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vendredi 8 novembre 2024

On ne doit pas toujours pardonner

Le film "Rocco et ses frères" est éclairant, d'abord sur le contexte d'époque et cette immigration intérieure d'après-guerre, qui voient des familles du Sud pauvre de l'Italie rejoindre le Nord industriel et urbain... Ensuite pour faire comprendre à votre oncle réac' la définition de féminicide. Ce n'est pas en tant que simple "conjoint" qu'une femme est tuée, mais parce que l'homme considère qu'elle lui appartient, et que son existence ne saurait se poursuivre sans lui.

Dialogue de fin empreint de mélancolie, entre deux jeunes frères de Rocco, Ciro et Luca.

— Quand nous sommes venus à Milan, j'étais à peine plus âgé que toi, et c'est Simone qui m'a expliqué ce que Vincenzo n'a jamais compris. Il m'a expliqué que chez nous, là-bas, au pays, les hommes vivent comme des bêtes, à qui on apprend seulement deux choses, travailler et obéir. Alors que les hommes doivent vivre libres, sans être esclaves de qui que ce soit, et sans jamais oublier leur devoir. Seulement Simone a oublié tout cela, tu sais comme moi où ça l'a mené. Il a gâché sa vie, et il a amené la honte sur notre famille. Il a fait du mal à Rocco. Simone avait des racines robustes et saines. Seulement les mauvaises herbes les ont très vite étouffées. La trop grande bonté de Rocco est aussi dangereuse que la méchanceté de Simone. Rocco est un sain. Et que peut faire dans ce monde quelqu'un comme lui qui refuse de se défendre. Rocco est toujours prêt à pardonner à tous. On ne doit pas toujours pardonner.

— Si Rocco retourne au pays, moi j'irai avec lui.

 [...] Que crois tu trouver là-bas de différent ? Même chez nous la vie changera pour tous, parce que même chez nous les hommes sont en train d’apprendre que le monde doit changer. Il y en a qui disent que ce monde nouveau ne sera pas meilleur. Moi, je suis sûre du contraire et je sais que ta vie sera plus juste et plus honnête.

Luschino Visconti, Rocco et ses frères (1960)

mercredi 12 avril 2023

#allmen - Quelque chose cloche

On peut heureusement compter sur le capitaine Yohan Vivès de la police judiciaire, sensible et intelligent tel que joué par Bastien Bouillon dans "La Nuit du 12", pour redorer l'image de la police.
[Ne lisez pas ce qui suit si vous voulez ne rien savoir de ce film]


Ce qui m'a rendu dingue, c'est que tous les types qu'on a entendus auraient pu le faire. Peut-être qu'aucun d'eux n'est l'assassin. Mais ils auraient pu le faire. Je sais pas comment le dire autrement. Tous auraient pu le faire. Tous ceux qu'elle a croisés. Même ceux qui ne sont pas des salauds. Et peut-être tous les hommes qu'elle a pas croisés. Je suis peut-être fou, mais j’ai la conviction que si on ne trouve pas l’assassin, c’est parce que ce sont tous les hommes qui ont tué Clara. C’est quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes. 

La nuit du 12, Dominik Moll (2022)

mardi 15 novembre 2022

Les drames de la vie courante

"Ma mère est morte il y a dix jours."
Ce n'est pas la première phrase du roman (façon Camus), mais c'est l'entame que je choisis pour vous rapporter des extraits d'un autre roman de Yasmina Reza, son troisième : "Babylone".
Un livre absurde, drôle, triste et profond que j'aurais aimé écrire !
L'autrice rejoint ainsi les plumes dont je me réclamerais si je me lançais dans l'écriture : Raymond Queneau, Georges Perec et Pascal Garnier.

Ma mère est morte il y a dix jours. Je ne la voyais pas tellement, ça ne change pas grand-chose dans ma vie sauf que quelque part sur la terre il y avait ma mère. Hier j'ai reçu l'aide-soignante qui s'occupait d'elle les derniers temps et à qui je devais de l'argent. Une femme énorme qui m'a toujours effrayée et qui parle en soufflant. Elle avait entendu parler du drame de l'immeuble et s'est montrée avide d'en connaître les détails. Déçue par ma réserve, et tout en croquant une galette St-Michel, elle a embrayé sur l'histoire d'une boulangère de Vitrolles qui avait tué ses enfants la veille de Noël. Dans la nuit la boulangère avait empaqueté les cadeaux, les avait mis sous le sapin puis elle était allée dans la chambre de son fils et avait appuyé l'oreiller sur son visage jusqu'à ce qu'il étouffe. Ensuite elle était allée dans la chambre de sa fille et avait fait exactement la même chose. L'aide-soignante a dit, elle a empaqueté les cadeaux, elle les a mis sous l'arbre et dans la foulée elle est montée supprimer les gosses. Elle a dit, moi ce qui ne me va pas, c'est qu'on vous apprend tout ça et après silence de mort. Vous entendez l'histoire sur toutes les chaînes et après zéro, plus rien. On vous appâte et on vous ferme la porte au nez. Les guerres, les massacres, c'est trop global, a-t-elle dit en reprenant une galette, moi le global, ça ne me fait pas grand-chose. Ça ne me sort pas de moi-même. Les drames de la vie courante si. Ça remplit la journée. On en discute. On ne pense plus à ses misères. Je ne dis pas que ça console mais dans un sens si. Pourquoi elle a mis les cadeaux sous l'arbre d'après vous ? On s'entendait bien avec votre maman, qu'est-ce qu'elle était gentille cette femme !
— Oui, oui.

