jeudi 28 juillet 2016
La conviction que, dans ce monde, partout, tout est indifférent
mercredi 22 juin 2016
Such a carriage, such ease and such grace
The Bellman himself they all praised to the skies--
Such a carriage, such ease and such grace!
Such solemnity, too! One could see he was wise,
The moment one looked in his face!
He had bought a large map representing the sea,
Without the least vestige of land:
And the crew were much pleased when they found it to be
A map they could all understand.
"What's the good of Mercator's North Poles and Equators,
Tropics, Zones, and Meridian Lines?"
So the Bellman would cry: and the crew would reply
"They are merely conventional signs!
"Other maps are such shapes, with their islands and capes!
But we've got our brave Captain to thank:
(So the crew would protest) "that he's bought us the best--
A perfect and absolute blank!"
jeudi 9 juin 2016
Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire
mercredi 25 mai 2016
Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière? *
mardi 24 mai 2016
Escaliers
jeudi 19 mai 2016
L’espace de notre vie
mardi 12 mai 2015
Cette espèce de tremblement du sens
vendredi 30 janvier 2015
L'agréable étain d'une correctionnalisation de subterfuges
Vous verrez y également d'impressionnantes matrices préparatoires de roman.
samedi 27 juillet 2013
Tentative d'épuisement d'un lieu parisien
La date : 20 octobre 1974
L'heure : 13 h. 05
Le lieu : Café de la Mairie
Depuis pas mal de temps déjà (une demi-heure ?) un flic se tient debout, immobile, lisant quelque chose, sur la bordure du terre-plein, entre l'église et la fontaine, tournant le dos à l'église.
Un taxi deux vélomoteurs une Fiat une Peugeot une Peugeot une Fiat une voiture dont j'ignore la marque
Un homme, qui court
Eclaircie. Aucune voiture. Puis cinq. Puis une.
Des oranges dans un filet.
Michel Martens, avec un parapluie géranium
Le 63
Le 96
Une ambulance de l'assistance publique (hôpitaux de Paris)
Un rayon de soleil. Du vent. Tout au fond, une voiture jaune
Un car de police. Quelques voitures. Un car Atlas Reiser
Un homme dont le bras gauche est pris dans un plâtre
Un 63 qui s'arrête exceptionnellement an coin de la rue des Canettes pour laisser descendre un couple de gens âgés
Un taxi DS de couleur verte
Une voiture jaune (la même) émerge de la rue Saint-Sulpice et, s'engage sur la partie carrossable du parvis
Juste en face du café, il y a un arbre : une ficelle est nouée autour du tronc de l'arbre.
Tout au fond, près de la rue Férou, la voiture jaune se gare
Le parvis est absolument vide : il est une heure vingt-cinq.
L’agent fait toujours les cent pas sur la bordure du terre-plein, venant parfois jusqu'au coin de la rue Saint-Sulpice ou s'éloignant presque juste devant l’hôtel des finances.
Le 96
En ne regardant qu'un seul détail, par exemple la rue Férou, et pendant suffisamment de temps (une à deux minutes), on peut, sans aucune difficulté, s'imaginer que l'on est à Étampes ou à Bourges , ou même quelque part à Vienne (Autriche) où je n'ai d'ailleurs jamais été.
Surveillé, on plutôt excité par son maître, un chien noir gambade sur le terre-plein.
Aboiements
Passe un jeune papa portant son bébé endormi sur son dos (et un parapluie à la main)
Le parvis serait vide si le flic ne l'arpentait
Le 63
Le 96
Au fond, deux garçons en anoraks rouges
Une Volkswagen bleu foncé traverse le parvis (je l'ai déjà vue)
Rareté des accalmies totales : il y a toujours un passant au loin, ou une voiture qui passe
Le 96
Des touristes se photographient devant l'église
Le parvis est vide. Un car de touristes (Peters Reisen), vide, le traverse
Le 63
Il est deux heures moins cinq
Les pigeons sont sur le terre-plein. Ils s'envolent tous en même temps.
