jeudi 13 août 2026

Quand tu n’auras plus les mots

Jérôme Minière, bien que déjà présent sur ce blog, m'y paraît sous-représenté au regard de la qualité de ces textes, dans lesquels il croque avec des mots simples des sentiments diffus ou le travers des contemporanéités. Rectifions le tir avec "Pensées sans calcul", morceau annonciateur d'un album à paraître.

Tes pensées la machine les traduira
Mon amour pour toi elle le traduira
Et si je pleure, si je souris
Et si tout m’échappe
Elle le traduira

Tes prières muettes, elle les entendra peut-être
Le temps humain, elle le devinera sans le connaître

Nos fragilités, elle calculera
Et nos hésitations, peux-tu croire ça ?
Elle avalera nos pensées sans calcul
Le long des jours qui s'accumulent
Elle simulera nos émotions
Comme des signes proches de la raison

Est-ce bien, est-ce mal
Ces pensées en diagonale ?
Est-ce bien, est-ce mal,
Cette équation comme tout horizon ?

Le mystère, elle saura l’épeler
Femme ou homme jusqu’à l’extrémité
Au loin dans la garrigue de pixels
Elle touchera peut-être à l’éternel
Jusqu’à ce qu’il ne reste rien

Que ce paysage irréel
Cette équation comme tout horizon
Ces montagnes de statistiques
Ces plaines de silicium
Semblent loin de ce que nous sommes

Est-ce bien, est-ce mal
Ces pensées en diagonale ?
Est-ce bien, est-ce mal,
Cette équation comme tout horizon ?

Et quand tu n’auras plus les mots
Elle te les donnera en chiffres
Tes pensées elle les connaît déjà
Tes pensées sans calcul

Jérôme Minière, Pensées sans calcul (2026)

dimanche 2 août 2026

D'un naufrage à l'autre


Dans le film "Revolutionary Roads" ("Les noces rebelles" en français), on retrouve le couple d'acteurs qui a marqué toute une génération par la force et la beauté de leur sentiment dans "Titanic" : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio. Les voilà transposés dans une époque et un contexte dont on sait qu'ils sont peu propices à l'épanouissement (des femmes) : l'Amérique des années 50/60, dans une banlieue pavillonnaire (on pense à Madmen).

Leonardo DiCaprio, 30 ans, conserve son visage juvénile de jeune premier, mais l'être véritable de celui qu'il incarne est laid (choix d'acteur qui se confirmera dans la suite de sa filmographie, du loup de Wall Street à Killers of the Flower Moon). Kate Winslet, éclatante, campe une épouse qui tâche de faire bonne figure tout en s'efforçant de ne pas sombrer.

C'est d'ailleurs elle qui dans cette scène tâche d'insuffler un nouveau souffle à son couple :

I think it’s unrealistic for a man with a fine mind to go on working year after year at a job he can’t stand, coming home to a place he can’t stand, to a wife who’s equally unable to stand the same things. You want to know the worst part? Our whole existence here is based on this great premise that we’re special and superior to the whole thing... but we’re not! We’re just like everyone else. Look at us! We’ve bought into the same ridiculous delusion. This idea that you have to resign from life and settle down the moment you have children. And we’ve been punishing each other for it. 

Revolutionary Roads, Sam Mendes (2008)