Yasmina Reza, Babylone (2016)

mercredi 6 avril 2022

De quoi rêvent-ils ?

Incessants cauchemars martelés
Répétitifs
Quotidiens 

Pas une sieste pas une nuit sans ces mauvais rêves de carcasses
De bêtes mortes
Qui me tombent sur la gueule
Qui m'agressent
Atrocement
Qui prennent le visage de mes proches ou de mes peurs les plus profondes 

Cauchemars sans fin sans vie sans nuit
Des réveils en sursaut
Draps inondés de sueur
Presque toutes les nuits 

Parfois je hurle
Toutes les nuits je sais que je vais emporter l'abattoir dans mes mauvais rêves
Et pourtant
A pousser mes quartiers de viande de cent kilos chacun
Je ne pense pas être le plus à plaindre 

De quoi rêvent-ils
Toutes les siestes
Toutes les nuits
Ceux qui sont aux abats
Et qui
Tous les jours que l'abattoir fait
Voient tomber des têtes de vache de l'étage supérieur
Prennent une tête par une
La calent entre des crocs d'acier sur une machine idoine
Découpent les joues les babines puis jettent les mâchoires et le reste du crâne
Huit heures par jour en tête à tête 

De quoi rêvent-ils
Ceux qui sont aux Cuirs
C'est ainsi qu'on appelle ceux qui arrachent les peaux des bêtes juste après qu'elles ont été tuées
Les peaux seront ensuite vendues à des tanneurs ou je ne sais qui
Il paraît que ce poste est éreintant
Que les intérimaires tournent comme ailes de moulin jours de tempête
Tellement c'est dur
Physiquement
Moralement
Arracher des peaux de vache toute la journée

Joseph Ponthus, À la ligne (2019)

mardi 22 février 2022

Could you kill your best friends ?


Life is a game. So fight for survival...
and find out if you're worth it !

Kinji Fukasaku, Battle Royale (2000) 

"Battle Royale"... Le film a popularisé un genre aujourd'hui très présent dans la pop culture. De quoi s'agit-il ? Un large groupe de participants qui doivent survivre / s'entretuer dans un espace de plus en plus réduit, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une personne en vie.

Le principe est aujourd'hui connu de tous, même des plus jeunes, grâce au succès de la série Squid Games (2021), mais aussi bien sûr avant cela du jeu-vidéo Fortnite (qui a repris la recette de Player Unknown's Battlegrounds [2017]). Citons également, quelques années en arrière, Hunger Games (2012). 
  
L'une des affiches du film pose la problématique "Could you kill your best friends ?"
Question tordue s'il en est, mais qui se voit néanmoins posée aux protagonistes du film, tous membres d'une même classe. Voici les stratégies qui me viennent à l'esprit :

Voici celles qui me viennent à l'esprit :
- Chercher, seul ou en groupe, et dans la mesure du possible, à s'extirper du dispositif (fuite, rébellion)
- Se suicider (seul ou collectivement)
- Eviter au maximum de se salir les mains (en fuyant la confrontation ou en se cachant) jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un nombre restreint de personnes
- Avoir une stratégie prédatrice seul
- Avoir une stratégie prédatrice en groupe.. avant de déclencher une lutte intestine fatale (risque de trahison : élevé)

Et vous, quelle attitude adopteriez-vous ?

dimanche 30 septembre 2018

Before I pass away

Sale histoire, chantée Jeudi soir dernier au Café de la Danse, par les délicieux Married Monk.

