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jeudi 26 juin 2025

I have a broken dream

Though I have a broken heart
I'm too busy to be heartbroken
There's a lot of things that need to be done
Lord, I have a broken heart

Though I have a broken dream
I'm too busy to be dreaming of you
There's a lot of things that I gotta do
Lord, I have a broken dream

And I'm wasted all the time
I've gotta drink you right off of my mind
I've been told that this will heal, given time
Lord, I have a broken heart

And I'm crying all the time
I have to keep it covered up with a smile
And I'll keep on moving on for a while
Lord, I have a broken heart

Spiritualized - Broken heart
Ladies and Gentlemen We Are Floating in Space (1997)
-
Depuis quelques mois (années?), lors de mes séances d'écoutes musicales non dédiées à la découverte de nouveautés, je suis davantage à la recherche d' "intensité", qu'un morceau me fasse vibrer soniquement (#postrock #posthardcore) ou émotionnellement. Dans cette recherche de dopamine, mon cerveau m'a récemment suggéré ce morceau de Spiritualized... Candidat (commet cet autre) au titre de "plus belle chanson du monde"

dimanche 23 juin 2024

I wanted to get away

Youtubeur au 1.5millions d'abonnés, franc-comtois, né en 2002, feldup (prononcé "à la française") ne correspond pas au portait robot de l'artiste que je pourrais écouter. Pourtant... il figure en très bonne position (5ème) de mon bilan 2023, et j'attends avec impatience son concert parisien à la rentrée.

Impeccable musicalement, son album, entièrement dédié à une relation d'emprise passée, revêt une charge émotionnelle telle que, en tant qu'auditeur, il m'est cependant difficile de profiter pleinement et sans scrupule de tous les mini- et maxitubes qu'il contient (10 morceaux sur 11)
 

It started in 2019
People were starting to notice
That this 16-year-old kid
Was making videos and music
I think it was in January
When everything was silent
That she appeared slowly
Inside social media comments,
“Hey, I really like your stuff”
She typed one day
“I genuinely think you’re worth”
It felt nice back then, so it started

Saying the same sentence again
And again and again
Until it becomes a joke
A joke I never really cared for
Every word I said
To her was said the right way
Every song I made
Was better than the rest
She felt smart and calm
Yet she made silly jokes
She felt introverted
Yet she talked the most
She felt nice and strong
Yet she said she was fragile
She felt nice and young
Yet she was 32 years old

She infiltrated every corner of my online space
Made herself look unavoidable
She had plastered her voice and her face
As a wallpaper for my Internet existence
She made videos about me
She made drawings about me
She made music about me
She only talked about me

Fast forward a few months, she’s now considered a friend
She’s known as the nicest person on the planet
Everyone saw her as a nice aunt who likes cat gifs
Astrology and Facebook motivational quotes,
“I’m so impressed by you, Felix
You are so gifted”
It’s something she said
Way too frequently

She wanted attention
I wanted attention
She wanted attention
I craved attention

I liked her
As a friend
I liked her
As a fan

Doing anything to get to me
Like a child pulling my sleeve
In hindsight, the thing she wanted
Was pretty clear

[...]

Feldup, Stared at from a Distance
Stared at from a Distance (2024)

mercredi 20 septembre 2023

Un leurre pour détourner les gens

Je revendique consciemment le fait de ne pas faire de la joie de vivre mon fonds de commerce. Il y a tellement de gens qui le font en France, tous ces petits chanteurs qui jouent sur une sorte de douceur hyper opprimante avec des petits arrangements, un truc samba... Pour moi, à entendre à la radio, c'est une oppression terrible. J'ai l'impression que c'est une sorte d'oblitération de la situation catastrophique dans le monde. Des chansons de propagande. Un leurre pour détourner les gens. Dans la vie de tout le monde, c'est horrible. Je n'ai jamais vu quelqu'un venir vers moi et me dire: « Je suis heureux. » Mais on compense, on fait avec... Pour autant, il y a une sorte de confort dans la mélancolie qui est assez agréable. Quand j'écoute Townes Van Zandt, je suis bien, je ne suis pas en train de me dire que c'est triste. Et c'est atrocement triste pourtant. Totalement désespéré. Mais ses chansons me soulagent. Ces chansons-là, je ne les sens pas essayer de m'annihiler. De nier ma réalité quotidienne. Comme le font les chansons de la radio.

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)

J'ai l'impression qu'il y a deux catégories de personnes : ceux que les musiques tristes affectent et au final dérangent, et ceux qui les apprécient sans qu'elles n'aient d'incidence sur leur humeur ou moral 

samedi 26 août 2023

Combs-la-Ville

Tu n'as rien vu à Combs-la-Ville
Non tu n'as rien vu à Combs-la-Ville

"Combs-la-Ville"... Morceau marquant du premier album de Mendelson, sur lequel revient Pascal Bouaziz, dans l'avant-propos du recueil de ses textes.

