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jeudi 22 décembre 2022

2022, un palmarès

Et voici mon bilan (principalement) musical de l'année écoulée.
Playlist à suivre d'ici quelques jours.




Les Albums
Daniel Rossen - You Belong There
Built to Spill - When The Wind Forgets Your Name
the Smile - A Light for Attracting Attention
Kiwi Jr. - Chopper
Birds in Row - Gris Klein

Gwendoline - Apr​è​s c'est gobelet!
the Reds, Pinks And Purples - Summer At Land's End / / They Only Wanted Your Soul
Marlowe - Marlowe 3
Melody's Echo Chamber - Emotional Eternal
Ari Roar - Made to Never Use


Mais aussi
Alex G - God Save The Animals
Alvvays - Blue Rev (*)
the Beths - Expert in a Dying Field
Bertrand Betsch - J'ai horreur de l'amour
Big Thief - Dragon New Warm Mountain I Believe In You
C'MON TIGRE - scenario
Cola - deep in view
Dehd - Blue Skies
Eggs - A Glitter Year
Flasher - Love Is Yours
Florent Marchet - Garden party (*)
Ghost Woman - s/t
Horsegirl - Versions of Modern Performance
Hot Chip - Freakout Release
Jenny Hval - Classic Objects
Jérôme Minière - La Mélodie, Le Fleuve et La Nuit (*)
Kenny Beats - Louie
Kurt Vile - (watch my moves)
Martin Courtney - Magic Sign
Pan American - The Patience Fader
Pedro the Lion - Havasu
Porridge Radio - Waterslide, Diving Board, Ladder To The Sky
Roc marciano & the alchemist - the elephant man’s bones pimpire edition
Rolling Blackouts Coastal Fever - Endless Rooms
Sorry - Anywhere But Here (*)
Spoon - Lucifer On The Sofa
Stupeflip - Stup Forever


Les morceaux
(en plus de tous ceux figurant dans les albums ci-dessus) :
Basia Bulat - Go On ; Caroline - Good morning (red) ; Ex-voto - Comme la fin du mondeMauvais Sang - Décor ; Mountain Goats (the) - Need More BandagesOld Fire - Corpus (feat. Bill Callahan) Spiritualized - I'm Coming Home AgainWet Leg - Chaise Longue


Des concerts
08/03 Gwendoline @ Boule noire
20/04 Rhume @ Petit bain
03/04 Porridge Radio @ Boule noire
16/09 Kiwi Jr. @ Boule noire
05/11 Marlowe @ Sacré


Des séries
Better Call Saul / Fleabag


Des films
incroyable mais vrai (Quentin Dupieux)


Jeux-vidéo
Celeste

vendredi 10 décembre 2021

Les pensées grippées

Ultime extrait du premier roman (fort bien documenté) de Florent Marchet.

Depuis lundi, Jérôme a passé une trentaine d'heures sur la moissonneuse. Ce matin, il y était encore, avec ce siège qui est un supplice pour les fesses et le dos. La sueur qui pique les yeux, les oreilles qui réclament le silence absolu, ne serait-ce que quelques minutes. Les vibrations de la machine, même si elles sont faibles sur un modèle aussi performant, parcourent ses os longtemps après qu'il est descendu de la cabine vitrée, comme un mal de moisson. Le lendemain du drame, il a bien fallu reprendre le travail. [...] Jérôme n'a pas gobé les anxiolytiques de Faugère. Trop peur d'être amorphe le matin, trop peur de s'endormir sur la machine. Tant pis pour les démons, les taches d'encre, les pensées grippées. Jérôme le sait bien, l'habitacle de la moissonneuse est le terrain idéal pour se créer des noeuds au cerveau. Surtout si, par lassitude, on coupe la radio. L'encéphale rabâche, fait des boucles, creuse, déterre les dossiers qui fâchent, exhume dans les moindres recoins les idées anciennes, les projets abandonnés. Il revisite chaque décision importante de l'existence, chaque événement déterminant sous un angle retors et corrompu. Il condamne, souligne, culpabilise. 

