jeudi 22 décembre 2022
2022, un palmarès
vendredi 10 décembre 2021
Les pensées grippées
Depuis lundi, Jérôme a passé une trentaine d'heures sur la moissonneuse. Ce matin, il y était encore, avec ce siège qui est un supplice pour les fesses et le dos. La sueur qui pique les yeux, les oreilles qui réclament le silence absolu, ne serait-ce que quelques minutes. Les vibrations de la machine, même si elles sont faibles sur un modèle aussi performant, parcourent ses os longtemps après qu'il est descendu de la cabine vitrée, comme un mal de moisson. Le lendemain du drame, il a bien fallu reprendre le travail. [...] Jérôme n'a pas gobé les anxiolytiques de Faugère. Trop peur d'être amorphe le matin, trop peur de s'endormir sur la machine. Tant pis pour les démons, les taches d'encre, les pensées grippées. Jérôme le sait bien, l'habitacle de la moissonneuse est le terrain idéal pour se créer des noeuds au cerveau. Surtout si, par lassitude, on coupe la radio. L'encéphale rabâche, fait des boucles, creuse, déterre les dossiers qui fâchent, exhume dans les moindres recoins les idées anciennes, les projets abandonnés. Il revisite chaque décision importante de l'existence, chaque événement déterminant sous un angle retors et corrompu. Il condamne, souligne, culpabilise.
Florent Marchet, Le Monde du vivant (2020)
dimanche 14 novembre 2021
Un poids, une erreur
samedi 6 novembre 2021
La colère monte
lundi 19 juillet 2021
Les pétzouilles
mercredi 9 juin 2021
Orléans by night
lundi 28 mars 2011
Daydreaming

jeudi 21 octobre 2010
Le bonheur me tracasse

Le bonheur me tracasse
C'est une coquille creuse
Il faut bien que je m'y fasse
Pourquoi je fais mes lacets
C'est comme ça dès le matin
J'ai déjà 30 ans passés
Je sais tu n'y es pour rien
Les mêmes gestes précis
Mécaniques et usés
Comme une fleur flétrie
Dans un fusil rouillé
Et je pleure dans tes bras
Aurons nous des enfants?
Oh surtout ne me dis pas
Que tu as donné avant
Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
On cause, portes closes
On prie dans le bruit
Pour toi j'avais chassé
Ce drôle de goût dans la bouche
t'avais le coeur arraché
Comme on se quitte on se couche
Aujourd'hui je me demande
Combien de nuits il nous reste
Et bien que tu t'en défendes
Trop souvent tu nous détestes
Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
On cause, portes closes
On prie dans le bruit
Oh c'est idiot pour une fois
Dis-moi que je suis belle
Mais où est passée ta voix
Où est le bout du tunnel
Oh tu n'aurais pas le cran
de repartir à zéro
Tu ferais mieux maintenant
De nous tenir au chaud
Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
Plus grand chose
Dans l'eau de rose
On cause, portes closes
On prie dans le bruit
Dans une vie
En dents-de-scie
mardi 19 janvier 2010
10 ans, 30 albums (Part.3)

