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mardi 20 mars 2018

2018, Barbara - Je regarde et je profite

Obligé.


1974, 1977, 1978, 1983... Aujourd'hui je m'en fous, je me souviens de tout comme s'il avait fait beau toute cette époque-là. Les souvenirs, c'est comme une fausse vie qu’on subit. Les souvenirs, c’est comme les films super-huit, ça a comme sa propre vitesse ; faut pas ralentir la machine de peur de brûler ce qui reste, faut prendre ça comme ça vient. Je regarde et je profite, et je revois mes amis, et je me revois là, à ce coin... Hey, c’est fou ce que je suis petit ! Hey, c’est fou ce que je rigole ! C’est fou ce que je rigole pour n’importe quoi.

Ma mère descend l'allée, m’appelle et moi je souris quand elle me voit. Elle me dit peut-être qu’elle aime pas trop mes amis. Hey, mais c'est pas grave, plus tard, on ira quand même ensemble mettre des pétards Mammouths dans les poubelles, marcher dans les roses rouges du concierge, faire du skate-board dans la descente jusqu'au virage... Je suis surpris de pas être mort au moins une fois !

1982 : j’étais si amoureux j’étais si content d’être malheureux. Je croyais que ça finirait pas, ça s’est fini tout seul bien sûr en 1983. Moi et elle, moi et Barbara, on se regardait, on restait là. J’aimais sa mère aussi un peu je crois. J’attendais devant sa porte, je restais dans l'escalier, j’appuyais la minuterie jusqu'à ce que je parte en courant, jusqu'à ce que de l’autre côté, j’entende ta voix. Il y a eu d’autres filles plus tard... J’ai jamais compris ce qu’elle pouvait me voir que toi tu ne voyais pas. J'ai jamais rien compris, Barbara. Tu sentais bon le parfum de ta mère, je t’avais acheté des fleurs pour ton anniversaire, ma mère disait qu’c'était des fleurs pour les cimetières. Et je te revois plus tard, sur le chemin de l’école, sur le trottoir d’en face, la patinoire, je te faisais signe, je te filais mes devoirs, je te regardais les mains, les cheveux, j’aurais voulu toucher ton bras, et ton cou, et l'endroit où y avait rien sur ta poitrine. J’y pensais la nuit, j’y pensais le jour, je pensais plus jamais rien qu’à ça. Tout le monde disait que je t’aimais, tout le monde savait que je t’aimais. J’prenais l’air malheureux  pour te faire honte, on se défend comme on peut. Hey tu sais j’fais toujours comme ça

Je revois la famille d’à côté qu’étaient nos pauvres (ça rassure dans un monde compliqué, y a toujours plus pauvres que soi), à qui ma mère a donné ma collection de Pif et encore nos vieux vêtements, nos jouets, qu’avait un chien plus grand que je croyais que c’était possible, qui dormait dans leur baignoire. Leur père faisait du cyclisme, un peu d’alcoolisme aussi je crois. Sylvie, leur fille qu’était bizarre, on disait qu’elle était en retard. Ma mère disait qu’ils avaient pas eu de chance. Je disais qu’ils sentaient pas bon. Ma mère disait qu’elle avait honte que je puisse dire une chose comme ça. Ils habitaient face aux hippies. Entre eux ils s’aimaient pas. Les hippies étaient jeunes et beaux. A ce qui me semblait, c’était plus propre chez eux... et puis plus chiant aussi un peu. Ma mère essayait de les aimer ; elle avait besoin d’amis, elle disait qu’ils étaient sympas. Ils avaient des tentures aux murs indiennes, des tapis Incas, ils écoutaient de la musique étrange, buvaient du thé, revenaient de voyage, étaient bronzés. C’était une autre vie que nous. Ma mère essayait bien d’être à l’aise, mais il me semble bien que ça marchait pas. Et je me revois avec mon père distribuer les dimanches de porte en porte "l’Humanité", et je revois les voisins plus riches, des collègues à Maman qui vivaient dans les petits pavillons plus chics. La lutte des classes, c'est un jardin, une table de ping-pong, une chambre pour chacun, une cheminée dans le grand salon, un mari qui fume la pipe, une voiture neuve un frigo plein, des vacances été, hiver, des chouettes habits, c’est propre et ça sent l’air.

Et je revois le crépi dans notre appart, mon père qui partait au cours du soir, le Guernica dans l’entrée. Il y avait sur les murs, peut-être, un dessin de Follon plus un de moi, une poupée qu’avait ramenée mes grands-parents pour leur retraite d’un voyage à l’étranger. Y avait l’affiche d’une ronde de petits chinois, Buster Keaton qui souriait jamais ; tous les jours, je le regardais, je le fixais : peut-être c’est lui qui savait, je voulais comprendre pourquoi.

