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mardi 25 avril 2017

Une idée du vide

Il resta assis en compagnie de Gage et de Bryam et s'appliqua à regarder la télévision. En quelques minutes il avait complètement perdu le fil du programme - une histoire d'amour, il présumait - confusément entrelardé toutes les deux minutes d'annonces publicitaires. Plus troublant encore, les mêmes personnes - ou d'étonnants sosies - paraissaient interpréter le tout. Savons en paillettes, shampooing, nourriture pour chien, puis le jeune couple se rencontrait dans un bar, ils paraissaient heureux. Ils étaient rejoints par de jeunes amis heureux... mais ceci se révélait une réclame prolongée pour de la bière. Henderson se demanda éperdument si la jeune femme et le chien avaient aussi fait partie d'une pub. Il essaya de se rappeler le résultat de l'épisode dont il avait été témoin : était-elle heureuse ou triste pendant sa promenade dans les bois avec son ami canin ? Soudain, un gros type assis sur le capot d'une voiture se mit a énumérer de fantastiques garanties. Henderson fut pris de tournis. Il crut réapercevoir les jeunes amoureux mais ils vendaient toujours de la bière. Finalement il vit le générique se dérouler et il comprit que, quoi que cela eût été. c'était terminé. Il espéra qu'ils étaient heureux. Épuisé, il se renfonça sur son siège, le front vaguement douloureux d'avoir tant froncé les sourcils.

William Boyd, La croix et la bannière (1984)

mercredi 12 octobre 2016

C'est l'ennui

Leader du Klub des Loosers, membre à ses heures perdues du Klub des 7, rappeur versaillais, un poil misanthrope si l'on en juge par ses textes, Fuzati est le roi de la punch line noire ('N'y a t-il que dans les crématoriums qu'on trouve de la chaleur humaine ?").
Son premier album contenait le single fondateur "Sous le signe du V".
On recommandera également chaleureusement de consulter son compte twitter.


Dès sa naissance un Versaillais sait qu'il se devra d'aller très loin
Déjà pour se rendre à la capitale il est obligé de prendre le train
J'ai grandi dans cette ville construite autour d'une petite cabane de chasse
Où le poids de l'histoire te rappelle qu'il faut que tu t'effaces
Afin de rentrer dans un rang d'enfants tous très sympas
Dont les principaux passe-temps sont le scoutisme et le bénévolat
Le carcan social est lourd, tout comme "la masturbation rend sourd"
C'est ce qu'ils me répétaient au catéchisme après les cours
Jamais un Versaillais ne sera capable de faire de mal à une mouche
C'est impossible puisqu'au fond de lui il respecte bien trop la vie
Moi c'est en grandissant à leurs côtés que je suis devenu
Un fervent défenseur en faveur de l'avortement ainsi que de l'euthanasie
Pour savoir à quoi ressemble une ville de province dans les années soixante
Il n'y a pas besoin d'inventer de machine à remonter dans le passé
En partant de Paris il suffit de prendre le bon RER C
Je suis inquiet, toutes les rues d'ici semblent avoir une maladie
Je ne suis pas docteur ès villes mais je crois bien que c'est l'ennui


Nés sous le signe du V


Peut-être que ma ville n'est pas Hip-Hop
Mais il y a quand même plusieurs taggeurs
Le plus présent est sans nul doute celui qui signe partout « Vive le Roy »
Il y a aussi « La France aux Français » mais son style est nettement plus démodé
Le soir il n'y a rien à faire à part prendre des verres Place du Marché
Si les parents de François s'absentent il y aura sans doute un squat organisé
Nous y descendrons quelques packs de Kro en écoutant du rock et fumant des
[joints
Il n'y aura sûrement pas de filles mais l'alcool et la drogue c'est déjà bien
Car nous sommes des rebelles sans causes depuis que l'argent nous les a
[enlevées
Certains vivent même dans des camions et font de la Techno dans la forêt
Et chaque jeune a dans son placard un T-shirt à l'effigie du Che
Même si la plupart sont incapable de pouvoir expliquer qui il est
Enfermés dans leurs chambres Jean-Benoît et Nicolas écoutent les Pink Floyd
En rêvant de fonder un groupe de rock pour pouvoir vivre de leur musique
Mais perdus entre les 3 Avenues ils entendent la ville leur chuchoter
Qu'un vrai métier c'est architecte ou professeur de mathématiques