Songs: Ohia - Ghost Tropic (Secretly Canadian, 2000)
Florent marchet - Bienvenue à Rio Baril (barclay, 2008)
Sufjan Stevens - Seven Swans (Sounds Familyre, 2004)
Microphones - the Glow Pt.2 (K, 2001)
Department of Eagles - in Ear Park (2008)
mercredi 21 janvier 2009
More revery
Arnaud Cathrine, Florent Marchet et Valérie Leulliot, que je recevais Samedi à Radio Campus Paris, pour parler du roman musical Frère Animal.
Arnaud Cathrine, Florent Marchet - Frère Animal (Editions Verticales, 2008)
www.myspace.com/frereanimal
en concert le 26/01 à l'Européen
"Écoutons ces gens, qu'ils soient Chipaya, Yanomami, Afar, écoutons ces gens, et donnons-leur un peu la parole afin qu´on puisse les entendre s´exprimer dans leur langue, avec leur façon de parler, leur expression du visage."
Raymond Depardon
jusqu'au 15 mars à la Fondation Cartier
http://fondation.cartier.com/
Je termine en mentionnant la mise en ligne de Top Tape vol.9...
...icidimanche 4 mai 2008
Mes nouveaux amis
Ils ne vous reconnaissent pas
Ils ont le coeur bien trop grand
Pour vous serrer dans les bras
Quand ils n'ont rien à donner
C'est qu'ils ont déjà tout pris
Ils n'ont plus rien à prouver
Et ils sont déjà partis
Mais bon Dieu j'aurais mieux fait
D'aller fouetter mon chat
Me voilà satisfait
Je suis l'ombre de moi
Imbécile j'ai rien compris
Et leurs couteaux s'aiguisent
J'espérais à tout prix
Echanger ma chemise
Mes nouveaux amis
N'ont pas d'amis
Ils sont sereins de penser
Comme des rouleaux compresseurs
Je deviens tout ramassé
Quelqu'un m'a demandé l'heure
J'ai bousillé le parquet
Avec mes chaussures pourries
Servi le karaoké
A tous ceux du Rotary
Quel idiot, j'étais bien mieux
Dans mon lit à deux places
Je deviens injurieux
Saloperie de pétasse
J'aurais mieux fait de courir
Dans un chemin d'orties
Au lieu de m'endormir
Dans l'aube d'un taxi
Mes nouveaux amis
N'ont pas d'amis
samedi 3 mai 2008
Julie
Seul "enfant" à échapper - temporairement - à l'emprise de la Mère, à passer "entre les mailles du filet".
Seule lumière du roman.
Elle s'adresse ici à Thibaut, le personnage central de cette histoire.
Si tu veux me perdre, il te faudra me décevoir bien plus que ça
Passer les bornes d'un autre état
Aller plus loin
Tu n'y es pas
Te donner les moyens que je perde les miens et que je déchante enfin
Pour me désarmer, il te faudra plus d'acharnement au combat que tu n'en as jamais montré.
Auras-tu l'âme des guerriers?
Toi, l'enfant, tes promesses de sang
Et dans la voix, ces airs qui ne te vont pas
Désolée, je suis dure à la douceurDésolée, je suis sûre de ta douleur
Et je laisse passer les heures
Si tu continues à me chercher, à vouloir me décourager, je crains que tu ne sois déçu, j'ai l'endurance du déjà-vu
Rappelle-toi ces croix que je ne ferai pas sur ton cas
Je ne renoncerai pas
Tu fais des merveilles, rien n'est pareil, quand tu crois que tes coups m'atteignent
Tu finiras par t'épuiser et revenir les yeux percés
Je ne suis pas de celles qui baissent les bras quand un enfant compose un rôle de tyran
Désolée, je suis dure à la douceur
Désolée, je suis sûre de ta douleur
Et je laisse passer les heures
Si tu veux me perdre, il te faudra me blesser mais tu ne sais pas
Arnaud Cathrine, Florent Marchet - Frère Animal (Editions Verticales, 2008)
www.myspace.com/frereanimal
jeudi 4 octobre 2007
En vieillissant peut-être... (Part III)
Notre jeunesse
Il s en ait fallu de peu
Ô mes amis
Changez d'adresse
Je voudrais devenir vieux
Ô les orties
Que l'on caresse
N'ont plus rien de merveilleux
Ô aujourd'hui
Plus rien ne presse
Je voudrais devenir vieux
J'y crois à peine
Ce bruit dans mes veines
Avant je ne donnais
Pas très cher de ma peau
Avant je m'abîmais
Pour paraître plus beau
Je ne voudrais pas vieillir pour rien
Ô elle s'est enfuie
Quel jour était-ce
Quand j'ai coupé mes cheveux
Ô l'ennemie
Je me redresse
Tu m'appelleras monsieur
Ô ma prairie
Comme je m'engraisse
Maintenant je vis à deux
Ô ébloui
Pris de vitesse
J'en aurais les larmes aux yeux
J'y crois à peine
Ce bruit dans nos veines
Avant je ne donnais
Pas très cher de ma peau
Avant je m'abîmais
Pour paraître plus beau
Je ne voudrais pas vieillir pour rien
mercredi 3 octobre 2007
En vieillissant peut-être... (Part III)
Notre appartement est calme et donne sur une rue à sens unique bordée de platanes, torturés jusqu'aux moignons par des cantonniers sans scrupule, la mairie a d'ailleurs décidé de les abattre (je veux dire les arbres) pour des questions de sécurité, à cause de l alcool, des voitures ou de la téléphonie mobile. Les voisins se sont rapidement mobilisés ainsi qu'une poignée d'écologistes en défilant devant la mairie brandissant des calicots ou il était question au feutre vert de citations orientales sur la nature et les hommes. Des landaus plus ou moins cossus les accompagnaient, donnant au convoi un caractère agréable, sincère et printanier. Nous n'avons pas osé nous joindre à eux. Pourtant il y a quelques mois de cela, j'étais monté pour la première fois jusqu'au dernier étage de l'immeuble pour assister à une pendaison de crémaillère. J'avais longuement hésité car mon indifférence envers mes voisins de palier m'a souvent donné raison. Vivre en appartement, ca n'est pas seulement apprendre des règles mais imposer. Il faut maintenir la distance animale nécessaire, se contenter d'un bonsoir dans l'escalier ou d'une modeste analyse météorologique. Ce soir-là, je n'avais tout simplement pas envie d'être seul avec elle, surtout lorsqu'on entend des rires dopés par le champagne traverser le papier à cigarettes qui me sert de plafond. J'avais discuté longuement avec un type du 4ème, qui cherchait depuis un certain temps un emploi et sans aucun doute de la compagnie. Nous étions tombés d'accord sur le fait que la piscine n'était pas si loin, et qu'il fallait dorénavant prendre soin de nous puisque pendant notre jeunesse, on en avait bien profité. J'avais par conséquent proposé (à deux, c'est plus stimulant) des séances de dos crawlé, de brasse papillon, de préférence en soirée. Pourtant les éclairages de piscine me révulsent. La plupart du temps, les pulvérisations accidentelles de chlore dans les narines me brûlent les sinus. J'ai tout naturellement laissé traîner les choses. D'ailleurs, lui non plus ne m'a pas appelé. Rien à foutre. Depuis peu, j'ai recommencé à déconner.
Rio Baril (Barclay, 2007)
www.myspace.com/florentmarchetmusic
Arnaud Cathrine