Et je revois la télé noir et blanc, et moi assis en tailleur, et la chambre, et le christ au dessus du lit de ma petite sœur qu’était toute une histoire dans la famille que je ne comprenais pas. Et tout ça se mélange... Et la tristesse de maman. Et le bruit des gens qui jouait aux boules dehors les soirs d’été quand on se couchait avant le soleil, le soleil rouge qu’on devinait à travers le rideau avec mon frère depuis les lits superposés. On rentrait à six heures pour le bain du soir, on évitait la malade du bas de la cité qu’avait notre âge et qui crachait sur tout le monde qui se promenait tous les soirs pareil avec son père (on disait "la mongolienne") qui me faisait peur et puis de la peine.

A l’époque j’ai dû tout pleurer. J’pleurais pour rien : pour la voiture qu’on changeait, pour un nouveau papier peint... et puis je restais des heures dans la cage d’escalier à remonter les étages dans le vide, de l’autre côté de la rambarde, avec toujours la peur et l’envie que quelqu’un vienne et me surprenne en train de tomber.

J’avais deux meilleurs amis, à l’époque j'aurais pas choisi. L’un sa famille était moins drôle, son père était harki, que j’ai jamais vu dehors de chez lui. Sa mère me paraissait immense, pas très facile, et puis son frère avait la plus grande collection de comics que j’ai jamais vu de ma vie. Que des Marvels et des Stranges qu’on lisait dans sa chambre, qu’on s’échangeait moi et lui après le soir au fond de mon lit. Je regardais le plafond, je testais mes pouvoirs, j’avais un laser (si je me concentrais) qui me sortait par les yeux. Je pouvais tuer des gens. J’étais un dieu... Et je m’endormais comme ça content. J’étais heureux.

J’écoutais le son des peupliers dans le vent. J’écoutais la respiration de mon frère. J’écoutais le bruit des amants de ma mère. Elle attendait toujours un peu mon père... Je savais moi aussi qu’il allait rentrer un jour sûrement, que ça pourrait pas être autrement. Le matin, à l'école, on me racontait toujours des films incroyables avec un mec, à un moment à la fille, il lui fait tout... "Ah oui, tout? mais quoi ?" On se montrait un peu fermé le creux de nos bras ; Paraissait que les filles, en dedans, au milieu, c'était comme ça.

Et moi, toujours, je voulais que tout le monde m’aime. J’avais un tel besoin d’amour qu’il aurait fallu tout l’amour de la terre (et ça faisait encore pas beaucoup) pour que je me sente enfin à l’aise. Me faire aimer de la boulangère, des gens qui passent dans la rue, me faire aimer de toutes les grand-mères. J’aurais demandé de l’amour à un clochard. Toutes ces histoires d’enfants perdus qu’on retrouve pas... les enfants, leurs problèmes, c’est qu’ils sont pas regardant : ils prennent ce qui vient. Je sais : moi j’étais comme ça.

Et je me souviens encore de mon voisin Johnny qu’était nerveux (je crois qu’a mal fini), que j’ai revu plus tard que j’étais vendeur. Il m’a pas reconnu. Je l’ai laissé prendre en douce dans le magasin tout ce qu’il a pu. Il a pas compris. Il a cru qu’il était plus malin. Et moi je me souvenais de lui qu’était chef de bande... A le voir, j’avais de la peine. Plus tard, à ce qu’on m’a dit, qu’il prenait des trucs graves dans les mêmes cages d’escalier où on mangeait nos BNs, où on se tenait contre l’chauffage, les jours d’hivers où il neigeait, où il y avait une bataille de neige géante dans tout le quartier... On se partageait les gants, on attaquait en rang serrés. Fallait prendre tout le côté droit des immeubles "bis" de la cité. Johnny, c’était notre chef. On se serait fait prendre pour lui. On avait la fidélité. On mettait des cailloux, des calots, des billes, tout ce qu’on pouvait trouver, dans la neige au milieu des boules. Je me rappelle quand j’ai vu mon caillou ouvrir la tête d’un mec d’en face... Et je revoyais le sang du mec. J’en revenais pas. Je croyais qu’on allait venir me chercher, j’attendais la police la nuit, j'entendais tous les pas venir dans l’escalier. Et je me souviens, la dernière nuit avant qu’on parte, j’ai senti le monde disparaître au dedans de moi. Je regardais les valises déjà faites... J'ai commencé tôt, la nostalgie ; j'étais déjà tellement doué pour ça tout petit.

Et je me souviens encore d’un jour la fille de la voisine que j’aimais pas. Elle me montrait tout ce qu’il y avait à voir... et moi j’imaginais Barbara. Je lui montrais moi aussi. Elle voulait que je lui dise que je l’aime, elle me courrait après dans les couloirs. Je lui disais que non je ne l’aimais pas.

