager sur l'article en question votre bilan de l'année... en plus, vous pourrez gagner un T-Shirt de the XX.


Albums
Clues - s/t (Constellation / Differ'ant)
Bowerbirds - upper air (dead oceans / differ'ant)
Flaming Lips - Embryonic (Warner)
Whitest Boy Alive - Rules (Bubbles / Differ'ant)
Mt Eerie - Wind's poem (Tomlab / Differ'ant)
Felix - You are the one i Pick (kranky / Differ'ant)
Sholi - s/t (Quaterstick / import)
Dominique A - La Musique / La Matière (Cinq7 / Wagram)
Built To Spill - There's no Enemy (Warner)
Loney Dear - Dear John (EMI)

Sans oublier :
Bear In Heaven - Beast Rest Forth Mouth (hometapes / import)
Black Heart Procession - Six (Temporary Residence / Differ’ant)
Dial M for Murder - Fiction of her Dreams (Tapete / Differ’ant)
Doom - Born Like This (Lex / Differ’ant)
Grizzly Bear - Veckatimest (Warp / Discograph)
Klub des 7 - La Classe de Musique (Encore)
Le Coq
- D’arradon (arbouse / anticraft)
Memory Tapes - s/t (Rough Trade / import)
Mos Def - the Ecstatic (Downtown)
Music Go Music - Expressions (Secretly Canadian / Differ’ant)
Nurses - Apple’s Acre (Dead Oceans / Differ’ant)
Phoenix - Wolfgang Amadeus Phoenix (Cooperative Music)
P.O.S. - Never Better (RhymeSayers)
Rone - Spanish Breakfeast (InFiné / Discograph)
Speech Debelle - Speech Therapy (Big Dada / PIAS)
Swan Lake - Enemy Mine (Jagjaguwar / Differ'ant)
Tortoise - Beacons of Ancestorship (Thrill Jockey / PIAS)
V/A - Can you Dig it? (Soul Jazz records)
Vitalic
- Flashmob (Citizen ; PIAS)
Wolf Parade - At Mount Zoumer (Sup Pop / PIAS)


Singles / EP (en plus des albums sus cités):
Annie - Songs remind me of you ; Arnaud Fleurent-Didier - France Culture ; Bill Callahan - All thoughts are prey to some beast ; Casiokids - Fot I Hose ; Chapelier Fou - s/t EP ; General Bye Bye - Alphabet ; Malajube - Porté Disparu ; Pilöt - Mantes religieuses ; Small Black - Kings Of Animals [import] ; Starfucker / Pyramiddd - Medicine ; the Rakes - Shackleton ; Yeah Yeah Yeahs - Dull Life


Concerts :
CocoRosie @ L'Usine / Genève
Whitest Boy Alive
@ Cigale
Rien
@ l'international
Albin de la Simone + Tante Hortense
@ Java
Tim Exile
@ Batofar
Frère Animal
@ Radio Campus Paris
Bowerbirds
@ Point FMR
Jarvis Cocker
@ Galerie Chappe
a Hawk and a Hacksaw
@ New Morning
Dominique A
@ Radio Campus Paris
Sparklehorse+Fennesz
@ Trabendo
Stars like Fleas
@ Beaubourg
Clues + Hold your horses
@ Glaz'art
Themselves
@ Point FMR
Mariee Sioux + Matt Bauer
@ Radio Campus Paris

samedi 27 juin 2009

Le bruit blanc de l'été

Ca faisait un moment que j'avais cette photo à portée de clic et que j'étais prêt à la publier ici... sauf que je voulais attendre que le résultat soit accessible en ligne. C'est chose faite : la session de Dominique A sur Radio Campus Paris, en son et en images, c'est ici !


Même impression qu'à sa dernière visite (époque Tout sera comme avant), voici quelqu'un qui écrit de très beaux albums, qui ont un retentissement qui dépasse la sphère des médias indé, et pourtant c'est peut-être la personne la plus accessible et se prenant le moins au sérieux que j'ai reçue.

Dominique A sera en concert le 26 novembre au Casino de Paris. Comme il l'annonce dans l'interview (qui suit la session), il ne sera pas seul sur scène, mais accompagné d'un groupe (avec un vrai batteur...). C'est-à-dire qu'il va bien falloir retourner le voir, après ses deux concerts (superfétatoires) du mois de juin en solo à l'Athénée.

dimanche 3 mai 2009

Tant que j'ai encore une ombre

Tant que j'ai encore une ombre
Je peux t'aimer
Je peux boire dans ton verre
Te regarder.

Tant que j'ai encore une ombre
Je peux dire : " Voilà le soleil "
Et voir mon ombre sortir de l'ombre
Et s'étirer

Tant que j'ai encore une ombre.

Tant que j'ai encore une ombre
Je peux faire les gestes par lesquels
On me reconnaît, par lesquels
J'essaie de ne pas être oublié.

Tant que j'ai encore une ombre
Je peux sentir comme tout m'échappe
Le temps, la beauté, et être heureux
Ici et là de les croiser.

Tant que j'ai encore une ombre



Dominique A - Tant que j'ai encore une ombre
La Matière (Cinq7, 2009)
www.myspace.com/dominiquea

jeudi 2 avril 2009

Je ne t'ai jamais dit, mais nous sommes immortels

Lorsque les premières chansons de l'album de Dominique A. ont été divulguées, j'ai tout de suite été touché par l'une d'elle : 'Immortels'.


Je ne t'ai jamais dit, mais nous sommes immortels
pourquoi es tu partie, avant que je te l'apprenne
le savais-tu déjà, avais-tu deviné
que des dieux se cachaient sous nos faces avinées?

[...]

As-tu pensé parfois que rien ne finirait?


