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vendredi 31 mars 2017

La peur

Dans une série de courts textes, récemment portés à la scène au 104, Olivia Rosenthal discourt cinéma... Ou plutôt "films". Dans un style direct, la narratrice distille le fil de ses pensées, en réaction au (re)visionnage de films célèbres : Alien, Bambi, ou par exemple ici les Oiseaux.

Après s'être interrogée sur ce qu'ôte ou apporte la répétition d'une projection d'un film d'angoisse, elle s'attarde plus précisément sur notre réaction face à la peur...

Je ne sais pas si j'ai moins peur aujourd'hui qu'hier, je ne sais pas si les adultes sont plus forts que les enfants, ils sont seulement plus contrôlés, plus éduqués, plus adaptés, plus plastiques. Je suis plastique. Je m'adapte à mon environnement et si les oiseaux attaquent je ne hurle pas comme une bête, je me cache et je cherche des solutions. Aucune solution. Le film n'apporte aucune solution. On ne résout pas la peur. On ne surmonte pas la peur. On essaye juste de la sortir de soi et de courir plus vite qu'elle pour la laisser en arrière. On court jusqu'à ce qu elle soit minuscule, là-bas, dans le paysage. Et adulte on est plus grand, plus musclé, on court plus vite. On apprend plus vite à reconnaître dans certaines de ses réactions les symptômes d'une frayeur à venir, on apprend plus vite à contenir ces symptômes afin qu'ils n'envahissent pas toutes les ressources dont on dispose. On délimite. On veille. Et dès que la peur sort sa petite tête hideuse, on prend ses affaires et on s'en va. On lui laisse tout. Les meubles, les photographies, la maison, on lui abandonne la place. Le plus important, c'est de survivre. Tout le reste est superflu.

Olivia Rosenthal, Les oiseaux reviennent (2016)

vendredi 24 mai 2013

Always green, Ever-living

J'ai revu la semaine dernière Vertigo / Sueurs Froides. Avec d'autant plus de plaisir que j'avais oublié une bonne partie de l'intrigue ; ne me restait que le souvenir de quelques scènes, dont celle de la coupe de Séquoia, à Muir Woods (au Nord  de San Francisco, juste )


Madeleine: How old?
Scottie: Oh, some 2,000 years or more.
Madeleine: The oldest living things.
Scottie: Yes. You've never been here before?
Madeleine: No.
Scottie: What are you thinking?
Madeleine: Of all the people who've been born and have died while the trees went on living.
Scottie: Their true name is Sequoia sempervirens, 'always green, ever-living.'
Madeleine: I don't like it.
Scottie: Why?
Madeleine: Knowing I have to die.

Si cette scène m'était familière, c'est qu'en plus, j'avais vu récemment son pendant, dans "La Jetée" de Chris Marker.

Ils marchent. Ils s’arrêtent devant une coupe de séquoia couverte de dates historiques. Elle prononce un nom étranger qu’il ne comprend pas. Comme en rêve, il lui montre un point hors de l’arbre. Il s’entend dire : « Je viens de là… »

*
*    *

Somewhere in here I was born. And there I died. It was only a moment for you, you took no notice.

Vertigo, Alfred Hitchcock (1958)
La Jetée, Chris Marker (1962)

dimanche 12 février 2012

Is your time so empty?

Dans un article intitulé "Time's price", je rapportais dernièrement ces paroles d'une chanson de Jeffrey Lewis :

Time is gonna take so much away
But there's a way that time can offer you a trade

Jeffrey Lewis tâchait de répondre très pragmatiquement à la question : "Peut-on tirer parti du temps qui passe, et si oui, comment?"

You'd better do something that you can get better at
'Cause that's the only thing that time will leave you with
(l'activité choisie pouvant aller de la chimie au fait de fonder une famille).
La réponse m'intéresse cependant moins que la question. Se la poser évite de réaliser a posteriori qu'on n'a agit que par automatisme / convention (cf. aussi "Au fond, pourquoi travaillé-je? Pourquoi faire des enfants?")...
ou qu'on a perdu son temps :
Norman Bates : My hobby is stuffing things. You know, taxidermy.
Lila Crane : It's a strange hobby. Curious.
[...] A man should have a hobby.
Norman Bates : Well, it's more than a hobby. A hobby's supposed to pass the time, not to fill it.
Lila Crane : Is your time so empty?

