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dimanche 2 août 2026

D'un naufrage à l'autre


Dans le film "Revolutionary Roads" ("Les noces rebelles" en français), on retrouve le couple d'acteurs qui a marqué toute une génération par la force et la beauté de leur sentiment dans "Titanic" : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio. Les voilà transposés dans une époque et un contexte dont on sait qu'ils sont peu propices à l'épanouissement (des femmes) : l'Amérique des années 50/60, dans une banlieue pavillonnaire (on pense à Madmen).

Leonardo DiCaprio, 30 ans, conserve son visage juvénile de jeune premier, mais l'être véritable de celui qu'il incarne est laid (choix d'acteur qui se confirmera dans la suite de sa filmographie, du loup de Wall Street à Killers of the Flower Moon). Kate Winslet, éclatante, campe une épouse qui tâche de faire bonne figure tout en s'efforçant de ne pas sombrer.

C'est d'ailleurs elle qui dans cette scène tâche d'insuffler un nouveau souffle à son couple :

I think it’s unrealistic for a man with a fine mind to go on working year after year at a job he can’t stand, coming home to a place he can’t stand, to a wife who’s equally unable to stand the same things. You want to know the worst part? Our whole existence here is based on this great premise that we’re special and superior to the whole thing... but we’re not! We’re just like everyone else. Look at us! We’ve bought into the same ridiculous delusion. This idea that you have to resign from life and settle down the moment you have children. And we’ve been punishing each other for it. 

Revolutionary Roads, Sam Mendes (2008)

mercredi 3 septembre 2025

Caméos

 En plus de solliciter ses amis musiciens pour les bandes originales de ses films (encore récemment Gonzales), Quentin Dupieux (également connu sous le nom de Mr. Oizo pour ses activités musicales) leur a souvent confié des rôles ou apparitions. A commencer par ses proches du label Ed Banger, mais pas que !

Passage en revue :

Sébastien Tellier et Kavinsky dans Non-film (2001)

Kavinsky et SebastiAn dans Steak (2007)

Sébastien Tellier également dans Steak

Pharrell Williams dans Where is the Money George ? (2010)

Gaspard Augé (de Justice) dans Rubber (2010)

Pedro Winter (aka Busy-P), aussi dans Rubber

Flying Lotus dans Wrong (2012)

Marylin Manson dans Wrong Cops (2013)

Orelsan dans Au Poste! (2018)

Pedro Winter également dans Au Poste!

Gaspard Augé (de Justice) dans Mandibules (2020)

Roméo Elvis, toujours dans Mandibules

jeudi 6 mars 2025

The bones sang, scattered and shining

Sugar cubes, Kukl, Tappi Tíkarrass, l'album Gling-Glóg, collaborations et raretés en tout genre, bien sûr Dancer in the Dark... Je pensais connaître beaucoup d'à côtés de la carrière de Björk Guðmundsdóttir, mais je n'ai jamais su qu'à 19 ans, elle tournait un premier film, adaptation du conte des frères Grimm "le Conte du genévrier".

Le résultat : un film ensorcelant, un brin perturbant (mais comme peuvent l'être les contes de Grimm dans leur brutalité), tourné dans un beau noir et blanc. A voir !


Il s'ouvre par ses vers de T. S. Eliot, que je vous propose en version originale puis française :


Under a juniper-tree the bones sang, scattered and shining
We are glad to be scattered, we did little good to each other,
Under a tree in the cool of day, with the blessing of sand,
Forgetting themselves and each other, united
In the quiet of the desert. This is the land which ye
Shall divide by lot. And neither division nor unity
Matters. This is the land. We have our inheritance.

T. S. Eliot, Ash Wednesday / Le Mercredi des Cendres (1930)


Sous un genévrier les os chantaient, épars, brillants,
Nous sommes contents d'être épars, nous ne nous faisions guère de bien
Les uns aux autres. Sous un arbre
Dans le frais du jour et nantis de la bénédiction du sable,
S'oubliant eux-mêmes, s'oubliant les uns les autres, réunis
Dans la quiétude du désert. Et voici la terre que vous
Diviserez selon le sort. La division ni l'unité
N'importent. Mais voici la terre. Nous détenons notre héritage.