Mais toi, je t’aimais bien,
Toi je t’aimais, Barbara
en 1982-83, oh oui, depuis longtemps, je t’aimais Barbara
Et Jérome aussi. Et Kacem,
Et le parrain de ma sœur,
Et ses filles,
Et Maman, et mon petit frère
Et mon père qui revenait pas.
Je les aimais tous, à l’époque, tous ces gens-là,
Et Johnny aussi. Et même Sylvie qu’était en retard 
Je les aimais tous...
...mais surtout toi,
Toi, toi je t’aimais, Barbara
en 1982, en 1983, depuis longtemps, je t’aimais Barbara

Jamais, jamais su, Barbara, si tu m'aimais, Barbara
J'ai jamais su, jamais su, si toi tu m'aimais, Barbara,
en 1982, en 1983... J’ai jamais su si tu m’aimais rien qu’un peu, toi.

Mendelson - 1983 (Barbara)
Personne Ne Le Fera Pour Nous (2003)

mardi 2 mai 2017

A picture of every day I've had

18 ans après ses 69 love songs, Stephin Merritt publie un nouveau concept album XXL, célébrant cette fois son jubilé. 50 Song Memoir, soit une chanson, une angle, une humeur par année.
En voici une assez en phase avec le propos ce blog.


I wish I had pictures of every old day
Cause all these old memories are fading away
There used to be pictures, but they faded too
Or got lost in the hubbub, or I'd show them to you

Of all my old lovers, folks I used to know
And those I still care for, who died long ago
The glamorous cities, each cute little town
The trees turning purple and yellow and brown

If I were an artist, with charcoal and pad
I'd make my own pictures of each day I've had
If I were a poet, I'd know the right word
I'd make it pretty, and grand, and absurd
If I were an actor, with just a wisecrack
Or some little gesture, I'd bring it all back

But I'm just a singer; it's only a song
The things I remember are probably wrong
I wish I had pictures of every old day
Cause all these old memories are fading away

the Magnetic Fields, '14: I Wish I Had Pictures
50 Song Memoir (Nonesuch Records, 2017)


*
*          *


En Bonus, Stephin Merritt

mardi 4 octobre 2016

Le bonheur, c'aurait dû être quelque chose de différent

Dans cette nouvelle, Henry James nous livre le journal d'un homme revenu en Italie, et replongé dans les souvenirs d'une romance interrompue de sa jeunesse.
"Retour à Florence" est l'histoire d'une erreur prégnante.

J'avoue que je suis surpris. J'ai mené une vie trop sérieuse ; mais cela, après tout, conserve peut-être la jeunesse. Quoiqu'il en soit, j'ai voyagé trop loin, j'ai travaillé trop dur. J'ai vécu sous des climats brutaux, et me suis associé à des gens épuisants. Quand un homme a atteint sa cinquante-deuxième année sans être tout à fait usé, quand il jouit d'une bonne santé, d'une jolie fortune, d'une conscience en ordre, et d'une totale dispense de parents encombrants, je suppose qu'il est tenu, par délicatesse, d'écrire qu'il est heureux. Mais j'avoue que j'esquive cette obligation. Je n'ai pas été malheureux, je n'irais pas jusqu'à dire cela, du moins jusqu'à l'écrire. Mais le bonheur, le bonheur effectif, aurait dû être quelque chose de différent. Je ne sais pas si, tout compte fait, c'aurait été quelque chose de mieux, et si cela m'aurait laissé dans un meilleur état aujourd'hui. Mais cela aurait certainement fait cette différence que je n'aurais pas été réduit, poursuivant une image séduisante, à exhumer un épisode enterré voilà plus d'un quart de siècle. J'aurais trouvé une distraction  plus comment dirai-je? — plus contemporaine. J'aurais eu une femme et des enfants, et je n'aurais pas été d'humeur à faire (pour parler comme les Français) des infidélités au présent.

Bien sûr, c'est un grand avantage que d'avoir gagné la liberté, et de ne pas avoir commis une énorme sottise. Et je suppose que, quelle que soit l'importance du pas qu'on puisse avoir fait à vingt-cinq ans. après un combat, et avec un effort violent, et de quelle manière que se trouve justifiée par les événements la conduite qu'on a pu avoir, il restera toujours un certain élément de regret, un certain sentiment de privation embusqué dans le sentiment des avantages, une tendance à imaginer, avec bien des vœux, ce qui aurait pu être. Ce qui aurait pu être, dans ce cas précis, aurait été, sans aucun doute, très triste, et ce qui a été l'a été d'une façon confortable et allègre. Mais il y a néanmoins deux ou trois questions que je devrais me poser. Pourquoi, par exemple, ne me suis-je jamais marié ? Pourquoi n'ai-je jamais été capable d'être pris par aucune femme comme j'ai été pris par elle ? Ah, pourquoi les montagnes  sont-elles bleues,  et  pourquoi   les rayons du soleil sont-ils chauds? Bonheur mêlé de conjectures importunes, voilà mon lot.

