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jeudi 9 mai 2024

Que le meilleur survive

J'ai fait deux enfants. Enfin... je les ai pas vraiment faits, ils se sont faits tout seuls. Enfin... ils se sont pas vraiment fait tout seuls, on se comprend. Parfois, on est conduit pas par sa tête, pas par la raison, parfois, on est conduit par l'espèce. Par les phéromones. Par le guidon. Par l'Amour peut-être. L'Amour, c'est le piège, l'astuce, le vertige qu'a trouvé l'espèce pour qu'on soit toujours là, à se reproduire quand même. À travers et malgré l'absurde, à travers et malgré l'immensité de la saloperie humaine, à travers et malgré l'horreur de chaque fin de vie, à travers et malgré la catastrophe annoncée. Peut-être l'amour, c'est l'astuce, le piège que l'espèce a trouvé pour qu'on continue à se perpétuer.

J'ai fait deux enfants. Enfin... c'est pas vraiment moi, c'est l'Amour. C'est l'Amour dans ses débuts, c'est l'Amour dans sa fin, quand il n'y en a plus. Certains enfants sont des cadeaux "pot de départ", d'autres, des cadeaux de bienvenue, un souvenir de ce qu'un jour on s'est aimés. On fait un enfant souvenir et puis "bon courage", "longue vie", "à la prochaine", "je demanderai aux gamins un de ces jour de tes nouvelles".

Peut-être qu'on fait des enfants pour ne jamais, jamais, jamais se retrouver à écrire des chansons aussi tristes que Kinou. Nino Ferrer, le rigolo a écrit les chansons les plus tristes de la Terre : le "jardin des statues où court l'enfant qu'on n'a pas eu". La deuxième chanson la plus triste de toute la chanson française. Tu m'étonnes qu'on se tire un coup de fusil tranquille quand on est capable d'écrire ce genre de tristesse infinie, et la maison près de la fontaine, et la rua madureira, et chanson pour Nathalie.  Je l'ai vu en concert ,Nino Ferrer, à Lyon en 1993, complètement dégoûté par son public à la con qui ne voulait entendre que Le téléphon.

J'ai fait deux enfants et maintenant le rapport du GIEC me dit qu'il reste trois ans à la Terre entière pour freiner à fond, "inverser la courbe" comme ils disent, repartir en arrière, redresser l'espace-temps. Trois ans pour faire tourner la Terre en arrière sur elle-même, comme Superman pour Lois Lane, autant dire, quoi... suicide direct! Il reste trois ans. Je ne vois plus qu'une dictature mondiale éclairée pour tenter de nous sauver. Je suis candidat, évidemment, bien sûr. Pourquoi pas ? Il faut bien que quelqu'un se sacrifie. Sinon, on s'en sortira pas.

J'ai fait deux enfants. C'est comme si je les avais lancés dans la fin du monde en plein dans Je suis une légende, L'armée des 12 singes, La guerre des mondes, World War Z, mélangés dans un seul film très pourri.

J'ai fait deux enfants. Et la plus grande probabilité, c'est qu'il survivent comme dans le bouquin La route de Cormac McCarthy.

J'ai fait deux enfants. Et je vois de très loin la mort arriver, mais très vite, à la vitesse d'un cheval supersonique. Qu'est-ce que je vais leur dire ? "Au revoir les enfants, adieu, courage, bonne chance mes poussins pour la guerre mondiale thermonucléaire. Go, go, go, que le meilleur survive! Évitez de vous manger l'un l'autre. Papa est désolé de vous avoir envoyés dans cette merde, pardonnez moï, je savais pas ce je faisais. C'était pas moi, c'était l'espèce qui parlait, c'était le guidon qui conduisait ".

"Souvenez-vous, quand même, si jamais.... Souvenez-vous quand même, si jamais, que papa il vous aimait."

