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jeudi 1 juillet 2021

Une vie

"L'enfer tiède", c'était le deuxième album de Programme (=Arnaud Michniak de Diabologum), et ça commençait fort.

Une vie à mettre certaines questions de côté
soit par manque de courage pour en accepter les réponses
soit par impossibilité d'en trouver
Une vie à revenir sur ce qu'on s'est promis
en souffrant d'être malhonnête
Une vie où le poids du temps se projette
et où on ne changera pas
Une vie où on a tout choisi sauf soi
Une vie à à masquer ce qu'on est vraiment
juste pour gagner du temps
Une vie à laisser filer
car l'apparence est plus forte
Une vie où moins on se voit et mieux on se porte
Une vie où on trouve qu'il faut du courage
pour s'avouer lâche chaque jour davantage
Une vie à mettre le masque qu'il faut pour monter plus haut
à faire des efforts
à dire oui à des gens dont on sait qu'ils ont tort
Une vie à parler de ce qui est mal et de ce qui est bien
alors qu'on a soi-même jamais fait le point
Une vie à trouver ça sans importance
Une vie à se compliquer pour rien

Une vie entre deux quais où la voie du milieu est un miroir cassé
Une vie à dix à vingt à trente ans
où on ne pardonne pas plus qu'on ne comprend
Une vie où le hasard fait le reste
Une vie à chercher partout ce qui offrirait une chance
de nier jusqu'au bout
Une vie où quand on comprend que c'est sa mémoire
cette veine géante
on a fait un pas de plus dans le ventre
Une vie où ce n'est pas parce qu'on perd quelque part
qu'on gagnera ailleurs
Une vie où le mal ne meurt pas mais se déplace
Une vie où une deuxième peau remplace la première
Une vie qu'on vide de tous ses objets
qu'on remplie de copies moulées dans une matière étrangère
Une vie où il fait froid comme dans un four éteint
où on avance un couteau à la main
Une vie où plus on réfléchit plus on se dit qu'on aurait préféré un fusil
Une vie à écouter aux portes en croyant que derrière on nous détruit
Une vie à changer de visage pour apprendre à se reconnaître
ou juste à mentir peut-être
Une vie où on ne s'attachera plus jamais à personne
Une vie à supplier pour qu'elle nous pardonne
Une vie où si on ne paie pas une fois le prix fort
on rembourse chaque jour d'un remords
Une vie qui n'est qu'un géant règlement de comptes
où seule la manière diffère
Une vie où entre celles des autres et la nôtre souvent c'est la guerre
Une vie avec le père la mère et l'enfant
et dans le futur du passé du présent
Une vie où le sang coule dans le temps
un océan
Une vie où à trop vouloir tirer dans le tas, on tire sur soi
Une vie où on n'a rien à perdre à faire en sorte que ça s'arrête
Une vie à ne rien faire pour que ça s'arrête
Une vie à chercher de l'aide pour sortir de son enfer tiède
Une vie à brûler et à regarder ses mains
Une vie sans trouver le calme
Une vie où finalement au bout du chemin on ne regrette pas
car une fois l'incendie éteint
il ne reste plus qu'un tas de cendres froides
et personne ne peut deviner ce qu'il y avait avant

Une vie pour rien

Programme - Une vie
L’Enfer tiède (2002)

mardi 25 octobre 2016

La pire fiction d'anticipation

Le hasard a voulu que je m'apprêtasse à publier des paroles de Programme... Au moment même où j'apprenais que l'album #3 de Diabologum avait pile 20 ans... (#concordancedestemps)

Changement de programme, donc, avec Les Angles, texte encore inédit sur ce blog.

C'est la pire fiction d'anticipation
version ultra-satisfaction-de-gloutons-dans-l'annihilation
pas de boutons d'interruption
pas de légende
pour seul décor un chat mort pendu à la guirlande
plus quatre angles à chaque intersection
les angles intérieurs et ceux du dehors
les angles des fenêtres et ceux des corridors
les angles des immeubles et ceux des cimetières
les angles de la route
les angles au bas des feux
les angles des tuyaux et ceux des capteurs solaires
le carré-roi, le rectangle au pinacle
les comptoirs, les guichets et tout ce que l'on veut
du sucre en morceaux aux paquets de tabac
de l'histoire du nougat à l'interprétation des rêves
jusqu'au scanner de la nouvelle glande

trop d'angles, on s'étrangle

heureusement il y a la viande
pour arrondir les angles
la viande folle à l'intérieur et au-dehors
aux fenêtres, aux corridors
dans les immeubles et dans les cimetières
la viande folle sur la route
à chaque intersection
aux comptoirs, aux guichets
n'importe où on la veut
celle à manger et celle à croire
ce sont deux façons de le voir

trop de bouffe et on s'étouffe
ou on étouffe.