Henry James, Retour à Florence (1879)

vendredi 28 mars 2014

I like to remember things my own way

Ed: Do you own a video camera?
Renee : No. Fred hates them.
Fred : I like to remember things my own way.
Ed : What do you mean by that?
Fred : How I remembered them. Not necessarily the way they happened.


Lost Highway, David Lynch (1997)

jeudi 19 décembre 2013

Memorials from the Future

Entre 1945 et 1970, la Yougoslavie entreprit la construction d'un grand nombre de mémoriaux commémorant la Seconde Guerre mondiale, tels que celui figurant sur la pochette du premier album de Unknow Mortal Orchestra.


Celui-ci est situé sur la montagne Petrova-Gora (au centre de l'actuelle Croatie), comme nous l'apprend le travail du photographe belge Jan Kempenaers, qui a constitué une série de photographies réunissant les plus futuristes de ces mémoriaux.

Exemples : 


Pour la série complète (et la localisation des monuments), reportez-vous au site du photographe :

lundi 26 août 2013

Growing Up In Meriden [Album Cover of the Week]

Meriden est un village de l'Etat du New Hampshire, aux Etats-Unis (à ne pas confondre avec Meriden dans le Connecticut). Pour situer, c'est au Sud de Montréal (3h en voiture), et au Nord-Est de New-York (4h30).

C'est ici qu'a grandi le jeune garçon que vous voyez ci-dessous... et que certain(e)s d'entre vous reconnaîtront immédiatement.



...

...

Gagné, c'est bien Will Sheff, de Okkervil River.
Will Sheff se raconte, dans le nouvel album du groupe, intitulé "the Silver Gymnasium" (à paraître le 30 septembre).


L'artwork est à nouveau signé William Schaff. Normal (cf Saga 2011, Down the River of Golden Dreams part. 1 et part. 2). La collaboration est allée plus loin cette fois, puisque l'artiste a créé la "carte personnelle" de Will Sheff.
Cela rappelle l'oeuvre allégorique qu'il avait créée à l'intention de Jason Molina (également évoquée dans ces colonnes).Cette fois, les lieux sont réels, et à chacun d'eux sont rattachés des souvenirs.

Cliquez to enlarge
La carte en HD et en interactif, est dispo ici. Vous pourrez y naviguer, y entendre des commentaires audio de Will Sheff, et voir quelques photos souvenirs (comme celle qui ouvre cet article). Dommage que ce soit si court.
L'idée est en tout cas excellente
(moi aussi, je veux que William Schaff cartographie ma vie !)


Okkervil River, the Silver Gymnasium (Ato, 2013)
pre-order (vinyle, CD ou K7)

mercredi 19 juin 2013

Se souvenir / Oublier


Shokuzai, Kiyoshi Kurosawa (2012)

Diffusée au Japon début 2012 sous la forme d'une mini-série de 5 épisodes, Shokuzai nous parvient en France au cinéma en 2 volets, à l'affiche ces jours-ci.

Si vous aimez K.Kurosawa (comme moi) ou les films japonais (comme moi), foncez. Le film ayant toutefois des faiblesses, si vous souhaitez découvrir ce réalisateur, préférez Cure, Tokyo Sonata, Kairo, Seance ou Retribution (perso, je n'aime pas trop Jellyfish ou Charisma).

mardi 11 septembre 2012

Une grande joie

Que tout cela me paraît irréel en votre compagnie. Tout est devenu soudain indifférent. Je me souviendrai de cette heure de calme, des fraises, du bol de lait et de vos visages au crépuscule. Mickaël endormi, Jof et sa cythare. Je veux me souvenir de nos paroles et garder ce souvenir entre mes mains avec soin comme si c'était un bol rempli de lait frais. Cela me sera un signe, et une grande joie.

Ingmar Bergman, le septième sceau (1957)

dimanche 25 décembre 2011

Une image d'enfance

Ceci est l'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance. La scène qui le troubla par sa violence, et dont il ne devait comprendre que beaucoup plus tard la signification, eut lieu sur la grande jetée d'Orly, quelques années avant la début de la Troisième Guerre Mondiale.