Moi, bien sûr, à l'époque où je l'ai écrite, je ne connaissais pas du tout. Cette ville-là en tout cas. A l'époque je confondais avec Villemomble, que je ne connais pas non plus. Une fois, par hasard, je me suis perdu en voiture, justement à Combs-la-Ville. On ne peut pas dire que j'aie été trop surpris. C'est l'avantage de la banlieue, on n'est jamais dépaysé. La banlieue, j'y suis né, j'y ai grandi, j'y ai vécu, j'y vis plus. Dans les chansons, c'est souvent l'endroit où les gens dont j'essaye de raconter les histoires vivent, tout simplement. Donc fondamentalement, ça nous distingue des chansons écrites sur les gens qui se promènent au jardin du Luxembourg, la chanson je dirais, bourgeoise, ou des chansons écrites sur les gens qui vivaient à Pigalle en 1930, la chanson faussement réaliste, tout ça...

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)

mardi 4 juillet 2023

Le monde des snobs

Il y a deux ans déjà, paraissait le dernier (DERNIER!) disque de Mendelson. Dans le même temps, Pascal Bouaziz compilait l'intégrale des textes écrits pour le groupe dans un livre, précédée d'une introduction d'une cinquantaine de pages. L'auteur y revient sur sa discographie, son écriture et plus généralement son parcours.

Ensuite [après the Wall], j'ai acheté d'autres cassettes du Floyd. Animals doit être celle que j'ai le plus écoutée. J'étais en voyage linguistique en Irlande, et le môme de la famille m'avait prêté son walkman. Je faisais du vélo et je pédalais différemment selon les chansons, selon le rythme, la pulsation. C'était presque de la musique sur vélo, le vélo était mon instrument. Atom Heart Mother, à l'époque je prenais ça pour de la musique sérieuse, pas du rock'n'roll bête ou de la musique gothique. Il y avait trois catégories de fans de musique dans mon lycée: les hard-rockers, les gothiques et ceux qui écoutaient Pink Floyd, Dire Straits, etc. En gros, les neuneus, les dépressifs, et les prétentieux. En arrivant à Paris, en découvrant les Smiths, le punk, le folk anglais, je suis rentré dans le monde des snobs. Que je n'ai plus quitté depuis. Les snobs, en art, détiennent la vérité. C'est malheureux mais c'est comme ça.

Pascal Bouaziz, Mendelson, intégrale (1996 - 2021)


"Je me souviens" (comme dirait Perec ou Dumez) m'être frotté au lycée à la discographie de Pink Floyd (avec nette préférence pour The Wall). Je me souviens lors d'un voyage linguistique à Reading avoir demandé à Simone (autre participante, mais d'origine allemande), qui me disait également apprécier le groupe, "quel album ?" sans obtenir de réponse (et c'était ok).
Je me souviens, toujours à Reading, avoir écouté un nombre incalculable de fois :
Delicatessen - I'm Just Alive
Levellers - Zeitgeist 
et surtout
Ash - Girl from Mars
Green Day, Basket Case

samedi 15 janvier 2022

The passing of time is making me sad again

" When you're dancing and laughing and finally living
Hear my voice in your head and think of me kindly "


Paroles de the Smiths, vues et entendues dans le film "Nomadland"... car tatouées sur le biceps d'une des employées que Fern (Frances McDormand) rencontrera, au cours de sa mission dans un entrepôt Amazon. Ne nous privons pas de la chanson dans son intégralité

A sad fact widely known
The most impassionate song to a lonely soul
Is so easily outgrown
But don't forget the songs that made you smile
And the songs that made you cry
When you lay in awe on the bedroom floor
And said, "Oh, oh, smother me mother"

The passing of time and all of its crimes
Is making me sad again
The passing of time and all of its sickening crimes
Is making me sad again
But don't forget the songs that made you cry
And the songs that saved your life
Yes, you're older now and you're a clever swine
But they were the only ones who ever stood by you

The passing of time leaves empty lives waiting to be filled
I'm here with the cause, I'm holding the torch
In the corner of your room (can you hear me?)
And when you're dancing and laughing and finally living
Hear my voice in your head and think of me kindly

Do you love me like you used to?

the Smiths, Rubber ring (1986)
Chloé ZhaoNomadland  (2020)

dimanche 7 novembre 2021

Etre fidèle à son parcours

On ne compte plus les posts sur ce blog en lien avec Mendelson. Vingt-quatre années "au sommet" (non pas des charts, mais de l'art), sept albums, de "l'avenir est devant" jusque... "le dernier album", qui se referme sur "la dernière chanson".