Nietzchka Keene, the Juniper Tree
(2019 en France!)

lundi 27 janvier 2025

Nothing will die


Never. Oh, never. Nothing will die.
The stream flows, the wind blows,
the cloud fleets, the heart beats.
Nothing will die. 

Je me souvenais d'un film triste et difficile, jalonné de personnages cruels et malsains. Je le visionne à nouveau, agréablement surpris d'y voir autant de rencontres décisives "bienveillantes" qui auront illuminé la vie de John Merrick aka Elephant Man... Tout du moins dans le film de David Lynch.

La patte du réalisateur est discrète (le film est une commande), on la reconnait assurément dans les scènes de début et de fin.

David Lynch, elephant man (1980)

dimanche 5 janvier 2025

Devinette

C'est avec un plaisir intact que j'ai revu "Joker" (après avoir fait l'impasse sur le 2). Entamons donc cette année 2025 par une devinette (passée à la posterité)


What do you get when you cross a mentally-ill loner with a society that abandons him and treat him like trash? I'll tell you what you get. You get what you fucking deserve!

JokerTodd Philipps (2019)

jeudi 21 novembre 2024

I am a prisoner here forever

D'un film à l'autre, changeons de pays, donc de culture et d'ambiance, direction la Finlande avec "les feuilles mortes". Premier Kaurismaki que je visionne, et ce film est une grande réussite, tant pour son histoire, ses personnages et la réalisation en tant que telle !

Beaucoup de plans statiques, donnant à voir une composition de personnages pensée ! Quelle coïncidence d'ailleurs de retrouver une affiche de Rocco et ses frères dans l'un d'eux !


Ansa (Alma Pöysti) dans son appartement :
 



Point d'orgue de ce film, qui rappelle autant Jarmush (pour son amour du rock et de la musique live) que Béla Tarr (dans la succession des plans), le morceau joué par le groupe finlandais Maustetytöt.


Cette scène peut s'apprécier ici. Dans chaque regard, transparaît une histoire, une existence...


[...]

because anyway I just mainly lie down
I don't leave my house, without a reason at least
forget me, I want to be alone
I was born to sorrow and clothed with disappointments

I am a prisoner here forever
fences surround the graveyard too
when finally my last worldly task would end
you still dig me deeper into the ground
I like you but can't stand myself
I don't need others, don't know about you
I admit, if I leave
I only do it for the sake of myself

Aki Kaurismaki, les feuilles mortes (2023)

Maustetytöt - Syntynyt suruun ja puettu pettymyksin
Eivät enkelitkään ilman siipiä lennä (2020)

vendredi 8 novembre 2024

On ne doit pas toujours pardonner

Le film "Rocco et ses frères" est éclairant, d'abord sur le contexte d'époque et cette immigration intérieure d'après-guerre, qui voient des familles du Sud pauvre de l'Italie rejoindre le Nord industriel et urbain... Ensuite pour faire comprendre à votre oncle réac' la définition de féminicide. Ce n'est pas en tant que simple "conjoint" qu'une femme est tuée, mais parce que l'homme considère qu'elle lui appartient, et que son existence ne saurait se poursuivre sans lui.

Dialogue de fin empreint de mélancolie, entre deux jeunes frères de Rocco, Ciro et Luca.

— Quand nous sommes venus à Milan, j'étais à peine plus âgé que toi, et c'est Simone qui m'a expliqué ce que Vincenzo n'a jamais compris. Il m'a expliqué que chez nous, là-bas, au pays, les hommes vivent comme des bêtes, à qui on apprend seulement deux choses, travailler et obéir. Alors que les hommes doivent vivre libres, sans être esclaves de qui que ce soit, et sans jamais oublier leur devoir. Seulement Simone a oublié tout cela, tu sais comme moi où ça l'a mené. Il a gâché sa vie, et il a amené la honte sur notre famille. Il a fait du mal à Rocco. Simone avait des racines robustes et saines. Seulement les mauvaises herbes les ont très vite étouffées. La trop grande bonté de Rocco est aussi dangereuse que la méchanceté de Simone. Rocco est un sain. Et que peut faire dans ce monde quelqu'un comme lui qui refuse de se défendre. Rocco est toujours prêt à pardonner à tous. On ne doit pas toujours pardonner.

