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mercredi 5 octobre 2022

Tell me again

 

Ainsi donc, au terme de six saisons, c'en est fini de "Better Call Saul"... Avec cette série se referme l'univers de "Breaking Bad", né à la télévision en 2008. La première étant un spin-off de la seconde. Les personnages principaux campés par Bryan Cranston et Aaron Paul possédaient respectivement un tel charisme et un tel capital sympathie que l'annonce en 2014 d'une série consacrée à un personnage secondaire, certes fantasque, m'avait alors laissé perplexe. Ce personnage, c'était Saul Goodman ("it's all good, man"), avocat des crapules en tout genre, narrativement dénué de toute "back story".

Deux raisons de ne pas m'y attacher.

Or, back story, il y eut. Comment imaginer qu'avant "Saul Goodman", était un certain Jimmy McGill, terriblement humain. La série prend son temps, pourtant, chaque épisode, chaque moment est nécessaire pour comprendre la genèse de Saul Goodman. Ajoutons enfin un nombre de rôles qu'on n'ose qualifier de secondaires tant ils sont construits, attachants ou intrigants. Même parmi les "méchants". La série mêle avec brio le récit de petites escroqueries et de méfaits du crime organisé.

Côté "fan service", on n'est évidemment pas déçu de la manière dont sont égrainés les visages connus à mesure que la série progresse. Soyons en sûr, dès le premier épisode, et comme pour Breaking Bad, les créateurs de la série en connaissaient la conclusion. Maîtrise de la narration et de la réalisation achèvent de faire de cette série une oeuvre qui restera, et qu'on reverra avec plaisir dans une dizaine d'année.

Better Call Saul, Vince Gilligan, Peter Gould (2014-2021)

lundi 26 septembre 2022

You're one of those people



Oh, you're just like all the rest of 'em, coming out here in your fancy suit, bring your minions with you, driving them black, shiny German cars. And you think you can talk to me like I'm brain damaged? N. O! No! That big bank thinks it's gonna build a call center, so... you go around throwing people out of their homes. Well, not this house, sweetheart!

And I can see you. You're one of those people that, uh, give a little money to charity every month so you can make up for all the bad that you've done. You go to a soup kitchen once a year on Thanksgiving. That makes you feel a whole lot better about yourself. Makes you feel like one of the best rich people. Oh, I don't know how in the world you sleep at night.

Better Call Saul, the guy for this (S03E09)
(Vince Gilligan, Peter Gould : 2021)

jeudi 9 août 2018

Le calvaire de l’électrohypersensibilité

Chez les époux Hulmel, c’est presque un rituel. Tous les matins, Jacques, le mari, sort de la ferme où il habite seul à Chollet, un lieu-dit de Charente-Maritime, et marche à travers le pré vers la caravane de sa femme, Odile. Il lui détaille les infos du jour, évoque la grève de la SNCF ou la Corée du Nord… « Y a rien d’autre ? » demande-t-elle, malicieuse. Alors, il lui donne des nouvelles du « royal baby », et elle sourit. « J’ai besoin de futile… »

Depuis deux ans et demi, cette femme de 59 ans doit vivre à distance de sa maison, cette grosse bâtisse qu’elle aperçoit au loin, en levant les yeux. Considérée comme une électrohypersensible (EHS), elle ne supporte plus la moindre onde électromagnétique. Portable, Wi-Fi, pile de montre… Tout provoque en elle d’insupportables maux de têtes, nausées, chutes de tension. Impossible, également, d’écouter la radio. Le parc à vaches dans lequel son voisin lui a permis de s’installer – après avoir remplacé la clôture électrifiée par de bons vieux barbelés – est devenu son « chez elle » et sa prison.

La suite est à lire sur lemonde.fr (ainsi que ce complément). Le seul espoir de ces personnes? L’ouverture de « zones blanches » destinées à l’accueil des électrosensibles.

Ces articles éclairent la situation de Chuck McGill, personnage de la série Better Call Saul, touché par cette intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques.

On a d'ailleurs hâte de retrouver son frère, Jimmy aka Saul Goodman dans la saison 4, qui a débuté cette semaine !

Bonus : un récap' clair (en anglais) de la Saison 3

mercredi 14 février 2018

Why does this hurt?