Nés sous le signe du V


Tous sont persuadés de faire partie d'une élite éduquée
Alors que tous se piquent leur place dans la queue de la boulangerie ou du
[marché
Je ne connais pas d'autre endroit où à 40 ans les femmes portent encore le
[serre-tête en velours
Attendent un douzième enfant et vont se confesser tous les jours
C'est d'ailleurs ici que plein de jeunes ont rencontré Notre Seigneur Jésus
J'ai beau arpenter les rues, pas de chance je ne l'ai jamais vu
Marie-Charlotte aimerait me faire croire qu'elle a quelques amis basanés
Mais ce ne sont que Pierre et Louis qui rentrent bronzés de l'Ile de Ré
Dans la bibliothèque municipale le temps semble soudain s'être arrêté
Ce qui n'empêche personne de réviser pour Sciences-Po ou HEC
Ici bizarrement il y a des choses dont on ne parle pas
Comme du nombre de jeunes qui chaque année se suicident en classe prépa
Ils pourront dire tout ce qu'ils veulent sur le 11 Septembre et ses évènements
Pour moi ce ne sont que des Versaillais voulant capter l'attention de leurs
[parents
Je pourrais partir vingt ans à mon retour rien n'aurait changé
Quoi qu'il advienne je porte en moi d'être né sous le signe du V

Klub des Loosers, Sous le signe du V
Vive La Vie (Recordsmaker, 2004)

lundi 5 janvier 2015

Booooring [MRW]

Confinés un temps aux milieux geeks et aux obscurs forums de l'internet, les reaction gifs sont maintenant passés dans la culture populaire, à tel point que Canal ou Netflix y ont eu recours dans le cadre de récentes campagnes publicitaires (Source: moi, sur les écrans de publicité disposés dans les couloirs du métro parisien, au moment du lancement de Netflix).

Je me plais parfois à imaginer que, pour exprimer un sentiment ou un état d'esprit, il devienne commun de citer par analogie un passage de roman (aux dépens d'une certaine immédiateté, j'en conviens).

Je poursuis donc mes articles consacrés au Procès de Kafka, par ce passage dans lequel K. subit une conversation des plus ennuyeuses.

K. avait bien suivi au début le discours de l’industriel ; l’importance de l’affaire lui était bien apparue et l’idée avait bien absorbé son attention, mais hélas ! pour fort peu de temps ; il n’avait pas tardé à cesser d’écouter pour opiner simplement du bonnet à chaque exclamation de l’autre, puis il n’avait même plus fait ce geste et s’était borné à regarder le tête chauve qui se penchait sur les papiers ; il se demandait à quel moment cet homme finirait par s’apercevoir qu’il parlait dans le désert. Aussi, quand l’autre se tut, K. crut-il réellement qu’il ne le faisait que pour lui permettre de reconnaître qu’il était incapable d’écouter. Mais il remarqua, avec regret, au regard attentif de l’industriel – visiblement prêt à toutes les réponses – qu’il fallait continuer l’entretien. Il inclina donc la tête comme s’il avait reçu un ordre et se mit à promener lentement son crayon sur les papiers en s’arrêtant de temps à autre pour pointer un chiffre quelconque. L’industriel pressentait des objections ; peut-être ses chiffres n’étaient-ils pas exacts, peut-être n’étaient-ils pas probants, en tout cas il recouvrit les papiers de la main et reprit un exposé général de l’affaire en s’approchant tout près de K.

« C’est difficile », dit K. en faisant la moue.