Diabologum, Les Angles
#3 (Lithium, 1996)

dimanche 4 novembre 2012

Tales (live from the Crypt]) [Top Tape]

Voici déjà la deuxième mixtape de la saison. Diffusée ce dimanche 4 novembre sur Radio Campus Paris (21h), elle aura fait la part belle aux sorties post-rock/ambiant/expé, avec malgré tout une respiration pop offerte par Phantom Buffalo (5 albums à gagner)

Furent conviés:
Michniak, Loscil, Mt Eerie, Caught in the Wake forever, Pillow, For Carnation, Phantom Buffalo, Ten Ken, Father Murphy, Limbo, Tim Hecker & Daniel Lopatin, Max Richter & Vivaldi.

Top Tape Vol.2 (S5) est en écoute sur site de Radio Campus Paris
[Ecoute rapide ici .]

samedi 3 mars 2012

Nous sommes la destination

Arnaud Michniak dans le texte...
(maintenant que j'ai évoqué la pièce qu'il a écrite dans l'article précédent)

L’énergie qui se dégage de nos rencontres agit. Elle est une énergie et n’a pas besoin de trouver une volonté d’agir, elle est déjà volonté et action.
Nous ne cherchons pas à générer du contenu, nous générons tout court.
Nous ne produisons pas de contenu, nous sommes le contenu.
Nous sommes un contenu qui se génère.

Nous ne questionnons pas la place de l’action, nous sommes la place et l’action et c’est ça qui questionne.
Ce qui émerge est déjà là, l’émergence est le mode normal inévitable, ce qui arrive, et toujours quelque chose arrive...
Que faisons-nous ? Nous arrivons.

Nous connaissons la destination.
Nous savons que nous allons y être nous-mêmes que nous le voulions ou non. Et nous ne savons pas, malgré ce que nous pensons, faire autre chose que ce que nous sommes.
Nous sommes la destination.

Arnaud Michniak, Déjà Là (2011)


jeudi 1 mars 2012

On a grandi entre deux époques

Parmi les groupes et artistes que j'affectionne tout particulièrement (cf. Hit Parade), il y en a dont je ré-écoute régulièrement la discographie complète. Mendelson, Programme / Arnaud Michniak et Godspeed You Black Emperor.

Aussi, voir les deux derniers d'un certaine façon réunis dans la pièce déjà là au théâtre de la colline (sur laquelle je reviendrai), aura déclenché une nouvelle écoute de leur oeuvre.
Il semble d'ailleurs que Pascal Bouaziz aka Mendelson n'était pas loin, puisque la veille à Petit Bain, sur scène avec Michel Cloup.... (ils ont d'ailleurs repris "Seule la musique" de Jean-Louis Costes, et je comprends désormais pourquoi un petit nombre de personnes en cherchaient les paroles récemment, effectivement déjà publiées dans ces colonnes)

On a grandi entre deux époques,
tout a changé très vite
Ce qui nous guidait hier n’a plus vraiment cours aujourd’hui.
On a suivi comme on suivrait un film :
sans y prendre part.
L’ambition nous a lâchés
comme la politique avant nous avait trompés
comme le terrain de jeu nous avait lassés.

Programme, Cette page d'histoire
L'enfer tiède (Lithium, 2002)

Ce texte est repris dans le livret de présentation de la pièce, qui constituera d'ailleurs le fil rouge des prochains jours.
Mais avant celà, le morceau de Programme ne s'arrête pas là :

[...]

On n’a jamais travaillé,
jamais vraiment comme nos parents :
juste quelques plans à droite, à gauche pour arrondir les fins de mois
ou compléter les minimums qu’offre l’état
pour qu’on n’aille pas mettre le nez dans ses affaires
ou faire n’importe quoi.

[...]

On n’aura pas de descendance,
on n’ira jamais promener nos familles le dimanche,
on ne s’amusera pas des bêtises des petits.
Il y a eu un choix à faire a priori, et ceux qui ont refusé de le faire n’ont rien.
Rien que des mauvaises raisons pour continuer à jouir de leurs propres frustrations
La cohérence, c’est trébucher en pleine rue et subir le rire des autres
ce n’est pas la routine dont on parle partout

On a couvé entre deux époques
les névroses de la fin de la première, et celles du commencement de l’autre.
On n’a pas eu besoin de connaître la guerre pour être perdu,
on l’a vue à la télé.
Et on s'est senti coupable de ne rien faire
avant d’être capable d’y penser.
Et on n’a eu besoin de rien faire
pour écrire cette page d’histoire.