A Orly le dimanche, les parents mènent leurs enfants voir les avions en partance. De ce dimanche, l'enfant dont nous racontons l'histoire, devait revoir longtemps le soleil fixe, le décor planté au bout de la jetée, et un visage de femme.
Rien ne distingue les souvenirs des autres moments, ce n'est que plus tard qu'ils se font reconnaître, à leurs cicatrices. Ce visage qui devait être la seule image du temps de paix à traverser le temps de guerre, il se demanda longtemps s'il l'avait vraiment vu, ou s'il avait créé ce moment de douceur pour étayer le moment de folie qui allait venir...


La vidéo du dimanche soir...

En cette période de Noël, vous vous retrouvez coincé chez vos (beaux-)parents, et - par dessus le marché, désoeuvré? Cet article peut vous sauver.

Genèse: C'était lors du concert de Timber Timbre à la Cigale, le 3 décembre dernier. Derrière le groupe, des projections d'images fixes, en noir et blanc. Non loin de moi, une spectatrice avisée identifie alors leur source: La jetée de Chris Marker.

Mon premier contact avec ce réalisateur aura été tardif, puisque dans le courant des années 2000, lorsqu'il signait le documentaire prenant comme base narrative l'apparition de ces chats jaunes au large sourire sur les murs de la capitale parisienne (et d'autres villes): Chats Perchés. Il s'agissait bien entendu de l'aimable M. Chat, dont je ne cesse de parler sur ce blog.

Je ne connaissais pour autant pas ce film fondamental, datant de 1962. La jetée est un "photo-roman". Ce moyen métrage est (quasi) uniquement composé de plans fixes. L'action est rapportée par un narrateur.
Malgré cette forme austère, le résultat est saisissant, et l'histoire d'une grande force.

Beaucoup d'images sont marquantes: si je m'écoutais, c'est une dizaine d'entre elles qui illustreraient ce poste (notamment tous les plans où figure l'actrice Hélène Chatelain).

Vous avez 26min38 devant vous?
Il est temps de les prendre pour visionner cette oeuvre figurant dans quantités de classements de "best movies ever".


La Jetée, Chris Marker (1962)
Chats Perchés, Chris Marker (2004)
Citons également
L'armée des 12 singes, Terry Gilliam (1995)
inspiré du premier.

mercredi 7 septembre 2011

I used to be darker

_______I started
__________out in search
____________of ordinary things /
______._____How much of a tree
______..____bends in the wind/ I
______._.__started telling the story
______.___without knowing the end/
______.__.I used to be darker / Then
______.__I got lighter/Then I got dark
______.__again / Something too big
_____..___to .be .seen .was. passing
_____.____over and over me / Well
_____.__.__it seemed like a routine
_____.__.__case at first / With the
_______.___death of the shadow
_____.__.___came a lightness of verse / But
____________the darkest of nights, in truth still
______________dazzled / And I work myself until I 'm
_____.________frazzled / I ended up in search
__________of ordinary things / Like how can
___a wave possibly be / I started running when
the concrete turned to sand / I started running when
__things didn't______._ pan out as planned / In case things
___go poorly___________ and I not return / Remember the
_________________________good things I done / In case things
________________________________go poorly and I not return /
____________________________________Remember the good things
____________________________________________I've done / Or done
_________________________________________________________me in.


Bill Callahan - Jim Cain
Sometimes I Wish We Were An Eagle (Draf City,2009)

A moins que votre browser internet ne vous joue des tours (par rapport au mien), ceci est un caligramme (sommaire) tel qu'il figure à l'intérieur de l'album sus cité.

Ah et... on n'aurait qu'à dire que c'est un oiseau.

mardi 3 mai 2011

Il en est ainsi de notre passé

Je dépose les armes.

Je me croyais prêt à lire "A la recherche du temps perdu", mais j'abandonne, page 188 (sur les quelques 2400 que comptent mon édition "tout-en-un"), sans même avoir achevé "Du côté de chez Swann".

Proust a écrit:
J’ai eu le malheur de commencer mon livre par le mot « je » et aussitôt on a cru que, au lieu de chercher à découvrir des lois générales, je m’analysais au sens individuel et détestable du mot.

Je dois avouer qu'en ces premières pages, l'universel ne m'est apparu qu'en de rares occasions...

Alors, comme trace de ce premier essai, je me contenterai de citer le passage suivant, qui précède d'ailleurs celui de la madeleine, que je publiais un jour d'avril 2008.


Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque être inférieur, dans une bête, un végétal, une chose inanimée, perdues en effet pour nous jusqu’au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous trouvons passer près de l’arbre, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous.
Il en est ainsi de notre passé. C'est peine perdue que nous cherchions à l'évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu
- Du côté de chez Swann (1913)

mardi 26 avril 2011

Il faut vivre !