N’ayant plus rien où se raccrocher du moment que les papiers étaient cachés maintenant, il se laissa tomber sans forces contre le bras de son fauteuil.

Franz Kafka, Le procès (1925)

lundi 13 juin 2011

Travail et Ennui

42. Chercher un travail pour le gain, c’est maintenant un souci commun à presque tous les habitants des pays de civilisation ; le travail leur est un moyen, il a cessé d’être un but en lui-même ; aussi sont-ils peu difficiles dans leur choix pourvu qu'ils aient gros bénéfice. Mais il est des natures plus rares qui aiment mieux périr que travailler sans joie ; des difficiles, des gens qui ne se contentent pas de peu et qu'un gain abondant ne satisfera pas s’ils ne voient pas le gain des gains dans le travail même. Les artistes et les contemplatifs de toute espèce font partie de cette rare catégorie humaine, mais aussi ces oisifs qui passent leur existence à chasser ou à voyager, à s’occuper de galants commerces ou à courir les aventures. Ils cherchent tous le travail et la peine dans la mesure où travail et peine peuvent être liés au plaisir, et, s’il le faut, le plus dur travail, la pire peine. Mais, sortis de là, ils sont d’une paresse décidée, même si cette paresse doit entraîner la ruine, le déshonneur, les dangers de mort ou de maladie. Ils craignent moins l’ennui qu'un travail sans plaisir : il faut même qu’ils s’ennuient beaucoup pour que leur travail réussisse. Pour le penseur et l’esprit inventif l’ennui est ce « calme plat » de l’âme, ce désagréable « calme plat » qui précède la croisière heureuse, les vents joyeux ; il faut qu'il supporte ce calme, en attende l’effet à part lui. C’est là précisément ce que les moindres natures ne peuvent pas obtenir d’elles ! Chasser l’ennui à tout prix est vulgaire, comme de travailler sans plaisir.

Friedrich Nietzsche, Le gai savoir (1882)

mercredi 10 novembre 2010

vous traversez l'existence comme s'il s'agissait d'un nuage

Vous ne sentez rien, vous ne pensez rien, vous vivez en somnanbule, vous avez l'impression d'être libre, d'être seule, d'être au-dessus du lot, d'être à la pointe, d'être insensible, d'être détachée, de vous tenir éloignée, vous mangez, vous dormez, vous étudiez, vous êtes calme, vous êtes posée, vous êtes sensée, vous ne parlez pas, vous ne pleurez pas, vous ne souffrez pas, vous ne menacez pas, vous ne vous mettez pas en colère, vous vous préparez à une intégration facile et sans douleur dans le monde des adultes. Vous apprenez lentement qu'on ne peut être ensemble et séparés.

[...]

Vous ne bronchez pas, vous ne soufflez pas, vous ne râlez pas, vous lisez, vous écrivez, vous remplissez des copies, vous passez des examens et des concours, vous étudiez sans effort, vous êtes à côté, derrière, sur le bord, vous êtes vagues, vous êtes légère, vous êtes insaisissable, vous êtes nonchalante, vous traversez l'existence comme s'il s'agissait d'un nuage, d'une fine buée, d'une matière cotonneuse et sans résistance, vous vivez en somnanbule, vous êtes anesthésiée, vous êtes endormie, vous êtes assommée, rien ne peut vous réveiller. Vous apprenez qu'on ne peut être ensemble et séparés. Vous vous absentez.

[...]

Vous découvrez que, contrairement à ce que vous disent les spécialistes des animaux en captivitié, l'ennui n'est pas pire que la mort. Il en constitue la forme lente, la lente mesure d'un temps qu'on ne sait utiliser parce qu'on n'a pas appris à penser par soi-même, à agir par soi-même, à sentir par soi-même, à vivre par soi-même. On s'ennuie de ne pas être indépendant et de ne voir devant soi aucune moyen de le devenir. En captivité, l'imagination s'épuise.

Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)

Ce sera le dernier extrait que je citerai ici.
La suite, dans le livre!

jeudi 28 octobre 2010

liberté perdue (2)



Dans la nature, les animaux n'ont pas le temps de s'ennuyer. Ne pas mourir, se défendre, se cacher, se protéger et se nourrir exige une grande vigilance, de la promptitude, de la ruse, un sens de la prévision, toutes sortes de qualités que les animaux doivent déployer dès leur plus jeune âge et qui occupent entièrement leurs journées. Mais en captivité, l'éventail des activités possibles se réduit de manière drastique. Un ours qui passe habituellement huit heures par jour à chercher sa nourriture mettra dix minutes à finir sa gamelle. Le reste du temps, il n'a rien à faire, sa cage est ronde alors il tourne en rond, il prend des gestes stéréotypés, il s'ennuie, si on ne veut pas qu'il dépérisse, il faut lui trouver quelque chose à faire.

[...] Le jeudi après-midi, plus encore que les autres jours, vous vous ennuyez. L'ennui est pire que tout, pire que la mort.

Dans la nature, le bien-être coïncide avec un éphémère moment de satisfaction qui pourrait ressembler, si on cherchait à trouver des équivalents humains pour le qualifier, à la réalisation provisoire d'un objectif, conserver sa propre vie. Mais dans un zoo, les objectifs manquent. Tout captif doit, pour survivre à l'absurdité de son existence, s'inventer des objectifs précis et dépenser toute son énergie à leur réalisation. Il est important, dans cette perspective, qu'il se fixe des buts extrêmements difficiles mais pas impossibles à atteindre. La conservation du captif dans un état physique et moral satisfaisant est fonction de sa capacité à se projeter dans l'avenir.

Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)

Olivia Rosenthal sera dans l'invitée de Livres et Vous, l'émission littéraire de Radio Campus Paris, Samedi, à 19h
(comme quoi, le monde est bien fait)

mardi 15 juin 2010

vous me détestez parce que vous êtes tous morts...

...phrase prononcée par Dominique (Brigitte Bardot), 20 ans, s'adressant au jury de la Cour d'Assise, dans ce film de Clouzot.
Elle y incarne l'opposition à la société d'ordre gaullienne.


"Dominique ne croyait plus à la morale hypocrite de nos parents, au fond c'est cela qu'on lui reproche. (...) Elle devrait être jugée par des jeunes (...) nous pensons autrement, c'est tout."

La Vérité, Henri-Georges Clouzot (1960)

mercredi 28 avril 2010

un vide plein de promesses

Au fil des heures, des jours, des semaines, des saisons, tu te déprends de tout, tu te détaches de tout. Tu découvres, avec presque, parfois, une sorte d'ivresse, que tu es libre, que rien ne te pèse, ne te plaît, ni ne te deplaît. Tu trouves, dans cette vie sans usure et sans autre frémissement que ces instants suspendus que te procurent les cartes ou certains bruits, certains spectacles que tu te donnes, un bonheur presque parfait, fascinant, parfois gonflé d'émotions nouvelles. Tu connais un repos total, tu es, à chaque instant, épargné, protégé. Tu vis dans une bienheureuse parenthèse, dans un vide plein de promesses et dont tu n'attends rien. Tu es invisible, limpide, transparent. Tu n'existes plus: suite des heures, suite des jours, le passage des saisons, l'écoulement du temps, tu survis, sans gaieté et sans tristesse, sans avenir et sans passé, comme ça, simplement, évidemment, comme une goutte d'eau qui perle au robinet d'un poste d'eau sur un palier, comme six chaussettes trempées dans une bassine de matière plastique rose, comme une mouche ou comme une huître, comme une vache, comme un escargot, comme un enfant ou comme un vieilliard, comme un rat.