* * *

Pour les fans de feu le label Lithium, sachez que Bertrand Betsch est en concert ce dimanche au Ciné 13 à Paris.
(places à gagner avec Radio Campus Paris ; 13,50 € sinon)

mardi 1 novembre 2011

Un nouveau départ en quelque sorte

Il n'y avait rien à faire
et rien n'a été fait

Depuis 1997, on paliait l'absence de Diabologum par les productions (de bonnes à excellentes) des anciens Peter et Tadz, sous les noms Experience (puis Michel Cloup) et Programme (puis Arnaud Michniak). Un mince espoir des les voir réunis avait bien précédé une date commune au glaz'art en février 2008, mais rien.

Et puis si.

C'était en juin, pendant que j'étais en Suède. Divers indices gravitant autour du festival "Less Playboy is More Cowboy" au Confort Moderne de Poitiers laissaient présager une possible reformation de Diabologum.

Elle eut lieu, le temps de quelques morceaux :

On voudrait bien faire marche arrière
un nouveau départ en quelque sorte

Dans la foulée, l'annonce d'un concert en bonne et due forme, dans le cadre des Rockomotives. C'était Samedi dernier.

Si la reprise de "De la neige en été" par Michel Cloup à la gaîté lyrique début octobre pouvait laisser envisager une relecture alternative et ralentie de leur répertoire...
Si une plaisanterie récurrente (destinée à conjurer le mauvais sort) continuait de redouter une mésentente qui perdurerait...

C'est la pire fiction d'anticipation
version ultra-satisfaction-de-gloutons-dans-l'annihilation
pas de bouton d'interruption
pas de légende
pour seul décor un chat mort pendu à une guirlande

...toute réserve, tout doute s'envolait dès le concert entamé.
Une intro (avec pour seules paroles le fameux "à découvrir absolument"), De la neige en été, Il faut, Les angles, Un instant précis, à côté, 365 jours ouvrables, à découvrir absolument, La maman et la putain (feat. Françoise Lebrun)
Son impeccable, Intensité au paroxysme, Plaisir de jouer au beau fixe (je n'avais jamais vu Arnaud Michniak comme ça), Espoirs dépassés.

Quand j'ai ouvert les yeux
Le monde avait changé

Diabologum, Samedi 29 octobre au Minotaure de Vendôme, ça donnait ça:

Mais après tout, c'est peut-être Rock & Folk qui en parlait le mieux, en 1997 (pour la chronique de l'album #3):

Chroniquer ce troisième album des Français à la gomme de Diabologum revient, plus encore qu'à l'habitude, à choisir son camp. Si une stupéfiante inflation critique n'avait pas monté ce disque en épingle, on se serait contenté de régler son cas en quelques lignes, mi-amusé mi-effondré. Car dans le fond ce triste objet ne mérite même pas qu'on s'acharne sur son sort. Disons rapidement que les Diabologum ne savent ni jouer (ces strates de guitares de Velvet en toc), ni composer (de la musique, une chanson ou simplement une mélodie qui tienne la route), ni utiliser (cette tripotée de samples censée produire un effet de blizzard sonore), ni chanter (au moins ils n'essayent pas), ni même parler. L'affaire devrait donc être rapidement réglée, on ne tire pas sur une ambulance qui fonce vers le mur. Mais si on insiste encore, au risque de sembler s'acharner sur un disque qu'il faut être aveugle, sourd et malentendant pour apprécier, c'est qu'on est effaré et exaspéré par le snobisme intellectuel de ces gens. Texte après texte, on reste confondu par la bêtise prétentieuse de la littérature des Diabologum. Ces gens qui se masturbaient autrefois en citant tous les noms d'artistes contemporains qu'ils connaissaient, de Duchamp à Journiac, ont cette fois et vraisemblablement en toute bonne fois (c'est bien là finalement le pire de toute cette triste histoire) tranquillement kidnappé La Maman et la putain. Un des plus beaux et importants films de l'histoire du cinéma est ici réduit au rang de simple gadget culturel qu'ils utilisent pour camoufler la vacuité insondable de leurs propres pensées et leur absence totale de personnalité. Quand ces gens comprendront-ils qu'eux aussi ont leur part de responsabilité dans le suicide des Jean Eustache et des Guy Debord dont ils se gargarisent ? La bêtise humaine avait fini par avoir leur peau, leur mort n'a rien arrangé. Laissons les au moins en paix. Les Diabologum ne sont rien et leurs zélateurs moins que rien.
Alexis Bernier, Rock & Folk, n°353
(janvier 1997)

samedi 15 janvier 2011

Musique, Frissons et Dopamine


Voilà, le concert de Godspeed You Black Emperor est désormais derrière moi.
Un grand moment, qui aura duré près de 2h30.
Ne m'aura manqué que la proximité avec la scène, comme lorsque je les avais vus en 2002 et 2003.