IRINA, appuyant sa tête contre la poitrine d'Olga.
Un temps viendra où l'on comprendra tout cela, pourquoi ces souffrances, il n'y aura plus de mystère: mais en attendant, il faut vivre... il faut travailler, travailler... Demain, je partirai seule, j'enseignerai à l'école, je donnerai ma vie à ceux qui en ont peut-être besoin. C'est l'automne, bientôt l'hiver, la neige va tout ensevelir, je travaillerai... je travaillerai...

OLGA, enlaçant ses soeurs.
La musique est si gaie, si encourageante, et on a envie de vivre! Oh! Mon Dieu! Le temps passera, et nous quittons cette terre pour toujours, on nous oubliera, on oubliera nos visages, nos voix, on ne saura plus combien nous étions, mais nos souffrances se changeront en joie pour ceux qui viendront après nous; le bonheur, la paix règneront sur la terre, et on dira du bien de ceux qui vivent maintenant, on les bénira. Oh, mes soeurs chéries, notre vie n'est pas encore terminée. Il faut vivre! La musique est si gaie, joyeuse! Un peu de temps encore, et nous saurons pourquoi cette vie, pourquoi ces souffrances... Si l'on savait! Si l'on savait!

Olga, Irina et Macha sont
Les trois soeurs, dans la pièce de Tchekhov (1900)

jeudi 23 décembre 2010

Je suis d'ailleurs

Il est toujours amusant de constater dans un laps de temps assez réduit des résonnances entre des choses différentes qu'on peut lire ou voir. Ainsi, Peter Sloterdijk consacre un des ces chapitres à Ulysse, et l'Odyssée est le thème du film que tourne Fritz Lang dans "Le Mépris" de Godard (il s'agit d'un film dans le film, pour ceux qui ne l'ont pas vu).

Peter Sloterdijk évoque le mythe de Narcisse (mort d'avoir passé trop de temps à contempler son image réfléchie dans l'eau, et de désespérer ne jamais pouvoir l'attraper)... et Lovecraft, dans l'un de ses contes, décrit la réaction d'un être découvrant pour la première fois son image.

Bon, la réaction n'est pas exactement la même : Le conte s'appelle "Je suis d'ailleurs". En une poignée de pages, on suit un personnage, ayant semble-t-il passé de longues années reclu, seul dans un château toujours sombre. Les souvenirs de ses premières années lui manquent. Il n'a pas souvenir d'avoir jamais entendu voix humaine, et n'a eu de contact avec le monde extérieur que par des livres.
Nous nous interrogions précédemment sur ce que pouvait être une existence sans miroir, et donc sans connaître son visage...


"Mon aspect physique, je n'y pensais jamais non plus, car il n'y avait pas de miroirs dans ce château, et je me considérais moi-même, automatiquement, semblable à ces êtres jeunes que je voyais dessinés et peints dans les livres. Et je me croyais jeune parce que j'avais peu de souvenirs".

Un jour, il parvient à s'échapper, et atteint péniblement une taverne... Aussitôt, des cris.

M'approchant de cette arche, je perçus plus nettement cette présence, et finalement tandis que je poussais mon premier et dernier cri - une ululation spectrale qui me crispa presque autant que la chose horrible qui me la fit pousser - j'aperçus, en pied, effrayant, vivant, l'inconcevable, l'indescriptible, l'innommable monstruosité qui, par sa simple apparition, avait pu transformer une compagnie heureuse en une troupe craintive et terrorisée.
Je ne peux même pas donner l'ombre d'une idée de ce à quoi ressemblait cette chose, car elle était une combinaison horrible de tout ce qui est douteux, inquiétant, importun, anormal et détestable sur cette terre. C'était le reflet vampirique de la pourriture, des temps disparus et de la désolation dont la terre pitoyable aurait dû pour toujours masquer l'apparence nue. Dieu sait que cette chose n'était pas de ce monde - ou n'était plus de ce monde - et pourtant au sein de mon effroi, je pus reconnaître dans une matière rongée, rognée, où transparaissaient des os, comme un grotesque et ricanant travesti de la forme humaine. Il y avait dans cet appareil pourrissant et décomposé, une sorte de qualité innommable qui me glaça encore plus.

H.P. Lovecraft, Je suis d'ailleurs (1921)

Ce que je n'ai pas pu restituer, ici, et qui est très bien rendu dans le conte, c'est qu'en réalité, le narrateur ne réalise pas que c'est sa propre image qu'il aperçoit.
Quoiqu'il en soit, j'aime l'art de Lovecraft de décrire des choses indescriptibles.


N'en cauchemardez pas quand même, je tâcherai d'être plus esprit de Noël demain
^_^

dimanche 11 juillet 2010

Enfin je vais profiter de tout

Dominique A était hier en concert à La Plage... La Plage, c'est la scène extérieure qu'a amménagée le Glazart pour tout l'été. Transats, buvette, parasols, soleil couchant, sable, canisse, verdure, c'était là le décors idéal pour un concert en extérieur.