Florent Marchet, Le Monde du vivant (2020)

dimanche 14 novembre 2021

Un poids, une erreur

Les relations entre Solène et son frère ont toujours été compliquées. Dès la naissance de Gabin, une culpabilité sourde s'est infiltrée dans le couple et les jeunes parents ont surprotégé leur fille. Pour Solène, le déménagement est définitivement associé à l'arrivée de son frère. C'est à cause de lui qu'ils sont venus vivre ici. À cause de lui qu'elle doit partager, faire une place. Solène le voit comme un poids, une erreur, un papillon ridicule qu'on se ferait bêtement tatouer sur la cheville le jour de ses dix-huit ans. D'ailleurs, on ne compte plus les Playmobil Country ou les Petshop venus monnayer les jalousies, le Rubik's Cube ou les Kapla récompensant un geste aimant envers le petit frère, et même, plus récemment, des tops à bretelles ou des bracelets. Gabin reste ce grain de hasard qui enraye la machine. Elle se dit que sans lui sa vie n'aurait connu que des moments de bonheur. Souvent, elle imagine une route dans les Alpes, son frère en voyage avec l'école, la plaque de verglas, l'embardée, la barrière de sécurité qui ploie et stoppe violemment le véhicule, le pare-brise soufflé, en mille morceaux. À la fin, seul Gabin passe à travers. Son corps est éjecté, mais avant de s'écraser sur la roche glacée il flotte dans les airs quelques secondes au-dessus des conifères, dans un silence sentencieux.

Florent Marchet, Le Monde du vivant (2020)

samedi 6 novembre 2021

La colère monte

A lire "Le monde du vivant", premier roman de Florent Marchet, on ne peut que compatir à la souffrance rentrée de Jérôme, et lui souhaiter de ne pas attraper un ulcère.

Jérôme ne voit pas d'issue. Il pense à la banque, aux panneaux photovoltaïques qu'il comptait acheter après la moisson, à Solène qui en septembre entrera au lycée, à sa toiture qui va s'effondrer s'il ne fait rien. Il se répète qu'il est maudit, qu'on lui met des bâtons dans les roues. La colère monte autant que son estomac se noue, sa main écrase le gobelet, le réduit en lambeaux, des gouttelettes d'eau jaillissent sur son visage crispé, il aimerait hurler, prendre une chaise et la fracasser sur le guichet d'accueil, tordre violemment les ficus et les réduire en bonsaïs.
Florent Marchet, Le Monde du vivant (2020)

lundi 19 juillet 2021

Les pétzouilles

Suite des aventures de Jérôme Wengler, ancien citadin devenu agriculteur bio (et protagoniste principal du premier roman de Florent Marchet)

Il y a aussi les séances de mécanique, à l'aube, où il faut partager un café soluble Maxwell et des tartines de rillettes avec un petzouille, comme Jérôme les appelle, à savoir un agriculteur conventionnel qui ne jure que par la FNSEA, le boursicotage du blé, le glyphosate et le salon au Parc des Expositions, porte de Versailles. Le petzouille méprise toute démarche écolo, vénère le Crédit Agricole et confond le terroir avec le territoire. Il prend les Wengler pour des illuminés, des citadins qui veulent jouer aux paysans, pire, à Marie-Antoinette dans sa ferme en torchis, avec ses quatre moutons et ses trois vaches. Le petzouille n'accepte pas qu'on le traite d'empoisonneur. il pense que la biodynamie n'est qu'une instrumentalisation complotiste, une idée de bobos déconnectés de la réalité. Jérôme affronte tout ça sans broncher, il a un business à faire tourner. 

Florent Marchet, Le Monde du vivant (2020)

mercredi 9 juin 2021

Orléans by night

Ses derniers albums m'ayant guère emballé, j'avais perdu de vue Florent Marchet... Il n'en était pas moins actif durant ces dernières années : écriture/composition pour divers interprètes, bandes-son de films, séries ou pièces de théâtre... Et écriture de son premier roman. On imagine que son ami Arnaud Cathrine l'y aura encouragé.

Un roman plaisant, centré sur une poignée de personnages bien travaillés. La psychologie du personnages principale est particulièrement approfondie. L'intrigue est simple, mais le contexte (le monde rural) très bien rendu, voire documenté lorsqu'il s'agit d'agriculture.

Très bonne lecture, donc. Et voici un premier extrait, qui parlera certainement à ceux qui connaissent intimement Orléans.

