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vendredi 24 mai 2013

Always green, Ever-living

J'ai revu la semaine dernière Vertigo / Sueurs Froides. Avec d'autant plus de plaisir que j'avais oublié une bonne partie de l'intrigue ; ne me restait que le souvenir de quelques scènes, dont celle de la coupe de Séquoia, à Muir Woods (au Nord  de San Francisco, juste )


Madeleine: How old?
Scottie: Oh, some 2,000 years or more.
Madeleine: The oldest living things.
Scottie: Yes. You've never been here before?
Madeleine: No.
Scottie: What are you thinking?
Madeleine: Of all the people who've been born and have died while the trees went on living.
Scottie: Their true name is Sequoia sempervirens, 'always green, ever-living.'
Madeleine: I don't like it.
Scottie: Why?
Madeleine: Knowing I have to die.

Si cette scène m'était familière, c'est qu'en plus, j'avais vu récemment son pendant, dans "La Jetée" de Chris Marker.

Ils marchent. Ils s’arrêtent devant une coupe de séquoia couverte de dates historiques. Elle prononce un nom étranger qu’il ne comprend pas. Comme en rêve, il lui montre un point hors de l’arbre. Il s’entend dire : « Je viens de là… »

*
*    *

Somewhere in here I was born. And there I died. It was only a moment for you, you took no notice.

Vertigo, Alfred Hitchcock (1958)
La Jetée, Chris Marker (1962)

vendredi 3 mai 2013

Un nouveau jour se lève

Une traversée du Marais m'amenait hier à saluer aux côtés de M.Chat la mémoire de Chris Marker, décédé le 30 juillet dernier.


Puisque j'en suis à raviver la rubrique nécro, je voudrais ici signaler le bel et complet hommage à Jason Molina rendu par Guillaume (qui laisse des commentaires ici parfois) sur Popnews.

Autres nouvelles de la vie du monde "indie" :
Kim Gordon [Sonic Youth] revient sur sa séparation avec Thurston Moore dans Elle (US)
Ca ne va pas nous aider à nous en remettre.

Plus réjouissant: Win et Régine (Arcade Fire) sont les heureux parents d'un petit garçon né il y a quelques jours maintenant :

*
*    *


Poursuivant mon périple, j'entrais chez Fleux, et identifais immédiatement dans la bande-son du magasin "Kané" de Fauve, suivi de "4000 îles". Il faut dire qu'après avoir écouté une trentaine de fois leur Blizzard EP (à paraître le 20 mai), je suis pas mal calé.

Fauve, je vous en parlais ici en octobre dernier.
Après avoir surtout existé sur les réseaux sociaux (avec le soutien du Mouv', soyons sport), leur permettant de remplir une dizaine de salles parisiennes avant un Bataclan complet en juin, il est clair qu'ils atteignent désormais les couches mainstream
(vus sur Canal +, par exemple, ou dans nombre de festivals cet été).
Ils demeurent pourtant auto-produits.

A ceux d'entre vous qui ne les connaîtraient pas, dépassez l'impression de buzz spéculatif que vous pouvez ressentir, et écoutez.
Si je devais chroniquer leur disque, voici ce que j'écrirais.


Il me semble que la sincérité du propos devrait désarmer toute critique tentée de pointer du doigt un lyrisme adolescent facile.

Certes, le clip de Blizzard (enfin en ligne) ne va pas aider. Haters gonna hate.
Même bémol que pour "Nuits Fauves": je trouve le déroulé trop narratif / immédiat / signifiant, à tel point que la vidéo brouille l'écoute (IMO).
Sans compter la césure, qui tombe au mauvais moment

Le morceau est néanmoins excellent.


Tu nous entends le blizzard?
Tu nous entends?
Si tu nous entends
Va te faire enculer !
[...]
Tu nous entends la Mort?
Tu nous entends?
Si tu nous entends, sache que tu ne nous fais pas peur
Tu peux tirer tout ce que tu veux
On avance quand même
Tu pourras pas nous arrêter
Et on laissera personne derrière
On laissera personne se faire aligner
Tout ça, c'est fini !
[...]
Tu nous entends l'Amour?
Tu nous entends?
Si tu nous entends, il faut que tu reviennes
parce qu'on est prêts, maintenant

*
*    *


Après de multiples échecs cet automne et cet hiver aux portes de différentes salles (Pop in, Maroquinerie, International, Nouveau Casino), j'ai fini par voir Fauve à la Maison de la Radio le mois dernier.
J'avais également un instant songé tenter ma chance à Tourcoing... pour un plateau Fauve + Mendelson.