Mais est-ce vraiment la fin? Est-ce vraiment la dernière tournée? Connaissant l'humour pince sans-rire de Pascal Bouaziz, le doute était permis. Malheureusement, il douche nos espoirs dans une profonde interview donnée à Benzine, dont voici quelques courts extraits. Ils confirment la fin de Mendelson, et les raisons tant artistiques et pratiques qui l'ont provoquée.

Ne vous arrêtez pas à ces lignes, allez la lire en intégralité[Part. 1 ; Part.2]
Ceci vous mettra en condition pour son concert du jeudi 11 novembre à Petit Bain.


Je sais bien qu’après Mendelson, il y aura d’autres aventures humaines qui vont se poursuivre mais Mendelson c’est la fin, c’est sûr. Je suis très heureux que cela soit cet album qui vienne conclure cette aventure. Je suis très heureux de l’avoir réussi car je trouve que c'est un très beau dernier chapitre. C’est bien sûr un pincement au cœur que cela soit la fin mais en même temps c'est moi qui l'ai voulu et en même temps, je suis très heureux d’avoir réussi à ne pas salir le truc, à ne pas devenir Robert Smith à ma petite échelle, le groupe qui ne sait jamais finir.

*
*     *

Continuer la musique, certainement ! En quoi, cela va-t-il différer de ce que proposait Mendelson ? En premier lieu, cela ne sera plus un groupe. Même si c’est un peu un groupe étrange, même si je suis le seul membre originel. Si je fais des disques sous mon seul nom, ce sera totalement différent et même si je rejoue avec les mêmes personnes, ce sera de toute façon totalement différent car l'histoire même de Mendelson, l'héritage de Mendelson conditionne également une manière de raconter les histoires, de se tenir et d’être fidèle à son parcours, aux personnages et aux chansons. C'est incroyable de parvenir à créer un personnage de groupe que vous avez tenté d’élever à une certaine éthique, une rigueur, mais cela peut aussi être une prison.

Je crois que c’est pour ça que je ne réussissais plus à écrire pour Mendelson : je ne parvenais plus à me replonger dans cet état d’esprit. J’espère que je réussirai à continuer à faire de la musique, j'en ai envie mais il me fallait avant me libérer de ces 25 ans d’histoire, c’est lourd parfois à assumer. Il faut porter le groupe, porter son projet, il faut se battre contre vents et marées pour le faire exister, se battre pour trouver des dates. Tenter de faire le mieux qu’on peut avec des bouts de ficelles parfois. Chaque tournée se transformait en galère pour notre tourneur, Soyouz. On fait 800 kilomètres et il y a 25 personnes dans la salle, le programmateur est complètement déprimé et les gens dans la salle, ils ne sont que 25 et se regardent en chiens de fusil et puis on refait encore 800 kilomètres le lendemain. A un moment, vous vous dîtes « C'est mignon mais c’est de l'acharnement thérapeutique. » Un projet plus léger en solo ou en duo, ce sera plus facile à défendre.

*
*     *

Je me rends compte en vieillissant que l’on fait vraiment quelque chose de difficile, d’exigeant et en plus quelque chose qui n’est pas identique à chaque fois. Il n’y a pas le côté « Doudou » chez Mendelson où d’album en album, vous retrouvez à chaque fois la même chose. Il n’y a pas la ritournelle, les refrains, le feel good. Il n’y a pas tous ces petits trucs qui font que les choses fonctionnent. 

*
*     *

Vous savez, vous passez une grande partie du début de votre vie à réfléchir à comment devenir quelqu’un et l’autre partie de votre vie à savoir comment arrêter de devenir cette personne. (Rires)  Et puis penser à la mort m'est assez naturel. Il faut penser à comment commencer quelque chose, il me semble normal aussi de penser à comment le finir. Finir pour probablement se réinventer, se donner une autre vie. Je suis assez impatient d'à la fois les prochains concerts de Mendelson mais aussi de la vie après Mendelson tellement cela a été important pour moi. Je crois qu’après le dernier concert de Mendelson, je vais avoir comme un sentiment de soulagement, comme un manteau trop lourd, trop vieux et un matin vous vous levez en te disant « Ah, ce matin, je ne suis plus obligé de porter ce vieux manteau. Ah dis, donc je me sens vachement léger ». Peut-être que dès le dernier concert, je vais me rendre compte de la connerie que j'ai faite. Pourquoi avoir construit toutes ces années un truc et le suicider soi-même ? On verra…

Mendelson, le dernier album (2021)

mercredi 9 décembre 2020

2020, un palmarès

2020 touche à sa fin, en voici le bilan avant tout musical.
Un chiffre qui dit tout : je ne suis allé qu'à deux concerts sur toute l'année. J'espère pouvoir vite me rattraper ! On commence par l'habituel top 10 album, dans un ordre sujet à modification.