Louons l'initiative du GlazArt... Quand l'excentrage devient un avantage.



Décors idéal, et pourtant pas grand monde... Ceci aura rendu la soirée encore plus agréable. Sans doute le (grand ou moyen) public préfère-t-il converger vers des salles plus connues, avalisées par les médias généralistes (Cigale, Bataclan, Casino de Paris...)

Soirée très agréable, je regretterais peut-être seulement une setlist sans surprise (beaucoup de "La Musique" + le faussaire, la peau, antonia, le 22 bar, le courage des oiseaux)

Peut-être aurait-on pu entendre des chansons de "Remué"?
Ou bien "La Mémoire Neuve", par exemple
:


Ma mémoire m'a déserté. Enfin je vais profiter de tout, sans rien en regretter, affranchi de lendemains du souvenir...

Fatalement ça n'a pas duré, la mémoire m'est revenue, mais j'ai l'intuition que ce n'était pas la mienne que je retrouvais. A mesure que me gagnaient quelques souvenirs, je doutais qu'ils m'aient un jour appartenus, eux qui défilaient sans parler. Mais comme ils pesaient moins que rien et que cette mémoire n'avait nulle trace de jour faste ou mauvais, à merveille elle me conviendrait.

Moi qui la croyais calme, au moment où elle s'accrochait à moi, je crus qu'elle saurait m'épargner les rancoeurs et le vin mauvais. Et aujourd'hui j'accuse encore le coup, elle m'a bien eu. Elle m'a bien sûr depuis tout dévoilé du passé lourd qui m'incombait.

Ma vraie mémoire reparaitrait, elle rirait bien fort de moi.

L'autre en tous cas, bien arrimée, parraine chacun de mes pas et je ne me reconnais pas, le dos courbe et les yeux baissés. Ces yeux qui balaient le plancher sans doute pour la première fois.


Dominique A, La mémoire neuve
La mémoire neuve (Lithium, 1995)
www.commentcertainsvivent.com

Photo: Marc C.

vendredi 22 janvier 2010

un si pesant passé

En voyant le personnage joué par Viggo Mortensen hier, dans La Route, se débarasser de la dernière photo de sa femme (décédée), afin que son souvenir ne l'affecte pas trop, j'ai pensé à cette chanson de Tante Hortense :

Sur la place d'Espagne
En face de l'écureuil
De la Caisse d'Epargne
Mon portefeuille fut dérobé

Il y avait là-dedans
Quarante-cinq euros
Et ton portrait
Quarante-cinq euros

Ca m'a pas semblé trop
Pour me débarrasser
D'un si pesant passé

Quarante-cinq c'est peu
Pour solde de tout compte
Avec ma vie passée
Ils m'ont même pas pris ma montre

J'aurais depuis longtemps
Déjà dû faire le deuil
De ce portrait dont l'oeil
Me persécutait constamment

Quarante-cinq euros
Et moins de trois secondes
Pour vider un cheval
De ce qui lui fait mal

Trois cent francs de jadis
Franchement c'est gratis

Tante Hortense - La place d'Espagne
Plus cher (les disques biens, 2009)
http://www.myspace.com/tantehortense

www.theroad-movie.com


samedi 28 juin 2008

What happened to "home sweet home" ?

Une chanson marquante... émotionnellement lourde.
J'ai encore l'exacte vision du moment où j'ai saisi les paroles pour la première fois

Mother, don't sit,
Mother, don't stand,
Mother, don't send me.
Sister, come and lay your head on me,
I can see you haven't had any sleep in a long time.
That baby's gonna be so easy on me,
Never see his smile,
Never see his face.
Father said he was gonna give me something,
He gave me hate.
Mother, don't sit,
Mother, don't stand,
Mother, don't send me.
Brother can't even speak,
He's got a tongue and two legs to walk on,
And he can leave,
Brother is old and grey,
Brother is old and grey,
Brother is old and grey,
And he's only ,
He's only seventeen.
Father said he was gonna give me something,
He gave me hate.
Mother, don't sit,
Mother, don't stand,
Mother, please don't send me.
What happened to home,
What happened to home sweet,
What happened to home sweet,
Home?


Cat Power - The Coat Is Always On
What would the community think (Matador, 1996)
www.myspace.com/catpower


samedi 24 mai 2008

having the desire to remember

Alors qu'Islands évoquait
la disparition subite - et salvatrice -
du désir de se souvenir,
Tamina, héroïne centrale d'une des variations de Kundera
sur
le rire et l'oubli, veut se souvenir.