Quatre enfants. Un chien. Un petit rayon de soleil. Le 96. Il est deux heures.
mercredi 21 mars 2012
Le pire de tout, c'est de sentir son âme mourir
“ Quelque irritants que soient les déboires auxquels s’expose celui qui se voue corps et âme à la profession d’ethnographe afin de prendre par ce moyen une vue concrète de la nature profonde de l’Homme – soit, en d’autres termes, une vue du minimum social qui définit la condition humaine à travers ce que les cultures diverses peuvent présenter d’hétéroclite – et bien qu’il ne puisse aspirer à rien de plus que mettre au jour des vérités relatives (l’atteinte d’une vérité dernière étant un espoir illusoire), la pire des difficultés que j’ai dû affronter n’était pas du tout de cet ordre : j’avais voulu aller jusqu’à l’extrême pointe de la sauvagerie ; n’étais-je pas comblé, chez ces gracieux Indigènes que nul n’avait vus avant moi, que personne, peut-être, ne verrait plus après ? Au terme d’une exaltante recherche, je tenais mes sauvages, et je ne demandais qu’à être l’un d’eux, à partager leurs jours, leurs peines, leurs rites ! Hélas, eux ne voulaient pas de moi, eux n’étaient pas prêts du tout à m’enseigner leurs coutumes et leurs croyances ! Ils n’avaient que faire des présents que je déposais à côté d’eux, que faire de l’aide que je croyais pouvoir leur apporter ! C’était à cause de moi qu’ils abandonnaient leurs villages et c’était seulement pour me décourager moi, pour me persuader qu’il était inutile que je m’acharne, qu’ils choisissaient des terrains chaque fois plus hostiles, s’imposant des conditions de vie de plus en plus terribles pour bien me montrer qu’ils préféraient affronter les tigres et les volcans, les marécages, les brouillards suffocants, les éléphants, les araignées mortelles, plutôt que les hommes ! Je crois connaître assez la souffrance physique. Mais c’est le pire de tout, de sentir son âme mourir… ”
samedi 25 février 2012
L’être le plus démuni de tous
Car, en plus de Bartlebooth et de son projet que je vous rapportais précédemment, c'est bien de la destinée de tous les habitants d'un immeuble dont Perec se fait l'écho dans ce roman. Il décrit même chaque pièce dans ses moindres détails (càd, par exemple, jusqu'à reproduire la grille le mots-croisés d'un journal étalé par terre pour absorber d'éventuelles gouttes de vin).
En réalité, en bon Oulipien, Pérec s'est infligé un nombre de contraintes assez saisissant: Réparties en 42 catégories, chacune d'elle peut prendre 10 valeurs. Par un procédé mathématique complexe (qui a à voir avec un bi-carré latin orthogonal d'ordre 10), il associe à chaque chapitre un ensemble unique de contraintes... dont - vous l'aurez compris - la citation d'un auteur, mais aussi la référence à un livre, la description d'un tableau, la mention d'un animal, d'un bijou, le nombre des protagonistes, l'âge et le sexe de l'un d'eux.
Bref, c'est vertigineux.
(cf. tableau des contraintes)
Et le texte en lui-même dans tout ça?
A suivre, car il me reste encore quelques extraits à reproduire.
à lire aussi :
(-3 points d'indie cred, je sais)
dimanche 12 février 2012
Is your time so empty?
mercredi 1 février 2012
La sensation d'être un voyant
samedi 12 mars 2011
Quel sens avait le fromage?
socio-physiologique
Mettons de côté la lecture à des fins professionnelles ou studieuses, pour évoquer la lecture loisir.