George Perec
, Un homme qui dort (1967)

Deuxième extrait du roman de Pérec, c'est le passage clef, dans lequel l'expérience de l'indifférence absolue arrive à son paroxysme, et s'apprête à révéler ces effets nuisibles.

mercredi 21 avril 2010

Le sentiment de ton existence se met à te faire défaut

En février dernier, Arnaud Fleurent-Didier se voyait confié, par Trois Couleurs, la programmation de cinq soirées cinéma au MK2 Quai-de-Seine. Chacune d'elle était précédée d'un mini-concert (avec un ou plusieurs invités).
Si j'ai choisi celle du 15 février, c'est parce que je comptais bien y voir Katerine (finalement retenu).
En réalité, le bénéfice de cette soirée aura vraiment été le film projeté ce soir-là, plus que les deux trois morceaux d'AFD, dont "France Culture" chantée en espagnol par un pote à lui, c'est malin.

Le film, c'était "Un homme qui dort" de Perec. A mesure qu'il avançait, je me suis rendu compte qu'ilm était tiré de ce livre entamé quelques années plus tôt, que je n'avais jamais terminé, rebuté par un style trop monocorde.

Or c'est là un texte marquant, dans lequel le personnage central passe lentement et de manière imperceptible d'un état pyschologique à un autre, en se détachant de plus en plus du monde extérieur qui l'entoure, jusqu'à atteindre une indifférence absolue.
D'abord synonyme de plénitude, elle s'avèrera vite destructrice.


Le film met en image le texte de Perec, lu par Ludmila Mikaël. La progression du personnage est donc soulignée par les variations d'intonations de la narratrice, tandis que la lecture du livre nécessite une attention particulière, ou peut-être simplement la clef que je viens de donner.

Extrait n°1:

Quelque chose se cassait, quelque chose s'est cassé. Tu ne te sens plus - comment dire? - soutenu: quelque chose qui, te semblait-il, te semble-t-il, t'a jusqu'alors réconforté, t'a tenu chaud au coeur, le sentiment de ton existence, de ton importance presque, l'impression d'adhérer, de baigner dans le monde, se met à te faire défaut.
Tu n'es pourtant pas de ceux qui passent leurs heures de veille à se demander s'ils existent, et pouquoi, d'où ils viennent, ce qu'ils sont, où ils vont. Tu ne t'es jamais sérieusement interrogé sur la priorité de l'oeuf ou de la poule. Les inquiétudes métaphysiques n'ont pas notablement buriné les traits de ton noble visage. Mais, rien ne reste de cette trajectoire en flèche, de ce mouvement en avant où tu as été, de tout temps, invité à reconnaître ta vie, c'est-à-dire son sens, sa vérité, sa tension : un passé riche d'expériences fécondes, de leçons bien retenues, de radieux souvenirs d'enfance, d'éclatants bonheurs champêtres, de vivifiants vents du large, un présent dense, compact, ramassé comme un ressort, un avenir généreux, verdoyant, aéré. Ton passé, ton présent, ton avenir se confondent: ce sont la seule lourdeur de tes membres, ta migraine insidieuse, ta lassitude, la chaleur, l'amertume et la tiédeur du Nescafé.

George Perec, Un homme qui dort (1967)

mardi 31 mars 2009

Il se trouve que l'ennui me convient

Il se trouve que l'ennui me convient,
Le temps presque s'arrête quand on le retient.

Au ralenti près des hommes qui travaillent,
Je me plais à les laisser faire mille choses.
Là, je traîne au milieu de nulle part,
Ici, je promène mon esprit ailleurs.
Rien ne m'arrête dans mon immobilité,
Je n'ai aucune limite puisque je ne désire rien

Il se trouve que l'ennui me convient,
Le temps presque s'arrête quand on le retient.

Le Coq - L'Ennui me Convient
d'Arragon (Arbouse, 2009)
www.myspace.com/lecoqmusic

samedi 21 février 2009

sous le signe du V

Chacun sa banlieue...