Bruit noir - deux enfants
IV / III (2023)

dimanche 15 mai 2022

It's sad but it's true

 Je n'avais jusqu'alors jamais réussi à regarder un film de Leos Carax en entier, le bouche-à-oreille et l'affiche d'Annette (Adam Driver + the Sparks) auront suffi à rompre la malédiction... tout en confirmant que je n'ai décidément pas d'atomes crochus avec ce réalisateur (surtout s'il décide de teinter son film d'un vert moche). Bien sûr, la destinée de Henry McHenry, Ann et Annette touche, avec pour point d'orgue cette dernière scène/chanson, et la dureté de ses paroles.
 
[Henry:]
I'll sing these words to you
I hope they will ring true
They're not some magic chimes
To cover up my crimes
Annette, of this I'm sure
Imagination's strong
And reason's song
Is weak and thin
We don't have long

I stood upon a cliff
A deep abyss below
Compelled to look, I tried
To fight it off, God knows I tried
This horrid urge to look below
But half-horrified
And half-relieved
I cast my eyes
Toward the abyss, the dark abyss
I heard a ringing in my ears
I knew my death knell's ugly sound
The overbearing urge to gaze
Into the deep abyss, the haze
So strong the yearning for the fall
Imagination's strong
And reason's song
Is weak and thin
We don't have long

[Annette:]
I'll never sing again!
Shunning all lights at night
I'll never sing again!
Smashing every lamp I see
I'll never sing again!
Living in full darkness
I'll never sing again!
A vampire forever!

Annette! No! No, no!
Annette, Annette, no

I sang these words to you
Can I forgive what you have done?
I hope that they'd ring true
And will I ever forgive Mom?

Imagination is so strong
Her deadly poison I became
And reason's song is never strong
Merely a child to exploit!

Imagination is so strong
Forgive you both?
And reason's song
Forget you both?
So faint and shrill
To take that oath?
I stood above the deep abyss
To take that oath?


Why should I now forgive?
Why should I now forget?
I can never forgive!
I can never forget!
Both of you were using me for your own ends
For your own ends
Not an ounce of shame
The two of you, you're both to blame
I wish that both of you were gone
Wish you were gone!
No don't blame Ann!
Wish you were gone!
Annette that's wrong
Wish you were gone!
No don't blame Ann!
Both of you gone!


But is forgiveness the sole way
This horrid urge to look below
When all has gone so far astray
God knows I tried, to fight it off
To extract the poison from one's heart
Half-horrified, and half-relieved
And from one's soul, I can't be sure
I cast my eyes down the abyss

Forgive the two of you or not?
I take this oath
Sympathy for the dark abyss
Forgive you both?
I take this oath
Sympathy for the dark abyss
I take this oath
Forgive you both?
Or forget you both?
Don't cast your eyes down the abyss
Annette please don't
I must be strong
I must be strong!

Now, you have nothing to love
Why can't I love you?
Can't I love you?
Now, you have nothing to love
Can't I love you, Annette?
No, not really, Daddy, it's sad but it's true
Now you have nothing to love

Annette, my Annette...
Never cast your eyes down the abyss

Goodbye, Annette
Goodbye, Annette
Goodbye, Annette
Goodbye, Annette
Goodbye

Leos Carax, Annette (2021)
Sparks, Sympathy for the Abyss (2021)



vendredi 29 octobre 2021

The young girls

Tant qu'à se rendre à Glasgow, autant visiter. Petite sélection de toiles vues dans ce grand fourre-tout qu'est le musée Kelvingrove. Il faut dire qu'on y voit de tout, et qu'on peut trouver dans la même vitrine une armure de samouraï, un animal naturalisé, un maillot de foot, et du mobilier. La collection est accessible gratuitement, ce qu'il faut saluer.

On commence par Mary Cassatte et un représentant des "Glasgow boys", et on finira par la très belle palette de couleurs utilisée par Marquet pour sa vue du port d'Alger.