Les Albums
Woods - Strange To Explain
Adrianne Lenker - Songs
Cindy Lee - What’s Tonight To Eternity
Of Montreal - UR FUN
Pool Holograph - Love Touched Time and Time Began to Sweat

Arandel - InBach
String Machine - Death of the Neon
Porridge Radio - Every Bad
jarv is... - Beyond the pale
the Microphones - Microphones in 2020


Mais aussi
Arab Strap pour tous les live mis en ligne sur leur bandcamp
Bartees Strange - Live Forever
Coriky - s/t
David Grubbs and Taku Unami - Comet Meta
Destroyer - Have we met
Empty Country - s/t
Field Medic - Floral Prince
the Flaming Lips  - American Head
Glauque - s/t
Hamilton Leithauser - the loves of your life
Les marquises - la battue
M. Ward - Migration Storie
Moaning - Uneasy Laughter
Muzz - s/t
Other lives - for their love
Peel Dream Magazine - Agitprop Alterna
Pole - Fading
the Proper Ornaments - Mission bells
the Reds, Pinks & Purples - You Might Be Happy Someday
Ron Sexsmith - Hermitage
the Strokes - The new abnormal
Taulard - Dans la plaine
Thao and The Get Down Stay Down - Temple
Thousand - Au paradis
Touché Amoré - Lament
Trace Mountains - Lost In The Country
Walter Martin - The World At Night (**)

Les morceaux
(en plus de tous ceux figurant dans les albums ci-dessus) :
2nd GradeVelodrome ; Arab Strap - The Turning of Our Bones ; Car Seat HeadrestCan't Cool Me Down ; Feldup - Falling apart ; Cabane - Take Me Home Pt. 2 ; Fontaines D.C. - Televised MindHen Ogledd - Trouble ; Julien Gasc - L'appel de la forêt ; Little wings - zephyr ; the Notwist - Where You Find Me ; Popular Music - The Way Love Used To Be ; Protomartyr - Processed By The Boys ; Sufjan Stevens - the Ascension ; This is the Kit - This Is What You DidQuasi - Last Days of the Thin Blue Line Lie ; Sophia - Strange Attractor ; the Shifters - Left BereftTocotronic - Hoffnung


Des concerts
06/03 Modern Nature @ International
02/03 Diiv @ Gaîté Lyrique


Des séries
the Virtues / Better Call Saul


Des films
Light of my life (Casey Affleck), Perdrix (Erwan Le Duc, 2019), Marriage Story (Noah Baumbach, 2019)


(**) envisagés pour faire partie du top10

mardi 22 septembre 2020

Both the most inessential and the most essential thing

Le quatrième album de Fleet Foxes est disponible en version numérique depuis aujourd'hui. Pour l'anecdote, il a été annoncé par des affiches collées dans Paris, et c'est par une photo twittée depuis la rue de Charonne que les medias américains ont découvert l'imminence de sa sortie. 

Voici quelques mots de Robin Pecknold, leader de Fleet Foxes, qui accompagnent la sortie du disque. Il y parle de sa vie de musicien, discute créativité, dans le contexte de cette année 2020 si particulière.  

Since the unexpected success of the first Fleet Foxes album over a decade ago, I have spent more time than I’m happy to admit in a state of constant worry and anxiety. Worried about what I should make, how it will be received, worried about the moves of other artists, my place amongst them, worried about my singing voice and mental health on long tours. I’ve never let myself enjoy this process as much as I could, or as much as I should. I’ve been so lucky in so many ways in my life, so lucky to be born with the seeds of the talents I have cultivated and lucky to have had so many unreal experiences. Maybe with luck can come guilt sometimes. I know I’ve welcomed hardship wherever I could find it, real or imagined, as a way of subconsciously tempering all this unreal luck I’ve had. By February 2020, I was again consumed with worry and anxiety over this album and how I would finish it. But since March, with a pandemic spiraling out of control, living in a failed state, watching and participating in a rash of protests and marches against systemic injustice, most of my anxiety around the album disappeared. It just came to seem so small in comparison to what we were all experiencing together. In its place came a gratitude, a joy at having the time and resources to devote to making sound, and a different perspective on how important or not this music was in the grand scheme of things. Music is both the most inessential and the most essential thing. We don’t need music to live, but I couldn’t imagine life without it. It became a great gift to no longer carry any worry or anxiety around the album, in light of everything that is going on. A tour may not happen for a year, music careers may not be what they once were. So it may be, but music remains essential. This reframing was another stroke of unexpected luck I have been the undeserving recipient of. I was able to take the wheel completely and see the album through much better than I had imagined it, with help from so many incredible collaborators, safe and lucky in a new frame of mind.

