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mardi 28 janvier 2014

Le pessimisme est d'humeur ; l'optimisme est de volonté

Quelqu'un me jugeait hier en peu de mots (*) : « Optimisme incurable. » Certainement il l'entendait mal, voulant dire que je suis ainsi par nature et que j'en suis bien heureux, mais qu'enfin une bienfaisante illusion n'a jamais passé pour vérité. C'est confondre ce qui est avec ce que l'on veut faire être. Si l'on considère ce qui est de soi et sans qu'on y travaille, le pessimisme est le vrai ; car le cours des choses humaines, dès qu'on l'abandonne, va tout de suite au pire ; par exemple, qui se livre à son humeur est aussitôt malheureux et méchant. Cela est inévitable par la structure de notre corps, qui tourne tout à mal dès qu'on ne le surveille plus, dès qu'on ne le gouverne plus. Observez qu'un groupe d'enfants, faute d'un jeu réglé, en vient bientôt à la brutalité informe. [...]

Il faut dénouer ; et ce n'est pas un petit travail. Et chacun sait bien que la colère et le désespoir sont les premiers ennemis à vaincre. Il faut croire, espérer et sourire ; et avec cela travailler. Ainsi la condition humaine est telle que si on ne se donne pas comme règle des règles un optimisme invincible, aussitôt le plus noir pessimisme est le vrai.

Alain, Propos sur le bonheur (1925)

(*) ndlr : cf. article précédent

dimanche 26 janvier 2014

Ce "meilleur des mondes possibles"

Dans l'article reprenant un dialogue de la série True Detective que je publiais la semaine passée , le détective Rust Cohle se référait à la notion de "pessimisme" en philosophie.

Je saisis cette opportunité pour revenir au "Monde comme volonté et représentation" (dont j'ai déjà cité de nombreux extraits) et ainsi illustrer ce terme, qui est souvent le premier qualificatif qui vient à l'esprit, lorsqu'il est question de Schopenhauer.

Chacun qui est sorti de ses premiers rêves de jeunesse, qui considère son expérience propre et celle d’autrui, qui a promené son regard dans la vie, dans l’histoire du passé et de son époque, et enfin dans les œuvres des grands poètes, celui-là, à supposer qu'aucun préjugé profondément ancré et indélébile ne paralyse sa faculté de juger, admettra la conclusion que le monde des hommes est l'empire du hasard et de l'erreur qui y gouvernent sans pitié, à petite comme à grande échelle, épaulés par la bêtise et la méchanceté qui agitent leur fouet. C'est ce qui explique que le meilleur ne perce que péniblement, que le noble et le sage ne se manifestent que très rarement et ne trouvent guère influence ou audience, alors que l'absurde et le faux dans le domaine de la pensée, le plat et le banal dans le domaine de l'art, le méchant et le perfide dans le domaine de la conduite, continuent effectivement d'exercer leur empire, lequel n’est perturbé que par de brèves interruptions. Par contre, l'excellent en tout genre n'est toujours qu'une exception, un cas parmi des millions, et, lorsqu'il s’est déclaré dans une œuvre durable, celle-ci, après avoir survécu à l'animosité de ses contemporains, se tient isolée, conservée comme une météorite tombée d’un autre ordre de choses que celui qui domine ici-bas. [...]

Si enfin on mettait sous les yeux de chacun les douleurs et les tourments terribles auxquels sa vie est constamment exposée, il serait figé d'effroi; et si on conduisait l’optimiste le plus borné à travers les hospices, les lazarets et les salles d’opérations chirurgicales, dans les prisons, les chambres de torture et les étables à esclaves, sur les champs de bataille et aux lieux de supplice, si on lui dévoilait ensuite tous les obscurs logis où la misère se cache des regards de la froide curiosité [...], il finirait certainement par comprendre lui aussi la nature de ce meilleur des mondes possibles. Car où Dante aurait-il puisé la matière pour son Enfer sinon dans ce monde réel qui est le nôtre ? Et encore, c'est devenu un Enfer plutôt bien ordonné. Mais lorsqu'il devait s'atteler à la tâche de dépeindre le Ciel et ses joies, il était confronté à une difficulté insurmontable, car notre monde n’offre pas du tout le matériau à cette fin. [...]