The Young Girls, Mary Cassatt (1885)

River Ouse, Alexander Roche (1918)

Les bords de marne, Camille Pissaro (1864)

Vue de Vintimille, Claude Monet (1884)

Le moulin de la galette, Montmartre, Vincent Van Gogh (1886)

Le port d'Alger, Gustave Marquet (1922)

jeudi 28 avril 2016

Quelque part au Vietnam (Part.1: People)

Accessoire plébiscité par les motocyclistes au Vietnam (à Hanoi, notamment) ; le masque anti-pollution, d'ailleurs décliné dans tous les coloris, motifs... et marques (fausses, évidemment) ! Ce masque fait aussi office de protection solaire pour les femmes qui souhaitent garder la peau claire (elles portent également un hoodie en coton, couvrant tête et mains, voire même - dans le sud du pays, une sur-jupe)

La classe internationale - vu et revu : se prélasser sur sa moto

Une maison ouverte, comme souvent : espaces public et privé se confondent, comme par exemple dans ce restaurant, à Quản Bạ. Thé gratuit pour tous, à toute heure (il est prêt). On voit ici les photos des enfants, les différents "prix" obtenus par la famille... hors champ, l'autel des ancêtres 

Elevé (et depecé) au grand air [*]

Marché à Đồng Văn

(*)

Sur la route vers Mèo Vạc : dès leur plus jeune âge, les enfants participent...

(**)

(**)

(*) photos C.
(**) photos Luan, guide sur Ha Giang et sa région [Contact]

vendredi 1 avril 2016

When people have kids


It’s so funny when people have kids and they're all "I used to be so focused on me and now I’m totally not." ... ...No! It’s still you! It’s half you, a mini you. You made it!

Frances HaNoah Baumbach (2012)



- -
Rien à voir, et pour l'anecdote : quelle ne fût pas ma surprise de reconnaître, parmi les convives de ce dîner, les musiciens ex-Luna Dean Wareham et Britta Philips !

jeudi 26 juin 2014

Елена

"Humiliés et offensés" était l'un des derniers grands romans de Dostoïevski qu'il me restait à lire (avec "l'Adolescent", sur lequel je vais sans doute faire l'impasse). L'histoire romancée d'un écrivain friendzoné dirait-on aujourd'hui.

Un court passage descriptif, juste pour le plaisir, concernant une petite fille (Elena / Nelly) qui sera recueillie plus tard par le personnage principal (Ivan Petrovitch).

Le lendemain matin, vers dix heures, en sortant de mon appartement [...], je me heurtai sur le seuil de la porte à ma visiteuse de la veille, la petite-fille de Smith. Elle entrait chez moi. Je ne sais pas pourquoi mais, je me souviens, je fus très content de la voir. La veille, je n’avais même pas eu le temps de l’observer, et, en plein jour, elle m’étonna encore plus. Il était d’ailleurs difficile de trouver une créature plus étrange, plus originale - du moins dans son physique. Petite, les yeux brillants, noirs, comme pas russes, des cheveux noirs d'une épaisseur terrible, hirsutes, et un regard mystérieux, muet et entêté, elle pouvait arrêter l'atten­tion de n'importe quel passant dans la rue. C'était sur­tout son regard qui vous frappait : on voyait y briller l’intelligence, et, en même temps, une sorte de méfiance soupçonneuse, voire inquisitoriale. Sa petite robe, sale et usée, à la lumière du jour, ressemblait encore plus à une loque. J'avais l’impression qu'elle était malade d’une sorte de maladie lente, obstinée et constante, qui détruisait impitoyablement son organisme. Son visage pâle et maigre avait une espèce de teinte contre nature, un jaune hâlé, bilieux. Pourtant, en général, malgré toute la monstruosité de la misère et de la maladie, elle n'était pas laide. Elle avait de jolis sourcils finement arqués, et surtout un beau front large, un peu bas, et des lèvres dessinées à merveille, avec une sorte de pli orgueilleux, téméraire, - mais pâles, quasiment blanches.