Marion s'éloigne d’un pas fluide. Jérôme se rapproche des volets mi-clos : dans le maigre espace de jour, il regarde son corps élancé qui traverse la cour, son dos droit tourné vers l’azur comme s’il allait être avalé par la lumière, et ses jambes mécaniquement souples et régulières. Même le bruit du gravier sous ses pas lui semble élégant. Jérôme n’en revient pas d’avoir su la garder. Ils se sont rencontrés en 1996 dans un bar à Orléans. Lui qui ne sortait pas souvent avait été traîné par ses colocataires jusqu’à ce pub où un groupe local massacrait les Pixies. Il avait fait la connaissance de Marion dans la file d’attente des toilettes. Les baskets s’engluaient dans un mélange de bière et d’urine. Il avait ironisé maladroitement au sujet du guitariste, elle avait souri sans peut-être même comprendre son jeu de mots. Ils avaient terminé la soirée ensemble. Elle avait vingt-et-un ans, lui vingt-deux. Jérôme s’ennuyait ferme dans son école d’ingénieurs mais il était un des meilleurs de sa promotion. Elle venait d’une famille bourgeoise orléanaise, fille d’un directeur de banque et d’une mère au foyer. Son père était mort d’un cancer du pancréas à l’âge de cinquante ans, laissant derrière lui une assurance-vie conséquente et quelques placements, qui avaient permis à sa fille unique d'a d'acheter à vingt ans un appartement en plein centre-ville. S'il n’y avait pas eu cet héritage, ils auraient déjà coulé la ferme. À l’époque, les rues d'Orléans étaient très animées la nuit. Il y avait partout des cafés-concerts, même en périphérie. Personne ne semblait s’en plaindre, il y avait dans l’atmosphère une énergie, une envie folle de débarrasser la ville de son image de cité-dortoir. Son quartier « Les Halles Châtelet » rappelait combien Paris était complexant. Le week-end, Jérôme rentrait volontiers à Sully-sur-Loire, chez ses parents, qui travaillaient tous deux à la mairie, son père comme attaché territorial et sa mère comme secrétaire d'accueil. Il leur apportait son linge sale et en profitait pour manger autre chose que des pizzas surgelées ou des kebabs. Ses parents ne lui posaient aucune question, mais ils ne cachaient pas leur fierté. Leur fils, à force de courage, de sérieux et de ténacité, allait devenir ingénieur en agronomie. Son père répétait sur le ton de la boutade: "C'est pas rien pour un petit pays comme le nôtre."

Florent Marchet, Le Monde du vivant (2020)

lundi 28 mars 2011

Daydreaming

Avec les beaux jours, il semble que la saison des concerts ait repris. Tout du moins me concernant. S'ils s'étaient faits rares depuis le mois de décembre (cf. Agenda), cette fin de semaine aura été plutôt riche.

Début des réjouissances: le jeudi, que par chance, je passais - pour raisons professionnelles - à La Défense. Je ne suis pas sûr que les notions de "chance" et de "quartier de la Défense" aient jamais été associées, quoiqu'il en soit, j'ai créé un précédent, en un sunny sunny day, lors duquel se produisait Dark Dark Dark (dans le cadre du festival Chorus). L'écoute de leur album "Wild Go" m'avait tellement impressionné que j'étais disposé à voir le groupe deux fois dans la même journée, ici, puis le soir même au Café de la Danse.

Ecouter Daydreaming et sa soif de grands espaces avait quelque chose de savoureux, au beau milieu de ce quartier d'affaires.

Think of a place I would go,
I’m daydreamin’,
Where the sycamore grow,
I’m daydreamin’,
And oh if you knew what it meant to me,
Where the air was so clear,
Oh if you knew what it meant to me,
Anywhere but here.

Oh now look to the east,
Great mountains remember me,
Oh I wound around you for miles,
I sat down right there and stretched my bones.
And oh if you knew what it meant to me,
You would see, too.

Ca, c'était le soir :

Alden Penner, et Matt Elliott ouvraient la soirée.
Je vous cache pas que j'aurais préféré voir le second en tant que Third Eye Foundation, mais pour l'heure, il semble réserver l'exclusivité d'un tel set à trois dates seulement (Brest, Nantes et Bruxelles).