Pas sûr que Norman Bates - dans Psychose, donc - se soit réellement interrogé sur son "projet de vie". S'il en est qui y aura longuement réfléchi en amont et s'y sera tenu, c'est bien Percival Bartlebooth, personnage principal de "La Vie mode d'emploi" de Georges Perec.

La dernière fois que je vous en parlais, il oscillait entre abrutissement opaque et hyper claire-voyance dans son activité quotidienne et ô combien chronophage : la résolution d'un puzzle.

En réalité, elle s'inscrivait dans un projet plus vaste, fascinant (et vain, au point qu'il aurait certainement plu à Dino Buzzati).
Le voici :

Imaginons un homme dont la fortune n’aurait d’égale que l’indifférence à ce que la fortune permet généralement, et dont le désir serait, beaucoup plus orgueilleusement, de saisir, de décrire, d’épuiser, non la totalité du monde — projet que son seul énoncé suffit à ruiner — mais un fragment constitué de celui-ci : face à l’inextricable incohérence du monde, il s’agira alors d’accomplir jusqu’au bout un programme, restreint sans doute, mais entier, intact, irréductible.
Bartlebooth, en d’autres termes, décida un jour que sa vie tout entière serait organisée autour d’un projet unique dont la nécessité arbitraire n’aurait d’autre fin qu’elle-même.
Cette idée lui vint alors qu’il avait vingt ans. Ce fut d’abord une idée vague, une question qui se posait — que faire ? —, une réponse qui s’esquissait : rien. L’argent, le pouvoir, l’art, les femmes, n’intéressaient pas Bartlebooth. Ni la science, ni même le jeu. Tout au plus les cravates et les chevaux ou, si l’on préfère, imprécise mais palpitante sous ces illustrations futiles […], une certaine idée de la perfection.

Elle se développa dans les mois, dans les années qui suivirent, s’articulant autour de trois principes directeurs :
- Le premier fut d’ordre moral : il ne s’agirait pas d’un exploit ou d’un record, ni d’un pic à gravir, ni d’un fond à atteindre. Ce que ferait Bartlebooth ne serait ni spectaculaire ni héroïque ; ce serait simplement, discrètement, un projet, difficile certes, mais non irréalisable, maîtrisé d’un bout à l’autre et qui, en retour, gouvernerait, dans tous ses détails, la vie de celui qui s’y consacrerait.
- Le second fut d’ordre logique : excluant tout recours au hasard, l’entreprise ferait fonctionner le temps et l’espace comme des coordonnées abstraites où viendraient s’inscrire avec une récurrence inéluctable des événements identiques se produisant inexorablement dans leur lieu, à leur date.
- Le troisième, enfin, fut d’ordre esthétique : inutile, sa gratuité étant l’unique garantie de sa rigueur, le projet se détruirait lui-même au fur et à mesure qu’il s’accomplirait ; sa perfection serait circulaire : une succession d’événements qui, en s’enchaînant, s’annuleraient : parti de rien, Bartlebooth reviendrait au rien, à travers des transformations précises d’objets finis.

Ainsi s’organisa concrètement un programme que l’on peut énoncer succinctement ainsi :
- Pendant dix ans, de 1925 à 1935, Bartlebooth s’initierait à l’art de l’aquarelle.
- Pendant vingt ans, de 1935 à 1955, il parcourerait le monde, peignant, à raison d’une aquarelle tous les quinze jours, cinq cents marines de même format représentant des ports de mers. Chaque fois qu’une de ces marines serait achevées, elle serait envoyée à un artisan spécialisé (Gaspard Winckler) qui la collerait sur une plaque de bois et la découperait en un puzzle de sept cent cinquante pièces.
- Pendant vingt ans, de 1955 à 1975, Bartlebooth, revenu en France, reconstituerait, dans l’ordre, les puzzles ainsi préparés, à raison, de nouveau, d’un puzzle tous les quinze jours. A mesure que les puzzles seraient réassemblés, les marines seraient « retexturées » de manière à ce qu’on puisse les décoller de leur support, transportées à l’endroit même où – vingt ans auparavant – elles avaient été peintes, et plongées dans une solution détersive d’où ne ressortirait qu’une feuille de papier Whatman, intacte et vierge.

Aucune trace, ainsi, ne resterait de cette opération qui aurait, pendant cinquante ans, entièrement mobilisé son auteur.