Quelle affiche (trans-générationnelle) !
J'aurais bien aimé assister à la juxtaposition des deux univers.

Mendelson, je vous en parle très souvent, et il fait pour moi parti des artistes français majeurs. Son prochain album (triple) paraît début mai, autant dire une grande nouvelle pour moi.

Sauf qu'après de multiples (tentatives d') écoutes, il se révèle un poil trop austère. Musicalement, et dans les textes (C'est pourtant quelqu'un qui adore "Quelque part", et le CD rouge de "Personne ne le fera pour nous" qui vous dit ça)

Chez Fauve, tutoiement rime avec encouragements

Et puis comment je ferais sans toi, moi?
Et puis comment l'univers il ferait sans toi?
[...]
Ca va aller, je te le promets, ca va aller.
Parce qu'on est de ceux qui guérissent,
de ceux qui résistent,
de ceux qui croient aux miracles


et seul le "je" s'auto-déprécie parfois. A cette lumière, il est intéressant de relever l'approche différente de Mendelson. Par exemple tout au long des 54 minutes et 26 secondes de "Les heures" (la "suite" de "Monsieur", paru en 2000)

On y trouve des lignes glaçantes :

Le désespoir est devenu cette habitude
vaguement même agréable
une croûte qu'on aime à se gratter
parfaitement supportable
et parfaitement supportée
Habituelle et confortable
comme un médicament
comme un cachet qui maintient ahuri, somnolent
tout est pareillement égal


Le tutoiement (celui d'une voix intérieure) s'acharnera pendant toute la durée du morceau sur le pauvre homme


Tu regardes ta vie comme on regarde une catastrophe naturelle 
Comme on regarde un incendie à l'abri des flammes, épargné
Comme on regarde une vague gigantesque depuis son poste de télé
Tu regardes ta propre vie comme on regarde son passé
Comme tu regardes cette impasse sur ce chantier dévasté
Devant qui les gens passent, et passent les années
Et chaque jour te craquelle, et chaque jour te moisit


Vous l'aurez senti, ça plombe sévère ("ton avenir te méprise").
J'attends d'avoir reçu l'album, et vu Mendelson sur scène avant de me faire un avis global. En effet, la lecture des textes paraît indispensable pour la bonne appréhension de l'objet (qui à l'écoute seule, requiert une attention extrême).
Je pressens que la qualité littéraire est au rendez-vous.

Dans "les heures", la voie intérieure parviendra finalement à détacher son interlocuteur de sa propre existence, introduisant ainsi l'usage de la 3ème personne. 

Cet homme que tu ne veux plus être
Continuera de regarder le monde qui est pour tout le monde 
Mais qui n'est pas pour lui
Laisse-le regarder sa vie comme si c'était le pire de ce qu'il fallait vivre
Laisse-le, ce n'est plus ton problème
C'est le problème de cet homme que tu ne veux plus regarder
Qui continue à croire que le destin l'a roulé
Sans voir que son destin, c'est lui qui l'aura dessiné


Et ce n'est qu'à la toute fin, que l'on entendra un "Je", compagnon d'un ultime voyage.

Regarde, la vie s'écroule 
[...]
C'est la  fin du monde
Tout s'écroule
Même ton ombre
Il n'y a plus que toi
Je t'attends
Je t'observe
Je te vois
De l'autre côté des décombres
On dirait des dunes au bord de la mer
Tu grimpes par-dessus les gravas
Le vent te souffle en plein visage
Il est 11h30 ce dimanche
Bizarrement, de ce côté-ci du monde
C'est comme si quelqu'un avait allumé la lumière
Un nouveau jour se lève
Tu regardes et tu ne reconnais pas
Tu vas y aller
Tu es en train d'y aller
Tu y vas

*
*    *


Dernière chose avant de refermer cet article beaucoup trop long, histoire de terminer sur une note plus enjouée.

Avec Dailymotion dans l'actualité ces derniers jours, on a beaucoup entendu l'expression "joyau français". Je veux dire ici que l'un des véritables joyaux français, c'est Hold Your Horses !
Pas d'actualité (annoncée), juste un concert sensas' hier à l'International.
Musicalement, il y a tout, et je me demande bien pourquoi ils font pas des Cigales sold out (entre Violent Femmes, Modest Mouse, Arcade Fire ou Efterklang).




