dimanche 2 août 2026

D'un naufrage à l'autre


Dans le film "Revolutionary Roads" ("Les noces rebelles" en français), on retrouve le couple d'acteurs qui a marqué toute une génération par la force et la beauté de leur sentiment dans "Titanic" : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio. Les voilà transposés dans une époque et un contexte dont on sait qu'ils sont peu propices à l'épanouissement (des femmes) : l'Amérique des années 50/60, dans une banlieue pavillonnaire (on pense à Madmen).

Leonardo DiCaprio, 30 ans, conserve son visage juvénile de jeune premier, mais l'être véritable de celui qu'il incarne est laid (choix d'acteur qui se confirmera dans la suite de sa filmographie, du loup de Wall Street à Killers of the Flower Moon). Kate Winslet, éclatante, campe une épouse qui tâche de faire bonne figure tout en s'efforçant de ne pas sombrer.

C'est d'ailleurs elle qui dans cette scène tâche d'insuffler un nouveau souffle à son couple :

I think it’s unrealistic for a man with a fine mind to go on working year after year at a job he can’t stand, coming home to a place he can’t stand, to a wife who’s equally unable to stand the same things. You want to know the worst part? Our whole existence here is based on this great premise that we’re special and superior to the whole thing... but we’re not! We’re just like everyone else. Look at us! We’ve bought into the same ridiculous delusion. This idea that you have to resign from life and settle down the moment you have children. And we’ve been punishing each other for it. 

Revolutionary Roads, Sam Mendes (2008)

mardi 21 juillet 2026

Coincé entre deux versions de soi

Du syndrôme de l'imposteur :
un aperçu des pensées de Jack, artiste photographe en devenir, originaire du Kensas, tandis qu'il montre ses photos à sa classe en école d'Art.

Voilà ce que ça faisait de ne pas être dans son élément : ça procurait de l'anxiété, ça obligeait Jack à rester sur ses gardes, de façon sourde mais constante, parce qu'il fallait éviter cette honte d'avoir réalisé quelque chose d'horriblement grossier, ou pensé quelque chose d'horriblement superficiel. [...] Il avait le visage en feu.

Elle le taraudait sans cesse, cette impression que n'importe quand, avec n'importe qui, il risquait de dire ou de faire quelque chose qui prouverait à tous les autres ici qu'il ne faisait pas vraiment partie des leurs, qu'il était un étranger idiot et vulgaire, un imposteur. Cette panique de devoir rendre des comptes à deux maîtres rivaux : la personne qu'il voulait être, et celle qu'il était vraiment. La vision séduisante de celui qu'il serait demain et la version rustre de son moi hérité du passé.

C'était effrayant à un point presque intolérable d'être coincé entre ces deux versions de soi.

Nathan Hill, Bien-être (2024)