Georges Perec, La vie mode d'emploi (1978)
Alfred Hitchcock, Pyschose (1960)

mercredi 25 janvier 2012

We're all in our private traps

"People never run away from anything. You know what i think? I think that we're all in our private traps, clamped in them, and none of us can ever get out. We scratch and claw, but only in the air, only at each other. And for all of it, we never budge an inch."

Alfred Hitchcock, Pyschose (1960)


Le plaisir est réel à revoir ce film, mais on sent qu'il serait bien plus grand si l'on en ignorait la trame et les ressorts.
Reste qu'Anthony Perkins assure grave.
[Gif via IWDRM]

mardi 8 mars 2011

Don't you like Bodega Bay? (Brune/Blonde, part.4)

La vie d'Arise Therefore est faite de séries de trois ou quatre articles que je dissémine au fil du temps, plutôt que de les concentrer. Ainsi, à l'occasion d'un cycle à la Cinémathèque, je mentionnais tantôt différents films d'Hitchcock, sous l'angle de leur duo d'actrices brune et blonde.

Depuis, j'ai également eu le plaisir d'assister en afterwork à la projection sur grand écran des Oiseaux.


Vous reconnaissez Tippi (Melanie Daniels dans le film), et sa "classe internationale"...


...mais il ne faudrait pas oublier Annie Hayworth, personnage joué par une certaine Suzanne Pleshette. Plus énigmatique, plus triste et résignée... mais néanmoins très active et prévenante quand il s'agit de s'occuper des enfants dont elle a la charge, en tant qu'institutrice.



Annie Hayworth: Did you drive up from San Francisco by the coast road?
Melanie Daniels: Yes.
Annie Hayworth: Nice drive.
Melanie Daniels: It's very beautiful.
Annie Hayworth: Is that where you met Mitch?
Melanie Daniels: Yes.
Annie Hayworth: I guess that's where everyone meets Mitch.

L'histoire se passe à Bodega Bay (à 1h de route au nord de San Francisco), endroit qu'on a l'impression de bien connaître à la fin du film, tant le réalisateur nous y a fait circuler.

Ceci dit, ça a bien changé depuis les années 1960, comme on peut le constater en y retournant via Google StreetView.

the Birds, Alfred Hitchcock (1963)

vendredi 28 janvier 2011

You Freud, me Jane (Brune/Blonde, part.4)

...Une phrase que prononce Marnie Edgar (Tippi Hedren) à l'endroit de Mark Rutland (Sean Connery) dans "(pas de printemps pour) Marnie".

Et oui, hitchcock, encore.
Ici Marnie est retrouvée inconsciente dans la piscine du bateau à bord duquel elle et son mari sont en croisière:

Mark Rutland: Well why didn't you jump over the side?
Marnie Edgar: The idea was to kill myself, not feed the damn fish.

Dans le film, Marnie est une femme froide, névrosée, qui fait preuve d'un certain humour désespéré (mais juste). Son pendant brune (puisque c'est le fil rouge de cette série d'articles) est l'espiègle Lil Mainwaring (Diane Baker).


Pas de printemps pour Marnie, Alfred Hitchcock (1964)

mercredi 26 janvier 2011

That must've been terrible (Brune/Blonde, part.3)

Je n'avais guère dû voir de films d'Hitchcock en VO, car je n'avais pas réalisé jusqu'alors à quel point ils étaient parsemés de fines touches humoristiques.

Si hitchcock a disparu des écrans du Vème arrondissement, c'est que la Cinémathèque est en pleine retrospective de son oeuvre.

Ainsi, j'ai pu voir samedi "le Grand Alibi" (Stage Fright), feat. Marlene Dietrich en femme fatale, froide et manipulatrice, et la pétillante Jane Wyman, fraiche, spontanée, drôle, futée, prototype de la femme libérée.



Si le scénario tourne autour d'un crime commis à peine avant que le film ne commence, on a malgré tout souvent le sourire aux lèvres: Certains moments relèveraient presque de la comédie romantique!

Allez, une petite balgounette avant de se quitter
(et de vous parler tantôt de Marnie)

Wilfred 'Ordinary' Smith: I once had a cousin who had an ulcer and an extremely funny face, both at the same time. Everybody laughed at him when he was telling his symptoms. His name was Jim.
Eve Gill: That must've been terrible!
Wilfred 'Ordinary' Smith: Oh, I don't know, Jim is quite a common name.

lol?

le grand Alibi, Alfred Hitchcock (1950)

Brune / Blonde (part.1)
Brune / Blonde (part.2)