Bien-être, le roman de Nathan Hill, est structuré en grandes parties, centrées à la fois sur un ou plusieurs personnages, une temporalité et une thématique (parfois annexe).
Dans la partie traitant des relations entre Jack et son père devenu complotiste, l'auteur décortique les mécanismes des réseaux sociaux.
Jamais, dans leur longue histoire d'utilisateurs Facebook, Lawrence et Jack Baker ne s'étaient à ce point engagés. Au terme de plusieurs mois de mises au point, d'apprentissage, d'autocorrection, le réseau neuronal a découvert que ce qui suscite le plus d'engagement de la part de Lawrence est la terreur. Alors, l'algorithme, dans toute la neutralité, l'automatisme et l'impartialité qui le définissent, devient une machine transformant la terreur en richesse.
Lawrence, bien sûr, ignore qu'il est exposé quotidiennement aux plus terrifiants des contenus disponibles sur internet, tout comme il ignore qu'internet est en fait un instrument génial d'optimisation du terrifiant, étant donné que le principe même de viralité, et la méthode par laquelle cette viralité s'opère, implique que les contenus les plus marquants émotionnellement, ceux qu'il est absolument impossible d'ignorer, soient identifiés, exposés et mis en avant naturellement, selon une mécanique plus ou moins imparable. Il ne comprend pas que cet endroit à première vue si sympathique, plein de photos des adorables enfants, chiens et chats de ses voisins, est peut-être la machine à générer de la peur la plus sophistiquée qui ait jamais été créée. Pour lui, c'est de l'information, c'est tout.
Et Jack ne comprend pas que, plus sa colère augmente, plus l'algorithme l'attise par les contenus qu'il lui présente, allant même parfois jusqu'à extraire des archives un contenu qu'il aurait pu manquer la première fois, un post de Lawrence datant d'il y a plusieurs semaines auquel Jack n'a pas encore réagi. L'algorithme le lui présente de nouveau, et Jack ne prend conscience du réchauffé de la chose qu'après avoir rédigé la moitié d'une réponse excédée.
Et tous les deux persistent dans cette valse, Jack incapable de comprendre pourquoi son père croit à ces sornettes, Lawrence incapable de comprendre pourquoi son fils n'y croit pas. Leur ping-pong se poursuit, si fréquent et si hargneux que lorsque survient la panique Ebola au milieu de l'année 2014, les deux Baker - Jack comme Lawrence - valent cinquante dollars chacun sur Facebook, soit un taux de croissance de 1000 % sur un an. On ne peut plus excellent, c'est indiscutable.
Bien-être, Nathan Hill (2024)