La première fois que j'ai entendu l'expression Mall Walkers, c'était dans Better Call Saul. La deuxième, c'était dans cette excellente chanson de Fred Thomas (figurant d'ailleurs dans mon palmarès 2017).

Un morceau qui avait tout ce qu'il fallait pour devenir un tube générationnel (sauf peut-être son style musical daté pour les jeunes oreilles )


Is this the same song?
Does something feel slower?
Is something wrong?
Is there anything wrong?

Does something feel slower?
Or is this just the same daydreamed death
where you see yourself lowered
Into the cold, greedy ground as your parents
and plagiarists lose their shit
Sobbing over your casket?
And you broadcast it every couple of hours
When you’re not busy with customers
Selling cell phone cases and cords at that kiosk in the middle of the mall

Air-conditioned days in this insufferable summer
And at night you watch your friends dance around
Feeling weird about fucking each other
And you wonder “Do I even need to be here?”
and “Why does this hurt?”

You find a more consistent community
with those early morning mallwalkers
Than these horrid hushed hall talkers; judge-gabled gawkers
Some will call you their crush, but they’re all stalkers
And soon enough you’ll find yourself thrust up against those fall lockers
Dreaming of a simple suspended eternity
Where you’re stoned in your basement, playing games
Hanging out with your dogs

Could it ever be possible to just pause on that feeling?
And why does it seem like now every boy cuts you off when you start speaking?
And why do things feel negated before they’re experienced?
Why does it hurt?

When they tell you you talk like a teenager, you sound so stupid
Say nothing
Because those high school scars, and the parallel bars
All the lonely lights on these frozen cars
Every broken-wrist handstand in some best friend’s yard
And every ugly part of everything that people keep on telling you you are
They aren’t yours, they’re just wrong

Fred Thomas - Mallwalkers
Changer (Polyvinyl, 2017)

*
*       *

"You find a more consistent community with those early morning mallwalkers
Than these horrid hushed hall talkers; judge-gabled gawkers"

Better Call Saul, Fall (S03E09)
(Vince Gilligan, Peter Gould : 2017)

jeudi 7 septembre 2017

Do you remember being nineteen?

"Better Call Saul"... Qui a vu "Breaking Bad" se souvient évidemment du slogan employé par l'avocat Saul Goodman. Il aura donné son nom à la série spin-off, centrée sur ce personnage (et, dans une moindre mesure, sur Mike Ehrmantraut). Six ans les faits aujourd'hui connus, on assiste donc à la génèse de Saul Goodman, personnage haut en couleur : touchant, travailleur, humble (et flamboyant), juste (honnête... à sa manière), drôle...

Au final, la série pourrait faire penser à une sorte de mash-up entre Ally McBeal et un Perry Mason burlesque, le tout dans l'univers de Breaking Bad. Savoureux.
Voici une plaidoirie extraite du tout premier épisode.


Oh, to be nineteen again! You with me, ladies and gentlemen? Do you remember nineteen? Let me tell you, the juices are flowing. The red corpuscles are corpuscling, the grass is green, and it's soft, and summer's gonna last forever.... ... Now, do you remember? Yeah, you do. But if you're being honest...I mean, well, really honest, you'll recall that you also had an underdeveloped nineteen-year-old brain. Me, personally, I...it...If I were held accountable for some of the stupid decisions I made when I was nineteen... Oh, boy, wow. And I bet if we were in church right now, I'd get a big "amen!"


Which brings us to these three... Now, these three knuckleheads. And I'm sorry, boys, but that's what you are. They did a dumb thing. We're not denying that. However, I would like you to remember two salient facts. Fact one: nobody got hurt, not a soul. Very important to keep that in mind. Fact two: Now, the prosecution keeps bandying this term "criminal trespass." Mr. Spinowzo, the property owner, admitted to us that he keeps most portions of his business open to the public both day and night. So, trespassing? That's a bit of a reach, don't you think, Dave? Here's what I know: These three young men, near honors students all, were feeling their oats one Saturday night, and they just went a little bananas. I don't know. Call me crazy, but I don't think they deserve to have their bright futures ruined by a momentary, minute, never-to-be-repeated lapse of judgment. Ladies and gentlemen, you're bigger than that.

S'en suivra la projection par le procureur d'une vidéo awkward tournée... dans une morgue. Je n'en dis pas plus.


