lundi 1 juillet 2024
Du consentement
mercredi 1 mai 2024
Une victoire sur les éléments
dimanche 14 février 2021
Des bourgeoises blanches bien comme il faut
Je me résous à refermer ma séquence de posts consacrés à "King Kong Théorie" par ce dernier article. Il revient sur un reportage en banlieue, qui illustre, une fois de plus un certaine "déconnexion" sociale des journalistes. Au moins, la profession semble-t-elle depuis en avoir pris conscience avec la crise des gilets jaunes. Le regard de l'homme sur la femme est quant à lui plutôt uniformément réparti.
Reportage sur une chaîne d'infos du câble, un documentaire sur des filles de banlieues. Plus exactement : sur leur inquiétante perte de féminité. On voit trois gamines à bonnes têtes jurer comme des charretiers et l'une d'entre elles tente d'attraper je ne sais qui dans une cage d'escalier, dans l'espoir de lui mettre une trempe. Quartier désolé, jeunesse désœuvrée, des gosses qui savent qu'ils n'auront probablement pas plus de chances que leurs parents, c'est-à-dire que dalle. Ces images toujours un peu troubles, pour quelqu'un de mon âge, d'une France qui est devenue un pays du quart-monde. Une pauvreté extrême, jouxtant le luxe le plus indécent. Ce qui inquiète les commentateurs, et ils le disent sans rigoler, c'est que ces filles ne portent jamais de jupes. Et qu'elles parlent mal. Ça les surprend, ils sont sincères. Ils s'imaginent, tranquilles, que les filles naissent dans des sortes de roses virtuelles et qu'elles devraient devenir des créatures douces et paisibles. Même plongées dans un milieu hostile où il vaut mieux savoir jouer du coup de boule pour exister un minimum. Les femmes devraient s'occuper de jolies choses, en arrosant des fleurs, et en chantonnant tout doucement. C'est vraiment tout ce qui les inquiète, dans ce qu'ils ont filmé. Ces femmes ne ressemblent pas aux femmes des beaux quartiers, aux gosses des magazines, aux filles des grandes écoles. Le journaliste qui a écrit ce commentaire a l'impression que c'est naturel, d'être une femme comme celles qui l'entourent. Que cette féminité n'a pas de race, pas de classe, n'est pas construite politiquement, il croit que si on laisse les femmes être ce qu'elles doivent être, naturellement, de la manière poétique la plus admirable, elles deviennent comme les femmes qui travaillent et dînent autour de lui : des bourgeoises blanches bien comme il faut.
Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006)
lundi 25 janvier 2021
Du triomphe à bons frais
mercredi 30 décembre 2020
Pourquoi encourager les petits garçons à faire du bruit et les filles à se taire ?
mardi 15 décembre 2020
Le contrat marital
Je concluais un précédent article dédié à King Kong Théorie (2006), en citant Silvia Federici (2019), expliquant la nécessité d'opposer prostituées et femmes au foyer, afin de ne surtout pas remettre en cause le statut de ces dernières. Laissons Virginie Despentes formuler ceci autrement :
Il faut dire que la prostitution est un sujet qui divise (tout autant que le voile), selon qu'on y voit une attente à la dignité (resp. marque de soumission) ou qu'on se refuse de dicter aux femmes leur conduite.
Faire ce qui ne se fait pas : demander de l'argent pour ce qui doit rester gratuit. La décision n'appartient pas à la femme adulte, le collectif impose ses lois. Les prostituées forment l'unique prolétariat dont la condition émeut autant la bourgeoisie. Au point que souvent des femmes qui n'ont jamais manqué de rien sont convaincues de cette évidence : ça ne doit pas être légalisé. Les types de travaux que les femmes non nanties exercent, les salaires misérables pour lesquels elles vendent leur temps n'intéressent personne. C'est leur lot de femmes nées pauvres, on s'y habitue sans problème. Dormir dehors à quarante ans n'est interdit par aucune législation. La clochardisation est une dégradation tolérable. Le travail en est une autre. Alors que, vendre du sexe, ça concerne tout le monde et les femmes « respectables » ont leur mot à dire. Depuis dix ans, ça m'est souvent arrivé d'être dans un beau salon, en compagnie de dames qui ont toujours été entretenues via le contrat marital, souvent des femmes divorcées qui avaient obtenu des pensions dignes de ce nom, et qui sans l'ombre d'un doute m'expliquent, à moi, que la prostitution est en soi une chose mauvaise pour les femmes. Elles savent intuitivement, que ce travail-là est plus dégradant qu'un autre. Intrinsèquement. Non pas : pratiqué dans des circonstances bien particulières, mais : en soi. L'affirmation est catégorique, rarement assortie de nuances, telles que « si les filles ne sont pas consentantes », ou « quand elles ne touchent pas un centime sur ce qu'elles font », ou « quand elles sont obligées d'aller travailler dehors aux périphéries des villes ». Qu'elles soient putes de luxe, occasionnelles, au trottoir, vieilles, jeunes, douées, dominatrices, tox ou mères de famille ne fait a priori aucune différence. Echanger un service sexuel contre de l'argent, même dans de bonnes conditions, même de son plein gré, est une atteinte à la dignité de la femme. Preuve en est : si elles avaient le choix, les prostituées ne le feraient pas. Tu parles d'une rhétorique... comme si l'épileuse de chez Yves Rocher étalait de la cire ou perçait des points noirs par pure vocation esthétique.