— Si Rocco retourne au pays, moi j'irai avec lui.

 [...] Que crois tu trouver là-bas de différent ? Même chez nous la vie changera pour tous, parce que même chez nous les hommes sont en train d’apprendre que le monde doit changer. Il y en a qui disent que ce monde nouveau ne sera pas meilleur. Moi, je suis sûre du contraire et je sais que ta vie sera plus juste et plus honnête.

Luschino Visconti, Rocco et ses frères (1960)

lundi 4 novembre 2024

An american horror story

Le 1er octobre 2020, je titrais un article "The Election That Could Break America". Trump était alors président, et il était prévisible qu'il conteste les résultats en cas de défaite. Je rappelais par ailleurs "que même vainqueur [en 2016], il [avait] contesté l'avantage d’Hillary Clinton au vote populaire". Plus loin, sans doute nourri de lecture d'analystes politiques, j'écrivais : "Partant de là, tout est possible. Manifestations, violences, émeutes...". Ce qui s'est produit.

Cette fois, il n’est pas président sortant. Mais toujours candidat. Et le scénario catastrophe s'oriente vers des dizaines de contestations locales, doublées de recours juridiques en pagaille, qui pourraient chacun compromettre la désignation d'un vainqueur. 

The first rule is: attack, attack, attack.
Rule two: admit nothing, deny everything.
Rule three: no matter what happens, you claim victory and never admit defeat

Mais que sont ces règles ? Celles apprises à Donald Trump par son mentor (et conseiller juridique de Donald Trump de 1974 à 1986) Roy Cohn, telles que rapportées dans le film "The Apprentice".


Film habile qui nous à aide à comprendre la genèse de l'actuel candidat. Préparons nous à des semaines difficiles et riches en imprévu... et espérons une issue heureuse et pacifique. Loin de cette dystopie, sortie un peu plus tôt au cinéma


Civil War, Alex Garland (2024)
the Apprentice, Ali Abbasi (2024)
- - - - - - - - - - - -
Et pour qui s'intéresse à la genèse de Vladimir Poutine, lire (ou voir au théâtre), Le Mage du Kremlin (Giuliano da Empoli)

dimanche 20 octobre 2024

Lois de la robotique


"Contes et légendes" de Joël Pommerat n'est pas une pièce "sur" les robots, mais "avec" des robots. L'auteur exploite ce contexte futuriste plausible pour interroger l'humanité de ses personnages.

Comme toute histoire un minimum bien écrite faisant intervenir ces créations humanoïdes, elle cependant touche du doigt des sujets assez vertigineux, dès lors qu'on prend le temps de la réflexion.

Qui a étudié Frankenstein de Mary Shelley (1818), se rappellera les idées préalables ayant nourri l'imagination de l'autrice : le golem du folklore juif, le galvanisme... Plus tard, Karel Čapek, un auteur tchèque emploiera le terme "robot" (inventé par son frère) pour la première fois dans la pièce de théâtre "R. U. R. (Rossum's Universal Robots)" (1920).

Elle raconte l'histoire de robots qui se révoltent contre les hommes et les exterminent tous. À la fin de la pièce, après avoir perdu le secret de leur fabrication, deux d'entre eux découvrent l'amour, et le dernier être humain leur remet la responsabilité du monde.

Si les interrogations existentialistes apparaissent dès le premier écrit avec des robots, c'est qu'elles découlent du concept même. On découvre, enfant, les robots sous le prisme technologique, mais leur essence est d'être des créatures fabriquées "de toute pièce".

Puisque le robot peut être un danger (et on pourra se reporter aux discussions actuelles sur l'IA), Isaac Asimov gravera dans le marbre, en 1942, ses trois fameuses lois de la robotique, qui seront reprise par tout auteur ou toute oeuvre postérieur(e).
  • Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ;
  • Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ;
  • Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.
Plus proche de nous, on pourra se souvenir de la série "Real Humans" (discutée dans ces colonnes, et référence de Joël Pommerat) et surtout regarder l'excellent animé Pluto (feat. un certain Astro). Y sont soulevés dans une histoire haletante les thèmes du libre-arbitre, des sentiments (amour, tristesse, peur de la mort, haine), de la violence envers la race humaine, les possibilités d'effacement/altération de la mémoire...



