Affichage des articles dont le libellé est school. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est school. Afficher tous les articles

jeudi 9 novembre 2023

#harcelementscolaire


- Tu sais que c'est méchant, les enfants. Tu le sais, tu as déjà entendu ça?
- Je suis pas méchante.
- Alors pourquoi tu dis des choses méchantes?
- Je sais pas, peut-être parce que j'ai ça dans le sang.
- On n'imagine pas le mal qu'on peut faire quand on est jeune. On veut faire rire, on veut survivre parfois, et pour ça, on sacrifie des choses, des gens, et ça, ça reste.

La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveilléXavier Dolan (2022)

jeudi 29 juin 2023

La fille sans visage

Il se souvient d'elle, il la revoit dans un couloir du lycée Paul-Langevin, dans un temps englouti, dans un couloir où il n'ira jamais plus, portant sa robe chasuble, portant jour après jour cette même robe à pans se souvient-il, Marie-Thérèse Lyoc, la fille sans visage qu'on traîne dans sa classe pendant plusieurs années, avec qui on finit par marcher dans une rue ou prendre un bus. Un soir elle se retrouve au café avec vous parce qu'Alice Canella qui l'a prise en esclavage dit, vous faites une place pour Marie-Thérèse, alors on fait une place pour Marie-Thérèse qui n'a aucune existence, qui n'est ni brune ni blonde, ni rien.

Yasmina Reza - Hommes qui ne savent pas être aimés (2003)

mardi 2 novembre 2021

L'injonction de trop

Intéressante interview de Josselin / Taulard, parue dans le fanzine Groupie, et retranscrite sur le blog du groupe. J'en extrais une unique question/réponse.


Tu as raconté que tu étais destiné à être prof ou instit, mais que l’appel du large a été plus fort, le large de la société. Comment te sens tu dans notre société actuelle ? Il y a quelque chose de politique chez toi, mais plutôt dans le non-dit, dans l’implicite plutôt que l’explicite, est-ce que l’engagement est important pour toi ?

Je trouve la société actuelle merdique et la période actuelle particulièrement anxiogène. L'hypocrisie de ceux qui dirigent est répugnante, les gens se font traiter de collabos après avoir participé à une manifestation antiraciste contre l'islamophobie, la liberté d'expression est à géométrie variable, adulée pour justifier le racisme mais réprimée quand elle dénonce Macron et les violences policières. Rajouté à ça le Covid qui nous a isolés, c'est difficile de ne pas déprimer. Plus personnellement, et comme je le dis dans une chanson, j'ai le sentiment d'avoir été formaté, par mon éducation, par l'école ; et malgré l'envie de vivre en dehors de la société actuelle marchande et mes quelques tentatives, il m'est difficile de sortir de ce formatage et de cette injonction à réussir, à trouver un taf et à faire quelque chose de ma vie. C'est ce qui me pousse à m'inscrire à des formations dans lesquelles je me sens moyennement à l'aise, mais c'est aussi ce qui me fait détester les lundis quand je suis au chômage à la maison et que j'ai l'impression de tourner en rond. C'est un équilibre qui est difficile à trouver et j'ai encore deux, trois trucs à cerner pour l'obtenir. J'ai démissionné il y a quelques années de l'éducation nationale parce que d'une part je n'étais pas convaincu parce que je faisais, d'autre part, on me demandait de déménager en Essonne et c'était l'injonction de trop qui ne faisait aucun sens, celle de privilégier le boulot à la santé mentale, à la vie sociale, aux efforts fournis à se construire quelque part.

jeudi 13 juin 2019

Un péril plus grave encore

Levi-Strauss poursuit en remettant en cause l'approche chronologique de l'enseignement philosophique (qui consiste donc à "comprendre comment les hommes avaient peu à peu surmonté des contradictions").

