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samedi 27 mai 2017

Quand tout espoir a disparu

Dernier extrait de ce roman de William Boyd, qui se déroule dans le sud profond des l'Amérique, burlesque à souhait, et toile de fond idéale pour un film des frères Coen.

Ils regagnèrent Gage Mansion en silence. Henderson se sentit soudain étrangement calme. Tout avait si mal tourné que, pour la première fois depuis des siècles, il éprouvait une sorte de certitude à l'égard de l'avenir. Quand tout espoir a disparu, la vie n'est plus qu'une question de laisser passer les heures et les jours, raisonna-t-il. Sans plus d'ambitions ni d'aspirations, il ne s'agit que d'une survie banale et résignée. [...] toutes les entreprises et projets divers qui avaient dominé son existence depuis des semaines n'existaient plus. L'avenir s'étirait devant lui, vide et sans intérêt.
Il lui faudrait recommencer, voilà tout, remplir les trois prochaines décennies de nouveaux passe-temps et distractions. Mais il abaisserait le niveau de ses ambitions : pas d'idées grandioses ou prétentieuses à propos de "changement" ou de "découverte de soi". Un retour en Angleterre venait en priorité : des ambitions amoindries seraient mieux à leur place là-bas.

William Boyd, La croix et la bannière (1984)

mardi 25 avril 2017

Une idée du vide

Il resta assis en compagnie de Gage et de Bryam et s'appliqua à regarder la télévision. En quelques minutes il avait complètement perdu le fil du programme - une histoire d'amour, il présumait - confusément entrelardé toutes les deux minutes d'annonces publicitaires. Plus troublant encore, les mêmes personnes - ou d'étonnants sosies - paraissaient interpréter le tout. Savons en paillettes, shampooing, nourriture pour chien, puis le jeune couple se rencontrait dans un bar, ils paraissaient heureux. Ils étaient rejoints par de jeunes amis heureux... mais ceci se révélait une réclame prolongée pour de la bière. Henderson se demanda éperdument si la jeune femme et le chien avaient aussi fait partie d'une pub. Il essaya de se rappeler le résultat de l'épisode dont il avait été témoin : était-elle heureuse ou triste pendant sa promenade dans les bois avec son ami canin ? Soudain, un gros type assis sur le capot d'une voiture se mit a énumérer de fantastiques garanties. Henderson fut pris de tournis. Il crut réapercevoir les jeunes amoureux mais ils vendaient toujours de la bière. Finalement il vit le générique se dérouler et il comprit que, quoi que cela eût été. c'était terminé. Il espéra qu'ils étaient heureux. Épuisé, il se renfonça sur son siège, le front vaguement douloureux d'avoir tant froncé les sourcils.

William Boyd, La croix et la bannière (1984)

dimanche 24 juin 2012

How To Disappear Completely And Never Be Found ?

- Saul, this man that we spoke of before... this person that you said could disappear me, give me a whole new life and make sure that I'm never found. I need him. [...] I need this man now. Saul! Now, Saul!
- Yeah, yeah. You understand there's no coming back from this? You're gonna get new socials and new identities. You can't contact your friends or relatives ever again.
- All right. Yes, yes, I understand. [...]
- Here. * Saul remet à Walt une carte de visite *
- This... This is a vacuum cleaner repair company !?
- What'd you expect, Haji's Quick-Vanish? I don't even know the guy's name. You just call that number and you leave a message. You tell them that you need a new dust filter for a Hoover MaxExtract Pressure-Pro, Model 60. I wrote it right on there. He'll call you back in five minutes.


J'aime bien introduire mes articles par un extrait de Breaking Bad (1, 2).

How To Disappear Completely And Never Be Found ?

Voilà une question que s'était aussi posée - nous rapportent les médias - Luka *dépeceur* Magnotta il y a trois ans sur son blog, reprenant ainsi l'ouvrage du même titre d'un certain Doug Richmond (sous-titré "A Step-By-Step Guide To Leaving Your Old Life Behind")


Après ce rapide élément de contextualisation, venons-en à la littérature, et voyons ce que nous dit sur ce thème William Boyd, dans son polar "Orages ordinaires".

Il avait songé à utiliser sa carte pour prendre de l'argent à l'un des multiples distributeurs devant lesquels il passait, mais il sentait instinctivement que la seule manière d'éviter d'être repéré dans une ville du ving et unième siècle était de ne tirer aucun avantage des services qu'elle offrait - téléphoniques, financiers, sociaux, municipaux ou autres. Si vous ne téléphoniez pas, ne régliez aucune facture, n'aviez pas d'adresse, ne votiez jamais, n'utilisiez pas de carte de crédit ne ne tiriez d'argent à une machine, ne tombiez jamais malade ni ne demandiez l'aide de l'Etat, alors vous passiez au-dessous du radar de compétence du monde moderne. Vous deveniez invisible, ou du moins transparent, votre anonymat était si bien assuré que vous pouviez vous déplacer dans la ville - sans confort, certes, plein d'envie, oui, prudemment, bien sûr - tel un fantôme urbain. La ville était remplie de gens comme lui, reconnaissait Adam. Il les voyait blottis dans les embrasures de porte ou écroulés dans les parcs, mendiant à la sortie des boutiques, assis, effondrés et muets, sur des bancs. Il avait lu quelque part que, chaque semaine en Angleterre, six cents personnes environ disparaissaient - presque cent par jours -, qu'il existait une population de plus de six cent mile disparus dans ce pays, de quoi peupler une ville de bonne taille. Cette population perdue, évanouie de Grande Bretagne, venait de gagner un nouveau membre.

William Boyd, Orages ordinaires (2009)
Breaking Bad, Crawl Space (S04E11)