Le lendemain, toute autre ambiance, avec le "spectacle" de Florent Marchet. "Spectacle" au sens où tout y était étudié, les transitions, le décor, et l'ordre des morceaux: chacun d'entre eux se devait d'apporter un élément différent par rapport à ce qui avait précédé, que ce soit au niveau de l'atmosphère musicale, des effets sonores, des lumières, des vidéos d'arrière-plan, du line-up présent sur scène, des guests (La Fiancée, Gaëtan Roussel)...

La constante fut évidemment sa tenue de "Benjamin".


Ceci dit, Benjamin, avec ses moustaches, ses pulls jacquards, ses souliers vernis, et son pantalon trop court, est limite super à la mode
(genre s'il boutonnait le col de sa chemise, il pourrait sans aucun problème figurer parmi the Drums)

Fin de Weekend au calme, dans l'immensité du 104, dans la pénombre de son auditorium, entouré des ambiances sonores construites par Murcof, invité par le festival Présences électroniques.

Dark Dark Dark - Daydreaming
Wild Go (Melodic, 2011)

jeudi 21 octobre 2010

Le bonheur me tracasse



Meme si je suis amoureuse
Le bonheur me tracasse
C'est une coquille creuse
Il faut bien que je m'y fasse
Pourquoi je fais mes lacets
C'est comme ça dès le matin
J'ai déjà 30 ans passés
Je sais tu n'y es pour rien
Les mêmes gestes précis
Mécaniques et usés
Comme une fleur flétrie
Dans un fusil rouillé
Et je pleure dans tes bras
Aurons nous des enfants?
Oh surtout ne me dis pas
Que tu as donné avant

Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
On cause, portes closes
On prie dans le bruit

Pour toi j'avais chassé
Ce drôle de goût dans la bouche
t'avais le coeur arraché
Comme on se quitte on se couche
Aujourd'hui je me demande
Combien de nuits il nous reste
Et bien que tu t'en défendes
Trop souvent tu nous détestes

Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
On cause, portes closes
On prie dans le bruit

Oh c'est idiot pour une fois
Dis-moi que je suis belle
Mais où est passée ta voix
Où est le bout du tunnel
Oh tu n'aurais pas le cran
de repartir à zéro
Tu ferais mieux maintenant
De nous tenir au chaud

Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
Plus grand chose
Dans l'eau de rose
On cause, portes closes
On prie dans le bruit
Dans une vie
En dents-de-scie

Florent Marchet - L'eau de rose
Courchevel (PIAS, 2010)
www.myspace.com/florentmarchetmusic

mardi 19 janvier 2010

10 ans, 30 albums (Part.3)

10 ans, 30 albums, troisième partie...



Cette fois, difficile de faire le lien entre ces cinq sorties. Heureusement pour les statistiques, deux albums de 2008 : Department of Eagles, et Florent Marchet. Un choix en français dans le texte qui risque d’en laisser certains perplexes, et pourtant ! Sufjan Stevens, rien à dire, Phil Elvrum et ses Microphones non plus, si ce n’est que ca vaut vraiment là pour toutes ses parutions, souvent situées aux avant-postes de mes classements de fin d’année. The Glow Part.2 est sorti en 2001 (ré-édité récemment). J’ai connu ce groupe, comme quantité d’autres de l’underground folk / post-rock nord-américain, depuis Munich, via un portail (légal) de mp3s gratuits qui s’appelait Epitonic (Your Source for Cutting-Edge Music). Les possibilités d’écoute gratuite n’était pas si courantes, alors… et l’indie, pas aussi bien distribué que maintenant. De là provient mon affection pour le label Secretly Canadian, comptant bien sûr parmi ses signatures majeures Songs: Ohia. Attention, album sombre et minimaliste.

Songs: Ohia - Ghost Tropic (Secretly Canadian, 2000)
Florent marchet - Bienvenue à Rio Baril (barclay, 2008)
Sufjan Stevens - Seven Swans (Sounds Familyre, 2004)
Microphones - the Glow Pt.2 (K, 2001)
Department of Eagles - in Ear Park (2008)
(à suivre)

mercredi 21 janvier 2009

More revery

Ce Weekend, il y a aura eu beaucoup de choses...
J'en ai pris certaines en photo

Arnaud Cathrine, Florent Marchet et Valérie Leulliot, que je recevais Samedi à Radio Campus Paris, pour parler du roman musical Frère Animal.