Joël Pommerat, Contes et Légendes (2020)
 Toshio KawaguchPluto (2023)
Lars Lundström, Real Humans (2013-2014)

mercredi 18 septembre 2024

Fatigué, vidé, épuisé

Je suis un membre de la vieille classe dirigeante, fatalement compromis avec l'Ancien Régime et attaché à lui par les liens de la décence, sinon de l’affection. J’appartiens à une génération malheureuse, à cheval entre deux mondes, et mal-à-l’aise dans l’un et dans l’autre, et de plus je suis absolument sans illusion. Qu’est-ce que le Sénat pourrait faire de moi. […] Nous sommes vieux,  très vieux. Depuis plus de 25 siècles nous portons sur nos épaules le poids de superbes civilisations toutes différentes, toutes venues d'ailleurs. Aucune qui soit née de nos cerveaux et de nos mains. […]  Nous sommes fatigués, vidés, épuisés.

Le sommeil... un long sommeil, voilà ce que les Siciliens désirent. Ils haïront toujours qui voudra les réveiller. Même pour leur rapporter des présents merveilleux. [...] Chez nous toute manifestation, même violente, est un désir d'anéantissement. Notre sensualité est un désir d’oubli. Nos coups de fusil, nos coups de couteau, un désir de mort. Notre paresse, la saveur sucrée de nos sorbets, une soif de voluptueuse immobilité, c’est-à-dire encore de mort. […] J’ai dit les Siciliens, j’aurais du dire la Sicile. Cette atmosphère, la violence des paysages, la cruauté du climat et chaque pierre prête à brûler. […] Je ne nie pas que certains Siciliens transportés hors de l’île ne puissent réussir à se réveiller. Mais ils doivent s’en aller très jeunes, après 20 ans c’est trop tard. La peau est déjà du cuir.

Le Guépard, Luchino Visconti (1963)

dimanche 1 septembre 2024

Trente ans de cendres

La mort d'Alain Delon me donne l'impulsion nécessaire pour combler certaines de mes lacunes cinématographiques, les plus béantes relevant d'un même réalisateur : Luchino Visconti (1906 - 1976). Autant commencer par un film plusieurs fois abandonné : "le guépard".

Bilan : Burt Lancaster, Claudia Cardinale, Alain Delon, Serge Reggiani, ok, la Sicile, bien sûr, la fin d'une époque et le début d'une nouvelle, je comprends, tout ceci coïncidant avec la trajectoire d'un homme prestigieux au crépuscule de sa vie, soit.
Malgré ça, clairement, ce n'aura pas été un film pour moi.
Gageons que ses films narrant une histoire contemporaine me siéront davantage.


*
*       *

Prince Salina, discutant de l'opportunité de marier sa fille Concetta et son neveu Trancredi :

 Imaginez-vous Concetta ambassadrice ? A Vienne ou à Saint-Pétersbourg ? Je l'aime bien. Elle me plaît. Une jeune fille calme, obéissante. Mais Tancredi a un grand avenir devant lui. Comment Concetta, si passivement vertueuse, si timide, si réservée, pourrait-elle l'aider à gravir les marches glissantes de la nouvelle société ? [...]

 Oui, mais…

 Mais quoi? L'amour ? Bien sûr, l'amour. Un an de flamme, trente ans de cendres



Le Guépard, Luchino Visconti (1963)

dimanche 21 juillet 2024

(Tout) recommencer

 "Un jour sans fin", "un jour sans lendemain"... deux films radicalement différents, mais dont le scénario repose sur une "boucle temporelle". Le concept a pour mérite d'être simple, moins fumeux et donc casse-gueule que celui de voyage dans le temps, qui peut aboutir au choix à des histoires bancales, ou incompréhensibles.

Prenons le deuxième ("Edge of Tomorrow" en version originale). Un soldat (Tom Cruise) se retrouve au front, à l'aube d'une bataille acharnée contre des forces extra-terrestres. A chaque mort, il reprend invariablement connaissance au début de la journée. Fort de ses souvenirs et expériences accumulés, il augmentera à chaque itération ses aptitudes physiques et tactiques, son savoir... et sa prescience (c'est-à-dire sa faculté d'avoir une connaissance parfaite et millimétrée de ce qui va survenir).