Better Call Saul, Uno
(Vince Gilligan, Peter Gould : 2015)

*
*         *

Cette plaidoirie m'a rappelé l'un des arguments employé par le père de Broke Turner, cet étudiant "modèle" qui avait violé une étudiante inconsciente sur le campus de Stanford. Cette affaire avait fait grand bruit en 2016 [wikipedia], dans la mesure où elle mettait en lumière des comportements trop souvent tus sur les campus américains, et, de manière plus large, illustrait la "culture du viol".

Au final, Broke Turner aura donc été condamné pour les chefs d'inculpation : 
- Assault with intent to rape an intoxicated woman,
- Sexually penetrating an intoxicated person with a foreign object
- Sexually penetrating an unconscious person with a foreign object

Craignant que la condamnation résultante (notamment son inscription au registre des délinquants sexuels) n'hypothèque l'avenir de son fils, le père, Dan Turner, écrivit au procureur une lettre, dans laquelle figuraient les propos suivants :
“His life will never be the one that he dreamed about and worked so hard to achieve. That is a steep price to pay for 20 minutes of action out of his 20 plus years of life.”

J'en reviens donc à Jimmy (Better Call Sall) : "I don't think they deserve to have their bright futures ruined by a momentary, minute, never-to-be-repeated lapse of judgment". La différence? Il précisait, peu avant :
"Nobody got hurt, not a soul."

jeudi 10 octobre 2013

Breaking bad again


Mike : You know how they say "it's been a pleasure"?... It hasn't.

Breaking Bad, Live Free or Die (S05E01)

dimanche 24 juin 2012

How To Disappear Completely And Never Be Found ?

- Saul, this man that we spoke of before... this person that you said could disappear me, give me a whole new life and make sure that I'm never found. I need him. [...] I need this man now. Saul! Now, Saul!
- Yeah, yeah. You understand there's no coming back from this? You're gonna get new socials and new identities. You can't contact your friends or relatives ever again.
- All right. Yes, yes, I understand. [...]
- Here. * Saul remet à Walt une carte de visite *
- This... This is a vacuum cleaner repair company !?
- What'd you expect, Haji's Quick-Vanish? I don't even know the guy's name. You just call that number and you leave a message. You tell them that you need a new dust filter for a Hoover MaxExtract Pressure-Pro, Model 60. I wrote it right on there. He'll call you back in five minutes.


J'aime bien introduire mes articles par un extrait de Breaking Bad (1, 2).

How To Disappear Completely And Never Be Found ?

Voilà une question que s'était aussi posée - nous rapportent les médias - Luka *dépeceur* Magnotta il y a trois ans sur son blog, reprenant ainsi l'ouvrage du même titre d'un certain Doug Richmond (sous-titré "A Step-By-Step Guide To Leaving Your Old Life Behind")


Après ce rapide élément de contextualisation, venons-en à la littérature, et voyons ce que nous dit sur ce thème William Boyd, dans son polar "Orages ordinaires".

Il avait songé à utiliser sa carte pour prendre de l'argent à l'un des multiples distributeurs devant lesquels il passait, mais il sentait instinctivement que la seule manière d'éviter d'être repéré dans une ville du ving et unième siècle était de ne tirer aucun avantage des services qu'elle offrait - téléphoniques, financiers, sociaux, municipaux ou autres. Si vous ne téléphoniez pas, ne régliez aucune facture, n'aviez pas d'adresse, ne votiez jamais, n'utilisiez pas de carte de crédit ne ne tiriez d'argent à une machine, ne tombiez jamais malade ni ne demandiez l'aide de l'Etat, alors vous passiez au-dessous du radar de compétence du monde moderne. Vous deveniez invisible, ou du moins transparent, votre anonymat était si bien assuré que vous pouviez vous déplacer dans la ville - sans confort, certes, plein d'envie, oui, prudemment, bien sûr - tel un fantôme urbain. La ville était remplie de gens comme lui, reconnaissait Adam. Il les voyait blottis dans les embrasures de porte ou écroulés dans les parcs, mendiant à la sortie des boutiques, assis, effondrés et muets, sur des bancs. Il avait lu quelque part que, chaque semaine en Angleterre, six cents personnes environ disparaissaient - presque cent par jours -, qu'il existait une population de plus de six cent mile disparus dans ce pays, de quoi peupler une ville de bonne taille. Cette population perdue, évanouie de Grande Bretagne, venait de gagner un nouveau membre.

