lundi 31 août 2026

Getting better at lying

I don’t need everything we have here.  I don’t care where we live!  I mean who made these rules, anyway?  The only reason we moved out here was because I got pregnant.  Then we had another child to prove the first one wasn’t a mistake.  I mean how long does it go on? Come on, tell me. Tell me the truth, Frank. Remember that? We used to live by it. You know what’s so good about the truth? Everyone knows what it is, however long they’ve lived without it. No one forgets the truth, Frank, they just get better at lying. So tell me: do you really want another child?

Revolutionary Roads, Sam Mendes (2008)

dimanche 30 août 2026

Un moment torride et parfait

Elizabeth angoissait, car ils étaient censés passer ce soir-là un moment torride et parfait, et elle craignait soudain que ce moment ne soit pas à la hauteur de leurs espoirs, et ça la stressait de voir que le moment torride et parfait tardait à commencer, et elle ne savait pas trop non plus comment l'initier alors que Jack était bêtement assis là, dans l'eau qui commençait à lui friper la peau, en train de la regarder comme s'il attendait qu'elle, disons, commence, si bien que tout d'un coup elle ne se sentit plus spontanée, ni romantique.

C'était toujours la même histoire : elle ne savait plus comment être proche de Jack sans se sentir submergée et étouffée par ce qu'il attendait d'elle.

Bien-être, Nathan Hill (2024)

samedi 22 août 2026

Ma tête en tempête

Je ne peux pas intituler un article "L'échec patent de la monogamie" sans reproduire dans la foulée les paroles de "La monogamie" de Malajube, qui - à la ré-écoute - n'est pas loin d'être une chanson parfaite !
Rapide coup d'oeil en passant à mon palmarès des 00's... ... ouf, voilà, 8ème meilleur album de la décennie selon moi, je reste de cet avis.


Tu bourgeonnes dans ma tête
Et tu t'enfonces dans mon cerveau
Tu fais ressortir la bête
Et je sais que tu aimes les animaux

Encore une fois j'en ai trop dit
J'ai perdu ta confiance
On s'ra ensemble dans une autre vie
Car tu me sembles heureuse

Et puis de toute façon
J'ai déjà perdu ma chérie
Oh! non, au nom
De la monogamie

Encore liés par la fibre
C'est du ciment sournois
J'avoue que j'en ai déjà vu d'autres que toi
Affaiblis par la fièvre
C'est chacun chez soi
Avoue que tu en vois d'autres que moi

Ma tête en tempête, ta tête en tempête
Pour la vie, pour la nuit
J'entre par la fenêtre, sors par la fenêtre
Pour la vie, pour la nuit

Et si seulement tu m'avais dit ...
Tout simplement j'aurais dit oui
Oh! oui

T'es tellement belle quand tu souris
Que j'en perds ma conscience
Je t'aime, mais je l'aime elle aussi
Mais tu me sembles heureuse

Et puis de toute façon
J'ai déjà perdu ma chérie
Oh! non, au nom
De la monogamie

Ma tête en tempête, ta tête en tempête
Pour la vie, pour la nuit
J'entre par la fenêtre, sors par la fenêtre
Pour la vie, pour la nuit

Et si seulement tu m'avais dit
Tout simplement j'aurais dit oui
Oh! oui

Quand tu rugis, tu rougis
La bouche pleine de confettis
Et tu danses, danses, danses, toute la nuit
Et je chante sans soucis
Que la vie est belle sans jalousie
Et tu danses, danses, danses, toute la nuit

Malajube, la monogamie
Trompe l'oeil (2006)

dimanche 16 août 2026

L'échec patent de la monogamie

J'accélère le rythme de parution d'extraits de "Bien-être", car il y a d'autres romans en attente ! On retrouve Jack et Elisabeth, en discussion avec Kate et Kyle, couple "ouvert" qu'ils ont récemment rencontré, et qui expose ici son point de vue. Kyle a la parole:

– [...] les femmes ont été polyamoureuses pendant des millions d'années, probablement jusqu'à l'avènement de l'agriculture, quand on a inventé la propriété. À partir de là, les riches ont dû trouver le moyen de se transmettre leurs terres et leurs titres de génération en génération, alors on a créé le mariage, la monogamie, la chasteté et on s'est rendus propriétaires de la vie sexuelle des femmes, pour consolider l'aristocratie et le patriarcat ; modèle que l'Europe a exporté ensuite par la colonisation, qui a éradiqué toutes les autres pratiques d'accouplement parce qu'elles étaient, entre guillemets, "mauvaises" et "barbares". Ce qui veut non seulement dire que la monogamie est contre-nature et toxique, mais aussi qu'elle est un brin raciste. Et le hic, c'est qu'elle ne marche même pas. Comment on le sait ? D'abord grâce aux statistiques de divorce, et ensuite à cause des câblages contradictoires dont l'évolution a équipé notre cerveau : dès qu'on obtient l'objet de son désir, on ne le désire plus et on se met à désirer autre chose, sans doute que ça nous rendait bien service quand on était chasseurs-cueilleurs, mais pour le mariage traditionnel c'est un désastre. Notre désir de nouveauté est littéralement inépuisable, d'où l'immense succès du capitalisme et l'échec patent de la monogamie. 

Kate poursuit :

– Les chiffres sur le sujet sont fascinants. Étant donné ce qu'on comprend de la durée de vie au pléistocène - taux de mortalité, décès dus aux famines, aux lions ou je ne sais quoi - on a calculé que, pour nos ancêtres, la durée moyenne d'une relation était de huit ans. Pendant toute l'histoire de notre évolution, les hommes et les femmes n'avaient que huit ans pour se rencontrer, s'accoupler et élever leur progéniture avant que l'un des deux meure. Donc, l'évolution nous a câblés pour des attachements émotionnels qui ne peuvent être forts que pendant huit ans.