Live. Die. Repeat.
L'affiche du film annonce clairement le programme... qu'avec un peu de recul on ne peut s'empêcher de rapprocher d'une mécanique bien connue du jeu vidéo : jouer, mourir et recommencer (un combat, une partie) jusqu'à ce qu'on soit devenu suffisamment fort ou habile pour poursuivre son chemin et atteindre la difficulté suivante (exemple trivial : "Super Mario Bros"). Lorsque l'échec et la mort sont inévitables et par conséquent nécessaires pour passer une épreuve, on parle en terminologie vidéoludique de "Die and Retry" (exemple : "Darks Souls", et dans un autre style "12 Minutes"... qui lui met clairement en scène une boucle temporelle). 


"La mort dans les jeux-vidéos, trois fois par pièce" (*)
Mais pourquoi diable la mort est-elle est aussi banale dans les jeux vidéo ? C'est qu'elle en est constitutive. Les premiers jeux prenaient la forme de bornes d'arcades, et les parties étaient payantes. Dans une logique de rentabilité, il fallait donc que le jeu soit suffisamment difficile pour que le joueur perde rapidement (après avoir épuisé ses "vies"). Il pouvait ainsi libérer la place pour d'autres ("game over")... ou souhaiter prolonger le plaisir en introduisant une nouvelle pièce ("continue").



Maintenant que nous avons fait le lien intellectuel entre les time loops au cinéma et la logique vidéoludique, revenons au film emblématique "Un jour sans fin" ("Groundhog Day" en VO). Le cas est plus intéressant, car plus vaste : aucun objectif, aucune finalité ne s'impose ni au spectateur, ni au personnage principal (Bill Murray), coincé un 2 février. Le cadre n'est pas celui d'une progression linéaire (ou à embranchements finis) ; ce n'est rien moins que la vie normale, banale... avec une infinité de variations. On se plaît à imaginer en retour un jeu dans un monde ouvert dopé à l'IA qui mettrait en scène ce vertige de possibilités, dont seule une poignée permettrait de rompre la boucle !


IRL
Quid de la vraie vie ? Pour qu'elle ne soit pas aliénante, une boucle temporelle se devrait d'être contrôlée.


- I'm constantly pitching you ideas, Rick, and you act like they're not even worth thinking about! What about my video-game-style place-saving device?

- Oh, my God, here we go.

- It's a good idea, Rick! A device that lets you...

- ... save your place like in a video game, but in real life so that you can try stuff and then go back to your save point, yes, Morty, I saw it on "Futurama"

Nous en sommes rendus au concept de "sauvegarde" (généralisé avec l'arrivée du jeu-vidéo dans les maisons). Cet épisode de Rick & Morty est particulièrement bien mené, puisqu'il dépasse rapidement l'usage anecdotique d'une telle fonctionnalité, pour déboucher sur des questions que tout à chacun pourra se poser, et résultant principalement des limites de l'invention de Rick. Deux boutons : le premier pour réaliser une unique sauvegarde, définitivement perdue au déclenchement de la suivante, le second pour revenir à l'état sauvegardé

Et vous, quand auriez vous sauvegardé ? Le plus tôt possible, pour pouvoir avoir "plusieurs vies" (au risque de ne pas recréer les conditions de rencontrer les mêmes personnes) ? Ou bien un peu plus tard, pour parfaire ce que vous estimez déjà être "votre meilleure vie", et éviter certains écueils ? Avec la crainte que la sauvegarde porte déjà le germe d'une situation inéluctable.


Un jour sans finHarold Ramis (1993)
Edge of Tomorrow, Doug Liman (2014)
Rick and MortyThe Vat of Acid Episode (S04E08, (2013), Mike McMahan
Futurama, Meanwhile (S07E26, 2013)
(*) Diabologum, 365 jours ouvrables (#3, 1996)

mardi 16 juillet 2024

Movie poster of the week

Chouette poster et grand film, un petit côté "Under the Skin" pour l'étrange qui côtoie la normalité, et on pourra penser aussi parfois penser à Interstellar et Cronenberg. Film saisissant !