Fauve, Blizzard
Blizzard EP (autoproduit, 2013)

Mendelson, Les heures
s/t (Ici d'ailleurs, 2013)

Hold your horses, every moment we spent talking is an island that we lost
Apologize EP (autoproduit, 2012)

lundi 30 juillet 2012

«Quelque chose» a passé

Lorsqu'on lit ça, écrit par quelqu'un qui ne vous connaît pas, qui ne sait rien de la genèse des films, on éprouve une petite émotion. «Quelque chose» a passé.

"Ca", c'est cette note anonyme figurant dans un programme publié à Tokyo, et renvoyant aux films "La Jetée" et "Sans Soleil" de Chris Marker :

«Bientôt le voyage approche de sa fin... C'est alors seulement que nous saurons que la juxtaposition des images avait un sens. Nous nous apercevrons que nous avons prié avec lui, comme il convient dans un pèlerinage, chaque fois que nous assistions à la mort, au cimetière des chats, devant la girafe morte, devant les kamikazes au moment de l'envol, devant les guérilleros morts dans la guerre d'Indépendance... Dans la Jetée, l'expérience téméraire de recherche de la survie dans le futur se termine par la mort. En traitant le même sujet vingt ans après, Marker a surmonté la mort par la prière.»

Sur Chris Marker et moi, je vous ai déjà tout dit le 25 décembre dernier (non pas qu'il y ait beaucoup à raconter...)
La suite de cette interview, parue le 5 mars 2003 dans Libération est en ligne ici.

Chris Marker est décédé ce lundi à l'âge de 91 ans.

dimanche 25 décembre 2011

Une image d'enfance

Ceci est l'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance. La scène qui le troubla par sa violence, et dont il ne devait comprendre que beaucoup plus tard la signification, eut lieu sur la grande jetée d'Orly, quelques années avant la début de la Troisième Guerre Mondiale.

A Orly le dimanche, les parents mènent leurs enfants voir les avions en partance. De ce dimanche, l'enfant dont nous racontons l'histoire, devait revoir longtemps le soleil fixe, le décor planté au bout de la jetée, et un visage de femme.
Rien ne distingue les souvenirs des autres moments, ce n'est que plus tard qu'ils se font reconnaître, à leurs cicatrices. Ce visage qui devait être la seule image du temps de paix à traverser le temps de guerre, il se demanda longtemps s'il l'avait vraiment vu, ou s'il avait créé ce moment de douceur pour étayer le moment de folie qui allait venir...


La vidéo du dimanche soir...

En cette période de Noël, vous vous retrouvez coincé chez vos (beaux-)parents, et - par dessus le marché, désoeuvré? Cet article peut vous sauver.

Genèse: C'était lors du concert de Timber Timbre à la Cigale, le 3 décembre dernier. Derrière le groupe, des projections d'images fixes, en noir et blanc. Non loin de moi, une spectatrice avisée identifie alors leur source: La jetée de Chris Marker.

Mon premier contact avec ce réalisateur aura été tardif, puisque dans le courant des années 2000, lorsqu'il signait le documentaire prenant comme base narrative l'apparition de ces chats jaunes au large sourire sur les murs de la capitale parisienne (et d'autres villes): Chats Perchés. Il s'agissait bien entendu de l'aimable M. Chat, dont je ne cesse de parler sur ce blog.

Je ne connaissais pour autant pas ce film fondamental, datant de 1962. La jetée est un "photo-roman". Ce moyen métrage est (quasi) uniquement composé de plans fixes. L'action est rapportée par un narrateur.
Malgré cette forme austère, le résultat est saisissant, et l'histoire d'une grande force.

Beaucoup d'images sont marquantes: si je m'écoutais, c'est une dizaine d'entre elles qui illustreraient ce poste (notamment tous les plans où figure l'actrice Hélène Chatelain).

Vous avez 26min38 devant vous?
Il est temps de les prendre pour visionner cette oeuvre figurant dans quantités de classements de "best movies ever".


La Jetée, Chris Marker (1962)
Chats Perchés, Chris Marker (2004)
Citons également
L'armée des 12 singes, Terry Gilliam (1995)
inspiré du premier.