Fleet foxes, Shore (2020)

jeudi 21 mai 2020

(Musical) Theft is the engine of progress

Il est rare de voir un artiste s'exprimer avec autant de sincérité et de manière aussi développée que Nick Cave dans ses Red Hand Files. Parlons plagiat, sur la base de l'exemple du morceau "Palaces of Montezuma", dans lequel un groupe américain croit reconnaître un bout d'une de leur chanson.
Je me permets exceptionnellement de reproduire la réponse intégrale.


A lovely question, and one that brings us back to ‘Palaces of Montezuma.’ If I recall correctly, Warren wrote the chords and backing vocal line to this song. I just listened to Rising Signs‘ ‘Grey Man’ and it does sound pretty fucking similar. So, I phoned Warren, who is in lockdown in his studio in Paris, and asked him outright —

“Did you steal ‘Palaces of Montezuma’ from Rising Signs?”

“Fuck, no!” he says, “I stole it from The Laughing Clowns.”

The great beauty of contemporary music, and what gives it its edge and vitality, is its devil-may-care attitude toward appropriation — everybody is grabbing stuff from everybody else, all the time. It’s a feeding frenzy of borrowed ideas that goes toward the advancement of rock music — the great artistic experiment of our era.

Plagiarism is an ugly word for what, in rock and roll, is a natural and necessary — even admirable — tendency, and that is to steal. Theft is the engine of progress, and should be encouraged, even celebrated, provided the stolen idea has been advanced in some way. To advance an idea is to steal something from someone and make it so cool and covetable that someone then steals it from you. In this way, modern music progresses, collecting ideas, and mutating and transforming as it goes.

But a word of caution, if you steal an idea and demean or diminish it, you are committing a dire crime for which you will pay a terrible price — whatever talents you may have will, in time, abandon you. If you steal, you must honour the action, further the idea, or be damned.

So, ‘Deanna’ is based on ‘Oh Happy Day’, and the solo in the middle of ‘Red Right Hand’ may well have been stolen from ‘Bedazzled’, and ‘Tupelo’ leans heavily on John Lee Hooker’s song by the same name, and the theme from ‘The Road’ sounds like the arpeggio work of Arvo Pärt, and the guitar riff in ‘Nobody’s Baby Now’ probably came straight out of a Van Morrison tune and, well, ‘Palaces of Montezuma’, it turns out, is based on a song by The Laughing Clowns, and so it goes — ideas, beautiful ideas, in full flow. Even though the influences may seem obvious, each of these songs, I think, has its own ingenuity, its own value and its own meaning. We musicians all stand on the shoulders of each other, our pirate pockets rattling with booty, our heads exploding with repurposed ideas.

“What else have you stolen?” I ask Warren.

“Everything,” he says, “Absolutely, everything.”

Love, Nick

jeudi 19 mars 2020

Souls of songs

Nick Cave a toujours eu des rapports directs, francs et bienveillants avec ses fans... ceci se reflètent notamment dans la newsletter "the Red Hand Files", dans laquelle l'auteur répond librement aux questions qui lui sont adressées.
Cette fois, la question portait sur des paroles anciennes, qui pourraient, à la lumière de nos susceptibilités actuelles, être problématiques... et donc révisables?
Réponse claire de Nick Cave :


Dear Gavin,

These days, some of my songs are feeling a little nervous. They are like children that have been playing cheerfully in the schoolyard, only to be told that all along they have had some hideous physical deformity. Their little hearts sink and they piss their pants. They leave the playground burning with shame, as a scornful, self-righteous future turns around with its stone and takes aim.

But what songwriter could have predicted thirty years ago that the future would lose its sense of humour, its sense of playfulness, its sense of context, nuance and irony, and fall into the hands of a perpetually pissed off coterie of pearl-clutchers? How were we to know? 

Perhaps we writers should have been more careful with our words – I can own this, and I may even agree – however, we should never blame the songs themselves. Songs are divinely constituted organisms. They have their own integrity. As flawed as they may be, the souls of the songs must be protected at all costs. They must be allowed to exist in all their aberrant horror, unmolested by these strident advocates of the innocuous, even if just as some indication that the world has moved toward a better, fairer and more sensitive place. If punishment must be administered, punish the creators, not the songs. We can handle it. I would rather be remembered for writing something that was discomforting or offensive, than to be forgotten for writing something bloodless and bland.

Love, Nick

vendredi 3 janvier 2020

Streaming broke the hunter-collector psychology

Début 2020, période forcément chargée en analyse sur la décennie révolue. Ici, dans le Guardian, on parle musique, et plus particulièrement avènement du Streaming.