Pendant ce temps sur terre, Jérémy Clapin (2024)

vendredi 3 novembre 2023

Le travail échappe à celles et ceux qui l’accomplissent

En 2007, Nicolas Sarkozy introduit dans la Police la culture du résultat, qui se traduira en politique du chiffre. Les syndicats estiment alors rapidement leur  corporation contaminée par la "bâtonite" : hausse de la verbalisation pour de menus larcins, aux dépends de la prévention d'une part et de tâches policières sur un temps long d'autre part.

Les objectifs chiffrés ont ceci de paradoxal qu'ils cherchent, toutes choses égales par ailleurs, à "améliorer" la performance (c'est-à-dire in fine à modifier les pratiques) des services et donc des individus, tout en méconnaissant ou feignant d'ignorer les changements et effets pervers induits sur les comportements.
 
Le problème est que "ceux qui disent – et pensent – le travail ne sont pas ceux qui l’accomplissent et se confrontent à sa réalisation. Au nom de la productivité et de la rentabilité, l’univers managérial dicte les rythmes et les manières de faire. Penser et faire, dans le monde du travail, relève résolument de deux univers distincts" (lire cette tribune parue récemment dans Le Monde).

C'est exactement ce que donne à voir July Jung dans son film "About Kim Sohee" (inspiré d'un fait réel ayant secoué la Corée du Sud courant 2016)


July Jung, About Kim Sohee (2022)

lundi 3 juillet 2023

Movie poster of the week

 
Park Chan-wook, Decision to Leave (2022)

Film intrigant et envoutant par le réalisateur coréen derrière "Mademoiselle" (2016) et le fameux "Old boy" (2003). Sur le plan formel, le réalisateur innove, et invente une nouvelle façon de filmer flashbacks d'une part, et discussions par smartphones interposés.

dimanche 16 avril 2023

Romantic emails

Dans "While we're young", le couple installé formé par Cornelia et Josh trouve une nouvelle jeunesse après la rencontre des jeunes, créatifs, libres, beaux et bohèmes Jamie et Darby.



Cornelia : I wish you’d look at me the way you look at Jamie and Darby.

Josh : I look at you that way...

Cornelia : No, you don’t. You used to. When we first met you were like you are with them, you wooed me with romantic emails...

Josh : There’s no point in us emailing now...we’re in the same room all of the time.

Cornelia : I don’t want to take away your enthusiasm for Jamie and Darby, I’m glad you like them so much...I just wish I could feel that energy from you once in a while.

Noah Baumbach, While we're young (2014)

mercredi 12 avril 2023

#allmen - Quelque chose cloche

On peut heureusement compter sur le capitaine Yohan Vivès de la police judiciaire, sensible et intelligent tel que joué par Bastien Bouillon dans "La Nuit du 12", pour redorer l'image de la police.
[Ne lisez pas ce qui suit si vous voulez ne rien savoir de ce film]


Ce qui m'a rendu dingue, c'est que tous les types qu'on a entendus auraient pu le faire. Peut-être qu'aucun d'eux n'est l'assassin. Mais ils auraient pu le faire. Je sais pas comment le dire autrement. Tous auraient pu le faire. Tous ceux qu'elle a croisés. Même ceux qui ne sont pas des salauds. Et peut-être tous les hommes qu'elle a pas croisés. Je suis peut-être fou, mais j’ai la conviction que si on ne trouve pas l’assassin, c’est parce que ce sont tous les hommes qui ont tué Clara. C’est quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes. 

La nuit du 12, Dominik Moll (2022)

dimanche 15 mai 2022

It's sad but it's true

 Je n'avais jusqu'alors jamais réussi à regarder un film de Leos Carax en entier, le bouche-à-oreille et l'affiche d'Annette (Adam Driver + the Sparks) auront suffi à rompre la malédiction... tout en confirmant que je n'ai décidément pas d'atomes crochus avec ce réalisateur (surtout s'il décide de teinter son film d'un vert moche). Bien sûr, la destinée de Henry McHenry, Ann et Annette touche, avec pour point d'orgue cette dernière scène/chanson, et la dureté de ses paroles.
 