Un concert qui aura suscité quelques frissons...
Or, c'est là désormais un phénomène bien compris:


Une étude scientifique canadienne a récemment établi la corrélation entre le plaisir que peut provoquer l'écoute de musique chez certains sujets, les frissons et la sécrétion de dopamine.

[La dopamine est une substance (plus exactement un neurotransmetteur) produite par le cerveau en situation de plaisir, comme par exemple lors d'un repas, ou de prise de drogue.]

L'étude montre que deux zones différentes du cerveau sont activées, selon que le pic émotionnel d'un morceau survient, ou est anticipé.


Voici l'abstract de l'article, paru dans Nature.

Music, an abstract stimulus, can arouse feelings of euphoria and craving, similar to tangible rewards that involve the striatal dopaminergic system. Using the neurochemical specificity of [11C]raclopride positron emission tomography scanning, combined with psychophysiological measures of autonomic nervous system activity, we found endogenous dopamine release in the striatum at peak emotional arousal during music listening. To examine the time course of dopamine release, we used functional magnetic resonance imaging with the same stimuli and listeners, and found a functional dissociation: the caudate was more involved during the anticipation and the nucleus accumbens was more involved during the experience of peak emotional responses to music. These results indicate that intense pleasure in response to music can lead to dopamine release in the striatal system. Notably, the anticipation of an abstract reward can result in dopamine release in an anatomical pathway distinct from that associated with the peak pleasure itself. Our results help to explain why music is of such high value across all human societies.

L'article se termine par cet élargissement :

Dopamine is pivotal for establishing and maintaining behavior. If music-induced emotional states can lead to dopamine release, as our findings indicate, it may begin to explain why musical experiences are so valued. These results further speak to why music can be effectively used in rituals, marketing or film to manipulate hedonic states. Our findings provide neurochemical evidence that intense emotional responses to music involve ancient reward circuitry and serve as a starting point for more detailed investigations of the biological substrates that underlie abstract forms of pleasure.

Pour les curieux, les nostalgiques de la rigueur scientifique, ou ceux qui veulent tout simplement se confronter à de la littérature scientifique en bonne et due forme, l'étude complète est disponible au format pdf, et téléchargeable ici.


Cas pratiques :
Le concert de Godspeed You Black Emperor, hier, à la Villette
(et l'album "lift your skinny fists like antennas to heaven")

un concert de RIEN
- "the war criminal raises and speaks" ou "Westfall" d'Okkervil River

et encore :
Cat Power, Moonshiner
Subtle, She
Sole, Stupid things implode on themselves
Will Oldham, Same love that makes me laugh,
ou there's no-one what will take care of you
James, Ring the Bells

D'autres exemples à partager?

mardi 5 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.3)

10 ans, 50 albums, en français dans le texte pour cette fois...



En tant que lecteurs assidus de ce blog, vous avez peut-être noté à quel point les artistes de feu le label Lithium étaient présents dansces colonnes. Il y a bien sûr Dominique A, avec Remué, son album le plus sombre, celui que je préfère de loin à tous les autres. Le chanteur a l'air de s'en souvenir comme étant un bide retentissant en termes de ventes, et me disait lors d'une interview qu'il ne reviendrait pas à un tel son et à de telles ambiances, à moins de refaire "une bonne dep' " (l'expression m'avait marquée). Partant de là, rien d'étonnant à ce que je place dans ma sélection les premiers albums de Mendelson (tous les trois mois, je me fais l'intégrale Mendelson...) et Bertrand Betsch. Tous deux ont des paroles tellement justes. L'un des autres albums emblématiques du label est ce fameux #3 de Diabologum, avec lequel j'ai fait connaissance en écoutant "La Maman et la Putain" (grâce à Mélanie Bauer, à nouveau). Enfin, l'ami Murat, pour son timbre et son phrasé, ici avec l'album Mustango, enregistré avec la participation de Calexico.