– Et après ? s'enquit Jack. 

– Ça s'émousse, on commence à avoir la bougeotte. On a besoin de nouveauté. Vous savez combien de temps dure un couple aux États-Unis, en moyenne ?

– Non, mais je vais dire huit ans. 

– Bingo ! L'évolution nous a permis de nous adapter à la monogamie pendant environ huit ans. Après quoi, notre cerveau commence à se demander : pourquoi je suis encore avec ce type ou cette femme ? Et survient un désir ardent de changement

[...]

Jack, pour être honnête, à cet instant, était très attiré par Kate : cette réserve infinie d'énergie qu'elle semblait avoir, aux antipodes de la façon dont Elizabeth et lui se sentaient d'ordinaire, à savoir : fatigués. Épuisés. Sur les rotules. Toujours à la recherche d'un stimulant chimique. Kate, elle, paraissait en vie - animée de grands gestes, de grandes opinions, portant de grandes lunettes et de grandes boucles d'oreilles. Elle disait ce qui lui chantait, faisait l'amour avec qui elle voulait, déterminée à être tout à fait elle-même, sans artifices et sans vergogne. C'était rafraîchissant. Jack ne pensait pas qu'Elizabeth et lui se mentaient, pas exactement, il se voyait avec elle plutôt comme séparés par un gouffre plein de tout ce qu'ils choisissaient diplomatiquement de taire. Leurs conversations demeurant plutôt dans les détails ordinaires de l'organisation, les courses à faire, la coordination de leurs emplois du temps, et les questions - plein de questions - sur les détails de la journée : qu'avait-elle mangé ? Est-ce que c'était bon ? Qu'est-ce qu'elle lisait ? Et c'était comment ? Ils ne s'ignoraient pas, mais il avait le sentiment que le socle d'honnêteté totale que Kate revendiquait avait été remplacé ou englouti, chez eux, dans cette autre forme de partage - pas de l'intimité, plutôt une mise sur écoute complète et amicale. Ils savaient toujours ce que l'autre faisait ou disait. Beaucoup moins ce que l'autre pensait.

Bien-être, Nathan Hill (2024)

jeudi 13 août 2026

Quand tu n’auras plus les mots

Jérôme Minière, bien que déjà présent sur ce blog, m'y paraît sous-représenté au regard de la qualité de ces textes, dans lesquels il croque avec des mots simples des sentiments diffus ou le travers des contemporanéités. Rectifions le tir avec "Pensées sans calcul", morceau annonciateur d'un album à paraître.

Tes pensées la machine les traduira
Mon amour pour toi elle le traduira
Et si je pleure, si je souris
Et si tout m’échappe
Elle le traduira

Tes prières muettes, elle les entendra peut-être
Le temps humain, elle le devinera sans le connaître

Nos fragilités, elle calculera
Et nos hésitations, peux-tu croire ça ?
Elle avalera nos pensées sans calcul
Le long des jours qui s'accumulent
Elle simulera nos émotions
Comme des signes proches de la raison

Est-ce bien, est-ce mal
Ces pensées en diagonale ?
Est-ce bien, est-ce mal,
Cette équation comme tout horizon ?

Le mystère, elle saura l’épeler
Femme ou homme jusqu’à l’extrémité
Au loin dans la garrigue de pixels
Elle touchera peut-être à l’éternel
Jusqu’à ce qu’il ne reste rien

Que ce paysage irréel
Cette équation comme tout horizon
Ces montagnes de statistiques
Ces plaines de silicium
Semblent loin de ce que nous sommes

Est-ce bien, est-ce mal
Ces pensées en diagonale ?
Est-ce bien, est-ce mal,
Cette équation comme tout horizon ?

Et quand tu n’auras plus les mots
Elle te les donnera en chiffres
Tes pensées elle les connaît déjà
Tes pensées sans calcul

Jérôme Minière, Pensées sans calcul (2026)

dimanche 2 août 2026

D'un naufrage à l'autre


Dans le film "Revolutionary Roads" ("Les noces rebelles" en français), on retrouve le couple d'acteurs qui a marqué toute une génération par la force et la beauté de leur sentiment dans "Titanic" : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio. Les voilà transposés dans une époque et un contexte dont on sait qu'ils sont peu propices à l'épanouissement (des femmes) : l'Amérique des années 50/60, dans une banlieue pavillonnaire (on pense à Madmen).

Leonardo DiCaprio, 30 ans, conserve son visage juvénile de jeune premier, mais l'être véritable de celui qu'il incarne est laid (choix d'acteur qui se confirmera dans la suite de sa filmographie, du loup de Wall Street à Killers of the Flower Moon). Kate Winslet, éclatante, campe une épouse qui tâche de faire bonne figure tout en s'efforçant de ne pas sombrer.

C'est d'ailleurs elle qui dans cette scène tâche d'insuffler un nouveau souffle à son couple :

I think it’s unrealistic for a man with a fine mind to go on working year after year at a job he can’t stand, coming home to a place he can’t stand, to a wife who’s equally unable to stand the same things. You want to know the worst part? Our whole existence here is based on this great premise that we’re special and superior to the whole thing... but we’re not! We’re just like everyone else. Look at us! We’ve bought into the same ridiculous delusion. This idea that you have to resign from life and settle down the moment you have children. And we’ve been punishing each other for it. 

Revolutionary Roads, Sam Mendes (2008)