We met in a bar
Nothing special so far
Until the moment they suggested a drive to the coast
Minutes later we hit the road
The guy who was driving was fat and dressed in black
And all of a sudden he blew his top
When I told him he was driving too fast
I kept quiet for a while
Then I said
"I know of a dive further west
Let's go and I pay my round"
But no answer was to be heard
And then they stopped the car
Got me out without a word
Got me to undress
Laid me down on the sand and pissed all over my body
Insulting me the hardest way
I seemed to be attracting them the very same way
Blood attracts sharks and pitbull terriers

Boys you've been after me
Yes you've been chasing me
And now you've captured me
What a pleasure it must be
But before you stab your prey
Before I pass away
Be sure that I lived for this
And this is my gift

"We're gonna make you eat your balls
We're gonna get rid of you
So shove your bloody dignity aside
And prepare yourself for dying like a dog"
One barked
So I had a thought for my family
Remembered my first lover
Understood I'd never see the sun setting on this Roman Beach
And felt the cold blade of a flick-knife
Penetrating me

Boys you've been after me
Yes you've been chasing me
And now you've captured me
What a pleasure it must be
But before you stab your prey
Before I pass away
Be sure that I lived for this
And this is my gift

the Married Monk - Roma amor
R/O/C/K/Y (Ici d'ailleurs, 2001)

samedi 6 janvier 2018

Tout a fini en "barbecue"

Dans l’incendie d’un immeuble du 15ème arrondissement de Paris, la police découvre le corps carbonisé d’une escort girl. Puis le cadavre d’une autre femme dans la cave d’un squat. Qui les a tuées ? Et pourquoi ?

Récit d'une sombre histoire à découvrir dans Le Monde (pour les abonnés), feat. une malheureuse prostituée, une maquerelle meurtrière, et trois compères : "l'Escroc", "Basic" et "Le Kabile" aka "Kaka" aka "Bilka le Feu"...

Certaines de leurs connaissances se racontent l'histoire au téléphone.
Tarantino ou Guy Ritchie ne sont pas loin.

— Vas-y ma gueule, dans la veca [*] du bendo [*]…
— Ouais ?
— Y a un murder…
— Mais non ? C’est la même story ?
— Wallah, en fait y en avait pas une, y en avait deux.
— Le Coran, il est con !
— Non mais là, c’est une dinguerie intergalactique. Il est parti faire le nettoyeur pour une racli [*].
— Pour une racli ?
— Ouais… Et la racli, ils l’ont uét [*] après.
— Qui l’ont uét ?
— En fait, la racli qui les a envoyés pour faire le nettoyage, là… eh bah, elle les a payés, et après, vas-y, ils ont fumé la racli. (...) Il a explosé l'appart, wesh. Il s'est cramé au deuxième degré les jambes…
— Lui, Kaka, y avait quelqu'un qui voulait le tuer ?
— Mais non ! Il est parti… Regarde, en fait, y avait une meuf, une racli, elle a fumé une autre meuf, t’as capté ?
— Ouais.
— Dans le zequin [*]. Elle a pété Kaka, elle lui a dit : “Vas-y, nettoie-moi ça, faut pas que je me fasse tacler.” T’as capté ? Il est parti là-bas pour faire le nettoyeur, M. Propre, il a fait un barbeuc là-bas, ça a explosé, ça a fait retour de flammes sur lui. »


Soren Seelow, Les flammes fatales de la rue Fondary
publié dans Le Monde
http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/01/05/les-flammes-fatales-de-la-rue-fondary_5237762_1653578.html

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Lexique :
"veca" : cave
"bendo" = squat
"racli" : femme
"uét" = tué
"zequin" = XVème arrondissement

lundi 6 novembre 2017

A dark reflection of our world

[Disclaimer: cet article mentionne des éléments de l'intrigue
de la première saison de Stranger Things]

Suppose... what your faith has said was essentially correct. Suppose there is a universal mind controlling everything. A god willing the behavior of every subatomic particle. Now, every particle has an anti-particle. Its mirror image. Its negative side. Maybe this universal mind... resides in the mirror image instead of in our universe... as we wanted to believe. Maybe he's anti-God, bringing darkness instead of light.

John Carpenter, Prince of Darkness (1987)

Tandis que je listais ici ou  certaines références de la série Stranger Things, l'une d'elle, pourtant évidente, m'avait échappé : "Prince of Darkness" de Carpenter. L'image du miroir devient, dans la série, celle de l'envers du plateau de jeu.


- When El showed us where Will was, she flipped the board over, remember? Upside down. Dark. Empty. [...] When El took us to find Will, she took us to his house, right? What if he was there? What if we just couldn't see him? What if he was on the other side? What if this is Hawkins and this is where Will is? The Upside Down. Like the Vale of Shadows.

- "The Vale of Shadows is a dimension that is a dark reflection or echo of our world. It is a place of decay and death."


*
*       *

Visuellement, je serai assez tenté de rapprocher les personnages de Barbara Holland et Catherine Danforth... 

...ainsi que leur destinée.

mardi 28 mars 2017

Dualité

Un texte de Gao Bao (artiste contemporain et photographe chinois), à lire, dans le cadre de l'exposition « Les Offrandes », jusqu'au 4 avril Maison Européenne de la Photographie.

Dans mon enfance, la frontière entre le noir et le blanc était bien nette. Ma première éducation a été celle des années les plus bruyantes, c’est-à-dire la révolution culturelle. A cette époque-là, dans ma petite ville, une exécution était un moment important. Nous étions tous réunis dans un jardin public. Les condamnés grimpaient d’abord sur une scène, où ils étaient critiqués. Puis, placés dans un camion, ils défilaient dans les rues, en caravane.