— Ah, encore toi ! m’écriai-je, mais je me disais bien que tu allais venir. Entre donc !

Elle entra, passant très lentement le seuil, comme la veille, en posant tout autour d’elle un regard méfiant.

Dostoïevski, Humiliés et offensés (1861)

dimanche 9 mars 2014

Guns without roses [Crossed Covers]

Il est temps de délester mon répertoire "Crossed Covers / update".
Je procéderai de manière progressive.

Avant de vous asséner un liste de liens, j'extrais une série constituant un article à part entière :
Des enfants... et des armes (rapprochement qu'on souhaiterait évidemment ne jamais voir)
Cet article s'inscrit dans la continuité de celui-là (Everyone who pretended to like me is gone, 2009), dans lequel on retrouvait des enfants dont l'attitude, la gestuelle ou le regard relevaient d'avantage de l'âge adulte.

J'en profite pour rappeler à l'attention de mes nouve(aux/lles) lect(eur/trice)s que toute suggestion de pochette d'album est la bienvenue !


Emperors, Stay frosty (s/r, 2012)
James, Hey Ma (Mercury, 2008)
My Tiger My Timing, Celeste (My tiger, my timing, 2012)
Battant, As I ride with no horse (Kill the DJ, 2011)

Les articles mis à jour sont répertoriés ci-après :


*
*      *

Children play in Tskhinvali,
capital of Georgia's breakaway province of South Ossetia
Picture: AP

lundi 25 novembre 2013

Poster(s) of the Week

Affiche du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, à Montreuil :



et sa variante :

dimanche 5 mai 2013

Gun Control (ou pas)

Le 29 Décembre dernier, Art Spiegelman (l'auteur de Maus) publiait sur sa page facebook cette couverture, dessinée en 1993 pour le New Yorker, accompagnée du commentaire suivant :


I did this New Yorker cover in 1993. Colombine happened in 1999, Newtown in 2012, nearly 20 years later. My wish for 2013: let Newtown be remembered as the turning point—I'm hoping that kids with guns can become ironic again.

Aux Etats-Unis, en 2013, les enfants sont toujours armés.
(CNN) -- A Kentucky mother stepped outside of her home just for a few minutes, but it was long enough for her 5-year-old son to accidentally shoot and kill his 2-year-old sister with the .22-caliber rifle he got for his birthday, state officials said.

dimanche 14 avril 2013

La vidéo du dimanche soir


"Cargo" est un court-métrage arrivé cette année en finale du festival australien Tropfest le plus grand festival de Courts-Métrage au monde.

Je vous fais pas de pitch, et vous laisse profiter de la vidéo (à regarder en plein écran, en HD et en désactivant les annotations, vous savez comment marche Youtube...) 


Cargo, Ben Howling and Yolanda Ramke (2013)

mardi 12 février 2013

The wild youth [Crossed Covers]

Aujourd'hui, c'est Mardi Gras.
Crossed Covers
(la suite de cet article, en fait)


Grouper, Dragging a Dead Deer Up a Hill (Type, 2008)
Jehst, The Dragon of an Ordinary Family (YNR, 2011)
Painting By Numbers, 2008-2009 (BLWBCK, 2012)
Daughter, the wild youth EP (s/r, 2011)
Two Gallants, The Bloom And The Blight (Fargo, 2012)

mercredi 21 décembre 2011

What's important about children

People, especially children, aren't measured by their IQ. What's important about them is whether they're good or bad... And these children are bad.

Wolf Rilla, le village des damnés (1960)

samedi 22 octobre 2011

mercredi 27 juillet 2011

la plus triste face de poulet borgne jamais rencontrée

Vous souvenez-vous de Jupiter, caniche blanc doté d'une intelligence peu commune pour un clébard?

La suite peut vous émouvoir.
Je sais, c'est moche.

Surtout raconté ainsi, et de manière annexe, dans une verte correspondance.