The shift between the first decade of the 21st century and the 2010s can be partly conveyed by the contrast between “torrents” and “streaming”. Both terms evoke the new liquidity of cultural products freed from solid form and turned into pure information. Visiting torrent sites or filesharing platforms was a purposeful activity, though – like going to an MP3 retailer such as iTunes except without a financial transaction taking place. Legal and illegal downloading alike was still tethered to the notion of music ownership, even if the collection was now infinitesimally inconspicuous, crammed into a hard drive or that antique object, the iPod.

Streaming seems less active, a steady state that turns music into a utility, something on tap – like water. Where obsessive accumulation of solid-form music or immaterial files involved passion and even an element of pathology, streaming breaks with the hunter-collector psychology. It’s like radio, except there’s little or no public dimension.

'Streaming has killed the mainstream': the decade that broke popular culture,
par Simon Reynolds dans the Guardian

jeudi 12 décembre 2019

2019, un palmarès

Et hop, je vous délivre avec un peu d'avance mon bilan musical de l'année écoulée. Il pourra évoluer à la marge, notamment dans la sélection de morceaux isolés, lorsque je m’attellerai à la constitution d'une playlist. Ce qui ne changera assurément pas, c'est la sur-représentativité de noms issus des 90s/00s... Et pour vous, ça donne quoi ?
Un bilan décennal devrait suivre courant 2020. La tâche s'annonce ardue.


Les Albums
Purple Mountains - s/t
Mount Eerie with Julie Doiron - Lost Wisdom Pt.2
DIIV - Deceiver
Spencer Radcliffe and Everyone Else - Hot Spring
the Flaming Lips - King's Mouth

Black Midi - Schlagenheim
Black Belt Eagle Scout - At the Party With My Brown Friends
Jérôme Minière - Dans la forêt numérique *
(Sandy) Alex G - House of Sugar
Foxwarren - s/t


Mais aussi
Baden Baden - La nuit devant
Bill Callahan - Shepherd in a Sheepskin Vest
Bonnie 'prince' billy - I Made a Place
Brandt Brauer Frick - Echo
Bruit Noir - II.III
Damien Jurado - In The Shape Of A Storm
Efdemin - New Atlantis
Fujiya And Miyagi - Flashback
Gontard - 2029
Hildur Guðnadóttir - Chernobyl
Howe Gelb - Gathered
Kazu - Adult baby **
Labelle - Orchestre Univers
Lomelda - M for Empathy
Mountain Goats (the) - In League With Dragons
Nick Cave and The Bad Seeds - Ghosteen
Pan American - a son
Pixies - Beneath the Eyrie
Requin Chagrin - Sémaphore
Sacred Paws - Run Around The Sun
Sasami - s/t
Shana Cleveland - Night of the worm moon **
Slowthai - Nothing Great About Britain
Thom Yorke - Anima **
Tindersticks - No Treasure But Hope
Tr/st - The Destroyer Part.1
Vivian Girls - Memory
Wilco - Ode to joy


Les morceaux
(en plus de tous ceux figurant dans les albums ci-dessus) :
Baden BadenPost romantiqueElbow - Empires ; Fat White Family - Feet ; Glauque - Robots / PlaneHot Chip - SpellIlgen-nur - Silver Future ; Jérôme Minière - VasteKanye West - Follow God ; Kishi Bashi - Angeline ; Labelle - Playing at the end of the Universe ; La Dispute - Rhodonite and Grief ; Metronomy - Lately ; Rodrigo Amarante - That Old Dreams Of Ours (demo) ; Titus Andronicus - (I Blame) Society ; Vagabon - Flood

Des concerts
28/06 Fujiya + Miyagi @ Super Sonic
05/07 Glauque @ Hôtel de Ville
16/09 Black Midi @ Boule Noire

Des séries
Chernobyl / Successions / Big Little Lies / Watchmen

Des films
Ne croyez surtout pas que je hurle (Frank Beauvais) ; Joker (Todd Philipps), Parasite (Bong Joon-ho) ; Le daim (Quentin Dupieux) ; Ad Astra (James Gray) ; Once upon the time... in Hollywood (Quentin Tarantino)



(*) sorti décembre 2018
(**) envisagés pour faire partie du top10

lundi 30 septembre 2019

Free at last



L'année 2019 aura été meutrière sur le plan musical. Scott Walker, Mark Hollis (Talk Talk), David Berman (Silver Jews, Purple Mountains)... tant est si bien que j'ai suspendu mes posts "RIP" en cours d'année, pour que ce blog ne devienne pas un carnet de disparition. En 2019, Austin (TX) a perdu deux figures majeures, Roky Erickson d'une part (31/05), Daniel Johnston d'autre part (11/09) ; l'un connu pour avoir inventé le rock psychédélique (tout du moins le terme) avec ses 13th Floor Elevators, l'autre pour ses talents de songwriters, admirés de beaucoup (notamment Kurt Cobain, Sonic Youth, Yo La Tengo...).