Et de conclure (attention, c'est radical) :
A mon sens l'OPTIMISME, lorsqu'il n est pas le bavardage irréfléchi de ceux qui derrière leur front bas n’abritent rien d'autre que des mots, n’est pas seulement une manière de penser absurde, mais aussi véritablement INFÂME, car elle revient à railler et à mépriser les souffrances sans nom de l'humanité.

Une nouvelle fois dans ces colonnes, je me permets un rapprochement avec des dialogues entendus dans Twin Peaks :

- James, don't leave ... It's not our fault!
- It doesn't matter. Don't you see? Nothing we do matters. Nothing's ever going to change. It doesn't matter if we're happy when the rest of the world goes to hell.

La pauvre Donna n'a pas le temps de répliquer, que James a déjà enfourché sa moto, et est sorti du cadre. Bien sûr, la question qui vient à l'esprit, est celle que formule immédiatement Hart à l'endroit de son collègue dans True Detective :

Hart : So, what’s the point of getting out of bed in the morning?
Cohle: I tell myself I bear witness, but the real answer is that it’s obviously my programming. And I lack the constitution for suicide.

Pour être tout à fait complet, je cite la réponse de Schopenhauer :
Si le suicide nous en offrait réellement la possibilité, en sorte que l'alternative «être ou ne pas être» se présentait au sens le plus concret, alors il faudrait absolument le choisir, comme un dénouement éminemment désirable (a consummation devoutly to be wish’d), Mais quelque chose en nous dit qu’il n’en sera pas ainsi, que ce ne sera pas terminé, que la mort ne sera pas un anéantissement absolu.

Twin Peaks (E16), David Lynch (1990)
Arthur Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et Représentation (1819)

Que mon lectorat se rassure, après ses propos noirs et durs, un prochain article se chargera de louer l'Optimisme.

samedi 4 août 2012

Love

Sheriff Truman : Anything we should be working on?
Albert Rosenfield : Yeah. You might practice walking without dragging your knuckles on the floor. Heh heh heh.
Sheriff Truman : Albert! Let's talk about knuckles. The last time I knocked you down, I felt bad about it, the next time's gonna be a real pleasure.
Albert Rosenfield : You listen to me. While I will admit to a certain cynicism, the fact is that I am a naysayer and hatchet-man in the fight against violence. I pride myself in taking a punch and I'll gladly take another because I choose to live my life in the company of Gandhi and King. My concerns are global. I reject absolutely: revenge, aggression and retaliation. The foundation of such a method... is love. I love you Sheriff Truman.
Dale Cooper: Albert's path is a strange and difficult one.

Twin Peaks (E10), David Lynch (1990)

mardi 14 octobre 2008

A sense of belonging

Once there was confidence but now there is fear
Once there was laughter but now only tears
Once there were reasons for our optimism
But now we're all drowning in a sea of cynicism

But I hope and I pray in my own naive way
That one day we can reach some sort of understanding
Try a little more sharing
Try a little more giving
Might find a sense of belonging
Might find a sense of belonging

And I know you think I'm young and naive
Because I go on CND marches, well that's my decision
I think that you're the one who's naive
If you believe all the things you see on television
It's all propaganda and like a fool you accept it
And like a fool you ignore it
Why don't you try and stop it
To try and find a sense of belonging

I know you watch "World In Action" and "Panorama"
And to you it's just another soap opera drama, it can't happen here
Have a nice cup of tea and we'll all stay calm
And we'll come to no harm in our nice warm underground shelters
There'll be helter skelter
There'll be babies dying, you'll hear their mothers crying
I've seen the devil smiling, I've seen the devil smiling
Try to find a sense of belonging
A sense of belonging

And you laugh and make jokes about what you will do
When the button is pressed and we hear the four minute warning
And if you think it's funny now wait 'till the bomb goes off
You'll all be in fucking hysterics
You'll see babies dying, you'll hear mothers crying
I'm only asking for one thing
Just want a sense of belonging

No more weapons and no more wars
No more violence
What's it all for anyway?


the Television Personalities - Sense of Belonging
the Painted World (Fire records, 1990)
www.myspace.com/tvpersonalities