Cela arrivait deux ou trois fois par an. Je m’en souviens bien, j’avais entre sept et neuf ans, et dès qu’une exécution était annoncée, cela me faisait plaisir d’y participer du début jusqu’à la fin. Je suivais le défilé en courant. J’aimais voir les fusils pointés vers les condamnés, les balles entrer dans leurs têtes, la cervelle en sortir. Je restais prés des corps. Après quelques heures, les mouches bourdonnaient, et cela me donnait envie de vomir. Mais ce n’était pas grave. Le plaisir était plus fort que la répugnance. Je me souviens encore du nom de certains condamnés, comme les frères Li Dai Kun et Li Mu You.

Cela me rassurait parce que d’un côté, il y avait les bons, et de l’autre les mauvais. Les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires. Le professeur nous disait, à l’école : «On se débarrasse du mauvais comme le vent balaie les feuilles mortes, sans hésiter. Pour les bons, il y a le vent du printemps qui réchauffe la nature». Le fait d’être un homme ou une femme n’était pas important

Plus tard, j’ai essayé d’être un homme, en essayant d’approcher et de comprendre une femme. A ce moment-là, j’ai réfléchi à ce que nous sommes, nous autres êtres humains. Où est le bon, où est le mauvais en moi, me suis-je demandé ? Lorsque j’ai tenté de jouer le rôle noir, je ne me suis pas senti aussi sombre qu’il semblait. Mais lorsque je tentais d’approcher le blanc, il restait toujours quelques saletés. J’ai donc eu besoin d’un outil pour comprendre le monde, pour me reconnaître. Cet outil, c’est l’appareil de photo.

Au début, j’imaginais que la pellicule allait saisir les choses vraiment objectivement. Malheureusement, la photo mentait aussi, et j’ai commencé à faire des images subjectives. Enfin, en voulant saisir ces images subjectives, j’ai vu la situation objectivement. Notre monde est toujours double, comme la nuit et le jour, et nous sommes parfois des êtres adorables, parfois désespérants. Je me suis demandé : «Lorsqu’on est dans un moment mauvais, doit-on accepter que l’on nous tire une balle dans la tête ?»

Plus tard, j’ai photographié ces hommes et ces femmes. Je voulais rencontrer mon souvenir d’enfance. J’ai pu leur faire un sourire, leur parler des choses comme on le fait avec un frère ou une sœur. C’était l’occasion de leur serrer la main très amicalement, et de ne pas voir leur tête avec un grand trou.

Gao Bao - «Etre humain» - Dualité - Série N°2 (1999)

mercredi 8 février 2017

Le moment fatal

Tout à coup, une sensation étrange est surprenante de haine pour Sonia lui traversa le cœur. Étonné, effrayé même de cette découverte bizarre, il releva la tête et considéra attentivement la jeune fille ; Elle fixait sur lui un regard inquiet et plein d'une sollicitude douloureuse ; ce regard exprimait l'amour et sa haine s'évanouit comme un fantôme. Ce n'était pas cela, il s'était trompé sur la nature du sentiment qu'il éprouvait, il signifiait seulement que le moment fatal était venu.

Dostoïevski, Crime et Châtiment (1884)

vendredi 27 janvier 2017

Cette gaîté prolongée et un peu factice

Quelques dimanches après-midi désoeuvrés de mon enfance m'ont sans doute permis de faire connaissance avec l'inspecteur Columbo, série TV policière multi-diffusée sur TF1. En l'occurence, une poignée d'épisodes suffit à se rendre compte de la constuction constante des épisodes : un crime prémédité, un assassin identifié dès les premières minutes, un inspecteur gauche gravitant autour de lui, alternant questions anodines et perfides, provoquant un agacement de plus en plus marqué, jusqu'à conduire à un faux pas ou une révélation.

Si cette mécanique me semble si limpide, c'est que la (re)lecture de Crime et Châtiment m'a permis de de reconnaître dans le juge d'instruction Porphyre Petrovitch l'inspiration première pour le personnage de l'inspecteur Columbo.