1. C'est en revenant de l'enterrement de ma grand-mère que je réponds à la bien singulière carte que vous m'avez envoyée, il y a trois jours. Je crois comprendre que vous êtes le fils d'une certaine personne à laquelle j'ai eu l'audace d'écrire. Cette personne a, paraît-il, déchiré mes lettres et vous, paraît-il, les avez recollées? Si je ne me trompe pas, vous seriez donc le collégien au faciès pervers et aux dents gâtées que je vis, il y a une dizaine de jours, à al guinguette au bord de l'eau, près du château d'Obonne. Je m'aperçus, d'après la minceur de votre front, que vous étiez d'une intelligence obtuse et, d'après la cernure de vos yeux, que vous étiez un solitaire. Je vois maintenant que vous joignez à ces insuffisances la suffisance du mouchard et la prétention de l'espion.
Recevez, jeune Théo, le coup de pied au cul que mérite votre crasseuse initiative et veuillez me croire toujours, de votre mère, le respectueux admirateur.
Narcense.



2. Monsieur,
Vous avez sali la porte de la villa de mon beau-père. Vous m'en rendrez raison.
Théo.
P.-S. J'espère qu'il y a eu de la rigolade à l'enterrement de votre crasseuse grand-mère.




3. Je vois qu'il n’est rien possible de vous cacher, pas même les règles d’hygiène de feu ma grand-mère. J’ajouterai que votre espérance fut réalisée ; un incident grotesque troubla l'ordre de cette cérémonie ; le chien d'un de mes oncles, s'étant approché de la fosse, perdit la patte et tomba sur le cercueil, en gémissant de façon lamentable. Plusieurs personnes rirent ; mon oncle fut de ce nombre. Je puis ajouter que ce dernier, estimant que d'une part son chien avait fait tout son devoir sur la terre et d'autre part qu'il était humain de lui épargner une rhumatisante vieillesse, le pendit après la corde où l'on tend le linge pour qu'il sèche. Pendant un quart d heure, Jupiter, caniche blanc fidèle, se balança entre un caleçon et une serviette.
Je me demande s il ne serait pas humain d'user également d'un pareil traitement a votre égard ; une jeunesse furonculeuse et dégradée vous serait ainsi épargnée. Réfléchissez-y. C'est avec sollicitude que je passerais autour de votre cou une corde de solidité éprouvée : je ne m'y reprendrais pas a deux fois. La mort vous sera douce et j'aurai la satisfaction d'avoir débarrassé Obonne d'un parfait petit salaud.
Je pense que vous devez être actuellement en vacances et ne savez pas trop comment occuper votre temps. Je ne vous donnerai à cet égard aucun conseil, préférant ne pas perdre le mien en écrivant plus longuement à la plus triste face de poulet borgne qu'il m'ait jamais été donné de rencontrer.
Je vous prie de présenter à madame votre mère mes hommages les plus respectueux,
Narcense.


etc, etc...

Raymond Queneau, Le chiendent (1933)

dimanche 28 novembre 2010

le Moi de la photo (Part.1)

Le mois de la photo s'achève, avec lui, la quasi-totalité des expositions dans les galeries participant au off. Dans cette série d'articles, je présenterai des photos faisant écho à des motifs déjà rencontrés dans ces colonnes.

Aussi, la série de photos de Christophe Beauregard appelée Devis in Disguise entre-t-elle en résonance avec les crossed covers suivantes.

En guise d'illustration, je reprends la couverture de l'album de Wolf Parade.