Diabologum - #3 (Lithium, 1996)
Dominique A - Remué (Lithium, 1999)
Jean-Louis Murat - Mustango (Labels, 1999)
Mendelson - L'avenir est devant (Lithium, 1997)
Bertrand Betsch - La soupe à la grimace (Lithium, 1997)

(à suivre)

mercredi 28 juillet 2010

Personne ne m'arrêtera puisque je vais nulle part

Un jour je volerai mieux que dans mes rêves
Mais d'ici là je dois rester calme
Les rêves sont la prison que j'aime
Parce qu'elle est mienne, je l'aime

Je ne finis rien
Ce sont les gens et les choses qui se finissent en moi
J'exagère
Les mots n'ont pas le poids que j'espère
A chaque nouvelle phrase
Je donne une nouvelle interprétation des faits
Incomplète et imparfaite

Je suis cette succession de personnes différentes
Partiellement fausses, partiellement vraies
Cette instabilité.
Très tôt je suis devenu soldat
je ne sais pas dans quelle armée
ni quel combat
Je n'ai pas trouvé le moyen de me sentir utile

Tout ce que j'ai trouvé
C'est le pouvoir de me poser mille fois les mêmes questions
Sans les formuler exactement de la même manière
Et je me demande encore si ca vient de moi
Ou si ca vient des autres
S'il y a un seul problème général
Ou plusieurs différents qui s'affrontent

Poing perdu, j'ai survécu
Personne ne m'arrêtera, personne me voit
Je ferme la marche, des rêves éventrés sur les bras
Leur sang regorge de souvenir
C'est trop tard
Personne ne m'arrêtera puisque je ne vais nulle part

Arnaud Michniak, Poing Perdu I
Poing Perdu (Ici d'ailleurs, 2007)


mardi 22 juin 2010

Tu te souviens de nous, étudiants?

Tu te souviens de nous étudiants,
je veux dire inscrits pour la sécurité sociale et les tarifs réduits,
de nos trente mètres carré pour mille quatre-cents vingt francs,
(en prime, le papier partout qui fout le camp)
de ces soirees interminables,
des spaghettis pour dix, des tâches de vin sur le canapé,
je passe des cendriers.

Tu te rappelles, la distribution de prospectus
à l'entrée du parking - promo sur les autoradios,
de ces gamins qui démarraient des BM' sans en avoir les clefs,
puis d'un signe de la main... Dégagez!

Qu'est ce qu'on est con à 20 ans,
c'est clair
mais quel plaisir on y prend,
tu te rappelles?
Toujours à contredire, nous deux contre la terre entière
Ce qui me rassure:
On est encore capable d'en faire autant

Aujourd'hui, maintenant...

C'est clair, on a aussi pris de grosses claques,
de celles qui foutent en l'air, qui marquent,
de celles qui font du mal aux confessions.
C'est sûr, on n'a pas été gâtés,
regarde ce qu'ils nous ont laissé :
De vieux reste d'idéologie qu'on a toutes vu se planter.
D'entrée on était vaccinés contre l'espoir naïf,
l'optimisme creux, les lendemains qui chantent, les jours heureux.
On n'a pas laché l'affaire pour autant,
il y a encore plusieurs sujets sur lesquels on est restés intransigeants
on rêvait de danger permanent,
de prise de risque perpétuel,
et quand vient la peur de la routine, des habitudes,
au quotidien la lassitude,
j'ai envie de te dire, regarde: on est vivants!
J'ai l'impression que ça suffit pour faire de nous des débutants
il y a tant de choses que nous n'avons pas vues
tant de choses que nous n'avons pas encore vécues
ensemble ou séparément
ensemble, aujourd'hui, maintenant

Expérience - Aujourd'hui, Maintenant
Aujourd'hui, Maintenant (Lithium, 2001)

dimanche 21 février 2010

Il y a une seule chose très belle

Dimanche soir.
Le dimanche soir, c'est le moment où, lorsque l'occasion se présente, je poste une vidéo. Ici, elle est liée aux paroles d'une chanson, et plus précisémment à "La maman et la putain", de Diabologum, reprenant un monologue tiré du film du même nom.
Chanson marquante, effectivement (cf. commentaires de l'article "Ces temps sont effrayants"), que j'ai découverte en 1996 grâce à Mélanie Bauer (à l'époque, sur Oüi FM), dans son émission "Ketchup & Marmelade". J'avais eu la bonne idée d'enregistrer cette émission sur K7.
Autant dire que j'ai écouté ce morceau un paquet de fois, par la suite.

Le texte, l'extrait vidéo, puis un lien vers le morceau de Diabologum.