C'est sans doute ce qui rend chacune des confrontations avec Raskolnikiv épique.
Tandis que le juge d'instruction offre le "spectacle bizarre [d'un] petit corps gras et rond, dont les évolutions rappelaient celles d'une balle qui aurait rebondi d'un mur à l'autre" tout en émettant de plates considérations, Raskolnikov s'impatiente :

— Vous savez, commença-t-il avec une insolence qui semblait lui procurer une profonde jouissance, c'est un principe, une règle pour tous les juges d'instruction, de placer l'entretien sur des niaiseries, ou bien sur des choses sérieuses, si vous voulez, mais qui n'ont rien à voir avec le véritable sujet, afin d'enhardir, si je puis m'exprimer ainsi, ou de distraire celui qu'ils interrogent, d'endormir sa méfiance, puis brusquement, à l'improviste, ils lui assènent, en pleine figure, la question la plus dangereuse. Est-ce que je me trompe ? N'est-ce pas une coutume, une règle rigoureusement observée dans votre métier ?
— Ainsi, ainsi... vous pensez que je ne vous ai parlé du logement fourni par l'État que pour... En disant ces mots Porphyre Petrovitch cligna de l'œil et une expression de gaîté et de ruse parcourut son visage. Les rides de son front disparurent soudain, ses yeux parurent rétrécis et ses traits se détendirent, il plongea son regard dans les yeux de Raskolnikov, puis éclata d'un long rire nerveux qui lui secouait tout le corps. Le jeune homme se mit à rire lui aussi, d'un rire un peu forcé, mais quand l'hilarité de Porphyre, à cette vue, eut redoublé jusqu'à lui empourprer le visage, Raskolnikov fut pris d'un tel dégoût qu'il en perdit toute prudence. Il cessa de rire, se renfrogna, attacha sur Porphyre un regard haineux et ne le quitta plus des yeux tant que dura cette gaîté prolongée et un peu factice, semblait-il. Il faut dire, du reste, que l'autre ne se montrait pas plus prudent que lui : car, au fait, il s'était mis à rire au nez de son hôte, et paraissait se soucier fort peu que celui-ci eût très mal pris la chose. Cette dernière circonstance parut extrêmement significative au jeune homme ; il crut comprendre que le juge d'instruction avait de tout temps été parfaitement à son aise et que c'était lui, Raskolnikov, qui s'était laissé prendre dans un traquenard. Il y avait là, de toute évidence, quelque piège, un dessein qu'il n'apercevait pas ; la mine était peut-être chargée et allait éclater dans un instant.

Dostoïevski, Crime et Châtiment (1884)

mardi 15 novembre 2016

Scènes de violences conjugales

"Scènes de violence conjugales" montre avec justesse, à travers deux couples d'âges et de milieux socio-professionnels différents, la manière dont la violence peut s'immiscer dans une relation amoureuse durable, au détriment des femmes (les chiffres sont parlants). Cette violence s'exprime d'abord dans la bouche de leur conjoint sous forme de remarques insidieuses, grignotant peu à peu l'estime de soi. Elle finira par éclater en propos ostensiblement dépréciants et destructeurs... jusqu'à ce que le premier coup soit porté.

Emotionnellement impliquante, la pièce trouve sa justesse dans son écriture, ancrée dans le réel.
L'auteur Gérard Watkins a assisté à des séminaires, à des procès, et rencontré des professionnels ou bénévoles en prise avec une telle violence.
Il raconte par exemple sa entrevue avec Ernestine et Carole, de l'Observatoire de la violence envers les femmes du 93.


Dans le bureau rempli de dossiers, Ernestine et Carole me reçoivent. Nous entrons très rapidement dans le vif du sujet. Elles veulent connaître le contenu de mon projet. Je m'engage directement dans le récit de ce que j'envisage. Et j'en arrive au moment où, dans mon scénario initial, une des femmes se fait tuer. Je finis le récit. Un grand silence... Ernestine me regarde droit dans les yeux et me dit simplement et fermement: -Il NE FAUT PAS QUE LA FEMME MEURE-. Elle dit qu'elle comprend les règles de la tragédie, l'impact de cette mort, la nécessité de rendre compte du fléau, elle comprend tout ça. mais elle répète: «IL NE FAUT PAS QUE LA FEMME MEURE ». Je souris, j'écoute; Ernestine développe son argumentation: une femme doit penser qu'elle ne doit pas mourir. Qu'elle ne doit pas être battue. Qu'elle n'a aucun ordre à recevoir, de personne. Qu'elle peut s'en sortir en ouvrant une porte. En prenant la parole. Donc: LA FEMME NE DOIT PAS MOURIR. Elle ne doit pas répondre aux règles de la tragédie.

Géard Watkins, Scènes de violences conjugales (2016)
Jusqu'au 11 décembre au Théâtre de la Tempête

vendredi 28 octobre 2016

Des pensées tout à fait étrangères

Vous l'aurez compris, si vous êtes un habitué du blog et que vous avez vu passer l'article "bloqué", le nouveau roman dont je vous livrerai ici des extraits est "Crime et Châtiment". J'ai en effet récemment décidé de le relire, 15 ans après. (car, oui, je relis Dostoievski).
Ici, un crime se prépare...
(étant donné le titre du roman, je doute que vous vous considériez spoilés)

Avant, quand il lui arrivait de se représenter tout cela en imagination, il pensait quelquefois qu’il aurait très peur. A présent, il n’avait pas très peur et, même, il n’avait pas peur du tout. Pendant ces instants-là, même, il était occupé par des pensées tout à fait étrangères, toujours pour peu de temps. Longeant le parc Youssoupov, il fut même occupé par une réflexion sur l'agencement de fontaines puissantes et par le fait qu’elles seraient un très bon facteur de rafraîchissement de l’air sur toutes places. Peu à peu, il passa à la conviction que si l'on étendait le jardin d'Eté à tout le champ de Mars et, même, si on le réunissait avec le jardin palais Mikhaïlovski, ce serait une chose splendide et bien utile pour la cité. [...] Là, il se souvint de ses propres promenades sur la place aux Foins, et, en un instant, il reprit conscience.

