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mercredi 3 octobre 2012

La contradiction officielle (en fait, l'unité réelle)

C’est la lutte de pouvoirs qui se sont constitués pour la gestion du même système socio-économique, qui se déploie comme la contradiction officielle, appartenant en fait à l’unité réelle ; ceci à l’échelle mondiale aussi bien qu’à l’intérieur de chaque nation.

Guy Debord, la Société du Spectacle (1967)

Je me rappelle que je lisais ce livre peu avant le déroulement des élections présidentielles. Cette phrase trouvait nécessairement un écho particulier en cette période. On se gardera cependant d'en profiter pour railler l'UMPS (terminologie qu'emploie le FN). Je préfère la rapprocher de cette citaton d'Albert Einstein, que reprenait un leader des "indignés" espagnols dans une interview au Monde :

"On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré."

Toute la difficulté étant donc de s'abstraire de ces modes de pensée.
En guise d'illustration, vous pouvez lire :

samedi 22 septembre 2012

Une fabrication ininterrompue de pseudo besoins

La victoire de l'économie autonome doit être en même temps sa perte. Les forces qu'elle a déchaînées suppriment la nécessité économique qui a été la base immuable des sociétés anciennes. Quand elle la remplace par la nécessité du développement économique infini, elle ne peut que remplacer la satisfaction des premiers besoins humains sommairement reconnus, par une fabrication ininterrompue de pseudo besoins qui se ramènent au seul pseudo besoin du maintien de son règne. Mais l’économie autonome se sépare à jamais du besoin profond dans la mesure même où elle sort de l’inconscient social qui dépendait d’elle sans le savoir. « Tout ce qui est conscient s’use. Ce qui est inconscient reste inaltérable. Mais une fois délivré, ne tombe-t-il pas en ruine à son tour ? » (Freud.)

Guy Debord, la Société du Spectacle (1967)

jeudi 13 septembre 2012

Le reniement achevé de l’homme

Alors que dans la phase primitive de l’accumulation capitaliste «l’économie politique ne voit dans le prolétaire que l’ouvrier», qui doit recevoir le minimum indispensable pour la conservation de sa force de travail, sans jamais le considérer « dans ses loisirs, dans son humanité », cette position des idées de la classe dominante se renverse aussitôt que le degré d’abondance atteint dans la production des marchandises exige un surplus de collaboration de l’ouvrier. Cet ouvrier soudain lavé du mépris total qui lui est clairement signifié par toutes les modalités d’organisation et surveillance de la production, se retrouve chaque jour en dehors de celle-ci apparemment traité comme une grande personne, avec une politesse empressée, sous le déguisement du consommateur. Alors, l’humanisme de la marchandise prend en charge « les loisirs et l’humanité » du travailleur, tout simplement parce que l’économie politique peut et doit maintenant dominer ces sphères en tant qu’économie politique. Ainsi « le reniement achevé de l’homme » a pris en charge la totalité de l’existence humaine.

Guy Debord, la Société du Spectacle (1967)

lundi 3 septembre 2012

De la survie augmentée

Debord toujours... Je vais me garder d'introduire ou résumer le contenu de cet extrait, puisque je ne ferais que paraphraser un texte clair, dans lequel chaque phrase est nécessaire et exprime son idée. A lire et relire, pour ceux qui se sont déjà arrêtés pour se demander :
"Au fond, pourquoi, ou plutôt, d'où vient le fait que je travaille?"

Le développement des forces productives a été l’histoire réelle inconsciente qui a construit et modifié les conditions d’existence des groupes humains en tant que conditions de survie, et élargissement de ces conditions : la base économique de toutes leurs entreprises. Le secteur de la marchandise a été, à l’intérieur d’une économie naturelle, la constitution d’un surplus de la survie. La production des marchandises, qui implique l’échange de produits variés entre des producteurs indépendants, a pu rester longtemps artisanale, contenue dans une fonction économique marginale où sa vérité quantitative est encore masquée. Cependant, là où elle a rencontré les conditions sociales du grand commerce et de l’accumulation des capitaux, elle a saisi la domination totale de l’économie. L’économie tout entière est alors devenue ce que la marchandise s’était montrée être au cours de cette conquête : un processus de développement quantitatif. Ce déploiement incessant de la puissance économique sous la forme de la marchandise, qui a transfiguré le travail humain en travail-marchandise, en salariat, aboutit cumulativement à une abondance dans laquelle la question première de la survie est sans doute résolue, mais d’une manière telle qu’elle doit se retrouver toujours ; elle est chaque fois posée de nouveau à un degré supérieur. La croissance économique libère les sociétés de la pression naturelle qui exigeait leur lutte immédiate pour la survie, mais alors c’est de leur libérateur qu'elles ne sont pas libérées. L’indépendance de la marchandise s’est étendue à l’ensemble de l’économie sur laquelle elle règne. L’économie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l’économie. La pseudo-nature dans laquelle le travail humain s’est aliéné exige de poursuivre à l’infini son service, et ce service, n’étant jugé et absous que par lui-même, en fait obtient la totalité des efforts et des projets socialement licites, comme ses serviteurs. L’abondance des marchandises, c’est-à-dire du rapport marchand, ne peut être plus que la survie augmentée.

Guy Debord, la Société du Spectacle (1967)

mardi 28 août 2012

Les images dominantes du besoin

"Le spectacle est la religion de la marchandise".

C'est là une des définitions qu'on peut donner à ce terme, tel que l'emploie Guy Debord dans "la Société du Spectacle". Autant le préciser d'entrée, puisque cet essai constitué de 221 assertions n'est pas du genre pédagogique. Par ailleurs, j'ai bien senti que j'aurais été bien avisé d'avoir lu Marx avant de m'y frotter (j'avoue: j'ai la flemme).



Reste que certains passages ont une portée et une force immédiates :

L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout.



Guy Debordla Société du Spectacle (1967)