Que je vous aime...
Regardez, je commence à être saoule et je bégaie et c'est absolument horrible, parce que ce que je dis, je le pense réellement. Et je pourrais rester tout le temps avec vous tellement je suis heureuse. Je me sens aimée par vous deux.

...Et l'autre qui me regarde avec les yeux en couilles de mites, d'un air sournois, en pensant : oui ma petite, tu peux toujours causer, mais je t'aurai. Je vous en prie Alexandre, je ne joue pas la comédie. Mais qu'est-ce que vous croyez?

...Pour moi il n'y a pas de putes. Pour moi, une fille qui se fait baiser par n'importe qui, qui se fait baiser n'importe comment, n'est pas une pute. Pour moi il n'y a pas de putes, c'est tout. Tu peux sucer n'importe qui, et te faire baiser par n'importe qui, tu n'es pas une pute. Il n'y a pas de putes sur terre, putain comprends-le! Et tu le comprends certainement.

La femme qu'est mariée, qu'est heureuse et qui rêve de se faire baiser par n'importe qui, par le patron de son mari, ou par je ne sais quel acteur merdique, ou par son crémier ou par son plombier, ça, c'est une pute! Y a pas de putain, mais qu'est-ce que ça veut dire, "putain"? Y a que des cons, y a que des sexes. Qu'est-ce que tu crois, c'est pas triste, hein, c'est super gai. Et je me fais baiser par n'importe qui, et on me baise et je prends mon pied.

...Pourquoi est-ce que vous accordez autant d'importance aux histoires de cul? Le sexe... Tu me baises bien. Ah! Comme je t'aime. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Comme les gens peuvent se leurrer, comme ils peuvent croire: il n'y a qu'un toi, il n'y a qu'un moi. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Il n'y a que moi pour être baisée comme ça par toi.
...Quelle chose amusante. Quelle chose horrible et sordide. Mais putain, quelle chose sordide et horrible!

Si vous saviez comme je peux vous aimer tous les deux. Et comme ça peut être indépendant d'une histoire de cul. Je me suis fait dépuceler récemment, à vingt ans. Dix-neuf, vingt ans. Quelle chose récente. Et après, je me suis fait baiser, j'ai pris un maximum d'amants. Et je me suis fait baiser. Et je suis peut-être une malade chronique... le baisage chronique. Et pourtant le baisage, j'en ai rien à foutre.
Me faire encloquer, ça me ferait chier un maximum, hein! Là, j'ai un tampax dans le cul, pour me le faire enlever et pour me faire baiser, il faudrait en faire un maximum. Il faudrait m'exciter un maximum. Rien à foutre.

Oh, si les gens pouvaient piger une seule fois pour toute que baiser c'est de la merde. Qu'il y a une seule chose très belle: c'est baiser parce qu'on s'aime tellement qu'on voudrait faire un enfant qui nous ressemble et qu'autrement c'est quelque chose de sordide...
...Il ne faut baiser que quand on s'aime vraiment.

Et je ne suis pas saoule... si je pleure... Je pleure sur toute ma vie passée, ma vie sexuelle passée, qui est si courte. Cinq ans de vie sexuelle, c'est très peu.

Tu vois, Marie, je te parle parce que je t'aime beaucoup. Tant d'hommes m'ont baisée, m'ont désirée, tu sais. On m'a désirée, parce que j'avais un gros cul qui peut être éventuellement désirable. J'ai de très jolis seins qui sont très désirables. Ma bouche n'est pas mal non plus. Et quand mes yeux sont maquillés, ils sont pas mal non plus.
On m'a souvent baisée comme ça, tu sais, dans le vide. On m'a souvent désirée comme ça, et baisée dans le vide. Je ne dramatise pas, Marie. Je ne suis pas saoule. Qu'est-ce que tu crois, tu crois que je m'appesantis sur mon sort merdique? Absolument pas.

On me baisait comme une pute. Mais tu sais, je crois qu'un jour, un homme viendra et m'aimera et me fera un enfant, parce qu'il m'aimera. Et l'amour n'est valable que si on a envie de faire un enfant ensemble. Si on a envie de faire un enfant, on sent qu'on s'aime. Un couple qui n'a pas envie de faire un enfant n'est pas un couple, c'est une merde, c'est n'importe quoi, c'est une poussière...
Les super-couples libres... "Tu baises d'un côté chérie, je baise de l'autre. On est super-heureux ensemble. On se retrouve. Comme on est bien".