William Boyd, Orages ordinaires (2009)
Breaking Bad, Crawl Space (S04E11)

dimanche 1 avril 2012

So many yards

Le 18 mars dernier, le volume 7 de Top Tape (la mixtape indie pop multifacette) était diffusé sur Radio Campus Paris.

Une mixtape en forme de voyage, puisqu'on y allait de Modesto à Albuquerque, tout en citant longuement la série Breaking Bad.
(feat. Grandaddy, Daniel Rossen, Damien Jurado, Palace Songs, Diagrams, Dan San, Calexico, Sergio Mendoza Y La Orkestra, Apollo Sunshine, Apparat, the Taalbi Brothers, Danger Mouse, Norah Jones, the Chap et Breton.


Emission et playlist intégrale .
[ Accès Rapide _]

Prochaine émission: Dimanche 15 avril, à 19h !

mardi 20 mars 2012

L'esclavage, c'est la liberté


- The methamphetamine we make is much superior to the so-called biker crank you know of. [...] The narcotic effect is far more potent. This product is the drug of the future. [...] It's stronger, more addictive than cocaine, which means it will move in higher volume.

Conversations entre hommes d'affaires, dans la série Breaking Bad.
Effectivement, une drogue plus addictive aura de meilleures retombées économiques. Simple logique. Un raisonnement aussi froid pourrait sembler réservé aux pires esprits criminels, sans foi ni loi.

Après tout, même Don Corleone dans Le Parrain refuse de toucher à ce qu'il qualifie de "dirty business".

(c'est aussi parce qu'il pense qu'il pourrait alors perdre ses appuis politiques, soyons complets). Parmi les autres familles mafieuses, on trouve également quelques traces de scrupules, face à cette activité alors naissante.

Don Zaluchi: I don't want it near schools! I don't want it sold to children! That's an infamia. In my city, we would keep the traffic in the dark people, the coloreds. They're animals anyway, so let them lose their souls.


Pourquoi cette introduction? Pour établir un parallèle avec un article récemment lu sur lemonde.fr, relatant la parution d'un ouvrage intitulé "Golden Holocaust".

D'autres manoeuvres sont plus anciennes. Le plan Marshall, par exemple. Le grand programme d'aide à la reconstruction de l'Europe dévastée par la seconde guerre mondiale a également été "mis à profit par les cigarettiers américains pour rendre les populations européennes accros au tabac blond flue-cured, facilement inhalable". Tout est là. Le flue-curing est une technique de séchage des feuilles de tabac qui se répand largement aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, et qui permet de rendre la fumée moins irritante, donc plus profondément inhalable. Or jusque dans la première moitié du XXe siècle, on fume encore, dans une bonne part de l'Europe continentale, du tabac brun, très âcre, beaucoup moins dangereux et addictif. Car plus la fumée peut pénétrer profondément dans les poumons, plus l'afflux de nicotine dans l'organisme est rapide, plus l'addiction qui se développe est forte. Et plus les dégâts occasionnés sur les tissus pulmonaires sont importants. "Au cours de la réunion de Paris (le 12 juillet 1947) qui a mis en mouvement le plan Marshall, il n'y avait aucune demande des Européens spécifique au tabac, raconte Robert Proctor. Cela a été proposé et mis en avant par un sénateur de Virginie. Au total, pour deux dollars de nourriture, un dollar de tabac a été acheminé en Europe."

L'article est assez saisissant, par le nombre de manoeuvres qu'il énonce. Source principale du livre sus cité: les "tobacco documents", somme considérable de documents émanant de géants du tabac, rendus publiques au début des années 90 par une décision de justice.

Outre ces révélations, j'ai trouvé particulièrement bien vu le rapprochement avec le novlangue d'Orwell, pour dénonce l'imposture du message associant cigarette et liberté. Au-delà de l'image, celle du cowboy marlboro par exemple, il est vrai qu'on entend souvent les fumeurs dire d'un ton agacé qu'il s'agit là de la dernière liberté (de choix, d'action).

"Comment peut-on parler de liberté lorsque 90 % des fumeurs interrogés disent vouloir s'arrêter sans y parvenir ?" Le novlangue d'Orwell n'est pas loin. "La guerre, c'est la paix", "l'amour, c'est la haine" professait le Parti omnipotent de 1984. Dans le monde du tabac, "l'esclavage, c'est la liberté".