Un exemple me permettra de préciser le sens de cette interrogation que l'on est parfaitement en droit, au demeurant, de trouver tout à fait oiseuse: il y a une bonne dizaine d'années, je dînais avec quelques amis dans un petit restaurant (hors-d'oeuvre, plat du jour garni, fromage ou dessert) ; à une autre table, dînait un philosophe déjà justement réputé ; il dînait seul, tout en lisant un texte ronéotypé qui était vraisemblablement une thèse. Il lisait entre chaque plat, et souvent même entre chaque bouchée, et nous nous sommes demandés, mes compagnons et moi, quel pouvait être l'effet de cette double activité, comment ça se mélangeait, quel goût avaient les mots et quel sens avait le fromage: une bouchée, un concept, une bouchée, un concept... Comment est-ce que ça se mâchait, un concept, comment est-ce que ça s'ingurgitait, comment ça se digérait? Et comment pouvait-on rendre l'effet de cette double nourriture, comment le décrire, comment le mesurer?
Questionner l'acte de lire est également intéressant pour un écrivain : tel livre / passage aura-t-il plutôt suscité une lecture attentive, captivée, distraite, flottante, laborieuse? à moins que comme évoqué ci-dessus, cela ait fortement varié selon les conditions et individus.
Et vous, comment lisez-vous?
(*) Poïétique: En art, étude des processus de création et du rapport de l'auteur à l'œuvre.
mercredi 9 février 2011
Le contraire de la mode
mercredi 2 février 2011
L'illusion de l'achevé. Le vertige de l'insaisissable

mardi 1 février 2011
La tentation mesquine de la bureaucratie individuelle

"...le monde a fini pour moi le jour où mon Nautilus s'est plongé pour la première fois sous les eaux. Ce jour-là, j'ai acheté mes derniers volumes, mes dernières brochures, mes derniers journaux, et depuis je veux croire que l'humanité n'a plus ni pensé ni écrit."
lundi 6 septembre 2010
ils rêvaient confusément d'autre chose (Etre ou Avoir, part.4)
Singapour, c'est un peu le temple du shopping, avec un centre commercial de cinq étages à tous les pâtés de maison. Ou presque.
L'occasion parfaite de revenir sur "Les choses", le roman de Perec, et d'achever par un dernier extrait la série d'article qui lui était consacré. On retrouve une dernière fois Jérôme et Sophie, toujours pris entre quête de richesse et de liberté, d'objets et d'identité.
Ces oppositions marquent d'autant plus leur vie que leur métier même les y ramène. Ils travaillent effectivement dans les études marketing.
Cela donne lieu à de savoureuses pages...
et cette information est importante pour la lecture de ce court passage.
Qu'on se rassure, Jérôme et Sophie s'apprêtent à sortir de ce carcan qui les étouffent et à infléchir leur trajectoire: changement de vie, déménagement, nouveaux métiers.
La suite, à lire dans le bouquin, donc!
mercredi 1 septembre 2010
le temps de la sécurité (Etre ou Avoir, part.3)
Dans "Les choses", deux modes de vie sont en opposition. Il y a ceux qui, comme eux, "ne veulent que vivre, appelent vie la liberté la plus grande, la seule poursuite du bonheur"... et ceux "qui choisissent de gagner d'abord de l'argent, qui réservent pour plus tard, pour quand ils seront riches, leurs vrais projets"... Qu'arrive-t-il alors?
Petit à petit, sans y prendre vraiment garde, Jérôme et Sylvie se retrouvèrent presque seuls. L'amitié n'était possible, leur semblait-il, que quand ils se tenaient les coudes, quand ils menaient la même vie. Mais qu'un couple soudain acquière ce qui pour l'autre était presque la fortune, ou la promesse d'une fortune à venir, et que l'autre, en retour, privilégie sa liberté conservée, c'étaient deux mondes qui semblaient s'affronter. Ce n'étaient plus des brouilles passagères, mais des failles, des scissures profondes qui ne se refermeraient pas d'elles-même [...]