[...]
Dans les médias français, articles documentaires et reportages radio, la prostitution sur laquelle on focalise est toujours la plus sordide, la prostitution de rue qui exploite des filles sans papiers. Pour son côté spectaculaire évident : un peu d'injustice médiévale dans nos périphéries, ça fait toujours de belles images. Et on aime colporter des histoires de femmes abusées, qui signalent à toutes les autres qu'elles l'ont échappé belle. Et aussi parce que celles et ceux qui travaillent dehors ne peuvent mentir sur leur activité, comme le font celles et ceux qui pratiquent via internet. On va chercher le plus sordide, on le trouve sans trop de difficulté, puisque justement c'est la prostitution qui n'a pas les moyens de se soustraire aux regards de tous. Filles privées de papiers, de consentement, travaillant à l'abattage, dressées par les viols, crackées, portraits de filles perdues. Plus c'est glauque, plus l'homme se sent fort, en comparaison. Plus c'est sordide, plus le peuple français se juge émancipé. Puis, partant des images inacceptables d'une prostitution pratiquée dans des conditions dégueulasses, on tire les conclusions sur le sexe tarifé dans son ensemble.
Virginie Despentes, King Kong Théorie (2006)
mardi 8 décembre 2020
Un silence croisé
mercredi 2 décembre 2020
Un piège
vendredi 20 novembre 2020
L’invention de la ménagère
dimanche 15 novembre 2020
Je ne m'excuse de rien, je ne viens pas me plaindre
lundi 14 septembre 2020
Des jeunes filles et épouses agréables
mercredi 9 septembre 2020
Que dire de plus ?
mardi 8 septembre 2020
J’ai grandi dans une illusion
lundi 27 avril 2020
He preferred it for her
mardi 24 septembre 2019
"Ca n'a rien à voir"
mercredi 29 novembre 2017
What do you see when you look at a girl?
Do you have the balls to ask?
What do you see when you look at a girl?
Is she a game you wanna win?
If no-one was looking what would you do to get in?
Do you have friends who would be proud if you went in for the kill?
Do you have friends who would do it even against her will?
What if they did that to your sister?
What if they did that to your mother?
Why are we so slow?
I bet you think you're such a hottie,
but a body afraid is not a sexual body
What do you see when you look at a girl?
Is she a game you wanna win?
If no-one was looking what would you do to get in?
Everybody's been laughed at and
everybody's been left out but
That's no excuse to turn it around,
no boy has the right to hold a girl down
What if they did that to your sister?
What if they did that to your mother?
On your star wars sheets when you set the scene
Was she seducing you, or did she want to scream?
[...]
I'm talking to you, you know who you are, going too far.
You'll feel good for ten seconds, she'll be screwed up for life.
Blue balls and all of that bullshit
lundi 10 juillet 2017
Un art de la servilité
samedi 17 juin 2017
Manspreading
mercredi 27 juillet 2016
This is why you need feminism
Georgette, elle racontait avec une drôle de voix, toute douce, la boîte, la chaîne... les contrôleurs qui te caressent mine de rien pendant le travail - on sait jamais, des fois que ça réussisse - et qui sont après toi, comme des chiens ensuite, si t'as pas fait semblant de marcher. Et même les types qui bossent et qui ne peuvent pas s'empêcher de siffler ou de raconter une histoire dégueulasse dès qu'une fille passe près d'eux. Elle disait ses quatre gosses et son petit, le travail à la maison après le travail à l'usine, le travail à la maison avant le travail à l'usine, la bouffe à faire, la crèche ou la maternelle à des kilomètres. Et au lit le soir, la peur d'avoir encore un môme. Et le connard de médecin, qui lui avait foutu une telle trouille à propos de la pilule qu'il lui a fallu deux ans pour se décider à la prendre. Et qu'entre temps, elle a eu un chiard de plus.