Ajoutons, pour l'anecdote, que tous deux ont été internés plus ou moins régulièrement dans des structures psychiatriques. J'ai connu Daniel Johnston en 1994 avec son album "FUN" (son premier sur une major - un échec commercial), puis en remontant quelques années plus tard le fil de ses enregistrement lofi sur K7 (une dizaine) grâce à la magie d'internet. Mon album préféré reste "Rejected Unknown" (2001). Lui succéderont des réussites moindres, malgré (à cause) de producteurs confirmés (Mark Linkous, Jason Falkner).

Outre sa musique, Daniel Johnston laisse une quantité faramineuse de dessins, reprenant souvent les mêmes motifs obsessionnels. Son ancien manager, Jeff Tartakov, s'est donnée la mission de mettre en valeur son oeuvre. Allez voir son instagram, qui recèlent de trésors tels que cette lettre, écrite depuis l'hôpital psychiatrique.

jeudi 14 mars 2019

All anybody really wants

Avec le retour d'Art Brut (sur disque et en concert), je ré-écoute la discographie de ce groupe à l'accent et à l'humour so british.
"Brilliant" ! (en anglais dans le texte)

My little Brother just discovered Rock & Roll
There's a noise in his head and he's out of control.

And yes it frustrates,
Let's let him make his own mistakes.
See him on the dance floor go now,
Boy those moves I just don't know how.

My little Brother just discovered Rock & Roll
He's only 22 and he's out of control.

How's he living?
With all of that unforgiving.
See him on the dance floor go now,
Boy those moves I just don't know how.

My little Brother just discovered Rock and Roll
He's only 22 and he's out of control.

He no longer likes A-sides,
He made me a tape of Bootlegs and B-sides.
And every song on that tape said, every single song said,
I want our parents to worry about us.
All we ever wanted is for our parents to worry about us.
It's all anybody really wants.

My little Brother just discovered Rock & Roll

Stay off the Crack!

Art Brut, My little brother
(Bang Bang Rock and Roll, 2005)

mardi 26 février 2019

Ascension Day



Mark Hollis, chanteur de Talk Talk, est mort hier, à l'âge de 64 ans. Avec son groupe, et notamment leurs derniers albums Spirit of Eden (1988) Laughing Stock (1991), il est l'un des précurseurs du "post-rock" (grosse influence de Bark Psychosis par exemple). A écouter également : l'album solo de Mark Hollis (1998).


Bet I'll be damned
Built the debt, I turned twos up today
Bet I'll be damned
Gets harder to sense the sail

Farewell
Mother numb to and devout to
Reckon luck sees us the same

Weighted my hand
Kill the bet, I'll burn on judgement day
Weighted my hand
Get hard hit to sense the sail

Farewell
Mother numb to and devout to
Double deal a season wrapt too lax to lapse so soon
Reckon luck sees us the same

Bed on my back
Dealt my hell, I've dealt my months of May
Bed on my back
Get parted ascension day

Farewell
Mother numb to and devout to
Reckon luck sees us the same
Reckon love deals us the same

Talk Talk - Ascension Day
Laughing Stock (Polydor, 1991)

lundi 25 février 2019

Worst band ever?

Il m'aura fallu attendre près de sept années pour prendre connaissance au cours d'une soirée - sur un "wall IRL" - de ce savoureux message de "fan", relayé par Sonic Youth sur leur page facebook (en 2012, donc).


Sonic Youth5 avril 2012

Our fans writing:

"I'm going to be 100% honest with you.

I'm 13. I have a little band. We are so much better than you. Honestly. You are the worst band I have ever seen in [my] entire life. You are worse than Rebecca Black. The bass player just hacks the bass and plays one chord. The guitar players are playing out of tune guitars and... well not even playing actually chords. I couldn't sound worse if I tried. It actually sounds like a joke to me. The drummer is okay. But honestly the vocalist is completely out of tune. Oh and The Black keys have two people and are better than you.

From: Me, and pretty much everyone else who has accidentally stumbled upon your terrible music. "

Source :


mardi 27 mars 2018

Défendre des œuvres fragiles / préciser des priorités

A lire dans la rubrique Checknews de libération.fr, la réponse du critique musical Olivier Lamm, interpellé par certains lecteurs et - apprend-on - certains journalistes de la rédaction sur sa critique négative (voire "violente") de l'album d'Eddy de Pretto.

Tout journaliste musical, professionnel ou amateur, s'est un jour posé la question s'il était préférable de critiquer des albums jugés mauvais ou de les omettre poliment. S'agissant d'un album sujet à une telle unanimité de la part des médias spés comme généralistes, j'aurais tendance à dire que ne pas en parler est suffisamment signifiant en soi. Pour autant, je soutiens plutôt Olivier Lamm, et ne peut que louer son intégrité.