J'aperçois un péril plus grave encore à confondre le progrès de la connaissance avec la complexité croissante des constructions de l'esprit. On nous invitait à pratiquer une synthèse dynamique prenant comme point de départ les théories les moins adéquates pour nous élever jusqu'aux plus subtiles ; mais en même temps (et en raison du souci historique qui obsédait tous nos maîtres), il fallait expliquer comment celles-ci étaient graduellement nées de celles-là. Au fond, il s’agissait moins de découvrir le vrai et le faux que de comprendre comment les hommes avaient peu à peu surmonté des contradictions. La philosophie n’était pas ancilla scientiarum, la servante et l’auxiliaire de l’exploration scientifique, mais une sorte de contemplation esthétique de la conscience par elle-même. On la voyait, à travers les siècles, élaborer des constructions de plus en plus légères et audacieuses, résoudre des problèmes d'équilibre ou de portée, inventer des raffinements logiques, et tout cela était d'autant plus méritoire que la perfection technique ou la cohérence interne était plus grande ; l'enseignement philosophique devenait comparable à celui d’une histoire de l'art qui proclamerait le gothique nécessairement supérieur au roman, et, dans l'ordre du premier, le flamboyant plus parfait que le primitif, mais où personne ne se demanderait ce qui est beau et ce qui ne l'est pas. Le signifiant ne se rapportait à aucun signifié, il n'y avait plus de réfèrent. Le savoir-faire remplaçait le goût de la vérité. Après des années consacrées à ces exercices, je me retrouve en tête à tête avec quelques convictions rustiques qui ne sont pas très différentes de celles de ma quinzième année. Peut-être je perçois mieux l'insuffisance de ces outils ; au moins ont-ils une valeur instrumentale qui les rend propres au service que je leur demande ; je ne suis pas en danger d’être dupe de leur complication interne, ni d’oublier leur destination pratique pour me perdre dans la contemplation de leur agencement merveilleux.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

mercredi 12 juin 2019

Thèse, antithèse, synthèse

Dissertons sur les dissertations avec Claude Lévi-Strauss (dans un passage où il explique pourquoi il a délaissé l'étude de la philosophie au profit de l'éthnographie)

Là, j'ai commencé à apprendre que tout problème, grave ou futile, peut être liquidé par l'application d'une méthode, toujours identique, qui consiste à opposer deux vues traditionnelles de la question; à introduire la première par des justifications du sens commun, puis à les détruire au moyen de la seconde; enfin à les renvoyer dos à dos grâce à une troisième qui révèle le caractère également partiel des deux autres, ramenées par des artifices de vocabulaire aux aspects complémentaires d'une même réalité : forme et fond, contenant et contenu, être et paraître, continu et discontinu, essence et existence, etc. Ces exercices deviennent vite verbaux, fondés sur un art du calembour qui prend la place de la réflexion; les assonances entre les termes, les homophonies et les ambiguïtés fournissant progressivement la matière de ces coups de théâtres spéculatifs à l'ingéniosité desquels se reconnaissent les bons travaux philosophiques.

Cinq années de Sorbonne se réduisaient à l'apprentissage de cette gymnastique dont les dangers sont pourtant manifestes. D'abord parce que le ressort de ces rétablissements est si simple qu'il n'existe pas de problème qui ne puisse être abordé de cette façon. Pour préparer le concours et cette suprême épreuve (qui consiste, après quelques heures de préparation, à traiter une question tirée au sort), mes camarades et moi nous proposions les sujets les plus extravagants. Je me faisais fort de mettre en dix minutes sur pied une conférence d'une heure, à solide charpente dialectique, sur la supériorité respective des autobus et des tramways. Non seulement la méthode fournit un passe-partout, mais elle incite à n'apercevoir dans la richesse des thèmes de réflexion qu'une forme unique, toujours semblable, à condition d'y apporter quelques correctifs élémentaires : un peu comme une musique qui se réduirait à une seule mélodie, dès qu'on a compris que celle-ci se lit tantôt en clé de sol et tantôt en clé de fa. De ce point de vue, l'enseignement philosophique exerçait l'intelligence en même temps qu'il desséchait l'esprit.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

dimanche 7 septembre 2014

I wanna go home, I don't want to stay

78 euros, c'est beaucoup trop. C'est plus raisonnable à Lyon, mais je ne pourrai vraisemblablement pas y être. Conclusion : ça n'est pas encore cette fois que je verrai Morrissey sur scène.

Des paroles de the Smiths, pour faire passer la pilule.
(si j'osais, je dirais qu'elles "tabassent")


Belligerent ghouls
run Manchester schools
spineless swines
cemented minds
Sir leads the troops
jealous of youth
same old suit since 1962
he does the military two-step
down the nape of my neck
I wanna go home
I don't want to stay
give up education
as a bad mistake
mid-week on the playing fields
Sir thwacks you on the knees
knees you in the groin
elbow in the face
bruises bigger than dinner plates
I wanna go home
I don't want to stay

Belligerent ghouls
run Manchester schools
spineless bastards all
Sir leads the troops
jealous of youth
same old jokes since 1902
he does the military two-step
down the nape of my neck
I wanna go home
I don't want to stay
give up life
as a bad mistake
please excuse me from the gym
I've got this terrible cold coming on
he grabs and devours
kicks me in the showers
and he grabs and devours
I wanna go home
I don't want to stay

the Smiths - the Headmaster Ritual
Meat is Murder (Rough Trade, 1985)