Crime et Châtiment, Dostoïevski (1884)

Cet extrait me rappelle mon état d'esprit, lorsque, enfant ou adolescent, j'étais sur le point de commettre un menu larcin ou un tour pendable, et que je me surprenais à sembler m'intéresser sincèrement à tel ou tel détail environnant (en réalité, c'était sans doute inconsciemment à la fois pour feindre le naturel et pour amenuiser mon anxiété)

samedi 22 octobre 2016

Bloqué

Ma réaction lorsque je suis malade, et que des amis discutent, dans ma chambre, d'un assassinat (qu'ils ignorent que j'ai commis) 

Raskolnikov se retourna vers le mur, où, sur le papier peint sale et jaune à petites fleurs blanches, il choisit une fleur blanche pataude avec des espèces de petits traits marron, et il se mit à examiner combien elle avait de pétales, ce qu’il y avait comme dentelures sur les feuilles, et combien il y avait de traits droits. Il sentait que ses bras et ses jambes se figeaient, comme s’il n’en avait plus, mais il n’essayait même pas de bouger, il regardait obstinément la fleur.

Crime et Châtiment, Dostoïevski (1884)

dimanche 29 novembre 2015

Ce monde qui peu à peu se dévoilait à ses yeux

Dans "Résurrection", le lecteur assiste à l'éveil de la conscience sociétale du personnage principal (Nekhlioudov). Loin d'être confuses, ses pensées lui apparaissent "extraordinairement agiles et claires".


Et lui-même, effrayé de ce monde qui peu à peu se dévoilait à ses yeux, s'étonnait de l'avoir ignoré si longtemps, et de ce que les autres l'ignorassent encore.

Juré d'un procès, Nekhlioudov s'interroge ici sur l'efficacité, et le bien fondé de la prison (lire également à ce sujet les carnets de la maison morte de Dostoievski)


Même si ce garçon était de tous les êtres se trouvant dans cette salle le plus dangereux pour la société, en raisonnant sainement, que devrait-on faire de lui, maintenant qu’il s’est laissé prendre ?

Il est certain que ce n’est pas un criminel de profession, mais un homme comme les autres et qui en est arrivé là seulement parce qu’il s’est trouvé placé dans des circonstances qui engendre des individus semblables. Aussi est-il clair que, pour éliminer de tels êtres, on doit s’efforcer de supprimer les circonstances qui leur donnent naissance.

Or, que faisons-nous? Nous nous saisissons au hasard d'un de ces malheureux, en sachant fort bien que des milliers d'autres restent en liberté. Nous les jetons en prison, où ils sont contraints soit à une oisiveté totale, soit à un travail malsain et stupide en compagnie de gens comme eux affaiblis et brisés par la vie. Puis, mêlés aux plus dépravés criminels, nous les déportons aux frais de l’Etat, du gouvernement de Moscou dans celui d'Irkoutsk.

Nous ne faisons rien pour supprimer les conditions qui créent de tels êtres. Bien plus, nous favorisons les établissements dans lesquels elles prennent naissance. Ces établissements : les usines, les fabriques, les ateliers, les restaurants, les cabarets, les maisons de tolérance, sont bien connus de tout le monde. Non seulement nous ne les supprimons pas, mais nous les jugeons indispensables, nous les protégeons, nous veillons à leur bon fonctionnement.

Nous formons ainsi non pas un, mais des milliers de criminels, et lorsque nous en avons empoigné un, nous nous imaginons avoir fait quelque chose, avoir mis une barrière entre lui et nous. En le transportant du gouvernement de Moscou dans celui d’Irkoutsk, nous croyons avoir accompli notre devoir. [...] Nous les gens qui ne manquons rien, nous les riches, les cultivés, nous ne nous préoccupons pas de supprimer les causes, mais nous voulons tout arranger en le condamnant! C'est horrible. On ne sait s'il y a ici plus de cruauté ou de stupidité. Mais il me semble que l'une et l'autre sont poussées à leurs limites extrêmes"

Tolstoï, Résurrection (1899)

mercredi 29 juillet 2015

La Isla Mínima

La Isla Mínima est film policier se déroulant en 1980 dans une Espagne post-franquiste, en "transition" démocratique. Deux inspecteurs enquêtent sur un crime sexuel dans une région reculée (les marais du Guadalquivir, en Andalousie).
Enquête bien ficelée, très belle photographie et ambiance prenante, avec en effet une touche True_Detective_Saison1.