"Écoutons ces gens, qu'ils soient Chipaya, Yanomami, Afar, écoutons ces gens, et donnons-leur un peu la parole afin qu´on puisse les entendre s´exprimer dans leur langue, avec leur façon de parler, leur expression du visage."

Raymond Depardon


Raymond Depardon, Paul Virilio - Terre Natale, Ailleurs commence ici
jusqu'au 15 mars à la Fondation Cartier
http://fondation.cartier.com/


Je termine en mentionnant la mise en ligne de Top Tape vol.9...

...ici

dimanche 4 mai 2008

Mes nouveaux amis

Certains soirs ça vous surprend
Ils ne vous reconnaissent pas
Ils ont le coeur bien trop grand
Pour vous serrer dans les bras
Quand ils n'ont rien à donner
C'est qu'ils ont déjà tout pris
Ils n'ont plus rien à prouver
Et ils sont déjà partis

Mais bon Dieu j'aurais mieux fait
D'aller fouetter mon chat
Me voilà satisfait
Je suis l'ombre de moi
Imbécile j'ai rien compris
Et leurs couteaux s'aiguisent
J'espérais à tout prix
Echanger ma chemise

Mes nouveaux amis
N'ont pas d'amis

Ils sont sereins de penser
Comme des rouleaux compresseurs
Je deviens tout ramassé
Quelqu'un m'a demandé l'heure
J'ai bousillé le parquet
Avec mes chaussures pourries
Servi le karaoké
A tous ceux du Rotary

Quel idiot, j'étais bien mieux
Dans mon lit à deux places
Je deviens injurieux
Saloperie de pétasse
J'aurais mieux fait de courir
Dans un chemin d'orties
Au lieu de m'endormir
Dans l'aube d'un taxi

Mes nouveaux amis
N'ont pas d'amis

Florent Marchet - Mes nouveaux amis
Gargilesse (Barclay, 2004)
www.myspace.com/florentmarchetmusic

samedi 3 mai 2008

Julie

Julie, seule figure féminine du roman musical Frère animal, outre bien sûr l'Entreprise personnifiée (La Mère Nourricière),
Seul "enfant" à échapper - temporairement - à l'emprise de la Mère, à passer "entre les mailles du filet".
Seule lumière du roman.
Elle s'adresse ici à Thibaut, le personnage central de cette histoire.



Si tu veux me perdre, il te faudra me décevoir bien plus que ça
Passer les bornes d'un autre état
Aller plus loin
Tu n'y es pas
Te donner les moyens que je perde les miens et que je déchante enfin

Pour me désarmer, il te faudra plus d'acharnement au combat que tu n'en as jamais montré.
Auras-tu l'âme des guerriers?

Toi, l'enfant, tes promesses de sang
Et dans la voix, ces airs qui ne te vont pas

Désolée, je suis dure à la douceur
Désolée, je suis sûre de ta douleur
Et je laisse passer les heures

Si tu continues à me chercher, à vouloir me décourager, je crains que tu ne sois déçu, j'ai l'endurance du déjà-vu

Rappelle-toi ces croix que je ne ferai pas sur ton cas
Je ne renoncerai pas

Tu fais des merveilles, rien n'est pareil, quand tu crois que tes coups m'atteignent
Tu finiras par t'épuiser et revenir les yeux percés

Je ne suis pas de celles qui baissent les bras quand un enfant compose un rôle de tyran

Désolée, je suis dure à la douceur
Désolée, je suis sûre de ta douleur
Et je laisse passer les heures

Si tu veux me perdre, il te faudra me blesser mais tu ne sais pas


Valérie Leulliot - Désolée
Arnaud Cathrine, Florent Marchet - Frère Animal (Editions Verticales, 2008)
www.myspace.com/frereanimal

jeudi 4 octobre 2007

En vieillissant peut-être... (Part III)