Dès sa naissance un versaillais sait qu'il se devra d'aller très loin. Déjà pour se rendre à la capitale, il est obligé de prendre le train. J'ai grandi dans cette ville construite autours d'une petite cabane de chasse / où le poids de l'histoire te rappelle qu'il faut que tu t'effaces /afin de rentrer dans un rang d'enfants tous très sympas / dont les principaux passe-temps sont le scoutisme et le bénévolat. Le carcan social est lourd, tout comme la masturbation rend sourd. (C'est ce qu'ils me répétaient au catéchisme après les cours)



Jamais un versaillais ne sera capable de faire de mal à une mouche / C'est impossible puisque au fond de lui il respecte bien trop la vie. Moi c'est en grandissant à leurs côtés que je suis devenu /un fervent défenseur en faveur de l'avortement ainsi que de l'euthanasie. Pour savoir à quoi ressemble une ville de province dans les années '60 / il n'y a pas besoin d'inventer de machine à remonter dans le passé / En partant de Paris il suffit de prendre le bon RER C. Je suis inquiet, toutes les rues d'ici semblent avoir une maladie / je ne suis pas docteur ès ville mais je crois bien que c'est l'ennui.

Né sous le signe du V

Peut-être que ma ville n'est pas Hip-Hop mais il y a quand même plusieurs taggers. Le plus présent et sans nul doute celui qui signe partout " Vive le Roi ". Il y a aussi " La France aux français " mais son style est nettement plus démodé. Le soir il n'y a rien à faire à part prendre des verres Place du Marché. Si les parents de François s'absentent il y aura sans doute un squat organisé. Nous y descendrons quelques packs de Kro en écoutant du rock et fumant des joints. Il n'y aura sûrement pas de filles mais l'alcool et la drogue c'est déjà bien. Car nous sommes des rebelles sans causes depuis que l'argent nous les a enlevées. Certains vivent même dans des camions et font de la Techno dans la forêt. Et chaque jeune a dans son placard un T-shirt à l'effigie du Che / même si la plupart sont incapables de pouvoir expliquer qui il est. Enfermés dans leurs chambres Jean-Benoît et Nicolas écoutent les Pink Floyd / en rêvant de fonder un groupe de rock pour pouvoir vivre de leur musique. Mais perdus entre les 3 Avenues, ils entendent la ville leur chuchoter / qu'un vrai métier c'est Architecte ou Professeur de Mathématiques.

Né sous le signe du V

Tous sont persuadés de faire partie d'une élite éduquée / alors que tous se piquent leur place dans la queue de la Boulangerie ou du Marché. Je ne connais pas d'autre endroit où à 40 ans les femmes portent encore le serre-tête en velours. Attendent un douzième enfant et vont se confesser tous les jours. C'est d'ailleurs ici que plein de jeunes ont rencontré notre Seigneur Jésus. J''ai beau arpenter les rues, pas de chance, je ne l'ai jamais vu. Marie-Charlotte aimerait me faire croire qu'elle a quelques amis basanés / mais ce ne sont que Pierre et Louis qui rentrent bronzés de l'Ile de Ré. Dans la Bibliothèque Municipale le temps semble soudain s'être arrêté / ce qui n'empêche personne de réviser pour Sciences- Po ou HEC. Ici bizarrement il y a des choses dont on ne parle pas / comme du nombre de jeunes qui chaque année se suicident en Classe Prépa. Ils pourront dire tout ce qu'ils veulent sur le 11 Septembre et ses évènements /pour moi, ce ne sont que des versaillais voulant capter l'attention de leurs parents. Je pourrais partir 20 ans, à mon retour rien n'aurait changé.

Quoi qu'il advienne, je porte en moi d'être né sous le signe du V.


Klub des Loosers - Sous le signe du V
Vive la vie (Record makers, 2004)
www.myspace.com/klubdesloosers

Klub des 7 (feat. Fuzati, Detect, Fredy K, Le Jouage, James Delleck)
Nouvel album en avril 2009
www.myspace.com/leklubdes7