A défaut d'avoir pu extraire des dialogues de ce film, en voici quelques images
(Je vous recommande, bien sûr, de NE PAS voir la bande-annonce)


La Isla Mínima, Alberto Rodríguez (2015)

dimanche 28 décembre 2014

Noël et l’humanisme anthropocentrique

Des fêtes de Noël dans sa famille, on ressort souvent avec l'impression d'avoir trop mangé... et, plus précisément sans doute, d'avoir trop mangé d'animaux morts.

Quelques jours passent : animaux morts, vin, chocolat, de temps en temps un verre d’eau pour faire style, et beaucoup d’esquive de maintenance informatique. 
[...] 
Le matin de Noël, je suis en mode furtif [...] je traverse le salon tel un ninja obèse. Les enfants regardent un dessin animé, c’est drôle, ces trois derniers jours j'ai bouffé absolument tous les animaux présents dans l’épisode 

(ioudgine, sur son blog)

Le fait de visualiser une volaille, un crustacé dans son entièreté, ou tout simplement l'opulence d'un plat peuvent aboutir à cette formulation (et donc à cette prise de conscience)... que ne provoquent jamais ni un mets préparé, ni un filet (Lévi-Strauss dirait un "lambeau").

« Au fur et à mesure des années, ce qui constituait un animal domestique vivant a progressivement disparu de tout état de visibilité ». La plupart des gens ne mangent plus que sa chair – laquelle, une fois dans l’assiette, évoque de moins en moins la bête dont elle vient. Le comble est atteint avec le hamburger : à Chicago, une étude a montré que 50 % des enfants des classes moyennes ne faisaient pas le lien avec un animal. « La conséquence de cette logique, qui est en connivence avec l’élevage industriel, c’est que l’acte de manger est devenu totalement irresponsable : c’est un acte qui ne pense pas ».

Dans Le Monde du 24/12, la journaliste Catherine Vincent met en effet "la philosophie à l'épreuve de la viande". Elle donne la parole à plusieurs philosophes ou intellectuels (loin de tous être végétariens)

Dans leur immense majorité, les Anciens ne se sont intéressés à l’animal que pour démontrer combien l’homme en était différent. Combien il leur était supérieur.

C’est ce qu’on nomme l’humanisme anthropocentrique : une conception fondée sur l’idée de l’exceptionnalisme humain, que la tradition judéo-chrétienne n’a fait que renforcer. Notamment le christianisme, selon lequel la bête a été créée pour le bien de l’homme, centre et maître de la création.

Toute la tradition philosophique occidentale sera marquée par cette coupure ontologique entre l’homme et l’animal. Et il faudra attendre Jacques Derrida, et sa déconstruction du propre de l’homme, pour qu’enfin la question soit posée : comment a-t-on pu à ce point légitimer la violence envers l’animal ? Précisément en le nommant « l'animal », plutôt que de parler des animaux, répond-il. Car « l'animal » n'existe pas, si ce n'est pour désigner l'ensemble des vivants pouvant être exploités, tués et consommés hors du champ de la morale et de la politique. Le meurtre de « l'animal » n'est pas reconnu comme tel. Alors qu'il y a bel et bien « crime contre les animaux, contre des animaux ».

Comme Derrida, Elisabeth de Fontenay l’affirme : « Il n'y a aucun fondement philosophique, métaphysique, juridique, au droit de tuer les animaux pour les manger. C'est un assassinat en bonne et due forme, puisque c'est un meurtre fait de sang-froid avec préméditation. »


La question que pose la viande dérange, forcément, tant les habitudes sont ancrées (depuis le néolithique !). Si elle vous intéresse, reportez vous à l'article sus-mentionné. Sans même parler écologie, un premier pas pourrait être de s'opposer à l'élevage industriel... (tout en étant conscient qu'un tel combat éluderait la problématique fondamentale)


Catherine Vincent, La philosophie à l'épreuve de la viande,
dans Le Monde du 24/12/2014

jeudi 3 juillet 2014

REDRUM (part.3)

"Little pigs, little pigs, let me come in. Not by the hair of your chiny-chin-chin? Well then I'll huff and I'll puff, and I'll blow your house in."