Oh, c'est pas un reproche que je fais, au contraire. La tristesse n'est pas un reproche, vous savez... C'est une vieille tristesse qui traîne depuis cinq ans... Vous en avez rien à foutre. Comme vous pouvez être bien, ensemble. Regardez, vous allez être heureux.

Jean Eustache, La maman et la putain (1973) Diabologum - la maman et la putain #3 (Lithium, 1996) Pour voir ce monologue tel que Diabologum l'a mis en musique, rendez vous ici. J'ai tellement écouté ce morceau que la moindre des intonations m'est familière, et que j'ai en tête le contexte musical de chaque parole. Comme par exemple: "Tu vois, Marie, je te parle parce que je t'aime beaucoup" prononcé juste au début d'une accalmie.

mercredi 23 septembre 2009

Je me souviens, je pensais à demain

Je prétends pouvoir parler sans précaution ni détour pour affirmer ce que j'ai vérifié. Ce sur quoi on ne me fera pas revenir avec des doutes. C'est le disque de quelqu'un qui sait et qui n'en retire aucune fierté, parce que la vérité distribue la honte. Honte d'être minable, égoïste et sans projet, si ce n'est celui de continuer à cultiver la seule chose qui ait porté ses fruits : l'idéalisme. [...]

Je ne tiens pas spécialement à vous accrocher avec du style, mais j'y suis obligé, sans quoi il n'y aurait sans doute pas lieu d'être commercialisé. Mais sachez bien que c'est de la merde. Tout ce qui fait qu'on parvient à décrocher un rôle dans ce monde vient de la partie la plus merdique de nous-mêmes : celle qui mérite un salaire, le salaire de l'égoïsme. C'est toujours la même chose, non ? Certains s'arrangent avec leurs illusions, certains trouvent de quoi être sereins. D'autres viennent mourir pour rien au nez des premiers, d'autres viennent pour venger.

D'abord je ne suis rien. Quand j'ai eu la faculté de me battre, la bataille était finie. Quand j'ai eu conscience de moi et de ma vie, c'en était déjà décidé. La bataille ne se situe pas dans le temps, elle est le temps. C'est à dire une chose sur laquelle on est toujours en retard. J'avance en me sachant en retard. Je repousse l'échéance, car tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, même si l'espoir me parait être une drôle de danse.

Il arrive un point où tu ne peux plus faire marche arrière sans renier ce qui t'a forgé. Ca fait partie des trucs à piger vite avant que les autres en profitent ou te protègent des erreurs que tu pourrais commettre. Ils disent n'importe quoi, et tant qu'ils le pourront, ils diront n'importe quoi, jusqu'à ce que la leçon rentre.
Je te jure qu'il y en a un paquet qui attendent que ça, et si c'est pas toi, ce sera un autre. Il arrive un point où tu n'arrives plus à te réveiller. Tu te répètes "tout va bien se passer, tout va bien se passer, je ne me fais pas de soucis, j'ai confiance, il ne m'arrivera rien, j'ai pas besoin des autres, ni de leurs promesses, ni rien pour décrocher un rôle dans leur kermesse, au contraire, plus je m'en éloigne et plus j'avance", et tu te vois finir seul quand tout le monde aura vu vraiment qui tu es.

Je me souviens je pensais à demain
et plus j'y pensais, plus le temps semblait long
et les chances d'y arriver réduites
et puis je pensais que demain serait le contraire d'aujourd'hui
et c'était des conneries
demain c'est un poster aux chiottes je l'ai compris
demain c'est du parfum sur des croûtes
demain c'est parler de cailloux lancés dans un lac
et de l'horreur qui est belle,
de l'horreur qui est vraie.

Programme - demain
mon cerveau dans ma bouche (Lithium, 2000)

vendredi 17 juillet 2009

Quand j'ai ouvert les yeux, le monde avait changé


Quand j'ai ouvert les yeux
le monde avait changé
Au milieu du mois d'août
je crois qu'il a neigé.
Il n'y avait plus personne
aux terrasses des cafés
et tous les magasins étaient fermés
On aurait dit la guerre
ou bien un jour férié
sans repas de famille
et sans électricité.
- il n'y avait rien à faire
- et rien n'a été fait
- il n'y avait rien à faire
- incroyable mais vrai
aujourd'hui série Z
problème de scénario
l'hiver est de retour
six mois trop tôt
on s'attend donc au pire
il faut en profiter
on n'a pas tous les jours
de la neige en été