Ô elle est partie
Notre jeunesse
Il s en ait fallu de peu
Ô mes amis
Changez d'adresse
Je voudrais devenir vieux
Ô les orties
Que l'on caresse
N'ont plus rien de merveilleux
Ô aujourd'hui
Plus rien ne presse
Je voudrais devenir vieux

J'y crois à peine
Ce bruit dans mes veines

Avant je ne donnais
Pas très cher de ma peau
Avant je m'abîmais
Pour paraître plus beau
Je ne voudrais pas vieillir pour rien

Ô elle s'est enfuie
Quel jour était-ce
Quand j'ai coupé mes cheveux
Ô l'ennemie
Je me redresse
Tu m'appelleras monsieur

Ô ma prairie
Comme je m'engraisse
Maintenant je vis à deux
Ô ébloui
Pris de vitesse
J'en aurais les larmes aux yeux

J'y crois à peine
Ce bruit dans nos veines

Avant je ne donnais
Pas très cher de ma peau
Avant je m'abîmais
Pour paraître plus beau
Je ne voudrais pas vieillir pour rien

Florent Marchet - Notre Jeunesse
Rio Baril (Barclay, 2007)
www.myspace.com/florentmarchetmusic

mercredi 3 octobre 2007

En vieillissant peut-être... (Part III)

J'ai 35 ans et je n'en reviens pas. Disons que ça ne veut rien dire pour moi, si ce n'est le fait que je commence à apprivoiser ce corps capricieux et mutant. J'accepte la trahison de la peau, des cheveux. Je multiplie d'ailleurs avec plus ou moins de succès les expériences pharmaceutiques à base de shampooings antipelliculaires traitants, à la menthe ou au musc, selon les soirées arrosées ou non. J'apprécie les cures revitalisantes, les jus de bouleaux ou d'argousiers. J'aime l'idée d'un jet de Kärcher pour le corps, des poumons jusqu'à l'estomac en passant par le gros intestin dont la paroi doit être semblable aujourd'hui à des planches poreuses et merde, je devrais quand même penser à autre chose.

Notre appartement est calme et donne sur une rue à sens unique bordée de platanes, torturés jusqu'aux moignons par des cantonniers sans scrupule, la mairie a d'ailleurs décidé de les abattre (je veux dire les arbres) pour des questions de sécurité, à cause de l alcool, des voitures ou de la téléphonie mobile. Les voisins se sont rapidement mobilisés ainsi qu'une poignée d'écologistes en défilant devant la mairie brandissant des calicots ou il était question au feutre vert de citations orientales sur la nature et les hommes. Des landaus plus ou moins cossus les accompagnaient, donnant au convoi un caractère agréable, sincère et printanier. Nous n'avons pas osé nous joindre à eux. Pourtant il y a quelques mois de cela, j'étais monté pour la première fois jusqu'au dernier étage de l'immeuble pour assister à une pendaison de crémaillère. J'avais longuement hésité car mon indifférence envers mes voisins de palier m'a souvent donné raison. Vivre en appartement, ca n'est pas seulement apprendre des règles mais imposer. Il faut maintenir la distance animale nécessaire, se contenter d'un bonsoir dans l'escalier ou d'une modeste analyse météorologique. Ce soir-là, je n'avais tout simplement pas envie d'être seul avec elle, surtout lorsqu'on entend des rires dopés par le champagne traverser le papier à cigarettes qui me sert de plafond. J'avais discuté longuement avec un type du 4ème, qui cherchait depuis un certain temps un emploi et sans aucun doute de la compagnie. Nous étions tombés d'accord sur le fait que la piscine n'était pas si loin, et qu'il fallait dorénavant prendre soin de nous puisque pendant notre jeunesse, on en avait bien profité. J'avais par conséquent proposé (à deux, c'est plus stimulant) des séances de dos crawlé, de brasse papillon, de préférence en soirée. Pourtant les éclairages de piscine me révulsent. La plupart du temps, les pulvérisations accidentelles de chlore dans les narines me brûlent les sinus. J'ai tout naturellement laissé traîner les choses. D'ailleurs, lui non plus ne m'a pas appelé. Rien à foutre. Depuis peu, j'ai recommencé à déconner.

Florent Marchet - J'ai 35 ans
Rio Baril (Barclay, 2007)
www.myspace.com/florentmarchetmusic
Arnaud Cathrine