Et ce message fait mouche. Les adolescents voient souvent dans la cigarette une manifestation d'esprit rebelle. Convaincre qu'inféoder ses fonctions biologiques à de grands groupes industriels tient de la rébellion, voilà un tour de force marketing, dont le projet est inscrit en toutes lettres dans les "tobacco documents" : il faut vendre aux jeunes l'idée que fumer procède d'une "rébellion acceptable".

Breaking Bad, Hermanos (S04E01)
Francis Ford Coppola, Le Parrain (1972)
Robert Proctor, Golden holocaust (2012)

samedi 21 janvier 2012

You'll shit wish you were dead

Sous le coup d'événements récents, et alors que ce n'est pas sa nature profonde, Jesse Pinkman s'imagine déjà revêtir le costume de bad guy, avec la crainte qu'il inspire.

Walter: How are you doing? No, I mean, you know... How are you doing? You did the only thing that you could. I hope you understand that. [...] Are you sure you're okay?
Jesse: ... At least now we all understand each other. Right?
Walter: What do you mean?
Jesse: I mean him and us, we get it. We're all on the same page.
Walter: What page is that?
Jesse: The one that says: if I can't kill you, you'll shit wish you were dead.
Breaking Bad, Box Cutter (S04E01)


Quand je vois certaines scènes de Breaking Bad (notamment celle qui aura précédé cette discussion), Le Parrain, Animal Kingdom, La nuit nous appartient ou Little Odessa, + tout un tas de films de Scorcese et Kitano qui montrent à quel point les alliances de malfaiteurs, au sein d'un même camp, sont volatiles, je ne peux m'empêcher de me souvenir du passage suivant du Discours de la Servitude Volontaire (dont je vous ai déjà servi 3 extraits. Promis, c'est le dernier)

Quand je pense à ces gens qui flattent le tyran pour exploiter sa tyrannie et la servitude du peuple, je suis presque aussi souvent ébahi de leur méchanceté qu’apitoyé de leur sottise.

Car à vrai dire, s’approcher du tyran, est-ce autre chose que s’éloigner de sa liberté et, pour ainsi dire, embrasser et serrer à deux mains sa servitude ? Qu’ils mettent un moment à part leur ambition, qu’ils se dégagent un peu de leur avidité, et puis qu’ils se regardent ;[...] Il ne faut pas seulement qu’ils fassent ce qu’il ordonne, mais aussi qu’ils pensent ce qu’il veut et souvent même, pour le satisfaire, qu’ils préviennent ses propres désirs. Ce n’est pas le tout de lui obéir, il faut encore lu complaire ; il faut qu’ils se rompent, se tourmentent, se tuent à traiter ses affaires, et puis qu’ils ne se plaisent qu’à son plaisir, qu’ils sacrifient leur goût au sien, qu’ils forcent leur tempérament et dépouillent leur naturel. Il faut qu’ils soient attentifs à ses paroles, à sa voix, à ses regards, à ses gestes : que leurs yeux, leurs pieds, leurs mains soient continuellement occupés à épier ses volontés et à deviner ses pensées.

Est-ce là vivre heureux ? Est-ce même vivre ? Est-il rien au monde de plus insupportable que cet état, je ne dis pas pour tout homme de coeur, mais encore pour celui qui n’a que le simple bon sens, ou même figure d’homme ? Quelle condition est plus misérable que celle de vivre ainsi, n’ayant rien à soi et tenant d’un autre son aise, sa liberté, son corps et sa vie ?

[...] Ces favoris devraient moins se souvenir de ceux qui ont gagné beaucoup auprès des tyrans que de ceux qui, s’étant gorgés quelque temps, y ont perdu peu après les biens et la vie. Ils devraient moins songer au grand nombre de ceux qui y ont acquis des richesses qu’au petit nombre de ceux qui les ont conservées. Qu’on parcoure toutes les histoires anciennes et qu’on rappelle toutes celles dont nous nous souvenons, on verra combien nombreux sont ceux qui, arrivés par de mauvais moyens jusqu’à l’oreille des princes, soit en flattant leurs mauvais penchants, soit en abusant de leur naïveté, ont fini par être écrasés par ces mêmes princes, qui avaient mis autant de facilité à les élever que d’inconstance à les défendre. Parmi le grand nombre de ceux qui se sont trouvés auprès des mauvais rois, il en est peu ou presque pas qui n’aient éprouvé eux-mêmes la cruauté du tyran, qu’ils avaient auparavant attisée contre d’autres. Souvent enrichis à l’ombre de sa faveur des dépouilles d’autrui, ils l’ont à la fin enrichi eux-mêmes de leur propre dépouille. [...]