Depuis quelque temps, elle était désespérée parce que le passé était de plus en plus pâle. Elle n'avait de son mari que la photographie de son passeport, toutes les autres photos étaient restées à Prague dans l'appartement confisqué. Elle regardait cette pauvre image tamponnée, écornée, où son mari était pris de face (comme un criminel photographié par l'Identité Judiciaire) et n'était guère ressemblant. Chaque jour elle se livrait devant cette photographie à une sorte d'exercice spirituel : elle s'efforçait d'imaginer son mari de profil, puis de demi-profil, puis de trois quarts. Elle faisait revivre la ligne de son nez, de son menton, et elle constatait chaque jour avec effroi que le croquis imaginaire présentait de nouveaux points discutables où la mémoire qui dessinait avait ses doutes. [...]
Elle avait donc mis au point une technique particulière de remémoration. Quand elle était assise en face d'un homme, elle se servait de sa tête comme d'un matériau à sculter : elle la regardait fixement et elle refaisait en pensée le modelé du visage, elle lui donnait une teinte plus sobre, y plaçait les tâches de rousseur et les verrues, rapetissait les oreilles, colorait les yeux en bleu.
Mais tous ces efforts ne faisaient que démontrer que l'image de son mari se dérobait irrévocablement. Au début de leur liaison, il lui avait demandé (il avait dix ans de plus qu'elle et s'était déjà fait une certaine idée de la misère de la mémoire humaine) de tenir un journal et d'y noter pour tous les deux le déroulement de leur vie. Elle s'était rebellée, affirmant que c'était se moquer de leur amour. Elle l'aimait trop pour pouvoir admettre que ce qu'elle qualifiait d'inoubliable put être oublié. Evidemment, elle avait fini par lui obéir, mais sans enthousiasme. Les carnets s'en ressentaient : bien des pages y étaient vides et les notes fragmentaires.


Elle avait vécu onze ans en Bohême avec son mari, et les carnets laissés chez sa belle-mère étaient, eux aussi, au nombre de onze. Peu après la mort de son mari, elle avait acheté un cahier et l'avait divisé en onze parties. Elle était certes parvenue a se remémorer bien des événements et des situations à moitié oubliés, mais elle ne savait absolument pas dans quelle partie du cahier les inscrire. La succession chronologique était irrémédiablement perdue.
Elle avait d'abord tenté de retrouver les souvenirs qui pourraient servir de points de repère dans l'écoulement du temps et devenir la charpente principale du passé reconstruit. Par exemple leurs vacances. Il devait y en avoir onze, mais elle ne pouvait s'en rappeler que neuf. Il y en avait deux qui étaient à jamais perdues. [...]
Elle voulait aussi se souvenir de tous les noms qu'il lui avait donnés. Il ne l'avait appelée par son vrai nom que pendant les quinze premiers jours. Sa tendresse était une machine a fabriquer continuellement des surnoms. Elle avait beaucoup de noms et comme chaque nom s'usait vite, il lui en donnait sans cesse de nouveaux. Pendant les douze ans qu'ils avaient passés ensemble, elle en avait eu une vingtaine, une trentaine, et chacun appartenait à une période précise de leur vie.
Mais comment redécouvrir le lien perdu entre un surnom et le rythme du temps? Tamina ne parvenait à le retrouver que dans quelques cas. [...] Mais tous les autres noms volaient en dehors du temps, libres et fous comme des oiseaux échappés d'une volière.
C'est pourquoi elle désire si désespérement avoir chez elle ce paquet de carnets et de lettres.
Evidemment, elle sait qu'il y a aussi dans les carnets pas mal de choses déplaisantes, des journées d'insatisfaction, de disputes et même d'ennui, mais il ne s'agit pas de ça du tout. Elle ne veut pas rendre au passé sa poésie. Elle veut lui rendre son corps perdu. Ce qui la pousse, ce n'est pas un désir de beauté. C'est un désir de vie.
Car Tamina est à la dérive sur un radeau et elle regarde en arrière, rien qu'en arrière. Le volume de son être n'est que ce qu'elle voit là-bas, loin derrière elle. De même que son passé se contracte, se défait, se dissout, Tamina rétrécit et perd ses contours.
Elle veut avoir ses carnets pour que la fragile charpente des événements, telle qu'elle l'a construite dans son cahier, puisse recevoir des murs et devenir la maison qu'elle pourra habiter. Parce que, si l'édifice chancelant des souvenirs s'affaisse comme une tente maladroitement dressée, il ne va rien rester de Tamina que le présent, ce point invisible, ce néant qui avance lentement vers la mort.


Milan Kundera
, Le livre du rire et de l'oubli (1978)
Magritte, La Mémoire (1948)