© Christophe Beauregard


© Christophe Beauregard

"Avec cette série, Christophe Beauregard tente de montrer comment les imaginaires de nos rejetons sont formatés par l’industrie des biens culturels. Portrait d’une jeunesse plurielle. "

La série complète est consultable ici:
http://www.christophe-beauregard.com/series.php#

lundi 22 novembre 2010

La vie m'appelle

Avec "La chaleur humaine" (2006), nous avions quitté Bertrand Betsch amoureux ("Toute ma vie dans tes bras"), apaisé ("Les gens qui s'aiment")

J'ai purgé ma peine
Que le calme revienne
Et coule dans mes veines
Comme une douce rengaine

optimiste ("O les beaux jours")

J'ai des histoires / à inventer
J'ai des cadeaux / à déballer
[...]
Fais juste un voeu / Regarde un peu
Comme nous sommes beaux
Quand nous sommes deux
Ecoute l'écho

et bientôt père ("ce ventre-là"), quoique pas tout à fait réconcilié avec lui-même :

Oh mais faites qu'il ne me ressemble pas
Oh oui faites qu'il te ressemble toi
J'espère qu'il ne sera pas
aussi timbré que moi
Oh épargnez lui ça

B. de Genève m'apprenait tantôt que Bertrand Betsch avait publié de nouveaux titres cet été. Des inédits époque "La soupe à la grimage" (1996), et "Je vais au silence" avec des morceaux composés et enregistré entre 2003 et 2010.

Deux sorties digitales qui valent assurément le coup d'être téléchargées (et rémunérées)... Avouons-le, on s'inquiète un peu ("quand le passé remonte", "rien ne sera plus comme avant", "je vais au silence", 'Berceuse pour un bébé mort").

Pour prolonger l'extrait de "Lettre d'une inconnue"; voici une chanson sur le deuil.

Toi l'enfant mort
Qui bouge encore
Toi l'enfant mort
Qui crie encore

Quand me lâcheras-tu la main
Toi suspendu à mes lèvres
Pauvre gamin
Ton front brûlant de fièvre

Toute chose connait sa fin
Toutes choses se défont
Je ne peux plus tenir ta main
Les morts un jour s'en vont

Toi l'enfant mort
Toujours pendu à mon cou
Toi l'arbre mort
quand plieras-tu genoux

Les bras tremblants
Je te rends à tes parents
Le coeur battant
Je te laisse glisser doucement

La vie m'attend
La vie m'appelle
Il y a longtemps
que je te veille

Il faudra bien se dire adieu
Tu es si vieux
Je ne suis plus de taille
à te suivre vaille que vaille

Mon pire ami
Mon meilleur ennemi
Il faut t'en retourner maintenant
Laisse-moi regarder devant

il te faudra faire sans moi
Allez, rabattons le drap
Toute chose connait sa fin
Toutes choses se défont

Je ne peux plus tenir ta main
Les morts un jour s'en vont... pour de bon

Bertrand Betsch - Philippe
Je vais au silence (3h50, 2010)
bertrandbetsch.bandcamp.com


Pour ceux qui l'ignoraient, sachez que Mendelson vient également de mettre à disposition des inédits. Un disque inégal, mais tout de même intéressant (J'ai d'ailleurs diffusé hier dans Top Tape "La vie avance comme un vieille")



Mendelson, tantôt sombre à outrance, tantôt lucide :

Le fait d'être grave ne mène pas forcément à la vérité
Le fait de penser des horreurs ne veut pas dire forcément penser

Il faut en effet toujours se rappeler cette phrase d'Alain
(in Propos sur le bonheur, 1928)

La tristesse n’est jamais ni noble, ni belle, ni utile.

mardi 16 novembre 2010

A toi qui ne m'as jamais connue

Un après-midi d'été, en route vers quelque village du Cantal, j'avais entendu des passages de cette "lettre d'une inconnue", lus par Guillaume Gallienne sur France Inter... C'aura été suffisant pour que cette nouvelle se retrouve inscrite dans ma liste des livres à lire.
Je vous livre ici les premiers mots.

Le pitch: Après une excursion de trois jour, un homme, par ailleurs romancier à la mode, rentre chez lui. Parmi le courrier reçu, il y a cette enveloppe contenant deux douzaines de pages d'une écriture agitée, sans signature ni adresse. En guise d'épigraphe:
"A toi qui ne m'as jamais connue"
Il lit.