Certainement le tyran n’aime jamais, et n’est jamais aimé. L’amitié est un nom sacré, une chose sainte. Elle n’existe qu’entre gens de bien. Elle naît d’une mutuelle estime et s’entretient moins par les bienfaits que par l’honnêteté. Ce qui rend un ami sûr de l’autre, c’est la connaissance de son intégrité. Il en a pour garants son bon naturel, sa fidélité, sa constance. Il ne peut y avoir d’amitié là où se trouvent la cruauté, la déloyauté, l’injustice. Entre méchants, lorsqu’ils s’assemblent, c’est un complot et non une société. Ils ne s’aiment pas mais se craignent. Ils ne sont pas amis, mais complices.

Quand bien même cela ne serait pas, il serait difficile de trouver chez un tyran un amour sûr, parce qu’étant au-dessus de tous et n’ayant pas de pairs, il est déjà au-delà des bornes de l’amitié. Celle-ci fleurit dans l’égalité, dont la marche est toujours égale et ne peut jamais clocher. Voilà pourquoi il y a bien, comme on le dit, une espèce de bonne foi parmi les voleurs lors du partage du butin, parce qu’alors ils y sont tous pairs et compagnons. S’ils ne s’aiment pas, du moins se craignent-ils. Ils ne veulent pas amoindrir leur force en se désunissant.
Mais les favoris d’un tyran ne peuvent jamais compter sur lui parce qu’ils lui ont eux mêmes appris qu’il peut tout, qu’aucun droit ni devoir ne l’oblige, qu’il est habitué à n’avoir pour raison que sa volonté, qu’il n’a pas d’égal et qu’il est le maître de tous. N’est-il pas déplorable que, malgré tant d’exemples éclatants, sachant le danger si présent, personne ne veuille tirer leçon des misères d’autrui et que tant de gens s’approchent encore si volontiers des tyrans ? Qu’il ne s’en trouve pas un pour avoir la prudence et le courage de leur dire, comme le renard de la fable au lion qui faisait le malade : « J’irais volontiers te rendre visite dans ta tanière ; mais je vois assez de traces de bêtes qui y entrent ; quant à celles qui en sortent, je n’en vois aucune. »

Etienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire (1581)

Illustrer ce passage, est d'ailleurs la seule vertu que j'avais trouvée à Outrage, le dernier Kitano (qui marquait son retour au film de Yakusa).

Outrage, Takeshi Kitano (2010)

lundi 2 janvier 2012

Jumping on a grenade, yo

Breaking Bad again.
Ca spoile léger (à l'échelle de l'épisode, S02E02)

Walter: We need a plan.
Jessie: Think, think! Let's just bum-rush him, man. You know, you crack him over the head with something, and I'll go for his gun.
Walter: "Crack him over the head... with something"?
Jessie: And you got the C-bomb ['cancer", ndlr], man. All right? You're as good as checked out already. Okay? You should be, like, all sacrificial, jumping on a grenade, yo.
Walter: Just... Oh, so my life is not the priority here, because I'm going to be dead soon anyway. That's your point?
Jessie: Uh... yeah!
Breaking Bad, Grilled (S02E02)

N'oubliez pas :
(en "Comic Sans MS" dans le texte)

mardi 27 décembre 2011

That stupid plastic container

I'm sorry, what were you asking me? Oh yes. That stupid plastic container I asked you to buy. You see, hydrofluoric acid won’t eat through plastic; it will however dissolve metal, rock, glass... ceramic. So there’s that.
Breaking Bad, The Cat's in the Bag... (S01E02)

Je conviens volontiers que cet article ne sera complètement compréhensible que par ceux qui connaissent la série... càd que je n'ai pas trop voulu dévoiler ce qui fait le chlorure de sodium (enfin le "sel" quoi) de ce gag sanglant.
Peut-être faut-il juste préciser que la deuxième image laisse apercevoir ce qui fut une baignoire.