[...] Je prends la discipline de la critique très au sérieux, parce que je prends l'art très au sérieux, à la fois pour ce qu’il est, pour l’importance qu’il joue encore, dieu merci, dans notre société. Pour la grande plupart des articles que j’écris, qui sont positifs pour une grande majorité et dont la vertu est de défendre des œuvres fragiles – fragilisées par un état de fait médiatique où trop peu de journalistes prennent la responsabilité, à mon avis, de s’engager –, j’ai très à cœur de communiquer de manière simple et pédagogique, sans exclure aucun lecteur. La critique négative n’est pas le revers de ce travail, tout au contraire. Il s’agit de préciser un goût et, si j'ose dire, des priorités. Surtout dans le cas d'œuvres d'obédience populaires et/ou médiatisées dont nous nous faisons une tâche sérieuse, au sein du service Culture, de signaler non seulement l’existence mais l'importance éventuelle et les particularités.

La violence, je la perçois dans l’extrême complaisance avec laquelle certains collègues dépassionnés d’autres médias voient leur activité, qui consisterait à se faire l'écho de tous les objets qu’on leur «vend» comme importants, et dont ils énumèrent les particularités tels que fournis par les attachés de presse de maisons de disque toujours plus cyniques et désinvestis de leur mission première, la découverte de talents (ce sont eux dont je parle en évoquant ces gens effrayés d’écrire sur le rap parce qu’ils n’en écoutent pas).

Concernant ce premier album d’Eddy de Pretto, je l'ai critiqué avec sincérité, en mon âme et conscience et avec les connaissances qui sont les miennes, mes outils d’analyse, j'ose espérer une certaine  expertise liée à mon expérience professionnelle,  en espérant que mes arguments seraient compris. Certains m’en ont félicité, très heureux de lire un article dont ils estimaient qu’il avait été rédigé de manière indépendante et en toute liberté. D'autres ont été blessés qu’un artiste qu’ils estiment puisse être ainsi critiqué. Je n'écris ni pour les premiers, ni pour les deuxièmes. Si je le faisais, je perdrais tout discernement. J'écris la critique d’une œuvre d’art qui paraît dans un contexte particulier, sur pièces, en essayant de me détacher des chantages qu’on fait de plus en plus à la critique et aux artistes – une responsabilité «morale» vis-à-vis des possibles vexations et sensibilités des uns et des autres et dont nous savons pour la plupart qu’il n’y a aucune limite à leur action néfaste. 

Le mot «monstrueux» dont on m’a reproché l’usage ne concerne qu’une œuvre composée d'éléments que j'estime disparates et dont j’ai pris le soin d’énumérer les différentes parties pour exposer leur incompatibilité. Le reste, les invectives personnelles, sociales, physiques etc. sont hors-sujet et absentes de mon texte, à l’exception de la manière dont certains traits distinctifs de l'artiste sont «mises à profit» dans sa promotion. Ce qui n’est pas une mince affaire, je vous le rappelle, puisque la critique d’un objet de musique pop concerne toujours plus que de la musique – une image, un personnage, un plan marketing etc. Il n'y a du mépris dans ce texte pour personne. Seulement de l'exigence dont j'espère qu’elle ne se tarira pas trop vite pour que je puisse continuer à faire mon travail correctement.

Olivier Lamm,

dimanche 4 mars 2018

Friends of Wonder

Si je devais franciser la formule d'un célèbre meme américain, je dirais : 

"Vous êtes peut-être cools, mais vous ne serez jamais aussi cools que Courtney Barnett et Kurt Vile jouant leur album dans un magnifique cinéma construit dans les années 20 à Jersey City".


Friends of Wonder: Courtney Barnett + Kurt Vile (Documentary)

Irene Chin and Kurt Vincent (2018)
Photos : Laura June Kirsch

La vidéo du dimanche soir, c'est donc ce documentaire, à voir, sur Youtube

dimanche 25 février 2018

The thing to understand about the music industry

A couple of words of advice for all you hopefuls out there in unsigned bands : Fuck off.

Seriously, your parents are right. You may as well spend your guitar-string money on lottery tickets. Your chances will be much the same. You see, there's one thing you have to understand about the music industry. We have no obligation to make art. We have no obligation to make political statements. We have no obligation to make good records. We have an obligation to make money. [...]

Now, in order to make money, we may sometimes have to make art. We may sometimes have
to make political statements. Sometimes we may even have to make good records.

Kill Your Friends, Owen Harris (2015)
(d'après le roman du même nom de John Niven)
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"Kill your friends", une comédie grinçante tout ce qu'il y a de plus britannique, d'autant qu'elle a le bon goût de se dérouler dans le milieu de la musique, à Londres, en 1997, c'est-à-dire en plein âge d'or de la Brit Pop (avec la bande-son qui va bien).