Quand j'ai ouvert les yeux
le monde avait changé
au milieu du mois d'août
zéro degré
Il y avait un grand feu
dans la rue d'à-côté
apparemment les gens
voulaient se réchauffer
- penser à autre chose
- parler un peu de tout
- parler un peu c'est bien
- et ça ne gâche rien
comme ça tous en K-way
comme ça en plein été
ils ont tiré les rois
il y avait deux, trois chiens
je les ai vus trinquer
les gens de mon quartier
quelqu'un a même dit
qu'il était désolé
ils ont mangé du pain
ils ont l'air d'être à bout
et si ça continue
ils vont devenir fous.
on s'attend donc au pire
il faut en profiter
on n'a pas tous les jours
de la neige en été
on n'a pas tous les jours
de la neige en été

Il était dix sept heures trente
et personne n'a rien dit
On s'est tous regardé
et personne n'a rien dit
ça ne fait plus aucun doute maintenant
aucun doute j'en ai bien peur
on s'est trompé de A jusqu'à Z
on s'est foutu le doigt dans l'oeil
et personne n'a rien dit
on voudrait bien faire marche arrière
un nouveau départ en quelque sorte
mais personne n'a rien dit
ce qui est fait est fait
il est trop tard il n'y a plus rien à faire
ce qui est fait est fait il est trop tard,
et personne n'a rien dit

Sur le toit d'un immeuble
on a joué aux champions
on a marqué des buts
entre quatre blousons
De ce coin de la ville
et jusqu'à l'horizon
il y avait des flammes
toutes les dix maisons.


Diabologum - De la neige en été
#3 (Lithium, 1996)

Un texte de circonstance...
Qui se souvient de la chanson pourra aisément retrouver à partir de ces paroles la scansion de Michel Cloup.

Cet album de Diabologum fait décidément partie à vie de mon top 20 des albums fondamentaux.
Comment se dispenser d'un tel disque?

Je remercie au passage Melanie Bauer de Ketchup & Marmelade de me l'avoir fait découvrir à l'époque... J'avais enregistré sur K7 "la Maman & la Putain" que j'écoutais en boucle.
Je me souviens aussi de leur passage à Nulle Part Ailleurs... et de Zazie qui avait conclut de leur prestation live :
"on fait la même chose".
Déjà qu'en interview Arnaud Michniak avait pas super bien pris que je considère que sa musique [Programme] et celle de Michel Cloup [Experience] restait finalement assez proche...

Je n'ai jamais vu Diabologum en concert.


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[Edit]

J'utilise fréquemment pour ce blog des illustrations dont je ne peux malheureusement identifier ni la source ni le contenu
(puisqu'en provenance d'un agrégateur d'images)
Suite au premier commentaire de cet article, quelqu'un a-t-il une idée de la localisation de ce petit port aux maisons rouges ?

Je mise sur la Norvège...




Claude Monet, Les maisons rouges de Bjoornegaard
/ Village de Sandviken sous la neige (1895)

mercredi 25 juillet 2007

Nos révolutions intérieures, nos capitulations extérieures


Nous construirons quelque chose ensemble, je te le promets
comme un château de cartes en béton armé
nos bras tendus avec nos poings au bout
lucides sur notre propre médiocrité
conscients de la menace
Juste pouvoir se regarder, pendant des heures et même après,
en face

Je me fous de ce qu'ils pensent, de ce qu'ils disent, de ce qu'ils sont
de cet espoir qu'ils écrasent, de ces illusions qu'ils pourrissent

J'ai encore envie de croire, j'ai encore envie de rêver
qu'on peut aller quelque part, avec quelqu'un à coté

Nous construirons quelque chose ensemble, je te le promets
nous repeindrons les murs de la couleur qui nous arrange
nous choisirons tous les objets de préférence abandonnés parce qu'ils auront vécu
nous en ferons un décor, une amélioration, un aménagement du regard
point de départ à cette longue improvisation

Etablir une correspondance entre nos actes et nos idées,
nos révolutions intérieures, nos capitulations extérieures
Réinventer au jour le jour, changer de rue dans mon parcours quotidien
Savoir que si je parle, je ne dis rien qui n ait déjà été entendu et rabâché
écrit ou lu, à la minute où j'y ai pensé

Malgré tout ca, voir en grand
Réflechir aux bons moments que l'on ne retient pas
Qui finiront par manquer, à la minute où j'y ai pensé

Malgré tout ca…
Malgré tout ca…
J'ai encore envie de croire, j'ai encore envie de rêver
Juste pouvoir se regarder, pendant des heures et même après,
en face

Diabologum - A côté
V/A - 12 inédits. 1 (Lithium, 1997)
www.myspace.com/diabologum