Jérôme et Sylvie furent sévères, furent injustes. Ils parlèrent de trahison, d'abdication. Ils se plurent à assister aux ravages foudroyants que l'argent, disaient-ils, creusait chez ceux qui lui avaient tout sacrifié, et auxquels, pensaient-ils, ils échappaient encore. Ils virent leurs anciens amis s'installer, presque sans peine, presque trop bien, dans une hiérarchie rigide, et adhérer, sans recul, au monde dans lequel ils entraient. Ils les virent s'aplatir, s'insinuer, se prendre au jeu de leur propre monde: celui qui justifiait, en bloc, l'argent, le travail, la publicité, les compétences, un monde qui valorisait l'expérience, un monde qui les niait, le monde sérieux des cadres, le monde de la puissance.
mercredi 25 août 2010
35 mètres carrés (Etre ou Avoir, part.2)
Il y est ici question de l'appartement de Jérôme et Sylvie (éternels insatisfaits).
Big up à tous les parisiens habitant un 35m²...
Ce passage reflète le style énumératif et détaillé qu'adopte Perec dans le roman. Il le faut bien: la situation, les pensées et aspirations des protagonistes du roman se traduisent en termes d'objets matériels.
Ils vivaient dans un appartement minuscule et charmant, au plafond bas, qui donnait sur un jardin. Et se souvenant de leur chambre de bonne - un couloir sombre et étroit, surchauffé, aux odeurs tenaces - ils y vécurent d'abord dans une sorte d'ivresse, renouvelée chaque matin par le pépiement des oiseaux. Ils ouvraient les fenêtres, et, pendant de longues minutes, parfaitement heureux, ils regardaient leur cour. La maison était vieille, non point croulante encore, mais vétuste, lézardée. Les couloirs et les escaliers étaient étroits et sales, suintant d'humidité, imprégnés de fumées graisseuses. Mais entre deux grands arbres et cinq jardinets minuscules, de formes irrégulières, pour la plupart à l'abandon, mais riches de gazon rare, de fleurs en pots, de buissons, de statues naïves même, circulait une allée de gros pavés irréguliers, qui donnait au tout un air de campagne. C'était l'un de ces rares endroits à Paris où il pouvait arriver, certains jours d'automne, après la pluie, que montât du sol une odeur, presque puissante, de forêt, d'humus, de feuilles pourrissantes.
Jamais ces charmes ne les lassèrent et ils y demeurèrent toujours aussi spontanément sensibles qu'aux premiers jours, mais il devint évident, après quelques mois d'une trop insouciante allégresse, qu'ils ne sauraient suffire à leur faire oublier les défauts de leur demeure. Habitués à vivre dans des chambres insalubres où ils ne faisaient que dormir, et à passer leurs journées dans des cafés, il leur fallut longtemps avant de s'apercevoir que les fonctions les plus banales de la vie de tous les jours - dormir, manger, lire, bavarder, se laver - exigeaient chacune un espace spécifique, dont l'absence notoire commença dès lors à se faire sentir. Ils se consolèrent de leur mieux, se félicitant de l'excellence du quartier, de la proximité de la rue Mouffetard et du Jardin des Plantes, du calme de la rue, du cachet de leurs plafonds bas, et de la splendeur des arbres et de la cour tout au long des saisons; mais, à l'intérieur, tout commençait à crouler sous l'amoncellement des objets, des meubles, des livres, des assiettes, des paperasses, des bouteilles vides. Une guerre d'usure commençait dont ils ne sortiraient jamais vainqueurs.
[...] Certains jours l'absence d'espace devenait tyrannique. Ils étouffaient. Mais ils avaient beau reculer les limites de leurs deux pièces, abattre des murs, susciter des couloirs, des placards, des dégagements, imaginer des penderies modèles, annexer en rêve les appartements voisins, ils finissaient toujours par se retrouver dans ce qui était leur lot, leur seul lot: trente-cinq mètres carrés






