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dimanche 10 juillet 2022

Les hommes n'ont pas de morale du verbe

Premier contact fort engageant avec l'œuvre de Yasmina Reza. Du post-Céline, certes, où l'on croise des individus qui se débattent avec ce qu'ils sont, avec les autres, et avec le monde. Déjà, un roman dans lequel une personne est qualifiée d' "atrocement enjouée", ou dont le personnage principale se dit trop "pris par le temps, par d'autres affaires, par l'empêchement mental c'est-à-dire son égoïsme à vomir" semble fait pour me plaire.
Premier extrait.

Peggy Wigstrom était restée sagement tapie dans les pensées de chacun jusqu'à la route de Zurbigén où il avait suffi d'un mot malheureux pour la faire ressurgir. Mais Serge avait juré. Juré sur la tête de sa fille qu'il ne couchait pas avec Peggy Wigstrom. Elle l'avait cru. On ne jure pas sur la tête de sa propre fille si ce n'est pas vrai. Il faudrait s'interroger sur l'incessante crédulité des femmes. Depuis la nuit des temps les hommes disent n'importe quoi.

Les hommes n'ont pas de morale du verbe. Les mots ne pèsent rien. À peine prononcés ils s'envolent telles des bulles et éclatent doucement dans l'air. Qui s'en soucie? Si un problème survient on corrige avec d'autres mots qui s'envoleront également, et ainsi de suite. Jure sur la tête de Joséphine, a dit Valentina. Sur la tête de Joséphine, a répété Serge sans la moindre hésitation et peut-être même du ton de l'offensé avant de n'en pas dormir et de s'imposer je ne sais quel Golgotha purificateur. Valentina l'a cru. La soirée était sauvée et Peggy Wigstrom a retrouvé sa place dans l'ombre.

Yasmina Reza, Serge (2021)
 

jeudi 31 août 2017

Better lies

I’m not going to swear an oath I can’t uphold. [...] When enough people make false promises, words stop meaning anything. Then there are no more answers, only better and better lies, and lies won’t help us in this fight.

Game of Thrones, Dragon and the Wolf (S07E07)

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Première référence à Game of Thrones... Il faut dire que le contenu de la série ne se prête guère à repris ici. Néanmoins, il était temps! La penultième saison achevée, on touche donc à la fin de la série, avec les six derniers épisodes, attendus l'année prochaine, ou peut-être la suivante.

mardi 29 avril 2014

Ou l'amour est un bien, ou c'est un mal. Si c'est un bien, il faut croire en lui

Je voulus l’interrompre. « Laissez-moi, laissez-moi, dit-elle ; il faut qu'un jour je vous parle aussi. Voyons ; pourquoi doutez-vous de moi ? Depuis six mois, de pensée, de corps et d'âme, je n'ai appartenu qu'à vous. De quoi osez-vous me soupçonner ? Voulez-vous partir pour la Suisse ? je suis prête, vous le voyez. Est-ce un rival que vous croyez avoir ? envoyez-lui une lettre que je signerai et que vous mettrez à la poste. Que faisons-nous ? où allons-nous ? prenons un parti. Ne sommes-nous pas toujours ensemble ? Eh bien ! pourquoi me quittes-tu ? je ne peux pas être à la fois près et loin de toi. Il faudrait, dis-tu, pouvoir se fier à sa maîtresse ; c'est vrai. Ou l'amour est un bien, ou c'est un mal ; si c'est un bien, il faut croire en lui ; si c’est un mal, il faut s'en guérir. Tout cela, vois-tu, c'est un jeu que nous jouons ; mais notre cœur et notre vie servent d'enjeu, et c'est horrible. Veux-tu mourir ? ce sera plus tôt fait. Qui suis-je donc pour qu’on doute de moi ? »

Alfred de Musset, La Confession d'un Amant du Siècle (1836)

(je ne saurais mieux dire)

mercredi 5 mars 2014

Ne plus te croire

"Ce n'est pas ton mensonge qui me bouleverse, mais de ne plus te croire."

Nietzsche, Par-delà bien et mal (1886)

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Je souscris totalement à cette maxime de Nietzsche, et sans doute que toute personne mettant la "confiance" au premier plan d'une relation en ferait de même.
Car si la confiance a été entamée, si elle n'est pas complète, c'est donc que je ne peux plus porter entier crédit à la parole de l'autre.

Ne soyons cependant pas butés : rien n'est définitif, et le temps peut bien sûr effacer certains accrocs. Plus pernicieux sont les petits "mensonges" réguliers.
J'ai connu deux personnes systématiquement en retard. Conscientes de ce trait apparemment insurmontable et du désagrément récurrent qu'il engendrait, l'une conseillait de lui communiquer une heure de rendez-vous avancée (donc fausse), et l'autre d'arriver plus tard que convenu.
Sur le plan pratique, rien de bien différent, sur le plan dialectique, celà revenait donc à mentir sciemment ou à feindre d'acquiescer.
En de fréquentes occasions.
Solution que je me refusais d'adopter, en vertu de la maxime ci-dessus.
Et parce qu'il me semblait qu'alors, le statut de "bonnes connaissances" était pleinement indiqué.
(bonne connaissance => 0 attente envers l'autre... ce qui est bien aussi, hein)

Anybref...

Avant de citer des passages plus longs de "Par-delà bien et mal", j'avais aussi relevé la phrase suivante du chapitre "Maximes et Interludes" :
(Rien à voir avec ce qui précède)

La démence est rare chez les individus, elle est la règle en revanche dans un petit groupe, un parti, un peuple, une époque