Mon enfant est mort hier; trois jours et trois nuits j'ai lutté avec la mort pour sauver cette petite et tendre existence ; pendant quarante heures, je suis restée assise à son chevet, tandis que la grippe secouait son pauvre corps brûlant de fièvre. J'ai rafraîchi son front en feu ; j'ai tenu nuit et jour ses petites mains fébriles. Le troisième soir, j'étais à bout de forces. Mes yeux n'en pouvaient plus ; ils se fermaient d'eux mêmes à mon insu. C'est ainsi que je suis restée trois ou quatre heures endormie sur ma chaise, et, pendant ce temps, la mort a pris mon enfant [...]

Maintenant, je n'ai plus que toi au monde, que toi qui ne sait rien de moi et qui, à cette heure, joues peut-être, sans te douter de rien, ou qui t'amuses avec les hommes et les choses. Je n'ai que toi, toi qui ne m'as jamais connue et que j'ai toujours aimé.

[...] Je ne sais si je m'exprime assez clairement, peut-être ne me comprendras-tu pas? Ma tête est si lourde : mes tempes battent et bourdonnent ; mes membres me font si mal. Je crois que j'ai la fièvre ; et peut-être aussi la grippe, qui maintenant rôde de porte en porte, et cela vaudrait mieux, car, ainsi je partirais avec mon enfant, et je ne serais pas obligée de me faire violence. Souvent un voile sombre passe devant mes yeux; peut-être ne serai-je même pas capable d'achever cette lettre ; mais je veux recueillir toutes mes forces pour te parler une fois, rien que cette seule fois, ô mon bien aimé, toi qui ne m'as jamais connue. [...] C'est à toi que, pour la première fois, je dirai tout; tu connaîtras toute ma vie, qui a toujours été à toi et dont tu n'as jamais rien su.

Stefan Zweig, Lettre d'une inconnue (1927)

jeudi 22 avril 2010

Children of the Beast

Deux albums parus ces jours-ci, et reprenant dans des tons similaires le visuel classique
de la photo de déguisement...
(Pas moyen de trouver un tumblr sur le sujet, alors que ça existe forcément!)


Fang Islands, s/t (Sargent House, 2010)
the Get Up Kids, Simple Science (Vagrant, 2010)

Allez, et puisqu'Arise Therefore aime (un peu) les enfants,
deux chouettes photos vintage sur ce thème, pour accompagner ce vendredi!




[Edit: J'ajoute après coup la pochette du prochain album de Wolf Parade, rendue publique il y a quelques temps]



Wolf Parade, Expo 86 (Sub Pop, 2010)
Active Child, Curtis Lane (Beggars Banquet, 2010)
Magic Kids, Memphis (Merok, 2010)

Voir aussi les photos de Christophe Beauregard ici.

[Edit: a posteriori, j'ajoute M83 à cette sélection]

lundi 1 février 2010

Yes Darling, but is it Art?

Lors d'un précédent article de la série Crossed Covers, je publiais quatre pochettes d'albums, montrant des enfants adoptant des expressions ou poses d'ordinaire réservées aux adultes (oui, je sais, c'est spécifique).
C'était ici.

Pas moyen de retrouver depuis quel peut bien être cet album montrant un angelot, dessiné sur fond rose, accoudé à une table, un tatouage sur le biceps, en train de fumer ou boire, je ne sais plus. Quelqu'un pour m'aider?

Mais j'avais également oublié une autre pochette, que j'aime pourtant beaucoup: Celle du single de Television Personalities: "I was a mod before you was a mod" :



Impossible dès lors, de ne pas publier celles-ci :




Television Personalities - I was a mod before you was a mod (Overground, 1999)
- I Know Where Syd Barrett Live (Rough Trade, 1981)
- Yes Darling, but is it Art? (Fire records, 1995)