Stanley Kubrick, the Shining (1960)

vendredi 27 décembre 2013

A Touch of Sin

L’histoire de Deng Yujiao a occupé les forums de discussions durant plusieurs semaines. Elle est pourtant tristement banale. A 21 ans, Yujiao était pédicure à Badong, dans un hôtel karaoké réputé pour ses «services spéciaux». Dans la nuit du 10 mai, des clients, fonctionnaires de la ville, l’appellent pour prendre un bain. Ce n’est sans doute pas la première fois, mais elle refuse : «Je ne suis pas une call-girl», lance-t-elle aux trois hommes. Ceux-ci la balancent sur un lit, lui jettent au visage des billets à l’effigie de Mao, et la déshabillent de force. L’un d’eux tente de la violer. Deng Yujiao attrape alors un couteau dans son sac et frappe. Deng Guida, 44 ans, est mortellement blessé, son collègue Huang plus légèrement. Deng Yujiao se rend aussitôt à la police confesser le meurtre. Le lendemain, la police a rendu son rapport : «violences mortelles». Dans son sac, les enquêteurs ont trouvé des somnifères et des antidépresseurs. Il n’en faut pas davantage pour qu’elle soit soupçonnée de troubles mentaux et enfermée dans un hôpital psychiatrique.

Mais quelques jours plus tard, un blogueur surnommé Tu Fu («le Boucher»), fait le récit de toute l’histoire, qu’il a recoupée avec la famille de Deng Yujiao. La Toile s’embrase. Un avocat de Pékin est recruté par les internautes, et bientôt Deng Yujiao sort de l’hôpital pour être placée en résidence surveillée en compagnie de sa mère. Cela ne suffit pas à éteindre le feu qui a pris dans toutes les régions de Chine. «Le niveau de la fureur publique montre à quel point le grand public est consterné par les injustices et le manque de respect fondamental dans la société», explique Pu Zhiqiang, avocat à Pékin au quotidien hongkongais South China Morning Post. En moins d’un mois, quatre millions de commentaires seront enregistrés. Le 22 mai, c’est devenu un sujet interdit. La censure ordonne aux sites de bannir toute allusion à Deng Yujiao, Internet est coupé dans la petite ville où a eu lieu le meurtre. Badong est devenue une cité interdite, cernée par les forces de l’ordre. Mais rien ne calme les internautes. «Le gouvernement nous prend pour des adversaires, écrit "le Boucher" dans son blog, alors qu’ils devraient faire ce que le public attend d’eux.»

Le 31 mai, Deng Yujiao est renvoyée devant le tribunal de Badong. Mardi, jour du procès, près de 500 supporters piétinaient devant le tribunal interdit au public et à la presse, à l’exception du quotidien local et de l’agence Chine nouvelle. Certains avaient prévu de chanter l’hymne national lorsqu’elle apparaîtrait. Ils s’attendaient à un acquittement. Deng Yujiao a eu droit à un verdict doux-amer. Reconnue coupable d’un usage excessif de la force mais en état de légitime défense, elle a été libérée en raison d’une «responsabilité pénale limitée», autrement dit psychiatrique. «Sans Internet, on pouvait craindre le pire pour elle», écrit au milieu de milliers de commentaires un internaute nommé Xiao Shu : «Cette affaire reflète ce qu’est notre justice, et ce que risque un simple individu devant elle.»

Pascale NIVELLE, pour Libération (18 juin 2009)

Pourquoi cet article ? Parce qu'il narre l'un des quatre faits divers (réels) repris par le réalisateur chinois Jia Zhang Ke dans "a Touch of Sin" (assurément un des films de l'année).


Si le film restitue la violence de la société chinoise (et de la réaction de ceux qui s'y débattent sans y trouver leur place), tous les plans sont d'une grande beauté (cadrage, lumière).


Le titre (anglais) du film fait référence au génial "a Touch of Zen" de King Hu (dont je vous parlais et aussi ). Dans l'instructif dossier de presse, le réalisateur revient sur ce parallèle :

J'aime beaucoup les films de King Hu. En effet, le titre anglais, A Touch of Sin, est un hommage à son film A
Touch of Zen (en chinois Xia nü - La Dame chevalier - Cannes 1975). Dans le mien, l’histoire de Xiao Yu (jouée par Zhao Tao) et les vêtements du personnage font directement référence à l'actrice Hsu Feng dans A Touch of Zen. À la fin du film, la scène d’opéra est extraite de "Su San qi jie" (L'interrogatoire de Su San). C’est l’histoire d’une jeune femme arrêtée pour meurtre qui finit par retrouver la liberté. C’est un opéra très connu en Chine. King Hu en a fait son deuxième film (Yu Tangchun - 1964). Je m’en suis servi parce qu'il représente l’idée que la même histoire peut se répéter à différentes époques et dans des contextes différents. Il y a de nombreux parallèles entre les difficultés auxquelles les Chinois font face aujourd'hui et les situations qu'ils vivaient il y a des siècles. Pour moi, il est naturel d'associer cette perception aux oeuvres littéraires et aux films chinois qui ont abordé ces sujets par le passé. La différence, c'est que je travaille à l'ère de l'Internet, des jets privés, des trains à grande vitesse.


Jia Zhang Ke, a Touch of Sin (2013)
King Hu, a Touch of Zen (1969)