Après tout, il a ici été tant de fois question de la Mort, qu'il paraît beau de prétendre à l'Immortalité, de la décréter, pour deux, dans le contexte d'une existence somme toute bien terrestre.

Aujourd'hui, j'écoute l'album en entier. C'est la première fois depuis 'Remué', que j'apprécie un album de Dominique A dans son intégralité. Musicalement, il a été enregistré dans les mêmes conditions que La Fossette.
Seul.
Avec seize ans d'expérience musicale en plus.


Piste 4. On avait posé la question, un peu plus tôt dans ce blog : Do you exist?
Dans un même ordre d'idée, Dominique A. demande, plus directement : Qui es-tu?


C'est un matin heureux
Un jour tout alangui
Je me retourne dans le lit
Je te regarde dans les yeux
Mais qui es-tu?
Mais qui es-tu?
...

C'est dans la ville aussi
C'est en nous promenant tous les deux
Tu ne dis rien et tu souris
Ca me vient soudain, c'est curieux
Mais qui es-tu?
Mais qui es-tu?
...

Hier, je t'ai vue
Tu étais loin dans tes pensées
Et j'ai vu, quand je t'ai touchée,
Tes yeux et j'ai presque entendu :
Mais qui es tu?
Mais qui es-tu?
Mais qui es-tu?
...


Dominique A sera bientôt en session et interview sur Radio Campus Paris. J'enregistre Mardi. D'ici là, n'hésitez pas à me faire part d'éventuelles questions que vous souhaiteriez que je lui pose!

Dominique A - Immortels / Qui es-tu?
La musique (cinq7, 2009)
www.myspace.com/dominiquea

Magritte, Les Amants (1928)

dimanche 21 septembre 2008

Remué

Une chanson 'inquiète' de Dominique A au sujet de la paternité, dans le plus sombre de ses albums : Remué. Niveau écriture, je trouve l'emploi de la première personne du pluriel dans la bouche d'un "fils" particulièrement habile

Nos pères ont pris sur eux après notre arrivée
Même s'ils s'en défendaient, même s'ils acceptaient
Ils nous ont vu finir à leur place le repas
Certains ont su en rire d'autres n'y arrivaient pas

Nos pères nous en voulaient, même ceux qui ne voulaient pas
Nous rendre responsables et même ceux qui pensaient
Après coup qu'ils avaient longtemps voulu qu'on soit
Un jour à cette table à finir le repas

Leurs femmes nous trimballaient, nous crochetaient le bras
Clignant des yeux d'amour pour qu'on ne les oublies pas
Comme si c'était possible d'oublier ces yeux-là
Ces lèvres au bord du vide qui s'écrasaient sur nous

Ces lèvres que nos pères n'atteignaient que de loin
Depuis qu'on était là, depuis qu'on faisait tou
Pour leur prendre une à une les choses de la main
Avec cet alibi de n'y rien voir du tout

Nos pères n'ont jamais su nous détester vraiment
Attachés par amour à tout nous pardonner
Et même quand c'était trop, qu'on était trop présent
Ils ne luttaient pas trop avant de s'effacer

Et à tant s'effacer nos pères ont disparu
Et quand on a compris on a regardé la terre
Qui ne recracherait rien, on a regardé nos mères
Qu'on n'avait jamais vues si éloignées de nous
On les a regardées peinant à évoquer
Ces hommes tels qu'ils étaient avant notre arrivée
Avant qu'ils ne s'assoient pour mieux nous reconnaître
Pour bien nous regarder avant de disparaîte

Dominique A - Pères
Remué (Lithium, 1998)
www.myspace.com/dominiquea

mercredi 4 juin 2008

un lundi soir à Cherbourg

Je suis une ville dont beaucoup sont partis
Enfin pas tous encore mais ça se rétrécit
Il reste celui-là qui ne se voit pas ailleurs
Celui-là qui s'y voit mais à qui ça fait peur
Et celle-là qui ne sait plus, qui est trop abrutie
Qui ne sait pas où elle est ou qui se croit partie

Je suis une ville où l'on ne voit même plus
Qu'un tel n'est pas au mieux, lui qu'on a toujours vu
Avec les joues bien bleues, avec les yeux rougis
Ou avec le teint gris, mais bon, avec l'air d'être en vie
Un jour il est foutu et peu comprennent alors
Que la mort a frappé quelqu'un de déjà mort

Je suis une ville de chantiers ajournés
De fêtes nationales, de peu de volonté
De fraises qui prolifèrent le nez bien dans le verre
De retrouvailles pénibles car sur un pied de guerre
De visites écourtées ou dont on désespère
Je suis une ville couchée la bouche de travers

Parce qu'il y fait trop froid, parce que c'est trop petit
Beaucoup vont s'en aller car beaucoup sont partis
Il en revient parfois qui n'ont pas tous compris
Ce qui les ramène là et les attend ici
Ils ne demandent qu'à dire combien ils sont heureux
D'être là à nouveau, qu'on les y aide un peu

Qu'ils ne comptent pas sur moi pour les en remercier
On ne remercie pas ceux qui vous ont quittés
Qui reviennent par dépit et ne le savent même pas
Ils ne savent rien de rien et pourtant ils sont là
Et je suis encore fière et plutôt dépérir
Que de tout pardonner, que de les accueillir

Je suis une ville dont beaucoup sont partis
Enfin pas tous encore mais ça se rétrécit
Et je suis bien marquée, d'ailleurs je ne vis plus
Que sur ce capital, mes rides bien en vue
Mais mes poches sont vides et ma tête est ailleurs
Je suis une ville foutue qui ne sait plus lire l'heure
Qui a oublié l'heure
Qui ne sait plus lire l'heure
Qui a oublié l'heure

Dominique A - Je suis une ville
Remué (Lithium, 1998)
www.myspace.com/dominiquea