[Henry:]
I'll sing these words to you
I hope they will ring true
They're not some magic chimes
To cover up my crimes
Annette, of this I'm sure
Imagination's strong
And reason's song
Is weak and thin
We don't have long

I stood upon a cliff
A deep abyss below
Compelled to look, I tried
To fight it off, God knows I tried
This horrid urge to look below
But half-horrified
And half-relieved
I cast my eyes
Toward the abyss, the dark abyss
I heard a ringing in my ears
I knew my death knell's ugly sound
The overbearing urge to gaze
Into the deep abyss, the haze
So strong the yearning for the fall
Imagination's strong
And reason's song
Is weak and thin
We don't have long

[Annette:]
I'll never sing again!
Shunning all lights at night
I'll never sing again!
Smashing every lamp I see
I'll never sing again!
Living in full darkness
I'll never sing again!
A vampire forever!

Annette! No! No, no!
Annette, Annette, no

I sang these words to you
Can I forgive what you have done?
I hope that they'd ring true
And will I ever forgive Mom?

Imagination is so strong
Her deadly poison I became
And reason's song is never strong
Merely a child to exploit!

Imagination is so strong
Forgive you both?
And reason's song
Forget you both?
So faint and shrill
To take that oath?
I stood above the deep abyss
To take that oath?


Why should I now forgive?
Why should I now forget?
I can never forgive!
I can never forget!
Both of you were using me for your own ends
For your own ends
Not an ounce of shame
The two of you, you're both to blame
I wish that both of you were gone
Wish you were gone!
No don't blame Ann!
Wish you were gone!
Annette that's wrong
Wish you were gone!
No don't blame Ann!
Both of you gone!


But is forgiveness the sole way
This horrid urge to look below
When all has gone so far astray
God knows I tried, to fight it off
To extract the poison from one's heart
Half-horrified, and half-relieved
And from one's soul, I can't be sure
I cast my eyes down the abyss

Forgive the two of you or not?
I take this oath
Sympathy for the dark abyss
Forgive you both?
I take this oath
Sympathy for the dark abyss
I take this oath
Forgive you both?
Or forget you both?
Don't cast your eyes down the abyss
Annette please don't
I must be strong
I must be strong!

Now, you have nothing to love
Why can't I love you?
Can't I love you?
Now, you have nothing to love
Can't I love you, Annette?
No, not really, Daddy, it's sad but it's true
Now you have nothing to love

Annette, my Annette...
Never cast your eyes down the abyss

Goodbye, Annette
Goodbye, Annette
Goodbye, Annette
Goodbye, Annette
Goodbye

Leos Carax, Annette (2021)
Sparks, Sympathy for the Abyss (2021)



mardi 22 février 2022

Could you kill your best friends ?


Life is a game. So fight for survival...
and find out if you're worth it !

Kinji Fukasaku, Battle Royale (2000) 

"Battle Royale"... Le film a popularisé un genre aujourd'hui très présent dans la pop culture. De quoi s'agit-il ? Un large groupe de participants qui doivent survivre / s'entretuer dans un espace de plus en plus réduit, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une personne en vie.

Le principe est aujourd'hui connu de tous, même des plus jeunes, grâce au succès de la série Squid Games (2021), mais aussi bien sûr avant cela du jeu-vidéo Fortnite (qui a repris la recette de Player Unknown's Battlegrounds [2017]). Citons également, quelques années en arrière, Hunger Games (2012). 
  
L'une des affiches du film pose la problématique "Could you kill your best friends ?"
Question tordue s'il en est, mais qui se voit néanmoins posée aux protagonistes du film, tous membres d'une même classe. Voici les stratégies qui me viennent à l'esprit :

Voici celles qui me viennent à l'esprit :
- Chercher, seul ou en groupe, et dans la mesure du possible, à s'extirper du dispositif (fuite, rébellion)
- Se suicider (seul ou collectivement)
- Eviter au maximum de se salir les mains (en fuyant la confrontation ou en se cachant) jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un nombre restreint de personnes
- Avoir une stratégie prédatrice seul
- Avoir une stratégie prédatrice en groupe.. avant de déclencher une lutte intestine fatale (risque de trahison : élevé)

Et vous, quelle attitude adopteriez-vous ?